IL Y A 25 ANS, EN NOVEMBRE 1994, LA F1 TOURNAIT LA PAGE LA PLUS SOMBRE DE SON HISTOIRE.

 

 

INOUBLIABLE Ayrton SENNA- Son aura planera pour toujours sur le monde de la F1-©-Manfred-GIET.

 

 

Cela ne fait aucun doute, il y a tout juste 25 ans en ce mois de novembre 1994,  se terminait l’année la plus sombre de l’histoire de la F1 après une saison marquée par des drames, suspicions, controverses, polémiques, déclassements et zones grises, suite à des faits de courses éveillant le doute…

Une saison qui pourtant s’annonçait sous les meilleurs auspices avec l’interdiction de l’antipatinage et autres aides au pilotage, ainsi que le retour des ravitaillements … bannis depuis 1983, pour favoriser de nouvelles stratégies au sein des écuries.

Cependant l’actualité médiatique majeure à l’aube de cette 45ème  édition du Championnat du Monde de F1 restera sans conteste ‘le passage à l’ennemi’ du pilote le plus courtisé du plateau de la catégorie reine à l’époque, le grand et magique Ayrton SENNA, qui après six années passées dans le cocon Mc LAREN, Team où il avait conquis 3 titres de Champion du monde et terminé deux fois vice-Champion, s’était taillé un costume d’Empereur pour s’en aller rejoindre le Team WILLIAMS-RENAULT, le binôme en vogue au cours des deux saisons précédentes. Avec les titres obtenus par Nigel MANSELL en 1992 et Alain PROST en 1993

Malgré cela, les essais hivernaux d’avant-saison, n’avaient toutefois pas été concluants pour le nouveau venu SENNA, qui dès le début, ne s’est jamais vraiment senti à l’aise dans le cockpit de la WILLIAMS FW16, la trouvant rétive et difficile à piloter, alors qu’elle était annoncée comme l’arme fatale pour contrecarrer la BENETTON-FORD B194, de celui qui était décrit comme le plus grand rival de Magic SENNA, l’étoile montante Allemande, Michaël SCHUMACHER.

 

UN DÉBUT DE SAISON APOCALYPTIQUE.


GP de SAN MARINO à IMOLA. Le 1er Mai 1994- SENNA devant SCHUMACHER dans le tour qui sera fatal au Grand AYRTON…©-Manfred-GIET

 

Incroyablement lors des trois premiers Grand Prix de la saison, SENNA s’octroyait à chaque fois la pole, mais … à chaque fois, c’est SCHUMI qui remportait la mise, suite aux incidents techniques, tête à queue ou accrochage, et ce jusqu’à l’accident fatal survenu au malheureux Champion Brésilien, au 4éme GP, le 1er Mai 1994, lors de cette funeste course de San Marino à Imola dans cette courbe de Tamburello, où RATZENBERGER perdait la vie la veille le samedi, après que BARRICHELLO ait déjà échappé au pire le vendredi, sans parler de quatre spectateurs blessés lors du 1er départ et de deux  mécaniciens de FERRARI et LOTUS, touchés lors du GP après que Michele ALBORETO ait perdu une roue dans la Pit-Lane après son ravitaillement !

Seule lueur positive après le week-end le plus noir qu’ait connu la F1, la mise en place d’une sécurité revue à la hausse.

Surtout que onze jours plus tard lors du GP de Monaco on échappa à un nouveau drame, après une sortie de piste effroyable de Karl WENDLINGER, dont l’Autrichien se tira miraculeusement d’affaire après des semaines de coma.

 

DUEL SCHUMACHER-HILL DANS UN CLIMAT DE SUSPICIONS ET DE POLÉMIQUES.

SILVERSTONE-1994-Schumi-©-Manfred-GIET

 

Alors que le monde de la F1 essayait tant bien que mal de sortir de sa torpeur après les drames vécus, et du vide laissé par la disparition du Grand Maître SENNA, un duel SCHUMACHER-HILL et en parallèle BENETTON-FORD / WILLIAMS-RENAULT, se cristallisa rapidement pour le reste d’une saison qui restera certainement gravée comme la plus effroyable dans les annales.

