L’AUTOPARTAGE EXISTAIT DÉJÀ IL Y A 65 ANS EN FORMULE 1 !

 

Circuit de Spa-Francorchamps©-Manfred-GIET

Un peu d’Histoire…

 

Si le phénomène de l’AUTOPARTAGE a tendance à se développer et même à prendre son envol depuis la fin des années ’90, ses débuts remontent à… 1948, lorsque se créa à Zürich, en Suisse, la SEFAGE (Selbstfahr Genossenschaft), soit une coopérative d’auto-conduite, toutefois insignifiante à l’époque.

Par contre la Formule 1, dans sa phase primaire des années ’50, n’a cessé de faire des émules.

En effet, au tout début de l’ère moderne de la F1 et du Championnat du Monde des Pilotes, une pratique courante permettait de partager les voitures, soit en prenant le relais d’un coéquipier ou en échangeant tout simplement les voitures, avec comme conséquence dans la plupart des cas, le partage des points au décompte final du GP.

Et les pionniers en la matière furent les britanniques J.FRY et B.SHAWE-TAYLOR qui échangèrent les volants de leur MASERATI 4CL privées lors du tout premier GP de l’histoire moderne de la F1, au GP d’ANGLETERRE à Silverstone le 13 mai 1950.

Ce système de voitures ‘partagées’ a été d’application jusqu’en 1958, avant de disparaître définitivement.

 

F1-GP-de-Belgique-1953-à-Francorchamps-Fangio-à-la-sortie-virage-de-Stavelot-en-tête©collection-Manfred-GIET

 

Si quelques une des vedettes de l’époque eurent recours à cette pratique courante, Juan-Manuel FANGIO en fit usage six fois entre 1951 et 1956 en échangeant son ALFA ROMEO, ses MASERATI et LANCIA FERRARI avec FAGIOLI, CLAES, BONETTO, MUSSO et COLLINS en cours de Grands-Prix, qui à l’époque, rappelons-le, se disputaient sur des distances de plus… de 500 Km !

En 1953, il y a tout juste 65 ans, lors du GP de Belgique sur le ’’Grand Francorchamps’’, craint de tous et considéré comme véritable juge de paix pour les hommes et les machines et qui après l’ovale d’Indianapolis aux USA et le Circuit de Gueux à Reims en France, était classé troisième circuit le plus rapide du calendrier avec des vitesses moyennes de 185 Km/h, l’Argentin Juan-Manuel Fangio, avait alors réalisé la pole, tandis que les pilotes Belges étaient au nombre de cinq au départ, fait unique, sur une grille de départ qui en comptait vingt pilotes, au total, de ce 27ème GP de l’histoire.

Dès le baisser du drapeau national, les deux MASERATI 6 cylindres du duo Argentin, FANGIO et GONZALES, dont le vrombissement était audible à des kilomètres du tracé Ardennais, ne firent qu’une bouchée du troisième larron en première ligne, l’italien Alberto ASCARI sur une FERRARI 4 cylindres, pour se livrer à un mano-à-mano, pendant dix tours, avant que l’accélérateur ne lâche sur sa MASERATI  A6 GCM sous l’effet de la chaleur.

 

F1 – GP de Belgique 1953-La Maserati A6 GCM de Johnny CLAES que Juan Manuel Fangio avait reprise après son tonneau-© collection Manfred GIET

 

Comme il avait été décidé en interne chez MASERATI, que si un des deux leaders Argentins était victime de problèmes mécanique, le pilote Belge Johnny CLAES, qui pour la circonstance avait hérité d’une MASERATI officielle, prêtant sa CONNAUGHT habituelle à son compatriote André PILETTE, devait céder la sienne au premier pilote des Pampas Argentines, victime d’ennuis mécaniques.

Et dans ce cas, Froilan GONZALES était donc en droit de reprendre le volant de la MASERATI N° 6 de Johnny CLAES.

Seul inconvénient mais de taille… c’est que GONZALES se trouvait en rade, à l’autre bout du circuit et qu’il lui serait impossible de ramener sa MASERATI défaillante aux stands, ou ne fusse pour lui que de revenir à pied du Virage de Stavelot.

 

F1 Le dessin de l’ancien tracé du grand Circuit de SPA FRANCORCHAMPS.j

 

Néanmoins, il parvint à convaincre deux Gendarmes en poste au Virage de Stavelot pendant le GP pour se faire ramener aux boxes et SVP… ‘par la piste’ en Jeep MINERVA  jusqu’au Virage de la Source, où ils déposèrent celui que l’on surnommait le ‘Taureau de la Pampa’ et ensuite de retourner à leur poste en empruntant le circuit à contre-sens et en frôlant l’accident avec les bolides en course !

INCROYABLE mais cependant bien réel !

Arrivé exténué à son stand, GONZALES ne put cependant pas emprunter la voiture de Johnny CLAES, alors classé huitième de l’épreuve, parce qu’il venait de céder sa MASERATI à Juan-Manuel FANGIO, lui aussi victime d’ennuis mécaniques mais en ayant pu rejoindre son stand.

Fangio qui avait mené le GP jusqu’alors, se lança dans une poursuite homérique, passant de la huitième place pour remonter rapidement jusqu’au troisième rang !

 

F1 – GP de Belgique 1953-La Maserati A6 GCM de Johnny CLAES reprise par Fangio accidentée dans l’avant dernier tour-© collection privée Manfred GIET

 

Alberto ASCARI et sa petite FERRARI 500, en solide leader après les déboires survenus à ses deux rivaux, vit toutefois son avance de cinquante secondes sur FANGIO, dont la  »remontata » paraissait irrésistible, fondre comme beurre au soleil !

Dans l’avant dernier tour des trente-six à accomplir , le grand FANGIO augmenta encore sa cadence infernale au point… de partir en tonneau, à la sortie de la Courbe de Stavelot, au cours duquel il perdit deux dents, laissant la voie libre à son grand rival ASCARI pour remporter les lauriers d’un GP homérique et dont les plus anciens ont gardé un souvenir impérissable d’une époque, certes révolue, mais qui n’a plus rien en commun avec les GP «PLAYSTATION» actuels…

 

Manfred GIET

Photos : Publiracing Agency

 

 

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