LE GRAND PRIX DE PAU….CHEF D’ŒUVRE EN PÉRIL!

 

 

F3 2014- GP de PAU- PREMA Powerteam- ESTEBAN OCON – Photo : Nico PALUDETTO

 

Juan-Manuel Fangio, Alberto Ascari, Jack Brabham, Jim Clark, Jochen Rindt, Jackie Stewart, Lewis Hamilton, véritables légendes du sport automobile qui, outre d’avoir été au moins une fois Champion du Monde de F1, ont tous un point commun :

Ils ont tous remporté le Grand Prix de Pau, en F1, F2 ou F3!

Avec quatre victoires en sept participations, l’Ecossais Jim Clark a marqué à tout jamais l’histoire de ce Grand Prix Palois. On se souviendra qu’en 1961, il remporta, dans les rues de la cité Paloise, sa toute première victoire en F1, mais l’épreuve de Pau ne comptait pas pour le Championnat du monde, car à l’époque il y avait plusieurs épreuves de F1, annuellement hors Championnat du monde!

 

GP de PAU – Jim Clark 1967

GP de Pau – Jochen Rindt 1970

 

Jochen Rindt, l’Autrichien celui qu’on qualifiait alors de ‘Roi’ de la F2, s’y imposa à trois reprises, alors que le ‘maestro’ l’Argentin Juan-Manuel Fangio, Alberto Ascari l’Italien et Jack Brabham, l’Australien, montèrent deux fois chacun sur la plus haute marche du podium du GP de Pau.

Jackie Stewart, autre pilote Écossais et plus récemment le Britannique Lewis Hamilton, ne remportant qu’une seule victoire en terre Paloise.

 

GP Pau 1967 – Clark précède Rindt, Hulme  et Jacky Stewart

GP Pau 2005 Lewis Hamilton

 

A noter, pour les statisticiens, qu’avec Lewis Hamilton (7 titres, 2008, 2014, 2015, 2017, 2018, 2019, 2020…), Juan-Manuel Fangio (5 titres, 1951, 1954, 1955, 1956 et 1957), Jack Brabham et Jackie Stewart (3 titres chacun, 1959, 1960 et 1966 pour Brabham, 1969, 1971 et 1973 pour Stewart), Alberto Ascari et Jim Clark (2 titres chacun, 1952 et 1953 pour Ascari, 1963 et 1965 pour Clark), Jochen Rindt (1 titre en 1970), ce ne sont pas moins de … 23 titres, vingt-trois, de Champion du monde (sur 71 depuis 1950) qui franchirent en premier, la ligne d’arrivée du circuit dans la cité !

 

UN TOUR DE CIRCUIT S’IMPOSE….

 

F4 2018- GP de PAU-SACHA LEHMANN passe devant la statue FOCH

 

Ligne droite des stands qui amène à la courbe du même nom, courbe très rapide, sans aucune visibilité, puis gros freinage pour le célébrissime virage de la gare, un droite serré témoin de nombreux dépassements et autres tentatives pas toujours couronnées de succès… Puis la montée vers le Pont Oscar, étroite, qui finit par un terrible freinage, face au mur d’une belle villa Paloise et sur une piste bombée en son milieu (!), pour aborder l’épingle qui passe sous le fameux Pont Oscar, et après une courte accélération, voici le virage le plus lent du circuit, scène de très nombreux accrochages, l’ Épingle du Lycée.

En sortie, très franche accélération jusqu’au gauche du Casino, courbe rapide, qui commande l’entrée dans le Parc Beaumont, et sa très longue courbe à droite qui termine par un gauche/droite qui passe au pied de la statue du Maréchal Foch. Nous sommes là sur un monument du sport auto national, peut-être même mondial.

Ils sont tellement nombreux, ces pilotes téméraires, ayant laissé leurs espoirs de victoire ou de podium, dans les bottes de paille ou les rails et les pneus installés aux pieds de l’illustre Maréchal.

D’ailleurs, à Pau, et dans le sport auto, on connait davantage Foch pour son virage que pour ses succès militaires ! Après avoir franchi l’obstacle Foch, on attaque la descente Poeymirau (un autre militaire né à Pau, Général de son état) par un gauche rapide en pleine accélération, assez long, qui donne sur ce que l’on appelle l’Épingle du Buisson, avant d’attaquer la fin de la descente avec un gauche droite rapide et le gros freinage (face à un magnifique et bien solide mur !) de la chicane qui conditionne la ligne droite des stands, l’avenue Gaston Lacoste.

2,760 km de pure folie, où les rails jouxtent les trottoirs, à moins que ce soit l’inverse… et où la moindre erreur se paie cash, où l’on ne peut respirer que dans les deux seules courtes lignes droite, où la concentration doit être maximale et où l’adrénaline est sécrétée en grande quantité !

