IL Y A 60 ANS, COOPER-CLIMAX, WALKER RACING ET STERLING MOSS, MARQUAIENT LA F1 D’UNE PIERRE BLANCHE.

 

La célébre COOPER-CLIMAX-T43, lors d’une épreuve historique-©Manfred-GIET

  

Alors que le Championnat du Monde de Formule 1 va entrer dans sa… 69ème saison le 25 mars prochain, le 19 janvier 1958, les Britanniques John COOPER, Sterling MOSS, Rob WALKER et le motoriste CLIMAX, ont écrit une sacrée belle histoire et une page inoubliable de la FORMULE 1.

À l’aube de la neuvième saison du Championnat du Monde de Formule 1, la CSI (Commission Sportive Internationale du Sport Automobile) devenue depuis FIA (Fédération Internationale Automobile) décidait sans ambages, de réduire la distance kilométrique des GP de F1, en la portant de 500 Km à.. 300 Km, avec une durée maximale de trois heures, et comme seconde mesure de garder la puissance des moteurs 2.500 cm³  atmosphériques 750 cm³ Turbocompressés sous contrôle.

Afin de stabiliser les performances, la CSI imposait également dorénavant, l’utilisation d’un carburant unique de type «Avgas», dérivé du kérosène utilisé dans l’aviation, en remplacement du mélange à base de méthanol, utilisé jusqu’alors.

Et pour donner encore un peu plus de suspense au Championnat du Monde, un classement « Constructeurs » voyait le jour en 1958,  parallèlement à celui déjà existant  pour les « Pilotes ».

Les constructeurs Britanniques, BRM-LOTUS-VANWALL et CONNAUGHT, pris de court pour adapter leurs moteurs au nouveau carburant imposé, à l’unisson demandèrent le report au mois de mars de la première manche du Championnat du Monde 1958, prévue en Argentine à Buenos-Aires le 19 janvier, afin de pouvoir adapter leurs moteurs dans de bonnes conditions au nouveau règlement.

La réponse des instances de la CSI fut cinglante et sans appel, un « non » catégorique, entraînant du même coup et immédiatement, comme riposte de la part des Teams Anglais, l’annonce de leur absence au Gd. Prix d’Argentine !

Côté Italien par contre, FERRARI et MASERATI s’estimant prêts, voulaient à tout prix profiter de l’aubaine du boycott des écuries Britanniques et ainsi saisir une belle occasion pour prendre leur envol dès l’ouverture des hostilités de la nouvelle saison.

 

Sir-Sterling-MOSS-encore-heureux, aujourd’hui de son coup de génie d’il y a 60 ans-©-Manfred-GIET.

Le Londonien Sterling MOSS, âgé actuellement de 88 ans, qui entre 1955 et 1957, avait remporté six Gd. Prix  -à l’époque, il n’y en avait qu’un peu plus d’un demi-douzaine chaque année- et venait de passer chez VANWALL, avec l’intime conviction de pouvoir jouer les deux titres avec ce team en ‘58, se retrouvait de ce fait soudainement à pied, pour ce fameux GP d’Argentine, suite à la décision unanime des Teams Anglais de faire l’impasse sur cette première manche inaugurale du calendrier 58.

Il s’adressa alors à Rob WALKER, héritier de la célèbre Distillerie de breuvage Écossais, lequel engageait des voitures de course dans les grandes épreuves internationales, afin qu’il lui déniche une voiture compétitive pour l’Argentine.

Rob WALKER, en vrai gentleman Britannique qu’il était, accéda immédiatement à sa demande et lui prépara une COOPER CLIMAX T43 à moteur central arrière, qui en fait était un châssis de monoplace de F2 mais adapté aux nouvelles normes et autorisé à concourir dans les épreuves de F1.

C’est ainsi que MOSS se retrouva finalement à Buenos-Aires sur une grille de départ plus que clairsemée, avec seulement onze monoplaces, au volant d’une voiture qui rendait quelques 100 cv aux six MASERATI et quatre FERRARI présentes.

Dès le baisser du drapeau, le moteur de la FERRARI de COLLINS, cassait sur la grille, si bien que seulement dix voitures disputèrent la course longue de 80 tours, soit 2 heures 19 minutes d’épreuve.

Si, jusqu’à la mi-course, les deux FERRARI de MUSSO et HAWTHORN, se livraient un duel serré avec la MASERATI de FANGIO, leur puissance n’épargnait pas leurs gommes PIRELLI, qu’elles durent remplacer à tour de rôle, alors que Sterling MOSS sur la beaucoup plus légère et moins puissante COOPER-CLIMAX T43, profitait de la situation pour prendre le commandement.

 

Roue-COOPER-avec-fixation-à-4-écrous-©-Manfred-GIET-

 

Au sein des Teams transalpins, on était toutefois persuadé que tôt ou tard, MOSS allait bien devoir finir par passer par son stand, pour également remplacer ses gommes CONTINENTAL, une opinion renforcée par le remue-ménage régulier des mécanos de chez Rob WALKER, qui donnaient l’impression de se préparer à un arrêt imminent de leur leader, dont l’avance atteignait les trente secondes.

