ET SI LA F1. RISQUAIT DE PERDRE LA TÊTE….

 

 

Notre excellent et très chevronné Confrère, Daniel Ortelli,
ex-Chef de Rubrique F1 pour l’Agence France Presse (AFP),
auteur de ‘Circuit Paul Ricard, les Seigneurs de la F1’
(Éditions Gilletta, 2018),

nous a adressé son analyse et son point de vue,
sur la situation ubuesque dans laquelle se trouve aujourd’hui,
à la mi- avril 2020, plongé le petit monde de la Formule 1

 

 

La crise du Coronavirus touche tout le monde, sans exception, et quelle que soit la tournure que prendra la Saison 2020 de Formule 1… si jamais elle débute un jour, la plupart des acteurs du ‘paddock’ sont actuellement plongés dans une réflexion existentielle, digne de William Shakespeare :

«Être ou ne pas être (en 2021), telle est la question !»

D’abord quelques chiffres, toujours utiles, compilés par ‘Formula Money’, lequel est reconnu comme meilleur Site au monde sur le business de la F1.

La valeur des actions de la F1 possédées par ‘Liberty Media’ a baissé… de 47% et ce depuis le 1er janvier, et la chute avait commencé bien avant l’émergence du Covid-19 !

De quoi faire sérieusement réfléchir Chase Carey et consorts, assis sur un tas d’or dont le cours baisse chaque jour un peu plus…

Ce risque de les inciter, après n’avoir rien fait pendant plusieurs semaines, à faire n’importe quoi cet été (rappel voir chronique de Gilles Gaignault lundi en lien).

C’est bien joli que Ross Brawn, le soi-disant Directeur général de la F1, propose de faire rentrer 18 ou 19 dates en six mois.

Sauf que c’est juste impossible, absurde, irréaliste, vu la situation financière de la plupart des écuries…

Et la frilosité de ‘Liberty Media’ depuis que les Américains ont pris le contrôle de la F1, se contentant de gérer les affaires courantes sans jamais apporter un grain de folie, de nouveauté, d’innovation, dans le sport le plus conservateur du monde, dans lequel rien ne bouge jamais, tout reste acquis éternellement ou presque.

Mais ça c’était avant !

L’onde de choc touche toutes les écuries, privées de retombées pour leurs sponsors, obligées de mettre leur personnel en chômage technique, inquiètes pour leur avenir.

 

Le Boss de l’équipe Red Bull, Chris HORNER s’occupe …

Les trois ‘cadors’ (Mercedes, Ferrari, Red Bull) bataillent depuis des mois pour que le plafond budgétaire que souhaite imposer la FIA reste assez haut (150 millions de dollars par an) et donc inatteignable par les écuries les plus petites…

Même McLaren propose de ne pas dépasser 100 millions par an !

Seule lueur d’espoir, il semble que la répartition des revenus de la F1 sera plus équitable, bientôt… Et donc moins favorable aux trois écuries qui monopolisent les podium (Mercedes-Ferrari-Red Bull).

Ces trois grosses écuries pourraient bien être obligées de licencier plus de 1.500 personnes au total, si le plafond est appliqué un jour. Ce qui permet à un patron d’écurie de rêver d’un avenir meilleur, d’un écart réduit entre les «Top Teams» et les autres, le reste du plateau, tous ceux qui ont déjà prouvé, comme Racing Point (ex-Force India), qu’on peut faire presque aussi bien avec beaucoup moins d’argent.

Ce serait bien, mais c’est loin d’être fait.

 

 

Avant d’aller plus loin, il faut envisager le pire :

Quatre écuries sur dix sont susceptibles de lâcher l’affaire d’ici la fin de 2021, pour des raisons différentes.

Arrivés fin 2020, à la fin de leur «contrat» avec la F1, Mercedes et Renault pourraient bien décider, selon certaines sources, de se re-concentrer sur d’autres objectifs industriels et sportifs.

