EoT et BoP : LES DEUX PILIERS DE L’ENDURANCE.

 

 

 

24 Heures du MANS-2019- Les TOYOTA partent favorites mais… Photo : Thierry COULIBALY

 

Depuis quelques années, l’ACO (Automobile Club de l’Ouest) et la FIA (Fédération Internationale Automobile) ont travaillé leur règlement, en y incluant deux notions : l’EoT pour la catégorie des LMP1 et la BoP pour celles des GT .

Termes barbares, acronymes incompréhensibles, philosophie déplacée, aberration sportive…

Tous les qualificatifs des puristes du sport automobile y passent.

Alors essayons de décoder ce que cela veut dire.

 

24 H du Mans 2017 FORD GT N°68 de Séb BOURDAIS -Photo Thierry COULIBALY

24 H du Mans 2018 PORSCHE 911 RSR .N°91 de Fred MAKO -Photo Thierry COULIBALY

 

 

L’ACO veut offrir du spectacle aux spectateurs. Pour cela, il faut maintenir du suspens 24 heures durant. Et si les voitures ne sont pas au même niveau, le peloton s’effiloche, les secondes d’avance se transforment en minutes, puis en tours d’avance.

Aucun intérêt à une absence de bagarre.

Par exemple la lutte somptueuse des GT tout au long des 24 Heures l’an dernier, a passionné les spectateurs. Relayé par écrans géants le nombreux public manceau a encore en mémoire, le combat de titans, la formidable bagarre opposant deux pilotes Français,   Sébastien Bourdais au volant de l’une des Ford GT et Frédéric Makowiecki, dans l’une des Porsche 911 RSR   dans la matinée du dimanche.

Deux voitures pourtant radicalement différentes dans leur conception !

Pour favoriser ces luttes, il faut que le règlement permette aux voitures d’être très proches les unes des autres.

 

24-Heures du-Mans-2018.-LMP1 non hybride BR1 N°17 -Photo-Thierry-COULIBALY

BoP en GT pour permettre à des voitures d’origine différente de lutter pour la victoire

 

La BoP, cela veut dire Balance of Performance, ou en bon vieux français, équilibre des performances des LM GTE.

Le problème du législateur était le suivant : comment permettre à des modèles de série aussi différents qu’une Porsche 911 tributaire d’une longue tradition technologique de Flat6, qu’une Ferrari, berlinette à moteur V8 arrière, ou bien encore que des Corvette et Aston Martin avec un moteur V8 central avant, de lutter avec une Ford GT, à moteur V6 turbo, conçue elle, comme un véritable prototype.

L’idée est donc de mettre tout le monde sur un même pied d’égalité en termes de performances sur un tour de circuit.

Comment ?

En jouant essentiellement sur deux paramètres qui influencent directement ces performances au tour, c’st à dire le poids et la puissance.

Pour le premier, rien de plus facile que d’ajouter quelques kilos, via une ou plusieurs plaques d’acier fixées sur le châssis… Ou d’en retirer si une voiture se trouve à la traîne !

Pour le deuxième, on joue sur le diamètre de la bride qui fixe la quantité d’air – et donc la quantité d’essence – qui entre dans le moteur, ou encore sur la pression du turbo.

On joue là sur des dixièmes de millimètres ou de bars en plus ou en moins.

En début de saison, un pilote référent effectue à la demandes du législateur, des tours avec chacune des voitures pour signer des temps de base, et on ajuste ces paramètres pour rapprocher les performances proches des unes des autres.

Mais cela ne suffit pas. Car certaines voitures sont plus adaptées à tel ou tel circuit, et certains constructeurs ont pu mettre à disposition une voiture cachant son jeu pour le test de début d’année.

C’est pourquoi la BoP est revu régulièrement en cours de saison, parce que les voitures évoluent (plus ou moins vite) et aussi parce que les caractéristiques du circuit conviennent mieux à l’une qu’à l’autre.

Facile avec les modèles de calculs incluant les caractéristiques des différents circuits.

Et donc, une nouvelle BoP a été publiée il y a quelques jours, avant la Journée Test des prochaines 24 heures du Mans.

… Et elle le sera de nouveau à l’issue de la journée d’essais.

Pour le moment, ce sont les Aston Martin, les Corvette et les Ferrari qui bénéficient d’un ajustement de -7kg. Les Ford et les BMW par contre sont pénalisées de +12 et +9 kg.

La Porsche est, elle, pénalisée de +2kg.

Pour mémoire toutes ces voitures pèsent entre 1.242 et 1.287 kg.

