MAURICE FOULGOC NOUS A QUITTÉ. IL AVAIT LA JEUNESSE D’ESPRIT D’UN JEUNE HOMME, MALGRÉ SES 92 ANS.

 

 

 

 

 

‘Maurice Foulgoc nous a quitté. Il avait la jeunesse d’esprit de ses 92 ans’

Ainsi s’exprime Robert Sarailh, le Fondateur des Ascenseurs sur mesure ATS, grand passionné de tout ce qui touche au Monde de l’Automobile et qui fut acteur en étant des années durant, l’un des principaux sponsors Français sur les circuits, aidant et finançant la carrière de nombreux jeunes pilotes mais aussi des équipes renommées comme celle d’Henri Pescarolo ou d’Yves Courage.

Robert nous a adressé un fort joli texte en hommage au disparu.

 

 

Le Mans-1952-Maurice FOULGOC avec François LANDON.  Photo : AUTODIVA

 

Chère famille Foulgoc.

 

Ce vendredi matin 24 juillet 2020, je me trouvais sur la route du Beausset, où je me rendais pour visiter mon ami Maurice Foulgoc, profitant de mon déplacement au Circuit Paul Ricard.

J’ai fait sonner le téléphone de Maurice, mais  il est passé sur messagerie…
j’ai eu cette fois-ci une appréhension !

Puis le téléphone de son fils Jean Yves décroche,  je pense alors il est auprès de lui, je l’écoute un peu stressé, je me rends vite compte que je ne reverrais plus mon ami Maurice, il me recevait toujours,  même à l’improviste avec une bonne humeur inégalable et chaleureusement, trouvant dans sa mémoire ses souvenirs de courses imagés qui me régalaient.

Ces dernières années, j’ai toujours souhaité l’amener avec moi sur le Circuit Paul Ricard, tout près la haut sur le Plateau du Castellet, pour lui faire sentir et voir ces belles autos de course, celles qu’il a côtoyé durant toute sa vie.

J’espérais le miracle, celui qui lui permettrait de venir avec moi dans les paddocks. J’avais  tout envisagé pour lui, l’aide d’une ambulance avec fauteuil pour handicapé et ce afin de lui faciliter le déplacement et je me disais qu’assis, ainsi il se trouverait tout près des moteurs et mécaniques et que ce serait un plaisir pour lui.

Hélas, je ne suis pas arrivé à le convaincre de ce dernier exploit. Je me disais que Maurice redoutait sûrement de se retrouver face à ces belles autos qu’il a tant aimé, mais aussi au contact d’anciens mécaniciens et pilotes qui l’auraient reconnu et sollicité pour des photos et des souvenirs à nous rendre, redoutaient il ces instants qui l’auraient amené à retenir ses larmes ?

Je peux penser que oui…

Maurice ? Je l’aimais comme un père mais aussi comme un maître, tout ce qu’il m’expliquait,  de son métier je le comprenais, il était clair et précis dans les détails.

Maurice a été un grand Mécanicien, un pilote aussi, en 1957 aux USA., il remportait avec son ami Maurice Michy, une superbe victoire de classe, à bord d’une Renault Dauphine Spéciale.

Renault premier Constructeur où il a passé une grande partie de sa vie, en plus de la maîtrise de la mécanique il était un bon pilote que tous ses amis pilotes professionnels voulaient avoir avec eux comme co-pilote dans les rallyes et courses à étapes car tous savaient que ce cher Maurice les sortirait d’une méchante panne, d’un incident.

Maurice  maîtrisait son sujet, il était le camarade loyal qu’on souhaitait avoir avec soi dans toutes les galères sur les routes, en compétition comme dans la vie.

C’est avec grand plaisir qui me donnait les détails des subtilités des préparations et mises au point des voitures. Les Renault Dauphine Spéciales ou Gordini ou 1093, il n’avait rien oublié, il se souvenait de tous les détails qu’il avait mis en application.

Puis vint la période de Ford France, où là encore, il a œuvré comme chef mécanicien et comme co-pilote, pour Henri Greder par exemple dans le Tour de France 1963, dans la Ford Galaxie, ils auraient dû le gagner d’ailleurs ce Tour mais une pénalité, les en a privé alors qu’ils remportaient la majorité des courses sur circuit mais aussi les Spéciales.

Le récit  que l’on retrouve dans la Presse et notamment dans les colonnes de ‘Sport Auto’  de ce Tour de France 1963 est un régal !

Henri Greder et Maurice Foulgoc en ont été les héros.

