LES FÉDÉRATIONS, FFM ET FIM, SUR LE TERRAIN, AUX 24 H DU MANS MOTOS

 

 

Ils sont les yeux et les oreilles de la Fédération internationale motocycliste (FIM). Au cours d’un week-end de course, lors des briefings pilotes/managers, des réunions sécurité avec les représentants des pilotes, à l’occasion de moments informels avec tous les acteurs d’une course d’endurance et, tout au long de la course qu’ils vivent en direct comme des vigies, perchés dans leur tour de contrôle à l’ambiance ouatée, ces quatre-là connaissent « leur » endurance sur le bout des doigts.

L’équation lors du meeting des 24 Heures du Mans, pour trouver un moment hors de leur timing serré, afin de les questionner, ne fut pas facile à résoudre.

Heureusement la ‘bonne auberge’ de la FIM, un somptueux Motor-home, servant de restaurant ‘ First Class’ étant un lieu prisé pour le ressourcement des officiels et des journalistes qui y sont en permanence les bienvenus, c’est là que nous avons retrouvé nos interlocuteurs, que nous vous présentons succinctement.


Direction-de-course_24-H-du-mans-Moto-2018-photo-thierry-COULIBALY.

Rencontre avec ces acteurs majeurs de la course

 

Patrick Coutant, très longtemps directeur des pistes de l’ACO et directeur de course, a rejoint la FIM, comme membre la commission des courses sur route, dans le groupe technique Endurance, où il a retrouvé Paul Duparc, coordinateur de cette commission.

Patrick Coutant a été désigné par ailleurs Directeur de course pour l’ensemble des épreuves du Championnat, sachant que dans chaque pays, c’est un directeur national qui est en charge directe de la course.

 


Jean-Marc-DELETANG_24-H-du-mans-Moto-2018-photo-thierry-COULIBALY.

 

A ce titre, nous avons retrouvé dans ce rôle en Sarthe, l’ancien pilote, Jean-Marc Delétang, qui pour la FFM, dirige toutes les épreuves internationales disputées sur le sol Français.

Personne n’aura oublié que Jean- Marc fut un excellent pilote de vitesse, plusieurs fois titré en Championnat de France et vainqueur du Bol d’or en 1993 (Suzuki) et 2000 (Yamaha).

 

Jean-Luc-Gilard_24-H-du-mans-Moto-2018-photo-thierry-COULIBALY.

 

Comme directeur de course adjoint lors de ces 24 heures, Jean-Marc est assisté directement par Jean-Luc Gilard, membre de la commission nationale vitesse de la FFM (Fédération Française Motocycliste)

 


Patrick COUTANT, surveille-les-écrans.24 H du Mans Moto-2018-Photo :Thierry-COULIBALY.

 

Que pensez-vous de cet enjambement de la saison entre le Bol d’Or en septembre et la seconde course des 24 heures du Mans, fin avril ?

Patrick Coutant: « Eurosport en charge de la promotion et du développement de ce Championnat, avait prévu d’avoir des courses pendant la période hivernale. D’après mes renseignements ça va venir, à partir de 2019. Effectivement c’est difficile de débuter une saison en septembre et d’avoir pratiquement 6 mois d’arrêt et de reprendre avec une course chaque mois pendant 4 mois, avant que la saison se termine. C’est Eurosport qui fait les calendriers, c’est normal comme la Dorna en Moto GP. Peut-être pourrait-on décaler un petit peu le Bol d’or vers octobre et puis avoir une autre course (Thaïlande, Argentine ?), de façon à ce que l’on puisse ne pas avoir un Championnat scindé en deux comme actuellement. De plus, avec la situation actuelle on risque de ne pas retrouver les mêmes pilotes dans les mêmes teams, ce qui est gênant, donc il faut arriver à trouver une solution. »

 


Paul DUPARC et Patrick-COUTANT, aux 24-H du Mans Moto-2018-Photo Thierry-COULIBALY.

 

Paul Duparc : « C’est bien le rôle de notre promoteur de développer ce Championnat à l’international. Eurosport, diffuseur télé a les moyens de trouver une réponse à ce souhait. Je ne peux pas répondre en lieu et place du promoteur mais on peut penser qu’ayant perdu l’épreuve en Superbike et ayant manifesté un grand intérêt pour l’endurance, le circuit de Sepang puisse être le théâtre d’une course d’endurance. »

 

Il se murmure souvent que lors des 8 heures de Suzuka les teams Japonais s’affranchissent quelque peu du règlement pour dominer sur leurs terres. Qu’en est-il vraiment ?

Patrick Coutant : « Ma réponse sera très simple. Lors des 8 H de Suzuka 2017, on a pris les onze premières machines à l’arrivée, elles ont été démontées entièrement (moteurs, châssis, fourches…) Les cadres ont été contrôlés par un robot loué spécialement par la FIM, toutes les garanties étaient là et, à la fin de l’opération, il n’y avait aucune moto non conforme. J’ajouterais bien volontiers que les données électroniques étant libres, elles sont peut-être plus travaillées par les ingénieurs à Suzuka. Comme en plus là-bas, on amène des pilotes du GP ou du Superbike et que, souvent aussi, les gommes sont particulièrement travaillées pour des conditions particulières, c’est sans doute cela qui fait pas la petite différence, mais pas la triche. »

 

Quelles seront les évolutions techniques à venir ?