Pour peaufiner l’équilibrage, BMW voit sa pression de suralimentation diminuée de 0,05 bar et la Ferrari augmentée de 0,01.

Ces valeurs peuvent paraitre faibles, mais elles suffisent à assurer que les temps au tour seront similaires.

Enfin un des points non négligeables de la BoP, est de limiter les développements pharaoniques sur les voitures. Car à quoi cela servirait de déployer une nouvelle et couteuse technologie, si on lui coupe les ailes à la course suivante en agissant sur la BoP !

Les budgets sont ainsi mieux maitrisés.

 

24 HEURES du MANS 2018 – LMP1 – La REBELLION non hybride – Photo :Thierry COULIBALY

EoT en LMP1 pour mettre des technologies différentes au même niveau de performances .

 

L’EoT ou Equivalence of Technology, veut tenter d’équilibrer les performances des voitures LMP1, qui, si elles sont toutes des prototypes, utilisent des technologies fort différentes au niveau des groupes motopropulseurs, les unités de puissance comme on dit aujourd’hui…

Dans le passé nous avions vécu les difficultés d’équivalence entre les diesels et les essences.

C’est encore plus vrai aujourd’hui avec les hybrides et les non hybrides.

Tant que trois marques (Porsche, Audi, Toyota) se battaient avec des hybrides, le problème était… masqué !

Le retard pris par les voitures non hybrides n’était pas si grave que cela et les concurrents désappointés regagnaient le rang des LMP2, catégorie où la lutte a toujours été équilibrée (ou presque suivant les configurations aérodynamique).

Mais aujourd’hui, plus question de laisser Toyota faire cavalier seul… En l’absence d’Audi et de Porsche qui ont héla désertés le milieu de l’endurance, pour se consacrer à d’autres séries !

Après une année lui étant favorable en 2018, pour signer cette victoire aux 24 Heures du Mans, tant attendue depuis des… décennies, il convient maintenant de lui trouver des adversaires.

Et l’Equivalence of Technologie, heureusement déjà lancée depuis les années 2014 pour l’équivalence Diesel/Essence, revient pour sauver le spectacle en étant plus draconienne pour les hybrides.

Il est impératif de mettre les Rebellion, Enzo Kolles et autres BR 1, en position de lutter avec les Toyota.

 

24-HEURES-du-MANS -LMP1 non hybride  CLM-P01-du-Team-ByKOLLES-de-TRUMMER WEBB et KAFFER-Photo-Thierry-COULIBALY

 

Un cavalier seul trop flagrant des Japonais et c’est toute la planète Endurance qui en pâtirait et serait menacée d’extinction…

Cette EoT est même double puisqu’il a fallu trouver une équivalence également entre les LMP1 non hybrides qui peuvent disposer de moteurs atmosphériques ou turbocompressés.

L’EoT peut jouer sur plus de paramètres : énergie disponible sur un relais (taille du réservoir), vitesse de ravitaillement (débit des pompes), puissance du power unit et poids de la voiture.

Le problème c’est que l’on arrive à certaines limites de performances pour les LMP1 non hybrides. Dès lors, il convient de pénaliser plus lourdement les LMP1 hybrides (les Toyota) faute de pouvoir donner plus de ressources aux LMP1 non hybrides.

 


24-HEURES-du-MANS-2018-La-TOYOTA-N°8-des-vainqueurs-ALONSO-BUEMI-NAKAJIMA

 

Pour les essais préliminaires des 24 Heures du Mans de cette année, il y a un écart de 70 kg entre les Toyota et leurs adversaires.

Par ailleurs le débit de carburant est augmenté dans le cas des LMP1 non hybrides de 6 % environ. L’ensemble de l’EoT sera elle aussi revue avant les 24 heures.

Et le sport dans tout cela ?

Le débat fait régulièrement rage en salle de presse et dans les différentes conférences d’avant course.

Certains justifient la présence de ces EoT et BoP, arguant que finalement la lutte n’en est que plus belle et dure plus longtemps. Et que sinon le sport, le spectacle s’en trouve renforcé…

D’autres s’insurgent contre des mesures qui viennent brider la créativité des ingénieurs et vient artificiellement lisser les performances au détriment du Sport avec un grand S.

Les deux parties ont sans doute raison…

Mais l’ACO, vit du nombre de spectateurs présent sur le circuit et ces derniers -en discutant avec eux- veulent désirent et souhaitent des bagarres à couteaux tirés sur la piste, à coup de dixièmes de secondes et non de tours d’écart…

 

Patrick MARTINOLI

Photos : Thierry COULIBALY

 

24 Heures du Mans Endurance

About Author

gilles