A commencer par un climat permanent de controverses et de polémiques dans lesquelles se trouvaient régulièrement englués le Team BENETTON-FORD et son pilote ‘’premium’’ Michaël SCHUMACHER qui à l’époque déclarait après des premiers essais à Silverstone :

« Lorsque j’ai testé la Benetton B194 pour la première fois, dès la sortie des Stands j’ai senti que cette voiture +avait quelque chose de spécial d’un point vue équilibre alors qu’en principe nous ne disposions pas de la meilleure motorisation. »

 


M.Schumacher-et-Flavio-Briatore-copians-comme-cochons-chez-Benetton-©-Manfred-GIET

 

La suite allait confirmer son premier jugement puisqu’après les quatre premiers GP et autant de victoires, le binôme BENETTON-SCHUMI, était sur un nuage avec en arrière-plan, Ross BROWN, l’actuel Boss technique et sportif de la catégorie reine, qui en fin stratège tirait les ficelles du Team dirigé par un certain Flavio BRIATORE.

Mais dès le GP de Saint Marin de sinistre mémoire, Charlie WHITING, le délégué technique de la FIA saisit les boîtes noires des BENETTON, FERRARI et Mc LAREN, afin de faire vérifier, si ces écuries n’utilisaient pas d’aides au pilotage interdites par le règlement.

Si Ferrari se plia à donner tous les détails, Mc Laren et Benetton refuseront de donner les codes d’accès aux boîtes noires, ce qui bien évidemment éveillera un doute au sein de la concurrence. Et un climat malsain et délétère

Les départs fulgurants de SCHUMI semèrent le doute au point de créer un climat de suspicion allant jusqu’à incriminer BENETTON d’utiliser un système de contrôle de la traction dissimulé.

 


SILVERSTONE-1994-Duel-Hill-Schumacher-©-Manfred-GIET

 

Au GP d’Angleterre, c’est SCHUMI qui se mit hors-jeu en dépassant à deux reprises son rival et Poleman HILL dans le tour de chauffe, action pour laquelle, il se vit brandir le drapeau noir et l’obligation de purger un arrêt au stand de cinq secondes auquel il n’obtempéra que dans le dernier tour – suite aux consignes de son staff –  pour se voir vite déclassé ensuite, avec en outre deux GP (Monza et Estoril) de suspension à la clef !

Au GP d’Allemagne c’est la BENETTON de Jos Verstappen qui s’embrasa lors d’un ravitaillement occasionnant de graves brûlures à un mécano, déclenchant une nouvelle polémique de la part de la concurrence qui soupçonnait BENETTON d’avoir modifié certains composants et ce dans le but de ravitailler plus rapidement et ainsi de gagner du temps lors des arrêts.

Autre litige, lors du GP de Belgique à Spa-Francorchamps, où SCHUMACHER avait dominé son sujet pour finalement être déclassé après avoir quitté le podium en vainqueur et alors qu’il était déjà sur le chemin du retour, les commissaires techniques découvrirent que le fond plat de la BENETTON  était sous la limite des 9mm requis et que BENETTON tenta de justifier par une usure due à l’escalade d’un vibreur.

Au final SCHUMACHER fut déclassé au profit de Damon HILL.

 

UN ROUND FINAL DIGNE D’UN WESTERN SPAGHETTI

Schumacher-Hill-Australie-1994-©-Manfred-GIET

 

Alors que le Team BENETTON et SCHUMI étaient manifestement dans l’œil du cyclone de la FIA,

Damon HILL depuis le GP de Belgique engrangeait quatre victoires d’affilée pour se rapprocher à … 1 petit point du leader SCHUMACHER, qui à mi-saison, régnait sur la discipline, survolant le Championnat, tel un fakir sur son tapis.

Le dernier GP de cette année 1994, le 13 novembre à Adelaïde en Australie, devenait donc déterminant pour l’attribution du titre.

