SIR JACKIE STEWART REJOINT LE CLUB DES OCTOGÉNAIRES.


Jackie-STEWART-©-Manfred-GIET-

 

 

Sir John Young STEWART, dit Jackie, va faire résonner les cornemuses en ce 11 juin, à l’occasion de son 80ème anniversaire que fête en ce jour cette véritable légende du sport automobile qui a marqué de son sceau, la discipline à une époque où il était plus facile de mourir au volant d’une voiture de course que dans son lit !

Né le 11 juin 1939 à Milton dans le Dunbartonshire en Écosse, le pays essentiellement connu pour ses kilts, ses whiskies et ses chardons, sa marque de fabrique à lui, c’est ‘SA’ célèbre casquette aux tons du non moins célèbre tartan écossais et qui l’accompagne quasi tout le temps.

 

Jackie Stewart avec le regretté Niki Lauda-©Manfred-GIET-

 

Et comme le faisait, mais pour une autre raison, le regretté Champion Autrichien Niki Lauda, lequel vient de nous quitter le 20 mai dernier.

Frère cadet de Jimmy, de 8 ans son aîné, qui participa au GP d’Angleterre 1953, sur une Cooper, ainsi qu’aux 24 Heures du Mans au volant d’une Aston Martin en 1954, avant  de mettre rapidement terme à sa carrière suite à deux gros accidents, Jackie, dont le père possédait une concession Jaguar, baigna dès son enfance, dans le cambouis et les décibels.

 

Jackie STEWART

UN PEU D’HISTOIRE…

 

Dès son adolescence, deux passions l’envahirent, d’abord le tir au pigeon d’argile (skeet shooting) puis ensuite, le sport automobile.

Très habile dans la première discipline au point de s’ériger en tireur d’élite, il remporta non seulement plusieurs titres en Grande Bretagne, tant en Écosse, Angleterre, et Irlande, qu’au Pays de Galles, loupant même de peu une qualification pour les Jeux Olympiques à Rome en 1960.

Malgré tout son talent de ‘’SNIPER’’ au calibre 12, il opta cependant finalement pour le sport automobile, une discipline où son frère aîné Jimmy, avait pourtant échoué.


Jackie-STEWART- March-Tyrrell à Francorchamps en 1970-©-Manfred-GIET

DANS LA TRAJECTOIRE DE KEN TYRRELL

 

Toutefois, ce qui fut déterminant dans sa carrière de pilote, c’est le fait d’avoir croisé un jour le chemin du marchand de bois anglais, Ken TYRRELL, propriétaire également d’une écurie éponyme en Championnat d’Angleterre de F3.

À la recherche d’un jeune pilote motivé et talentueux, le grand Ken se laissa séduire par les arguments du jeune écossais et ne le regrettera pas ensuite puisque dès 1964 et dans différentes formules promotionnelles, Jackie STEWART, connut une ascension fulgurante.

Figurant à l’agenda de toutes les écuries de F1, il fit ses débuts en F1 en 1965 dans l’écurie BRM, propriété à l’époque d’Alfred OWEN, avec comme équipier Graham HILL.

Contre toute attente, il remporta le GP d’Italie à Monza et monta encore à quatre autres reprises sur le podium pour terminer finalement 3ème au Championnat du Monde des Pilotes.

Les deux saisons suivantes cependant, le vent frais qu’il avait amené chez BRM, était insuffisant pour alimenter la voilure du team britannique et à part une victoire à Monaco, il dut prendre son mal en patience en attendant des jours meilleurs.

 

Stewart-Jackie-GP-Allemagne-1971-Tyrell-003-©-Manfred-GIET

TRIPLE COURONNE

 

Pour la Saison 1968, il changea de crèmerie et retourna chez celui qui l’avait découvert, Ken TYRRELL, lequel engageait les nouvelles monoplaces MATRA MS 10 COSWORTH pour le compte du Team MATRA INTERNATIONAL, qui permirent à l’écossais de remporter trois victoires la même année et ensuite devenir une première fois Champion du Monde, l’année suivante en 1969, après avoir remporté six victoires.

 

Jacky STEWART au volant de la MATRA au GP d’ALLEMAGNE au NÜRBURGRING

 

De 1970 à 1973, il roule toujours chez TYRRELL, lequel avait entre-temps fait construire sa propre voiture après avoir brièvement engagé une MARCH 701.

