WILLY KAUHSEN SOUFFLE À SON TOUR 80 BOUGIES. CE 19 MAI.

 

 


Willy-KAUHSEN-encore-souvent-présent-sur-des-épreuves-classiques-©-Manfred-GIET.

 

Avec maintenant ‘80’ balais au compteur, l’ancien Pilote allemand Willy KAUHSEN, peut dorénavant se mettre à l’aise et passer en revue une carrière longue de cinq décennies, durant laquelle non seulement sa proximité avec le sport automobile, ne s’est jamais étiolée mais surtout au cours de laquelle, il a enfilé à tour de rôle, le casque de pilote, la casquette de propriétaire d’écurie et un cache-poussière de restaurateur de véhicules de compétitions historiques !

Né le 19 mai 1939 à Aix-la Chapelle (Aachen), cité thermale à la jonction de la Belgique et des Pays-Bas, là où s’est éteint l’Empereur d’Occident Charlemagne en 814 après Jésus Christ, Willy KAUHSEN, a grandi dans une famille de transporteurs routiers où tonnage et logistique, étaient non seulement à l’ordre du jour quotidiennement mais en même temps, le gagne-pain familial.

À peine passé le cap de la vingtaine, il contracta le virus de la compétition, transmis probablement par la proximité des Circuits de Spa-Francorchamps et de Zolder en Belgique et du Nürburgring en Allemagne, situés tous trois dans un rayon de 70 Km de son domicile et qui pour lui avaient une attirance sans pareil.

Tout cela à une époque, où le sexe était encore sûr, le sport automobile, lui, considéré par contre comme excessivement dangereux !

À 25 ans il se lança dans le bain, délaissant le volant du bahut de l’entreprise paternelle pour un volant gainé de cuir d’une PORSCHE 356 B, ensuite d’une MINI MORRIS avant de se défouler à bord d’une petite bombe badgée FIAT ABARTH 1.000 TC, bolide avec laquelle il s’illustra partout où il se produisait pour devenir en 1967… Champion d’Europe FIA Tourisme en Division 1.7

Un an plus tard, il s’adjugea la victoire aux 24 Heures de Spa, au volant d’une Porsche 911, avec Helmut KELLENERS et Erwin KREMER (décédé en 2006), lequel deviendra avec son frère Manfred, un véritable sorcier de la belle mécanique et un préparateur PORSCHE réputé, qui s’illustra aux 24 Heures du Mans.

 

24 HEURES DU MANS 1971 -La PORSCHE 917 de KAUHSEN JOEST

 

Par la suite PORSCHE devint d’ailleurs sa marque fétiche, avec laquelle il restera fidèle durant six Saisons, participant activement au Championnat du Monde des Marques (WSC) sur des modèles 906, 907, 908, 911 et 911 CARRERA RSR, 914, 917 et 917/10, avec toutefois quelques irruptions passagères chez BMW et OPEL en catégorie ‘’Tourisme’’ ainsi que chez CHEVRON et LOLA en Sports-Protos.

Devenu véritable spécialiste de la PORSCHE 917, véritable monstre du bitume à l’époque, c’est à bord de ce modèle qu’il a pu véritablement asseoir sa notoriété au point d’être surnommé ‘’Monsieur 1000 Chevaux’’, ce qui n’était aucunement en liaison avec sa ville d’origine réputée pour ses concours équestres, mais à cause simplement de l’aisance qu’il dégageait au volant de la plus puissante voiture de course de cette époque (les années 70).

 

Willy-KAUHSEN-sosie-de-Bonnier-©-Manfred-GIET.

 

De cette époque date aussi son look à la Joachim BONNIER, son ami Suèdois qui se tua au Mans en juin 1972 et auquel il vouait une profonde admiration depuis leur association aux 1.000 Km du Nürburgring en 1970 sur une LOLA T210 engagée par le pilote Nordique.

Sur la PORSCHE 917/10, ce ‘’hors-bord’’ des circuits dont la puissance en qualifications dans les catégories INTERSERIE et CANAM pouvait atteindre les 1.100 cv, Willy KAUHSEN a disputé durant deux saisons le Championnat ‘’Interserie’’ et sept manches CANAM aux USA en plus  de sa participation au Championnat du Monde d’Endurance, toujours sur une 917/10.