Un GP qui pour clôturer une saison maudite ne manqua pas d’alimenter les news en tout genre, à commencer par MERCEDES qui pour sauver le Team SAUBER de la faillite, laissa tomber toutes ses créances vis-à-vis du Team Suisse ou encore BENETTON qui annonçait sa rupture avec FORD pour 1995, alors que dans le même temps, Mc LAREN faisait savoir qu’il quitterait PEUGEOT et SHELL pour s’allier avec MERCEDES et MOBIL.

Et pour couronner le tout, le Team LOTUS, écurie emblématique avec la bagatelle de 36 années de présence en F1, annonçait son retrait définitif de la scène des GP, à l’issue de ce dernier GP de la saison ’94.

 

Pour le Team Lotus le clap de fin tombera en 1994-© Manfred GIET-

 

Après des essais qualificatifs perturbés par la pluie, c’est Nigel MANSELL  – le Champion du monde 1992 avec la WILLIAMS-RENAULT – qui était revenu aux affaires chez WILLIAMS depuis le GP de France à Magny-Cours pour épauler HILL et en remplacement de David COULTHARD le pilote d’essai de l’écurie Britannique retenu après la disparition de SENNA, et qui réalisa la pole devant SCHUMACHER et HILL.

En course et dès le départ, c’est SCHUMI qui passa aux commandes de l’épreuve suivi par HILL qui devait marquer deux points de plus que son rival SCHUMACHER, s’il voulait le coiffer pour décrocher la couronne du titre de Champion du Monde.

Tenu à distance jusqu’au 36ème des 80 tours, Damon HILL remit une bûche sur le feu pour revenir dans le sillage de SCHUMI qui sous la pression de son adversaire parti à la faute au virage N° 4 d’Adelaïde, abîmant sa suspension après avoir touché un muret, une situation que HILL avait observé en ‘’3 D’’.

Revenu dans les échappements de son rival, HILL décida de l’attaquer à l’intérieur de l’épingle du virage N°5, où les deux voitures se touchèrent après que SCHUMACHER ait fermé la porte à l’Anglais, via une action où il évita le tonneau de justesse et une BENETTON en rade pour le reste.

La Williams de Hill sérieusement touchée également dans l’aventure dut hélas malheureusement abandonner à la fin de ce 56ème tour, où SCHUMACHER terré derrière les grillages, apprit par un commissaire de piste, l’abandon de HILL, lui offrant du coup, son premier titre de Champion du Monde mais pas de façon correcte !

 

F1-1997-26-octobre-JEREZ-de-la-FRONTERA-Jacques-VILLENEVE-devient-CHAMPION-du-monde-devant-Michael-SCHUMACHER-Photo-Bernard-BAKALIAN-.

 

Comme me le rappelait l’ami Gilles GAIGNAULT, quelques années plus tard, en 1997, à Jerez lors du dernier GP et dans la même situation, cette fois face à Jacques VILLENEUVE, alors au volant de la WILLIAMS-RENAULT, dans une manœuvre similaire, c’est SCHUMI qui dut abandonner, perdant le titre attribué au Canadien !

 

Michael SCHUMACHER à Spa en 1994 ©-Manfred-GIET

 

… Un titre 1994, toutefois à la saveur amère puisque dans le paddock et les chaumières, la révolte faisait rage en redécouvrant les images de l’accrochage HILL-SCHUMACHER, à qui on reprochait une manœuvre intentionnelle ou pour le moins douteuse se sachant condamné à l’abandon après sa touchette qui avait visiblement endommagée sa suspension.

Malgré toutes les tensions et suspicions qui en découlèrent, la FIA légalisait le classement final , où SCHUMACHER était couronné avec 1 point d’avance sur son rival HILL, après une saison qui s’inscrira comme une page de l’histoire de la F1 qui en réalité ne se sera jamais entièrement refermée car secouée par des tragédies, des controverses, des polémiques et des doutes qui jusqu’à ce jour ne se sont jamais entièrement cicatrisées.

 

 Manfred GIET

Photos : Publiracing Agency et Bernard BAKALIAN

 

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