Ces deux bons amis ont aussi vécus un drame en 1963, en traversant l’ex Yougoslavie, à Skopje où ils faisaient étape pour la reconnaissance du Marathon de la Route ‘LIÈGE-ROME-LIÈGE’.

En effet, au cours de la nuit, un tremblement de terre détruit notamment leur hôtel, 90 % de victimes sur place et nos deux amis se retrouvent miraculeusement parmi les rares survivants… Ainsi va la vie ! 

Ford France rapatriera nos deux Champions pratiquement indemnes.

Enfin, Maurice Foulgoc terminera sa carrière chez Matra, et avec cette prestigieuse équipe, il remportera le Championnat du Monde Sport Prototype et le titre en Formule 1 avec Jacky STEWART, une grande consécration pour lui naturellement.

Puis après ses trois victoires au Mans (1972-1973-1974) Matra se désengagera de la course automobile, mais un homme de valeur comme lui trouvera une belle reconversion dans le groupe Matra, parmi les différents services installés alors à Signes, au bord du Circuit  Paul Ricard.

Une carrière bien remplie, une vie pleine et entière auprès d’une épouse que j’ai aussi connue, tous deux adoraient le tennis et ils ne rataient jamais les grands tournois à la télévision, une grande passion qu’ils partageaient pour ce sport magnifique.

Maurice a partagé avec moi son album photo sur sa carrière dans le Sport Automobile si bien ordonné chronologiquement qu’en très peu de temps j’ai pu me rendre compte de l’étendue de ses activités.

Maurice a souhaité que je puisse copier ses photos car c’était toute sa vie et il voulait que je garde moi aussi ses souvenirs au milieu de tous ses amis pilotes, mécaniciens, ingénieurs.

Je vous promets de vous faire découvrir ses photos dans la Presse spécialisée.

Tu as bien mérité tout le respect de nous tous, nous pensons à toi cher Maurice sur le chemin de la félicité que tu empruntes à présent pour rejoindre tous ceux que tu as connus durant ta formidable vie et qui t’ont précédé. 

 

Robert SARAILH

Photos : AUTO DIVA

Je transmets cette information à vous tous qui avez côtoyé Maurice Foulgoc, cet ami du sport automobile qu’il a vécu avec passion, accompagné de sa chère épouse Odette, qu’il a rejoint maintenant, toutes mes condoléances à sa famille et ses trois enfants dont il était si fier !

Merci enfin à Gérard Gamand pour le très bel article qu’il a écrit l’an passé  dans son magazine ‘AUTO DIVA‘ et que Gérard nous autorise de publier dans AutoNewsInfo.

 

Maurice-Foulgoc, avec Jacques Lafitte en 1978-Équipe Ligier-V12 Matra

Maurice Foulgoc par Gérard GAMAND

« J’avais vraiment ça dans la peau »

Il fut au départ de belles aventures dans la course automobile. Il participa activement à la naissance du Service Compétition Renault, puis à la naissance de l’écurie Ford France et enfin à celle du Matra V12. Maurice Foulgoc nous a reçu, sur la recommandation de Roland Roy, dans sa retraite varoise. Un pur moment de bonheur en feuilletant l’album de ses souvenirs. Chaque image provoquant une plongée dans la mémoire d’une carrière hors du commun. Son précieux recueil de photos s’intitule fort justement : «une grosse tranche de vie». Nous vous proposons de la partager.

Nous sommes dans la petite commune du Beausset, célèbre en Course Automobile pour le nom qu’elle a donné à un virage du Circuit Paul Ricard au Castellet : le fameux « Double Droit du Beausset ». À quelques encablures de la piste varoise, Maurice Foulgoc nous reçoit dans sa maison du midi, nichée au milieu des lauriers roses. Il fait une chaleur accablante et tous les volets sont clos pour garder un petit peu de fraîcheur. Maurice se remet lentement d’un petit accident de santé et malgré ses 90 ans, il est enthousiaste à l’idée de parler course automobile.

Né en juin 1928 à Brest, il va rapidement s’intéresser à la chose mécanique et entrera en 1942 en apprentissage chez Renault alors qu’il a quatorze ans. Le fait que ses parents travaillent déjà chez le Constructeur est un «plus» important qui lui facilita la tâche. Il se destine alors au noble métier d’ajusteur et réussira, quatre ans plus tard, deux CAP., l’un d’ajusteur et l’autre de mécanicien auto. La guerre venant de se terminer, tout est à reconstruire. Grâce à son oncle, il réussit à intégrer le service entretien des prototypes de la marque, puis celui des «essais» de ces Renault 4CV ou autre Frégate et bien d’autres modèles qui n’avaient pas encore vu le jour auprès du public. Il se souvient en riant : « J’étais le seul gamin des services et j’apprenais beaucoup de choses. ». Son père disparaît en 1948 et il devient tuteur de sa famille. Mais c’est avec la naissance du Service Compétition qu’il va vraiment prendre son envol. François Landon est nommé responsable de cette activité nouvelle pour Renault et le nomme à ses côtés. Maurice continue cependant à être essayeur « Je bouffais des kilomètres au volant de la Juva 4 à moteur 4 CV ou encore lors des tests d’Endurance avec les Frégate. J’avais réellement ça dans la peau.».