Avec une raison en or, comme un effet d’aubaine, une excuse en carbone ultra-résistant, celle de la crise du Coronavirus, la crise économique, le fait qu’il n’y ait pas eu de Saison 2020 de F1, ou si peu (un GP en Autriche, deux courses à Silverstone ?), le fait que le monde ait changé, que les priorités ont été bouleversées, que les lignes ont bougé.

C’est un risque majeur, pour des raisons diamétralement opposées :

Mercedes a tout gagné en F1 et n’a plus rien à prouver, et son grand manitou, Toto Wolff, vient de prendre des parts dans Aston Martin, qui a racheté Force India.

Renault n’a plus gagné depuis 2008 (Fernando Alonso, GP du Japon) et n’est plus monté sur un podium depuis 2011 (Nick Heidfeld, GP de Malaisie), malgré les fortunes dépensées à Enstone et Viry-Châtillon, pour rénover, embaucher à prix d’or, développer des F1 qui ne gagnent pas…

QUI ne gagnent plus !

Même Daniel Ricciardo est en train d’envisager à haute voix, depuis son confinement en Australie, de retourner chez Red Bull. Ce n’est assurément pas bon signe… pour l’avenir de l’écurie Renault !

Deux autres écuries peuvent tout arrêter demain :

Haas et Williams.

Chez les Américains, il n’y a plus rien à prouver. La notoriété des machines-outils de Gene Haas est faite, dans le monde entier, l’image est positive. Il y a eu des jolis résultats, avec un budget minimum, grâce à un partenariat intelligent avec Ferrari.

Haas pourra facilement revendre son écurie à un nouvel investisseur… ou la transformer en écurie d’Indycar, un sport qui coûte environ dix fois moins cher, avec des retombées énormes, pas seulement aux USA.

Et avec la possibilité pour (presque) toutes les écuries de gagner de temps en temps, ce qui n’est plus le cas en F1. L’Indycar aura moins de mal que la F1 à sortir de la crise, c’est certain.

Last but not least, comme disent les Anglais, Williams est au bout du rouleau.

Sir Frank a fêté la semaine dernière son 78ème anniversaire, mais l’équipe gérée par sa fille Claire, n’a marqué qu’un seul point en F1 l’an dernier, grâce au pourtant revenant pilote Polonais Robert Kubica, au GP d’Allemagne.

Pire même, elle vient d’hypothéquer toute sa collection de F1, sacrées Championnes du Monde, pour 50 millions de livres, afin de garantir un emprunt de plus pour survivre, et cela malgré toutes les activités annexes de Williams Engineering, qui restent, elles, profitables.

L’heure est grave, donc, mais il y a des pistes de réflexion pendant ce confinement. La FIA, présidée par  le Français Jean Todt, a décidé de prendre le taureau par les cornes, et… on ne parle pas de Red Bull !

Elle propose des solutions, notamment pour limiter les budgets, on verra bien si elles sont acceptées.

Pendant ce temps, confiné dans une grande ferme du Brésil, où il vit avec sa troisième femme, Bernie Ecclestone, qui a régné sur la F1 pendant près de cinquante ans, coule une retraite paisible aux côtés de Fabiana Flosi, la jeune Brésilienne qui va lui donner un garçon en juillet.

Il s’occupe de ses vaches, exporte son délicieux café, le «Celebrity Coffee», et donne son avis, de temps en temps, sur ce qui se passe en F1.

Il est favorable à une saison blanche, sans course, en 2020, l’année de son 90ème anniversaire (en octobre).

Et l’ancien vendeur de voitures d’occasion est bien capable, dans son réseau mondial de VIPs, de trouver un repreneur haut de gamme pour la F1, si ‘Liberty Media’ venait à arrêter les frais…

Voire même quelques investisseurs pour racheter des écuries, clés en main, après la crise…

 

Daniel ORTELLI

Photos : Bernard BAKALIAN-Manfred GIET-Georges DECOSTER

RAPPEL DE NOTRE ARTICLE PRÉCÉDENT
SUR L’AVENIR DES GRANDS PRIX EN 2020 OU…

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