JEAN-BERNARD PEYRÉ… DÉJÀ 40 ANS CE 25 AOÛT 2020 !

 

 

 

Séquence Souvenir… Séquence Émotion…
en ce mardi 25 août 1980 !

 

… Au volant de sa Renault 5 Alpine Turbo argent, le regard livide, Jean-Bernard lâche après un quart d’heure de silence :

 » J’ai pris dix ans d’un seul coup ! « 

Nous sommes alors le Lundi 18 Août 1980, sur la route de retour des Obsèques de Patrick Pons à Poses en Normandie, près du Vaudreuil.

Exactement huit jours plus tard, Jean-Bernard Peyré perdait la vie, à son tour, sous les roues d’un camion.

Un choc émotionnel aux ondes de résonance insoutenables qui me plonge toujours dans un immense désarroi, quarante ans plus tard.

La passion pour la moto nous avait réuni, uni comme des frères ne sachant pas encore qu’elle pouvait tout reprendre, tout vieillir.

Mais qui était Jean-Bernard Peyré pour les nouvelles générations ?

UN PEU D’HISTOIRE…

Jean-Bernard Peyré-1980-2010- 40 ans déjà Photo : Michel Picard

 

 

Jean-Bernard voit le jour le 30 septembre 1952 à St. André du Bois, en Gironde. Il débute la Compétition Moto en 1973 par la célèbre et sélective ‘Coupe Kawasaki’, remportant à Montlhéry, sa première course sous la pluie.

«  J’aimais bien la S2 Kawa, elle avait une tenue de route exceptionnelle ».

 

Les débuts en Endurance avec l’Écurie Leuridan.

1975 JB. Peyré, Albert Judenne, Jacques Leuridan et Xavier Maugendre

 

En 1974, il apprend l’Endurance aux côtés de Didier Ravel (8èmes au Bol d’Or) sur une 900 Kawa du Concessionnaire Jacques Leuridan et ce grâce à l’aide d’Albert Judenne, Directeur des Services Techniques Après-Vente de la ‘Sidemm’ et de l’œil bienveillant du Patron de l’Importation Kawasaki : Xavier Maugendre.

Jacques Leuridan nous parle de cette époque :

« J’avais un père passionné de Moto. J’ai rencontré Albert Judenne à l’École d’Apprentissage de Cachan. J’ai d’abord été Concessionnaire Honda à Montreuil et Judenne travaillait chez Honda à la Moto avec Xavier Maugendre et Jean-Louis Guillou à l’Automobile. Ensuite j’ai retrouvé Judenne et Maugendre chez Kawasaki, voisins de mon magasin dans le 13ème, au 86 de la Rue Nationale. Il existe toujours car je l’ai revendu à un petit jeune lorsque j’ai pris ma retraite. La ‘Sidemm’ Kawa au début se trouvait Rue des Malmaisons dans l’ancien atelier de Murit avant de déménager Rue de l’Église. C’est comme ça que j’ai connu Christian Ravel qui était souvent chez l’Importateur Kawa qui le faisait courir avec aussi Éric Offenstadt. J’avais créé un Moto-Club, dont Judenne, ancien Pilote de Vitesse, était le Président. C’est là que j’ai fait la connaissance de Jean-Bernard Peyré, Dominique Méliand et Michel Puy qui deviendra le passager de Jean-Claude Peyré, frère de Jean-Bernard, dans le Championnat de France de Side-Cars. J’ai fait courir Jean-Bernard sur les conseils de Judenne en ‘Coupe Kawa’ en 73 et en Coupe 750 sur la H2 puis en Endurance en 74 sur une 900 pratiquement d’origine. Judenne m’avait dit :  » Tu t’occupes de ce p’tit gars là !  » En 74, j’ai amélioré la moto en l’équipant d’une partie cycle ‘Grosse Bayer’ et nous avions pris la 8ème place au ‘Bol d’Or’ qui se courrait au Mans. Au début, c’était l’écurie Leuridan aux motos de couleur mauve, mais ensuite pour être plus sûr d’être engagé à l’étranger ce fut le Team Leuridan. Nous étions certains d’être prioritaire. »

Comme me le confia Xavier Maugendre :

«  La Coupe Kawa et l’Endurance ont été la clef de voûte pour l’image de Kawasaki ».

 

Fondation de l’Écurie JPM.