 

Renault Compétition entre 1951 et 1963

 

En 1951, on trouve cinq Renault aux 24 h du Mans. Ce sont des petites 4CV et la n°50 va terminer à la 24ème place de l’épreuve avec l’équipage François Landon et André Briat en remportant la classe 750 cc. Jacques Lecat et Henri Senfftleben terminent quant à eux à la 27ème place, alors que Jean-Louis Rosier associé à Jean Estager, Jean Sandt associé à Paul Moser et Georges Claude faisant équipe avec Pierre Clause sont tous trois contraints à l’abandon. Maurice Foulgoc faisait partie de l’équipe des mécaniciens de ces débuts héroïques et il en garde un souvenir impérissable. L’opération sera renouvelée en 1952 avec de nouveau cinq 4CV au départ de la course mancelle. C’est l’équipage composé d’Ernest de Regibus et Marius Porta qui sera le mieux classé avec une 15ème place au classement général et une seconde place de classe derrière une Monopole Panhard X84. Jean Rédélé, le futur créateur d’Alpine, associé à Guy Lapchin prendra la 17ème place, alors que les trois autres voitures avaient dû abandonner (Just-Émile Vernet avec Jean Pairard, Louis Pons avec Paul Moser, tout comme Yves Lesur et André Briat). L’année suivante, Maurice Foulgoc suivra plus particulièrement les Renault «tank» 4CV engagées par la Régie Nationale des Usines (RNU). Jean-Louis Rosier, le fils de Louis Rosier, associé à Robert Schollemann prendra la 23ème place avec la n°53, tandis que la n°54 (Jean Rédélé et Louis Pons ) et la n°55 (Jacques Lecat et Henri Senfftleben) devront abandonner. Maurice Foulgoc se souvient : « Une fâcherie avec l’ACO. nous empêcha de participer à la course de 1954… ». Par contre, Renault engage quatre 4CV 1063 à la célèbre course des Mille Miles en mai 1954. L’équipe composée de Jean Rédélé et Louis Pons termine à la 66ème place et enlève la victoire en catégorie Tourisme moins de 750 cc. Équipée d’un petit moteur dopé par un carburateur double corps, la puissance décoiffante atteint presque 35 ch à 5200 T/M !

Des anecdotes, il en a des centaines comme lors d’un Rallye du Maroc avec Michy en 1955. Le pilote coule une bielle et abandonne sa voiture 4CV en rase campagne pour rentrer à Casablanca. Maurice Foulgoc part à la recherche de la voiture, sans prévenir le chef de poste (ce qui à l’époque était particulièrement dangereux), la retrouve et se met en devoir de réparer à la fortune du pot. Il confectionne un coussinet avec une ceinture, repart, mais le moteur ne tient pas. Il s’arrête dans un bled et achète… un moteur de 4CV cassé. Rien ne l’arrête et il enlève tout simplement une bielle pour rentrer cahin-caha sur trois cylindres. Il réussit ainsi à sauver la 4CV. Pour le remercier Michy lui offre des kilos de pâtes de fruit (son métier). Maurice Foulgoc est de tous les coups et il participe également à de nombreuses courses comme le Tour de Corse 1956 sur une Dauphine en compagnie de Jean Lucas où l’équipe doit abandonner. On le retrouve également en 1958 sur une Dauphine Gordini avec Claude Storez où, cette fois, il s’adjuge la seconde place au scratch devant Jean Guichet, Jean Vinatier, Pierre Orsini et Roger de Lageneste, excusez du peu !.

Il restera chez Renault au Service Compétition jusqu’en février 1963, en passant par l’épopée des Dauphine 1093, d’où il claquera la porte pour filer chez Ford France. J’avais reçu une très belle proposition financière et j’ai demandé à mon patron, de s’aligner pour que je reste. Il a été odieux et n’a rien voulu savoir. Après treize années de bons et loyaux services où je ne comptais pas mes heures, je ne méritais pas cela. J’ai donc démissionné. ».