Sur les séries TYRRELL 001 à 007, il remportera seize victoires et deux autres titres de Champion du Monde et son butin global en F1, se chiffre à… 27 victoires, 3 titres de Champion du Monde, 17 Pole Position, 15 meilleurs tours en course et 43 podiums, tout cela en 99 participations en GP.

 

François-CEVERT et Jackie STEWART-Team TYRRELL en 1973 – Photo : ARCHIV ‘ELF

MARQUÉ PAR LA MORT DE FRANÇOIS CEVERT

 

Il ne disputera pas, le 7 octobre 1973 ce qui aurait du être son son 100ème Grand Prix, le GP des USA disputé à l’époque sur le Circuit de Watkins Glen, il ne roulera malheureusement ce jour-là, à la suite du décès tragique, la veille aux essais de François CEVERT, son jeune équipier chez TYRRELL, Jackie refusant de prendre le départ en signe de deuil pour son ami.

Et comme peu avant ce drame, il avait promis à son épouse Helen, d’arrêter la compétition s’il remportait un troisième titre mondial, sa décision finale et irrévocable, fut d’autant plus facile à prendre, suite à ce moment tragique qui clôturait de façon tout à fait inattendue et de la pire des manières, sa brillante carrière…

Surtout qu’à son époque, les pilotes morts en course, étaient légion !

Stewart qui un jour récemment et en repensant au passé, avait lâché :

« J’ai perdu 30% de mes rivaux pilotes durant ma carrière parce que de ce temps-là, la sécurité active et passive était dérisoire. Nous roulions dans de véritables cercueils mobiles. »

Sa plus grande frayeur, il la vécut lors du Grand Prix de Belgique en 1966, sur le grand tracé de Francorchamps, celui de 14 Km, où le départ fut donné sur une piste sèche, alors que … 6 kilomètres plus loin, du côté de Malmédy, l’orage sévissait rendant la piste extrêmement glissante, au point que déjà dans le long ‘’droit’’ de Burnenville, plusieurs pilotes dont Denis HULME, Graham HILL, Jo SIFFERT, Bob BONDURANT, Mike SPENCE et Jo BONNIER, le Suédois, se laissèrent surprendre au point d’être éliminés d’emblée.

Jackie STEWART, par contre parvint à éviter tout ce beau monde en perdition jusqu’au fameux ‘’S’’ de Masta, où il perdit à son tour, le contrôle de sa BRM P261, partie en aquaplaning pour se retrouver m… dans la cour d’une ferme proche de la piste, la tête en bas, avec l’essence qui fuyait du réservoir et sans pouvoir se libérer de cette situation plus que scabreuse !

Le propriétaire de la ferme, Mr DEWALQUE, avait été le seul témoin de la scène et fut le premier à le secourir, acte qu’il n’oublia jamais par la suite, en lui rendant encore une visite de courtoisie il y a une dizaine d’années, en signe de reconnaissance.

 

JACKY-ICKX-GP du NURBURGRING-1969-En 1ére ligne, il finira second derrière STEWART, le poleman

APÔTRE DE LA SÉCURITÉ…

 

Depuis ce fameux GP de BELGIQUE, STEWART garda une aversion totale à l’égard de l’ancien tracé de Francorchamps, au point de s’ériger en apôtre de la sécurité, relayé en cela, par Jean-Pierre BELTOISE, et qui furent à la base du boycott de ce GP, à partir de 1969, où des moyennes au tour de plus de 240 Km/h, étaient atteintes…

Autre Grand Prix qui a marqué l’histoire, avec cette fois STEWART en vedette, le GP d’Allemagne 1968 qui se déroula dans des conditions dantesques et où trombes d’eau et brouillard, avaient rendu le célèbre Circuit du Nürburgring cauchemardesque, au point que le départ fut retardé de quasi 1 Heure 30 et ce  au grand dam des 300.000 spectateurs figés par les éléments météorologiques et pataugeant dans la boue.

Dès le départ, Jackie STEWART au volant ce jour-là de la MATRA MS10, parti 6ème sur la grille, s’empara du leadership dès avant la fin du 1er tour des quatorze que comportait ce GP, pour creuser un écart au tour… de vingt secondes et qui sera de plus de quatre minutes à l’arrivée !