1978 – Paris ‘Salon de La Bastille’ – Mercredi 1er Mars sur le stand Pipart Moto – G à D : Maurice Maingret-Alain Monnot-Guy Pipart-Jean Bernard Peyré-Albert Judenne © Photo Michel Picard

 

En 1975, Jean-Bernard fonde avec Judenne, l’Écurie JPM. aux couleurs orange (Judenne-Peyré-Motul) se classant avec toujours Didier Ravel, 5èmes au Bol d’Or et 8èmes aux ‘1000 Kms du Mans’.

Lors des ’24 de Liège’, Maurice Maingret remplace Didier Ravel car, sinistre souvenir, c’est en 1971 que son frère Christian Ravel se tua lors du GP. sur le tracé de Spa-Francorchamps.

Nouveau coup du destin… alors qu’ils occupaient la seconde place, Maurice est victime en pleine nuit d’une panne de lumière à 2 h 38 et se brise la jambe dans la Courbe de Burnenville, la plus rapide de l’ancien tracé Ardennais.

Tout en travaillant à la station d’essence de Chaville, puis au garage familial de Versailles, Jean-Bernard assurait la préparation des motos avec l’aide d’un certain… Dominique Méliand qui vient de raccrocher son cuir. Chaque soir, le travail à l’EDF. achevé, Dominique débute une seconde journée dans le petit atelier qui jouxte le pavillon situé au lieu-dit « Les Metz » sur les hauteurs de Jouy en Josas.

Préparateur de la célèbre Écurie Cassegrain d’Orléans

1976-Départ des 24 H du Mans-La Kawa Cassegrain-JB. Peyré et M. Maingret -À gauche de Nono, Jean Jacques Cassegrain ©-Photo-Michel-Picard

 

En 1976, nos chemins se croisent car Jean-Jacques Cassegrain, Concessionnaire Kawasaki à Orléans, délègue la préparation devenue trop prenante des ‘1000 Kawa’ de son écurie très réputée (victoire au Tour Moto 74 toutes catégories avec William Gougy, Christian Estrosi et Georges Fougeray, seconde place au Bol d’Or 75 avec Estrosi-Husson), à Jean-Bernard qui devient, à 24 ans, Pilote-Préparateur à temps complet.

Jean-Jacques Cassegrain lui-même issu de la Compétition (vice-Champion de France 1962 face à Jean-Pierre Beltoise ) et le manager de l’écurie, Alain Monnot – aujourd’hui l’un des Journalistes du Site AutoNewsInfo – ont toujours fait confiance aux jeunes pilotes méritants comme Patrick Pons, William Gougy, Bernard Fau, Hubert Rigal, Christian Estrosi, Hervé Moineau…

C’est Maurice Maingret, issu du sérail et également Pilote de Vitesse (9e et 6e des GP. de France 125 en 74 et 75) qui épaulera pour la Saison 76, Jean-Bernard.

Cette association est couronnée de succès par leur grandiose victoire aux ‘8 Heures du Nürburgring’ sur le mythique Circuit de l’Eifel, à la barbe du local Helmut Dhane sur l’ Honda Heckert.

 

1976 –  8 Heures Nürburgring 18 Juillet – Écurie Cassegrain Kawasaki – P1 – Jean-Bernard Peyré et Maurice Maingret © Photo Michel Picard

 

Lors des ’24 Heures de Liège’, la victoire n’a tenue qu’à… une chaîne qui a cassé… dans le dernier tour, avant son remplacement.

Hervé Moineau épaulait Maurice Maingret car Jean-Bernard s’était cassé le bras en essayant la moto au Mans. Avec une 5ème place aux ‘1000 kms du Mans’ et aux ‘400 Miles de Thruxton’, une 7ème aux ‘1000 Kms. du Mugello’, l’Écurie Cassegrain doit pourtant cesser fin 1976 sa présence en compétition devenue trop onéreuse pour un Concessionnaire.