Écurie Ford France entre 1963 et 1968.

 

« Henri Chemin me voulait absolument pour la création de Ford France car j’avais l’expérience du pilotage et de la direction technique ainsi que du management d’une équipe. De toute façon, je ne pouvais plus faire ce que je voulais chez Renault avec Jacques Ferret. J’avais quatre enfants et le choix fut facile à faire ! ». Ce furent les belles années de Ford France avec des pilotes comme Henri Greder, Jo Schlesser, Jean Vinatier, André Simon ou encore Guy Ligier. Ce furent également les courses en tant que co-pilote et même pilote (Maurice avait un très bon coup de volant) comme à Montlhéry en 1965 avec la Ford Falcon 4,2 litres pour marquer des points au Championnat de France. Une course avec Sir John Withmore et Jackie Stewart sur des Cortina Lotus. Que de beaux souvenirs. « Je m’occupais des monoplaces et des voitures de rallyes et nous n’étions que six salariés, cinq mécaniciens et moi, pour faire courir toutes les voitures. Nous étions installés dans un véritable gourbi rue Joseph de Maistre à Paris. Le local était exigu avec un monte-charge. Il était loué à Simon par Ford France. Il y avait deux « anciens » mécaniciens de Ford qui refusaient de faire des heures supplémentaires laissant les autres se débrouiller. Ce ne fut pas facile tous les jours … ». La structure avait été créée en janvier 1963 et confiée à Maurice Foulgac. Il y avait donc quatre mécaniciens pour les rallyes : D’Anna, Pibault, Prin et Lamboley et un pour les monoplaces : Nuguet.

Maurice côtoya également les pilotes sous le regard bienveillant d’Henri Chemin qui n’hésitait pas à faire réparer ses voitures personnelles au passage. C’était l’époque des « copains » et Guy Ligier, qui avait beaucoup d’argent avec sa société de travaux publics, n’était pas le dernier à faire la fête avec des quantités invraisemblables d’alcool. Il utilisait les moteurs préparés chez Ford France et n’en était jamais satisfait. Maurice ne compte plus le nombre d’engueulades avec lui.

En 1963, il faillit mourir lors des reconnaissances de la course Spa-Sofia-Liège. « Nous avons été pris dans le tremblement de terre de Skopje du mois de juillet. J’étais à l’Hôtel Macedonia avec Henri Greder et nous fûmes de véritables miraculés retirés des ruines. Il y eut plus de 1.000 morts. Nous avons été transférés à l’Hôpital de Kumanovo à une quarantaine de kilomètres de Belgrade où nous avons reçu la visite du Maréchal Tito… ». Cela ne l’empêcha pas de revenir disputer la course fin août en compagnie de Jean Vinatier sur une Falcon Sprint. Malheureusement ils durent abandonner. De retour en France il replongea vite dans le rythme infernal des courses. Schlesser avec la Brabham de Formule Junior deviendra champion de France en FJ à la fin de cette saison et Greder terminera à la deuxième place de la catégorie Tourisme.

En 1964, l’écurie féra feu de tout bois et Schlesser sera de nouveau champion de France en catégorie Course tandis que Greder le sera en catégorie Tourisme. À cette occasion Greder et Foulgoc remporteront le Rallye du Pétrole avec la Mustang et Maurice pilotera lors des Coupes du Salon à Montlhéry sur une Falcon Sprint. En 1965, l’écurie sera sur de nombreux tableaux avec la Formule 2 (Brabham pour Schlesser et Ligier), les Sport (avec deux GT et la Cobra 7 litres), les Tourismes (Cortina Lotus pour Greder et Delalande). Maurice Foulgoc va également suivre de très près les débuts de l’opération Ford Jeunesse et il sera le premier à essayer une Lotus Seven dont il assurera la promotion. L’aventure s’arrêtera en février 1968 lorsque le service fermera ses portes. Mais Maurice Foulgoc allait rebondir car un certain Bernard Boyer lui avait fait de belles propositions.