Du pur bonheur, en somme!!! Avec à chaque tour une sacrée charge émotionnelle…

 

GP de PAU 2012 – Sébastien LOEB victorieux en PORSCHE Cuo

 

Pau, c’est aussi une ambiance à nulle autre pareil. La fête au cœur de la ville, du public nombreux. Le lycée, situé juste à côté de l’épingle du même nom, fermait ses portes lorsque les premiers essais se déroulaient le vendredi, bien entendu, les cours du samedi matin étaient reportés aux calandres grecques… eh oui j’ai osé, mais c’est tellement de circonstances.

Le public arpentant l’arrière des stands, pouvant aisément côtoyer les pilotes, c’est aussi ça Pau. Le sport auto aurait dû rester Palois, simple, efficace, difficile, faisant des pilotes des sortes de chevaliers des temps modernes pour qui, à vaincre sans péril on triomphe sans gloire.

Pau, c’est aussi le talent inimitable d’un Jean Bruno, le speaker des grandes années, qui faisait se lever le public de la célèbre tribune lacustre, non pas forcément pour applaudir le leader, mais pour encourager les derniers, à la manière d’un public de stade de rugby qui encourage son équipe, même en train de perdre.

Jean Bruno, qui répétait à l’envie, que si Henri IV avait eu une Formule 2, jamais Ravaillac n’aurait pu le poignarder ! C’est aussi un peu plus tard, un Lionel Froissart, speaker occasionnel, qui met en liesse le public lors d’une course de F3000 inintéressante et insipide.

Pau et son GP, c’est aussi la naissance de nombreuses vocations autour du sport auto et de l’automobile en général, pilotes, journalistes, communicants… ils se reconnaîtront.

Pau, c’est aussi des anecdotes savoureuses, comme celle d’un Graham Hill, double Champion du monde F1 et parfait gentleman s’il en est, qui, cinq minutes avant le départ du Grand Prix demande…  qu’on lui double sa ‘prime de départ’ – courant à l’époque ces primes – sous peine d’abandon après un tour de course!

C’est aussi la première course en Europe d’un certain … Gilles Villeneuve, c’était en 1976!

J’ai eu l’insigne honneur d’accompagner le chauffeur qui lui avait été attribué, puisque parlant anglais, je pouvais servir d’interprète ! Tellement heureux d’aller récupérer Gilles à l’aéroport, je n’ai surtout pas précisé à mon donneur d’ordre, qu’en tant que Québécois, Gilles était francophone !

L’histoire plus récente du Grand Prix de Pau, aprés la F1, puis des années de F2, suivi des F3000, ce fut le Championnat d’Europe de F3, le Championnat du monde des voitures de tourisme, le fameux WTCC, le Championnat de France de GT4, de F4. De belles disciplines, des beaux Championnats.

 

F3 2017 GP de PAU – Maximilian Günther, en téte au virage de la gare- Photo Nico PALUDETTO

 

Pour la deuxième année consécutive (2020 et 2021), le GP de Pau n’aura pas lieu. Ce Grand Prix est une des plus belles vitrines que la ville de Pau a à offrir, avec son circuit urbain qui reste unique en France et… mondialement connu dans le monde!

Mis à part quelques tracés qui utilisent des immenses parkings, seuls Macao, Monaco et Pau (par ordre alphabétique !) peuvent prétendre être des circuits en ville. Et de plus, avec une telle histoire…

 

 

GP de PAU- Les pilotes F3 passent sous le fameux PONT OSCAR

 

Il faut sauver ce chef-d’œuvre, avant qu’il ne devienne qu’un lointain souvenir. Car assurément ce chef-d’œuvre est aujourd’hui en péril… Pau est une ville dynamique et sportive, dont le nom résonne bien en France grâce au Rugby et la Section Paloise, au Basket avec l’Elan Béarnais, au Foot-ball avec le Pau FC.

Et sur le plan international, la ville est connue par son Grand Prix Automobile, son CSIO 5 étoiles en équitation et son étape incontournable étape du Tour de France cycliste.

Il est certain que le sport auto doit retrouver un second souffle et se réinventer, mais Pau, avec son circuit dans la Cité, se doit de jouer un rôle dans ce renouveau… au nom de l’histoire et des illustres Champions qui s’y sont illustrés.

 

Gilles VIRMOUX

Photos : Antoine CAMBLOR- Nico PALUDETTO – Alexis GOURRE – Archives VIRMOUX et DR

 

Grand Prix de Pau en 1933

Grand Prix de PAU – Jack Brabham, vainqueur en 1966

Grand Prix de Pau – Jim Clark en 1965

 

 

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