 

24 HEURES DU MANS 1970 –  La PORSCHE 917 de KAUHSEN LARROUSSE classée deuxième

 

Aux 24 Heures du Mans 1970, avec Gérard LARROUSSE comme équipier, il participa activement au doublé PORSCHE derrière les vainqueurs Hans HERMANN-Richard ATTWOOD tandis qu’en INTER-SERIE, il remporta les manches du Nürburgring, d’Imola et de Silverstone sur des PORSCHE 917/70, de sa propre écurie WKRT (Willy Kauhsen Racing Team) fondée en 1972.

Fin 1974, il décida de mettre un terme à sa carrière de pilote et aujourd’hui encore il cite avec fierté des coéquipiers, tels RODRIGUEZ, BELL, STOMMELEN, AHRENS, ELFORD, MITTER, ATTWOOD, LARROUSSE, FOLLMER, JÖST et VON WENDT avec lesquels il a eu le plaisir de partager le volant.

Si durant ses années ‘’PORSCHE’’ , il n’a jamais affolé les statistiques, du côté de Zuffenhausen, il était malgré tout considéré comme figure de proue, grâce à son sérieux, sa vitesse, ses excellentes facultés de metteur au point ainsi qu’une fiabilité en toute circonstance.

ALFA-ROMEO-du-Team-KAUHSEN.j

Âgé de 35 ans, il quitte cependant la galaxie PORSCHE pour répondre à l’appel … des sirènes Turinoises et faire rouler sous sa bannière, les ALFA ROMEO 33T12 en Championnat du Monde d’Endurance pour voitures sport, dénommé à l’époque le WSCC.

Une aubaine pour le Team WKRT dirigé par l’Aixois Willy KAUHSEN qui du coup s’adjugea sept épreuves sur les neuf au calendrier du Championnat 1975, dont trois victoires pour les équipages MERZARIO-LAFFITE et PESCAROLO-BELL et 1 victoire pour la paire MERZARIO-MASS. Le constructeur Turinois remportant du coup haut la main le titre attribué à la marque, la seule distinction attribuée par la FISA (Fédération Internationale du Sport Automobile) en l’absence de titre ‘’Pilotes’’.

 

Klaus-LUDWIG-F2-Nürburgring-1977-ELF-2J-Renault-©-Manfred-GIET

Enivré par ce succès, il choisit alors pour la saison 1976 de s’engager en F2, l’antichambre de la F1 avec des MARCH 762 HART pour le Brésilien Ingo HOFFMANN et les Allemands, Klaus LUDWIG et Jochen MASS, qui au cours des onze épreuves auxquelles ils participèrent, ne purent remplir qu’un simple rôle de figurants !

Ce qui incita du coup KAUHSEN à racheter les anciennes ELF 2 conçue par Jean-Pierre JABOUILLE pour 1977 sur lesquelles se relayèrent Michel LECLÈRE, Alain PROST, Klaus LUDWIG, José DOLHEM, Mario DA SILVA et Vittorio BRAMBILLA, une saison qui s’avéra un énorme fiasco en l’absence d’aide technique du constructeur, contraignant le patron du Team d’Aix-la-Chapelle à quitter la F2 par la petite porte pour ensuite tenter de s’établir dans la catégorie reine, celle de la F1.

Un projet certes ambitieux, mais qui n’effrayait nullement le fonceur qu’il était conscient qu’après avoir maîtrisé les 1.000 cv d’une PORSCHE 917, s’impliquer dans le supra du sport auto ne devait pas être insurmontable.

Cependant, mal lui en prit comme la suite allait le démontrer.

Peu armé financièrement, il racheta le Team Japonais KOJIMA pour l’équivalant de 200.000 € actuels, pour constater ensuite qu’il avait acheté un chat dans un sac et après avoir loupé les 4 premiers GP de la Saison, il dut en plus s’acquitter d’une amende de 30.000 $US (35.000 €) envers la FOCA (Association des Constructeurs en F1), intransigeante en la matière à une époque où les écuries de F1 en tous genres foisonnaient véritablement pour se retrouver parfois au nombre de vingt.

 

Chassis-de-la-dernière-KAUHSEN-F-1-©-Manfred-GIET

 

Face à ce premier véritable échec, Il se lança ensuite dans la construction de sa propre voiture, la KAUHSEN WK1, croyant fermement qu’avec un châssis de conception simple et animé par un V8 COSWORTH, le tour serait joué !

Et là, nouvelle désillusion, puisque cette voiture plutôt considérée comme plagiat de la LOTUS 78, les qualités en moins bien sûr, s’avéra pataude et totalement inadaptée par rapport au matériel dont disposait la concurrence.