Comme le souligne Jean-Jacques Cassegrain :

« Nous avons eu la chance d’être soutenus par Georges St. Génies de chez Total et Xavier Maugendre que j’avais connu en 1956 car nous étions élèves au Garac, moi pour préparer un CAP. Moto et lui Auto. En Septembre 70 je suis devenu ainsi Concessionnaire Kawasaki mais j’ai été aussi Concessionnaire Suzuki depuis juillet 67 et durant 38 ans Rue Royale puis Avenue Dauphine à Orléans ! »

 

1977-1979 : Le Pipart Racing Team

1978 – 24 Heures du Mans- Dimanche 23 Avril – Écurie Pipart – JB.Peyré au guidon © Photo Michel Picard

 

En 1977, Guy Pipart, Concessionnaire Citroën mais aussi Kawasaki à Chelles et à Meaux en Région Parisienne, prends le relai de Cassegrain, en créant le Pipart Racing Team, aidé par la Sidemm, Total et Eyquem.

La préparation des motos continuent d’être assurée par Jean-Bernard Peyré mais toujours aidé en soirées par Dominique Méliand et Alain Monnot au management.

La bande à « Nono », surnom de Jean-Bernard, s’attaque au Championnat d’Europe d’Endurance avec pour équipier le jeune  » troufion  » de 22 ans, Hervé Moineau affecté, en tant que sportif de haut niveau, au Bataillon de Joinville.

Les vilebrequins cassent sur les épreuves de 24 heures mais de bons résultats sont engrangés durant cette saison dominée par l’armada Honda dirigée de main de maître par Jean-Louis Guillou. (6èmes places aux 8 H. du Nürburgring et aux 1000 Kms. de Mettet, 5ème aux ‘1000 Kms du Paul-Ricard ‘et 7èmes aux ‘500 Miles de Thruxton’) .

1978, reste la plus fructueuse saison pour le Pipart Racing Team et le duo reformé Peyré-Maingret (seconds à l’issue des premières 24 Heures du Mans et des 24 Heures de Liège, 4èmes au ‘Bol d’Or’ et 5èmes aux ’24 Heures de Barcelone’ disputées dans le dangereux Parc de Montjuich).

Cette année-là, la Kawasaki Pipart est dotée d’un nouveau bras ‘cantilever’ maison, développé avec le fabricant d’Amortisseurs ‘De Carbon’, le motoriste Alain Terrier a rejoint à temps plein l’atelier des  » Metz « .

Jean-Bernard devient Pilote de Développement Michelin avec un jeune ingénieur Aimé Chatard , qui deviendra plus tard Directeur du Service Compétition ! Et grâce aux nombreux kilomètres d’essais, la Kawa Pipart, confirme le potentiel de l’association et les talents de metteur au point de Jean-Bernard Peyré.

‘Nono’ collabore également avec ‘Labo Industrie’ et adaptent les ‘bougies Eyquem’ à la moto et les plaquettes de freins pour ‘Abex’ peaufinées par l’Ingénieur de talent Jean-Pierre Auger.

Il restera un ami fidèle passant ses temps libres des fourneaux pour le bonheur de tous, au chronométrage, poste stratégique mais ingrat car manuel à l’époque.

 

1978- Tour de France Moto- JB. Peyré avec Gilles Gaignault et Daniel Rouge – Photo : Michel Picard.

 

 Jean-Bernard Peyré et le Pipart Racing Team participent aussi en 1978 au Tour de France Moto, un peu par curiosité et en assistant aussi deux journalistes, Gilles Gaignault et Daniel Rouge qui vécurent ainsi la compétition de l’intérieur sur leurs Kawa.

Je pense que Jean-Bernard, dans sa soif de découverte, aurait voulu connaître plus tard l’aventure des Dakar de cette grande époque.

« Une Équipe.Une Saison » est le film Super 8 d’une heure trente que j’ai réalisé en 1978 sur cette belle épopée mais je n’ai plus eu le courage de monter les films des Saisons 79 et 80 depuis la disparition de Jean-Bernard. Un jour sera peut-être venu de sortir toutes ces bobines de l’ombre…

 

1978 – 24 Heures de Liège – Dimanche 4 Juin – Écurie Pipart – Jean-Bernard Peyré au guidon © Photo : Michel Picard

 

1979 est la dernière saison des belles Kawa vertes Pipart mais les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances de l’écurie tant la spirale infernale des chutes au Mans, à Barcelone, à Spa et à Mettet annihile tous les espoirs légitimes et le potentiel de l’équipage Peyré-Maingret qui s’adjuge  pourtant deux belles 4èmes places aux ‘6 Heures d’Assen’ et aux ‘8 Heures du Nürburgring’.