Matra de 1968 jusqu’en 1983

« J’ai quitté Ford France le vendredi soir et le lundi matin je débutais chez Matra. Cela faisait longtemps que Bernard Boyer m’avait demandé de rejoindre l’équipe. Il m’avait attendu plusieurs mois. J’étais chez Matra depuis quelques semaines quand j’ai rencontré Jean-Luc Lagardère pour la première fois. C’est Georges Martin qui me présenta à lui et il ne fit qu’une seule remarque : – Tiens, vous avez embauché un « vieux » ! – Il faut dire que j’avais quarante ans… ». Maurice fut responsable du montage des moteurs V12. « Ce moteur, c’était une magnifique pièce de mécanique et Matra était en avance sur ses concurrents. Nous pouvions prendre 12.800 t au banc sans problème. Toute la mise au point se faisait sur le banc et les deux pilotes Beltoise et Pescarolo n’avaient pas leur mot à dire. ». Ce fut une époque extraordinaire qui fut marquée par d’incessantes recherches. « Au début les bielles nous ont beaucoup embêtées et les coussinets lâchaient après la mise en route car ils étaient insuffisamment graissés par une mauvaise circulation d’huile. Matra a fait de gros efforts pour chercher la fiabilité. Le parc moteur n’a cessé de grandir et si au début nous tournions avec sept ou huit moteurs par saison, nous sommes rapidement passés à une bonne quinzaine ». Il va suivre toute la formidable épopée de la Formule 1. Responsable des passages au banc il suivait avec la plus grande attention l’évolution de ses moteurs. « Nous montions à 12.800 t puis faisions des lectures en redescendant de 200 t en 200 t. Nous restions deux minutes entières à chaque point de passage ! Pendant longtemps nous avons cherché à comprendre pourquoi les V12 perdaient pas mal de puissance entre 12.400 et 12.800 t jusqu’au jour où nous avons pu prouver que les ressorts de soupapes atteignaient un seuil critique. Ce fut une période exaltante. Quand je n’étais pas au banc et que Jean-François Robin n’était pas là, j’étais désigné pour accompagner les moteurs sur les circuits pour en faire la mise au point sur place. C’est ainsi que j’ai assisté à l’essai secret de Niki Lauda dans la Matra à Zandvoort. ». Il a participé à d’innombrables Grands Prix et fourmille d’anecdotes savoureuses. « Il fallait faire attention à notre matériel. En 1971, à Kyalami, je me suis fait voler les cames de « metering unit » dont la boite était restée dans la ‘Pit Lane’ à la suite d’un orage qui nous avait obligé à nous abriter dans les stands… ». Il garde un grand souvenir ému du patron Georges Martin, disparu en février 2017, un grand ingénieur, mais aussi de Jean-François Robin, disparu en novembre 2018, qui était d’une grande gentillesse avec ses collaborateurs. Il a vécu toutes les étapes du développement et se souvient : « Dans l’évolution de ce moteur, l’admission au centre du V fut une belle amélioration. La meilleure lecture de puissance que j’ai pu faire au banc était de 435 ch à 12.800 t ». Il était également responsable des moteurs Matra lorsqu’ils équipaient l’équipe Ligier. À la suite de l’arrêt de la compétition fin 1974, la division châssis fut dissoute, mais je suis resté chez Matra jusqu’en 1978 pour assurer le suivi des moteurs. « Jacques Laffite nous cassait régulièrement des moteurs sans que nous en trouvions réellement la cause. Bien sûr il y avait des surrégimes mais pas que cela. Un jour je suis allé au bord de la piste et j’ai vu arriver Jacques sur un freinage ultra-tardif… Il passait directement de cinquième en seconde avec un énorme coup de gaz entre les deux, ce qui amenait l’aiguille du compte- tours dans « la boite à gant » ! Quand je suis rentré à l’usine j’ai dit à Martin « J’ai trouvé » pourquoi nos moteurs cassent… ». Il n’y avait pas d’informatique embarquée à l’époque…

« De toutes mes aventures c’est celle de Matra qui m’a laissé les plus beaux souvenirs. Après la fin de l’activité course, je suis descendu dans le Var où j’ai travaillé, comme les 260 autres salariés, à la fabrication des missiles F1 et F2 ». C’est donc dans le sud qu’est venu l’âge de la retraite et l’installation définitive dans le joli petit village du Beausset qui compte un peu plus de 9.000 habitants à quelques kilomètres de Bandol et de la Grande Bleue.

Il est temps de remercier notre hôte, alors que nous entendons au loin quelques morceaux de la musique symphonique créée par les voitures de course qui tournent sur le circuit Paul Ricard. Le son est porté par un violent mistral et il arrive par bribes légères jusqu’à nos oreilles comme pour mieux saluer l’homme « qui avait vraiment ça dans le sang ». Merci Monsieur Foulgoc de nous avoir permis de partager votre belle carrière avec les lecteurs du Magazine ‘Autodiva’.

 

Gérard GAMAND

LA PHOTO D’OUVERTURE DE NOTRE SUJET. 

Le Mans 1953 – Maurice FOULGOC et la barquette Rosier 4CV 1068 –  Photo : AUTODIVA

 

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