Paul Duparc : « Avec Eurosport nous voulons promouvoir le Championnat, de le valoriser en termes d’image et de le professionnaliser. On essaye de remonter le niveau sportif. On avait envisagé de réduire le temps maximum autorisé pour se qualifier, de manière à réduire le gap entre les coureurs le plus rapides et les plus lents. On a va sans doute décider de passer en trois ans de 110% du temps du meilleur pilote à 107 %. »

 

Et la radio en direct avec les pilotes ?

« C’est une demande de notre promoteur dès l’an dernier. Il faut savoir que pour réaliser cela, réglementairement, il faut l’accord de la FIM, l’accord du team et l’accord du pilote, donc on ne pourra pas l’imposer. Ajoutons aussi, qu’au Japon les fréquences radio sont protégées, alors ces liaisons radio ne seront pas possibles là-bas. »

 

Comment pouvez-vous rassurer les teams que parlent de valse des étiquettes des pneumatiques ?

Jean-Marc Delétang : «  Oui, Dominique Méliand (SERT) en a parlé lors de le briefing des managers. J’ai envie de leur dire, les gars vous comptez sur notre impartialité, moi je compte sur votre honnêteté. Tout ça finira comme pour les 24 heures autos, où l’on établira un deal avec les manufacturiers. Il y aura des puces dans les pneus, des cellules qui liront les informations et le problème sera réglé. C’est vrai qu’aujourd’hui on met en place des règles mais on n’a pas tous les moyens pour aller au bout de la contrainte.  On doit reconnaitre qu’on a une règle mais qui n’est pas totalement bordée.»

Paul Duparc : « Comment procède-t-on pour les contrôles dopage ? On effectue des tests aléatoires. On n’est pas obligé de vérifier à chaque montage de pneu que l’on soit dans les clous. En fait, ce que les teams souhaiteraient c’est d’avoir un contrôle systématique à chaque fois qu’ils montent un pneu. Avoir un puce RFID c’est plus complexe avec une moto et les manufacturiers n’ont pas de solution technique pérenne sur cette question. »

Jean-Marc Delétang : « Je suis d’accord. Quand je courais en endurance, j’étais loin de m’imaginer qu’il y avait des gens qui trichaient, notamment une certaine équipe qui tout au long d’une course de 24 heures semblait consommer moins que nous et changeait régulièrement le réservoir à une heure ou deux de l’arrivée. On se disait, ah ils ont bravé l’interdit, ce qui était, pour nous pilotes, comme pour Jean-Claude Olivier, patron très rigoureux, totalement inconcevable. »

 


Le Directeur de course au travail aux 24 H du Mans  Moto 2018 -Photo  Thierry COULIBALY.

Dans le temple de la direction de course

 

Après ces échanges nous avons la chance d’être invités dans le saint des saints : la direction de course comme Gilles Gaignault ces dernières années, lors des 24 Heures du Mans autos!

(Une condition avait été précisée, que nous révisions le règlement du Championnat du monde d’endurance que l’on nous remettait, afin d’être soumis à la question à notre tour le lendemain matin… Il n’en fut rien!)

Nos quatre officiels s’y trouvent et s’y relaient selon des règles très strictes. Ainsi, en cas d’incident ou d’accident, l’un d’eux peut se rendre sur les lieux mais le directeur de course présent à la  passerelle de commandement (J.M Delétang ou J.L Gilard) reste à la manœuvre et coordonne dans la permanence et la continuité, tout le dispositif de la course.

 


Prise de décision collective aux 24 Heures du Mans Moto 2018 -Photo Thierry COULIBALY.

 

Précisons, que seul le directeur de course en titre pour les 24 heures est juridiquement responsable, à cet égard il est seul habilité à signer tous les actes et décisions ainsi que les classements, bien évidemment.

Cette cellule opérationnelle permet de regrouper les responsables de toutes les instances concernant la sécurité, les interventions, le médical, le sportif…

Un mur d’écrans permet de recevoir des vues en instantané de tous les points du circuit et de la ligne des stands, avec la possibilité de zoomer pour mieux apprécier une situation.

Bien sûr les images diffusées par Eurosport défilent également. Les commissaires de piste sont en liaison directe avec ce cerveau de la course, où les décisions se prennent toujours de manière collective.

Pour cette quarantième édition, nos quatre amis se réjouissaient, tout comme nous, de ne pas avoir eu à déplorer d’accident grave, malgré les nombreuses chutes, qu’ils analyseront à froid pour voir, au besoin, comment améliorer la sécurité passive du circuit.

 

Alain MONNOT

Photos : Thierry COULIBALY

 

 

FFM FIM EWC

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