La Saison se termine sur une 5ème place aux ‘1000Kms de Brands Hatch’ avec Pierre Soulas en remplacement de Maingret blessé. Pour le ‘fun’ enfin, la paire Peyré-Soulas remporte  les ‘6 Heures de Coulommiers’ qui se déroulent sur l’ancien aérodrome semblable aux tracés bétonnés Anglais d’après-guerre.

 

1979 – 6 Heures de Coulommiers- 1ers JB. Peyré et Pierre Soulas © Photo Michel Picard

 

Un peu à l’image de St. Exupéry, décollant de Coulommiers pour livrer bataille dans les cieux de Picardie, Jean-Bernard Peyré voyait à l’Automne 79, les portes de son destin s’ouvrirent du côté du Pays du Soleil Levant.

En volant au-dessus des nuages il allait découvrir le célèbre bleu azur, la couleur pure qui sera celle aussi de la nouvelle Suzuki GS 1000 R.

Peyré se verra confier par l’usine cette nouvelle mission, celle de faire gagner Suzuki dans le Championnat du Monde d’Endurance et ce dans le jardin du géant Honda.

1980 ou L’Appel de Suzuki Factory

1980 – Essais de la Suzuki sur le circuit usine de Ryuyo au Japon en février 1980 – Pop Yoshimura avec Jean-Bernard Peyré © Archives famille Peyré

 

Je revois encore Jean-Bernard fermer sa valise pour le Japon sur l’air de la chanson de Sardou…

…«Je vole» !

Et sous les regards fiers mais inquiets de ses chers Parents, Suzanne et André. Leur enfant semblait leur échapper et plus rien ne semblait pouvoir le retenir, même pas la table toujours ouverte pour les copains, vers ce pays si lointain :

Sa nouvelle destinée !

Les résultats, la qualité reconnue de la préparation des Kawa Cassegrain, puis Pipart et le sérieux de la présentation de ces équipes ont été des facteurs déterminants dans le choix effectué par les dirigeants Japonais d’Hammatsu et de leur Directeur du Service Compétition, Mitsuo Itoh.

L’Importateur Français des Suzuki, Pierre Bonnet, prenait part au projet audacieux un peu à contrecœur car il estimait gagner plus d’argent grâce à l’importation des premiers feutres verts ‘Bell Pentel’ qu’avec les motos !

 ‘Labo Industrie’ par contre lançait sous l’impulsion de son Patron Mr. Bruno, et les conseils avisés de Jean-Bernard, une nouvelle marque de produits destinés à la moto (huile, bougies…) sous le nom imprononçable de… KVAS. !

Un Service Course était créé grâce à Jean-Bernard avec plusieurs pilotes parrainés dont le plus célèbre, Patrick Pons qui gagnait d’ailleurs les ‘200 Miles de Daytona’ en ce début 80 sous les couleurs KVAS.

Jean-Bernard Peyré faisait partie de l’expédition en Floride comme Assistant Technique et les retombées furent énormes. 

Les talents de pilotage et de metteur au point de Jean-Bernard Peyré sont donc reconnus dorénavant mondialement.

 

1980 – 24 Heures de Barcelone à Montjuich – Écurie Suzuki France Pierre Bonnet – Au départ JB. Peyré et PE. Samin avec JM. Bonnay assis sur la GS 1000 R N°31 – Samedi 05 Juillet © Photo : Michel Picard

 

Il embauche à plein temps un mécanicien : Jean-Marc Bonnay dit  » Snoopy  » qui sera épaulé toujours par Dominique Méliand.

Un nouveau camion d’occasion et une caravane plus spacieuse sont achetés et toute la bande des fidèles à « Nono » change de couleurs passant du vert au bleu, les couleurs de la nouvelle société ‘Promoto’ fondée par Jean-Bernard.

La Saison 1980 débute en fanfare avec la seconde place acquise aux 24 Heures du Mans avec Fabien Gibol et la victoire dans la catégorie TTF1.

 

1980- Zeltweg  – JB. Peyré et PE. Samin – P1 sous la pluie © Photo : Michel Picard

 

En Autriche, la Suzuki oublie tout le monde sous la pluie grâce aux gommes Michelin et remporte sa première victoire aux ‘1000 Kms. de Zeltweg’, avec un jeune loup talentueux repéré par Jean-Bernard lors du GP. de France au Circuit Paul-Ricard, un certain Pierre-Étienne Samin.