Mais Sterling MOSS, ne l’entendait pas de cette oreille, préférant opter pour une conduite moins agressive, plus coulée et avec un seul objectif, celui de terminer coûte que coûte le GP, en défendant sa mince avance jusqu’au terme de l’épreuve d’ouverture de ce Championnat 58.

Le Team WALKER RACING, avait en effet établi qu’un changement de pneumatiques, aurait duré quelques trois minutes, à cause de la fixation des roues, via plusieurs écrous et comme le Gd. Prix fut finalement écourté, à cause de la chaleur ambiante, la seule chance de victoire consistait donc à passer sous le drapeau à damiers sans changer les pneumatiques.

 Miracle qu’accomplit finalement Sterling MOSS, grâce à son pilotage approprié aux conditions de la piste, qui lui permit de l’emporter à la surprise générale avec 2,7 secondes d’avance sur Luigi MUSSO et sa FERRARI Dino !

 

Cockpit de la Cooper T43-© Manfred GIET

 

Inutile de décrire la déception dans le clan Italien, où les «merda» fusèrent, tant du côté FERRARI que MASERATI, grugés par le coup de poker réussit par Sterling MOSS sur la COOPER -CLIMAX T43, engagée par le petit Team privé de Rob WALKER !

Dans le clan COOPER, grâce à cette victoire totalement inattendue, l’euphorie atteignait son paroxysme avec une première victoire en GP pour ce constructeur et les premiers lauriers récoltés dans l’ère moderne de la F1, pour un moteur central arrière.

Cette 7ème victoire en GP de celui que l’on surnommera LE CHAMPION SANS COURONNE, par la suite, constituait en effet une première pour le Team ROB WALKER RACING, ainsi que pour le motoriste CLIMAX de Coventry.

Cette COOPER -CLIMAX T43, avec ses 410 Kg contre 650 Kg pour la FERRARI DINO, équipée d’un groupe propulseur CLIMAX de 2 litres de cylindrée développant 175 cv de puissance contre 2,5 litres et 285 cv pour la FERRARI, rendait donc exactement 100 cv à la Scuderia!!!

 

Moteur-COVENTRY-CLIMAX-4-cylindres-en-ligne-2-Litres-©-Manfred-GIET-

 

Un handicap cependant compensé par l’extrême maniabilité de son châssis, sur lequel le moteur était greffé en position centrale arrière et qui en plus avait l’avantage de pouvoir être équipé d’autres variantes de propulseurs, tels ceux de FERRARI-MASERATI ou ALFA ROMEO et ce, sans grandes modifications !

Un atout dû au talent de constructeur de John COOPER décédé en 2000 et qui de cette construction siglée T43 créé en 1957, en avait fait son cheval de bataille.

Finalement COOPER CAR COMPANY  participera au Championnat du Monde de F1 en tant que Team officiel de 1953 à 1969, disputant au total 128 GP, dont 115 pour le Team d’usine et remportera seize victoires , dont douze, sous les couleurs officielles et qui en 1959 et 1960, remporta non seulement les titres «Constructeurs», mais aussi deux titres «Pilotes» les mêmes années, avec le regretté Jack BRABHAM.

 

Les-Cooper-dans-la-livrée-British-Racing-Green-et-leurs-céléèbres-bandes-blanches-©-Manfred-GIET

 

Quant au moteur CLIMAX fabriqué dans les ateliers de Coventry, près de Birmingham, il portait la spécification FW 2.0 dont l’acronyme signifiait tout simplement «feather weight», c’est-à-dire « poids plume » était étonnamment dérivé d’un moteur de pompe à incendie(!) que l’usine de Coventry développa spécifiquement pour la course automobile !

Ce moteur de 1967 cm³ à 4 cylindres en ligne, avec un double arbre à cames en tête, placés dans un bloc alu tournant à 6.000 t/m et développant 175 cv, était réputé pour sa robustesse, au point que l’on retrouve encore pas mal d’exemplaires aujourd’hui qui tournent toujours dans des voitures historiques !

Le célèbre motoriste de Coventry affiche quatre-vingt-seize participations en GP avec, quarante victoires à la clef, quatre titres «Constructeurs» et «Pilotes» pour Jack BRABHAM (2) et Jim CLARK (2), respectivement en 1959, 1960, 1963 et 1965.

 

John-COOPER-décédé-en-2000-©-Manfred-GIET

 

Lorsque John COOPER se retira fin 1967 de la F1, année dont le chiffre coïncidence avec la cylindrée du moteur qui a mis CLIMAX en avant de la scène, le célèbre motoriste Britannique avait été contraint, pour des raisons techniques et budgétaires, DE céder le relai au FORD COSWORTH DFV, mieux adapté à la nouvelle réglementation « moteurs » initiée pour des cylindrées de 3.000 cm³ ou 1.500 cm³ turbocompressés.

Finalement le motoriste de Coventry fut absorbé par le Groupe BRITISH LEYLAND en 1968, firme pour lequel, il continuera à  fabriquer des moteurs mais… pour chariots élévateurs, ainsi que pour des véhicules utilitaires de l’Armée Britannique !

 

Manfred GIET

Photos :
Publiracing Agency

 

Moteur-Coventry-Climax-1962-©-Manfred-GIET

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