JACQUES COCHIN, UN ŒIL INDÉPENDANT RACONTE LES GRANDS PRIX DES ANNÉES 80 À 2000.

 

 

LA F1N D’1 SPORT

 

Jacques Cochin, un Photographe très prisé des années durant dans le milieu de la Mode, grand passionné de compétitions automobiles, il participe annuellement aux plus belles épreuves historiques comme le Tour Auto, Le Mans Classic ou bien encore les Tours de Corse et du Maroc Historiques  nous propose un superbe ouvrage « La F1N d’1 Sport »

Il nous confie :

Ayant suivi une centaine de Grand Prix de F1, durant une vingtaine d’années, entre 1980 et 2000, j’ai profité du confinement pour me pencher sur mes archives et mes images jamais publiées.

Et il nous précise :

Comme photographe accrédité, sans dépendance d’un support, j’ai pu observer avec un œil critique, ce milieu si particulier et son évolution avec l’arrivée de Bernie Ecclestone.

Notre excellent Confrère Lionel Froissart, Journaliste bien connu (Libération, TF1), accompagne de son talent d’écriture, les superbes clichés de l’ami Cochin.

Gilles GAIGNAULT

Diffusion : www.cochin-artist.com

 

LIVRE COCHIN-TOUT RED -Photo : Jacques COCHIN

 

POUR VOUS FAIRE PATIENTER…

 

A l’instar de la majorité des sports majeurs devenus des business au  niveau mondial, la Formule 1 a subi sa mutation, laissant parfois en chemin les plus puristes de ses aficionados.

C’est que l’expression suprême du sport automobile est à la fois complexe, fascinante, déroutante aussi. Il s’y mêle une multitude de facteurs qui interagissent. Si l’aspect humain y a son importance, la part de technique et même de haute technologie y est devenue prépondérante.

On peut y voir la rançon du progrès et l’influence sans cesse grandissante des moyens financiers mis en jeu par les grands constructeurs ou de puissants sponsors.

L’association de ces deux entités a toujours pour but de recueillir des retombées – en terme d’image, de savoir -faire – à la mesure des investissements consentis.

L’histoire du Championnat du Monde de Formule 1 – qui a commémoré son 70ème anniversaire en 2020 – est une succession de périodes bien distinctes qui disent beaucoup sur la manière dont a évolué la F1.

Au début était l’époque des gentlemen drivers. Celle d’hommes bien nés, téméraires et aventuriers. Ils s’affrontaient au volant de bolides dont ils étaient propriétaires ou que de riches mécènes passionnés leur confiaient, certains ainsi de pénétrer un club ou la bravoure le disputait à la gloire. Ce temps d’avant -guerre ne s’est prolongé très longtemps après le deuxième conflit mondial, car d’autres (paramètres) sont très vite entrés en ligne de compte.

Certes, quelques géants de l’automobile – notamment d’outre Rhin – s’étaient déjà affrontés, mais à partir de 1950 les machines et les mécaniques laissèrent la vedette aux pilotes, puisque le meilleur d’entre eux allait se voir attribuer un titre prestigieux. Celui de Champion du Monde des Conducteurs.

Qu’il fut accolé quelques années plus tard à un titre des constructeurs fut anecdotique pour les puristes, car aux gentlemen drivers succédèrent de véritables princes de la vitesse. Le danger les guettait au détour de chaque virage, mais ils chevauchaient des pur-sang de plus en plus rapides, puissants aux réactions souvent imprévisibles.

Beaucoup tombèrent au combat qu’était devenue cette course à l’excellence. A cette époque, il fallait être courageux bien sûr, adroit mais aussi chanceux. A chaque fois qu’un de ses hommes casqué, simplement vêtu d’une combinaison qu’il imaginait comme une armure les rendant invincibles, se glissait lentement mais avec détermination et gravité dans l’étroit cockpit de sa machine, les spectateurs alentours se taisaient, le regardaient faire, n’osaient plus émettre le moindre commentaire de peur de troubler ces moments sacrés et angoissants qui précédaient le départ d’une course. Un véritable cérémonial. Ces moments d’une force prenante existent toujours, mais la peur du danger a été remplacée par la simple crainte de la défaite.

Puis, au milieu des années 1980, est donc venu le temps du sport spectacle du business de la compétition. La F1 ne pouvait pas y échapper. Le phénomène s’est imposé dans les paddocks de Grand Prix toujours plus vastes, débordants de luxe puis de technologie. Poussant dans les coins les scories de glamour et d’esprit chevaleresque et cette atmosphère indéfinissable qui avait contribué à la réputation et à l’aura du sport automobile en général et de la Formule 1 – son expression suprême – en particulier.

C’est que le temps des industriels, des constructeurs – et donc vendeurs – de voitures, du sponsoring à marche forcée et pour le dire plus simplement le temps de l’argent roi était là. Le pragmatisme des affairistes allait peu à peu prendre ses quartiers à l’arrière des stands et n’offrir qu’un décor d’illusions aux derniers naïfs d’un temps révolu. A l’approche du nouveau siècle, il n’y avait plus de place pour les états d’âme.

Les derniers romantiques allaient disparaître ou se faire discrets. Ces adorateurs d’un temps jadis se calant dans le coin d’un stand ou au détour d’une belle courbe pour admirer les artistes du volant en action.

Jacques Cochin, artiste photographe, est arrivé entre deux époques, entre deux eaux. Il a humé les dernières effluves du sport automobile d’antan, fabrique de héros intrépides défiant le danger avec classe et bonne humeur. François Cevert était de ceux-là. Le prince absolu des pilotes. D’une beauté sidérante, d’un charme fou et d’une lucidité glaçante. Quelques mois avant que sa passion ne se fracasse sur un rail métallique d’un circuit américain, alors qu’un reporter s’inquiétait des risques de son métier – car pilote de course était devenu un métier – le pilote français répondit quelque chose comme: « J’accepte l’idée d’avoir un accident qui peut-être fatal et mourir jeune, plutôt que de m’ennuyer à vivre vieux une vie qui ne m’intéresserait pas. » C’était aussi cette acceptation du danger et des risques sans les ignorer, et encore moins les mépriser, qui rendait la Formule 1 si belle. On acceptait alors qu’elle soit injustement cruelle.

On le verra, Cochin posa ses appareils et objectifs sur les bords de piste et dans l’intimité des stands à une période de bascule, celle d’un changement radical et inexorable. Comme souvent lorsqu’une révolution survient – car s’en fut une pour le sport glissant vers son destin rémunéré de spectacle –

Jacques Cochin comme ses confrères témoins de cette époque ne voulait pas croire qu’on puisse abîmer quelque chose d’aussi pur et poétique que l’idéal de ces hommes cherchant simplement à dominer des machines dédiées à la vitesse.

Hélas, dans l’ombre de la coulisse, des hommes oeuvraient à briser ce rêve. Leur saint-Graal était tout autre: les pieds sur terre, la main sur le portefeuille. Alors que les artistes de la piste et ceux qui les observaient avec admiration se contentaient d’apprécier la beauté du moment et l’intensité d’une vie qui pouvait s’arrêter à tout moment.

 

Lionel FROISSART

Photos : Jacques COCHIN

 

 Lire la suite dans le livre qui fourmille de clichès EXCEPTIONNELS !

 

NOTRE ARTICLE PRÉCÉDENT SUR LES PHOTOS DE JACQUES COCHIN

JACQUES COCHIN : UN OEIL AVISE

Livres

About Author

gilles