Après la 4ème place obtenue à Suzuka, la 5ème au Nürburgring, la 6ème à Assen, Jean-Bernard et son écurie Suzuki-France Kvas, sont en tête du Championnat du Monde !

 

Tout bascule le Lundi 25 Août 1980 …

1980 : 44éme Bol d’Or – Dimanche 14 Septembre – Doublé de l’équipe Suzuki France Promoto Kwas de JB Peyré… décédé trois semaines auparavant © Photo Michel Picard

 

Une portion rapide d’autoroute à deux pas du Petit-Clamart avec des travaux entrepris durant le voyage à Suzuka, une déviation surprise dans une grande courbe à l’aveugle trop connue, un rail ouvert en guise de chicane, tel est le décor du drame…

Ajoutez-y un « putain » de camion placé au mauvais endroit, à la mauvaise seconde !

En ce beau début d’après-midi de fin de vacances, rien désormais ne sera plus comme avant.

Courageusement, Maman Peyré nous réunis et nous demande de continuer la Préparation en cours pour le Bol d’Or et de présenter les deux motos au départ.

Pour la mémoire de Jean-Bernard.

 

1980- 44ème Bol d’Or- Circuit Paul Ricard – Écurie Suzuki France Pierre Bonnet – Relais des vainqueurs, F. Gross-PE. Samin GS 1000 R-Dimanche 14 Septembre © Photo Michel Picard

 

L’incroyable scénario se produit sur le superbe Circuit Paul Ricard avec les abandons successifs de toutes les Honda, Kawasaki et Yamaha officielles toutes pilotées par de grands Champions (Spencer, Aldana, Baldé, Asami, Van Dulmen, Rigal, Fontan, Moineau, Léon, Chemarin…).

La Suzuki N° 15, celle que devait piloter Jean-Bernard et qui porte seulement son nom peint en lettres blanches sur les flancs du carénage, remporte l’épreuve, tant convoitée, aux mains de son orphelin d’élève, Pierre-Étienne Samin associé à Franck Gross.

 

1980- 44ème Bol d’Or- Circuit Paul Ricard – Écurie Suzuki France – Pierre Bonnet – Pierre Étienne Samin – GS1000R – N°15 – Samedi 13 Septembre © Photo : Michel Picard

 

Mieux, le « mulet » engagé pour Jean Monnin et Gary Green, assure un doublé historique mais dans des circonstances exceptionnellement émouvantes où les larmes de satisfaction ont un goût bien amer…

Toute la course s’est déroulée comme s’il y avait eu une sorte de force supérieure au-dessus de nos têtes.

On n’y crois ou pas à ces choses-là, mais il s’est passé un truc qui nous dépasse encore quarante ans après !

La réalité a dépassé la fiction ce jour-là…

 

40 ans plus tard…

 

1980 – 44ème Bol d’Or – Circuit Paul Ricard – Écurie Suzuki France Pierre Bonnet – Les futurs vainqueurs Franck Gross et Pierre Étienne Samin – GS1000R N°15 – À droite, JM Bonnay dit Snoopy  – Samedi 13 Septembre © Photo Michel Picard

 

En 1981, le SERT. voit le jour à Versailles grâce à la confiance et à l’esprit des Japonais de la  » Suzuki Family  » dirigée par M. Itoh envers l’ancienne équipe de Jean-Bernard, dirigée jusqu’à l’été 2019, par Dominique Méliand.

Si l’extraordinaire genèse du ‘Suzuki Endurance Racing Team’ a atteint les sommets mondiaux du succès dans la spécialité (65 victoires, 15 titres mondiaux, 15 Bol d’Or et 9 succès aux 24 Heures du Mans) au point d’entrer dans la légende des sports mécaniques, n’oublions pas que le départ de cette aventure revient à notre ami Jean-Bernard qui savait façonner les liens entre les hommes .

Il a été le catalyseur de cette alchimie faîte de rencontres entre copains de Moto-Clubs de quartiers Parisiens, d’hommes influents et désintéressés mais passionnés, de décideurs visionnaires.

Une époque qui faisait vraiment confiance en sa jeunesse, où une poignée de mains remplaçait tous les agents et contrats alambiqués d’aujourd’hui, où le portable n’existait pas mais où tous les rendez-vous se tenaient à l’heure.