L’italien Gianfranco BRANCATELLI engagé comme metteur au point avait pour mission de qualifier cette voiture en 1979, ce qu’il ne parvint pas à faire, ni à Jarama, ni non plus à Zolder, où le chrono avait été impitoyable par rapport à celui du Poleman, le Français Jacques Laffite au volant de sa Ligier, avec un écart terrible, atteignant les… 13 secondes, soit une année lumière !

KAUHSEN malgré tout croyait toujours ferme en son projet et lança durant l’intersaison, la construction d’un nouveau châssis, conçu par Kurt CHABEK, un ancien de chez PORSCHE et au design futuriste dû à Klaus KAPITZA, un styliste de chez FORD Cologne.

 


Cockpit-de-la-toute-dernière-KAUHSEN-F-1-©-Manfred-GIET-

 

Pour financer ce projet ambitieux, il hameçonna le pilote Belge Patrick NEVE (décédé en 2017) qui sortait de deux saisons difficiles chez le désargenté Frank WILLIAMS sur une ancienne MARCH 761 et qui possédait un pactole intéressant provenant du Groupe Coca-Cola (boissons rafraîchissantes KINLEY) et de Philip MORRIS (MARLBORO) destiné à lui financer une saison supplémentaire en F1.

Si la voiture vit effectivement le jour, son empreinte en F1 restera confidentielle et aussi éphémère qu’une abeille !

Dès les premières mises à l’épreuve de cette voiture au design très futuriste, le pilote Belge  dû malheureusement faire le dur constat que cette KAUHSEN WK 05, était un authentique ‘canasson’ qui risquait de l’embarquer dans un défi insoluble et qui  l’incita finalement, sur avis de ses commanditaires d’abandonner, ce qui finalement avait l’aspect d’une mauvaise aventure.

Pour Willy KAUHSEN, cela signifiait un nouvel échec cuisant, qui l’incita cependant, malgré l’absence de sponsors, de tenter un dernier essai en désespoir de cause pour sauver ce qui pouvait encore l’être en faisait appel à nouveau à Gianfranco BRANCATELLI, … pour essayer de retirer les marrons du feu !

Au bout de deux essais, le pilote italien déposa lui  aussi les armes, envoyant du coup Willy KAUHSEN et son Team WKRT, dans les cordes pour le compte avec pour effet un verdict implacable sous forme de dépôt de bilan…

 

Arturo-MERZARIO-au-volant-de-sa-F-1-éponyme-dont-une-partie-des-pièces-provenaient-du-Team-KAUHSEN-RF-1-après-sa-dissolution-©-Manfred-GIET-.j

 

Une partie des vestiges restants furent ensuite cédés à Arturo MERZARIO, qui de son côté tentait aussi vainement de solidifier les fondations vacillantes de sa propre écurie où Il exerçait à la fois les fonctions de pilote, constructeur et manager.

Par la suite, le chauffeur routier devenu pilote puis Team Manager, se fit très discret durant de nombreuses années, avant de réapparaître lors de meetings historiques avec parfois quelques joyaux PORSCHE restaurés dans son garage comme la 917/10 Spyder ou 907 version longue, que l’on peut toujours admirer lors d’épreuves historiques classiques ou encore au Musée du Circuit à STAVELOT, ville riveraine du célèbre Circuit Spadois, où trône également le châssis WK 05 de la toute dernière KAUHSEN F1.

En tant qu’octogénaire, jamais à court d’anecdotes et sans avoir reçu toujours en retour ce qu’il a investi dans le sport automobile, sa passion n’en reste pas moins intacte, et ce malgré tous les avatars encaissés.

Dorénavant, pour le croiser quelque part dans un paddock, il suffit de se rendre au Nürburgring, à Hockenheim, Spa-Francorchamps ou au Mans, lors d’épreuves classiques qui font toujours partie de son passe-temps favori et qu’il ne rateraient pour rien au Monde.

Bon Anniversaire Willy !  Happy Birthday!

 

Manfred GIET

Photos : Publiracing Agency

 

Willy-KAUHSEN scrute attentivement une PORSCHE-907-LH-qu’il a eut l’occasion de voir en action sous Jochen RINDT et Gerhard MITTER, aux 24 Heures du Mans 1967-©-Manfred-GIET

 

 

Glorieux Anciens

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