Après ce Grand Prix couru dans des conditions apocalyptiques, à l’issu duquel Jochen RINDT qui termina 3ème, se demandait où et quand STEWART l’avait dépassé pour se retrouver devant lui avec une visibilité quasi nulle !

Un GP mémorable au terme duquel l’écossais désigna le Nürburgring… d‘Enfer Vert’, une mention qui caractérise encore aujourd’hui la boucle Nord du célèbre Circuit de l’Eifel Allemand.

Jackie et Paul STEWART-©-Manfred-GIET

 

STEWART GP

 

Sa retraite anticipée ne l’a pas pour autant éloigné du sport automobile en y restant actif durant des décennies comme commentateur pour des chaînes TV, comme ambassadeur pour le constructeur FORD avec lequel il a toujours gardé des liens étroits, comme manager de son fils Paul, lorsque celui-ci était actif en tant que pilote en Formule Ford 2000, F3 et F3000 sous les couleurs familiales de PAUL STEWART RACING.

Et finalement en créant son propre team de F1, toujours avec son fils Paul comme associé, le STEWART GP TEAM, qui participa au Championnat du Monde F1, de 1997 à 1999,  saluant même une victoire en GP obtenu par le Britannique Johnny HERBERT, lequel imposa sa STEWART-FORD SF-3 au Grand Prix d’Europe… au Nürburgring, en 1999, avant de vendre son écurie à JAGUAR au terme de cette saison.

JAGUAR comme nous le rappelait Gilles GAIGNAULT, revendu d’abord à BAR puis à HONDA, puis à BRAWN GP avant de devenir MERCEDES AMG !

Jackie et Helen STEWART un couple soudé depuis 53 ans ici il y a tout juste 30 ans-©-Manfred-GIET.

 

DES ÉPINES APRÈS LES LAURIERS.

 

S’il a toujours été, et parfois même miraculeusement épargné physiquement durant sa carrière de pilote, durant sa vie privée, par contre rien ne lui a rien épargné.

À  commencer par son plus jeune fils Mark, âgé aujourd’hui de 51 ans, chez qui l’on découvrit à l’adolescence, un problème de dyslexie. Chez son fils aîné Paul, âgé maintenant de 54 ans, on diagnostiqua un cancer du côlon, rare il y a 23 ans et dont il s’est heureusement sorti après un long traitement et des interventions chirurgicales aux USA, qui l’obligèrent à mettre sa carrière de pilote entre parenthèses.

Mais le coup le plus dur, survint pour le couple STEWART, uni depuis 60 ans et qui durant tout ce long parcours en commun a côtoyé en permanence des célébrités telles que les BEATLES, Gary GRANT,  Steve Mc QUEEN, la Princesse ANNE, GRÂCE de Monaco, Phil COLLINS, ou des membres de la famille royale britannique.

 

Jackie Stewart accompagné de son fils, Paul explique aux jeunes Princes William debout à gauche et Harry en 1996 ce qu’est la F1 ©-Manfred-GIET

En effet, il y a quatre ans, Lady Helen son épouse, âgée actuellement de 78 ans, fut atteinte de démence, ce qui nécessita son placement en institution spécialisée.

Une situation qui a profondément marqué Jackie qui depuis remue ciel et terre pour trouver un traitement adéquat pour combattre cette maladie cruelle en créant une fondation caritative en y allant de sa poche à raison d’1 Million d’€ pour venir en aide aux personnes souffrant de cette maladie difficilement curable.

 


Jackie-STEWART avec le ROI d’Espagne, Juan-Carlos et son pilote, Rubens BARRICHELLO-©-Manfred-GIET

 

Jackie outre nombre de ses pairs morts en course, a aussi accompagné le cercueil de son ami, Ken TYRRELL, décédé le 25 août 2001, à 77 ans.

Jackie STEWART a été longtemps Président du British Racing Driver’s Club (BRDC) et est depuis 2002 porteur de l’Ordre de l’Empire Britannique (OBE) qui lui permet d’être nommé ‘SIR’ Jackie Stewart.

Soulignons encore qu’il est actuellement le doyen des Champions du Monde de F1, encore en vie depuis le décès de John SURTEES le 10 mars 2017.

 

Happy Birthday  ‘Sir’ Jackie.

 

Manfred GIET

Photos : Publiracing Agency – Thierry COULIBALY – Archiv’ELF

Jacky Stewart- avec Gilles GAIGNAULT en 2002-  Photo : Thierry COULIBALY

 

 

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