Une époque où nous ne connaissions pas les gestes barrière mais où les décideurs répondaient au téléphone tendu par leurs secrétaires. Maurice Maingret me le rappelait encore hier.

 

1978 – 24 Heures du Mans Moto – Samedi 22 Avril – Écurie Pipart N°8 – Premier plan De Gauche à Drite : Jean Gallard de TOTAL – JB. Peyré-Maurice Maingret © Photo Michel Picard

 

Des importateurs comme Xavier Maugendre pour Kawasaki, Jean-Claude Olivier pour Yamaha, Jean-Louis Guillou ou bien encore Jean Gallard pour les Services Compétition Honda et Total, n’hésitaient pas à parler de l’avenir avec des pilotes en quête d’un guidon ou d’un sponsor.

Nous avons connu le meilleur peut-être des trente glorieuses d’après-guerre mais aussi cette guerre du Golfe qui fit flamber les prix, celle du tabac où les contrats sont partis en fumée, la chute des frontières aux attentes interminables avec les Pays de l’Est et la fin des télex ou autres télégrammes qui annonçaient les bonnes ou tristes nouvelles.

Nous avons été les témoins et acteurs des plateaux du 13 H. de TF1 d’Yves Mourousi, les lendemains du ‘Bol’ ou des ’24 Heures du Mans’ et les directs acrobatiques de nos amis Chapel, Dunac et ‘Loulou’ Bernardelli.

Nous avons dévoré les articles, sur 4 voire 6 pages du grand Quotidien sportif, l’Équipe ‘rose’ les Samedi et ‘jaune’ les Lundi, des grands témoins comme Patrick Chapuis, François -Xavier Beaudet dit  » Fix » disparu lui aussi tragiquement en novembre 1988, Gilles Gaignault ou Daniel Rouge, qui faisaient la course aux cabines téléphoniques, avec leurs appels qui coûtaient des fortunes hors frontières.

Nous avons connu l’angoisse de ces Journalistes d’avoir au bout du combiné, la Secrétaire attentive aux  « A » comme André aux  »S » comme Simone, sans oublier une virgule, pour sortir épuisés, en nage, mais heureux d’avoir « pissé » leurs copies à l’heure !

Et que dire des photographes qui se faisaient escorter par les motards des Compagnies Républicaines de Sécurité pour porter les ‘Ektas’ au labo. Un autre temps…

 Cette année 80 fut la pire hécatombe pour notre milieu du sport moto, car outre Jean-Bernard Peyré, la mort faucha en pleine gloire, nos potes Frédéric Krajka, Olivier Chevalier, Patrick Pons et Christian Léon.

Jean-Bernard Peyré aimait à répéter avec la modestie qui le caractérisait :

« La réussite que j’ai, c’est grâce à mes copains ».

Ces résultats ou ces galères ont été partagés au guidon avec Jean-Bernard par plusieurs équipiers :

Didier Ravel, Maurice Maingret, Denis Boulom, Hervé Moineau, Pierre Soulas, Christian Le Liard, Fabien Gibol et Pierre-Étienne Samin.

Rappelons que les Courses d’Endurance se disputaient jusqu’en 1983, à seulement deux pilotes, depuis les équipages roulent à trois.

 

1978 – Zandvoort JB.Peyré et Dominique Méliand © Photo Michel Picard

 

Le ‘SERT’ de Dominique Méliand a fait perdurer, en quelque sorte, l’œuvre inachevée au-delà de ce destin tragique sans trahir la devise de Jean-Bernard Peyré :

 « Toujours faire mieux »

Henri Cartier-Bresson, le grand Maître de la Photographie, aimait à répéte:

« La grande Photographie, c’est un cadeau qui vous est offert mais en même temps c’est la mort. Ça disparaît. C’est fini ».

Ma rencontre avec Jean-Bernard Peyré fut aussi le fruit du hasard, comme une photo, comme un grand cadeau de la vie. »

 

RIP ‘NONO’

 

Michel PICARD

Photos : Michel PICARD

 

1980-1er septembre-Cimetière de-Jouy en Josas- Les Adieux à JB Peyré-©-Photo: Michel Picard.

 

1977 : Article de Gilles Gaignault – Journal La Moto © Archives Michel Picard

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