AFRICA ECO RACE : LE JOUR LE PLUS LONG …

MAURITANIE,LE PAYS D’EDEN DES PISTARDS

Ce sera une bagarre terrible aujourd’hui.

J’ai voulu commencer ce récit par deux photos envoyées par Alain Rossignol.

Les deux autos qui se battent pour la victoire, la Mini de Vasilyev et le buggy de Serradori, dans les ennuis.

La Mini a crevé plusieurs fois…

LA MINI ET SES MULTIPLES CREVAISONS

Et le buggy de Serradori s’est enlisé plusieurs fois.

LE BUGGY ET SES PLAQUES

Le juge de paix de cette dixième édition du rallye, ce sera sur cette dixième étape, voici pourquoi…

D’abord les chiffres de la journée..

Vendredi 12 janvier 2018

Etape 10 : AMODJAR / AKJOUJT : 453 km

Liaison : Amodjar / Atar : 45 km

Spéciale : Atar / Akjoujt : 408 km

Arrivée au bivouac

Puis, carte à l’appui, les prédictions très claires des traceurs.

 

« Ce sera encore une très belle étape au programme du jour avec un départ de spéciale inédit puisque situé entre deux montagnes avec, au milieu, un cordon de dunes bouchant le passage. La mise en action sera immédiate avec un franchissement sérieux et, derrière ces dunes, une descente trialisante vers un canyon grandiose. Le tracé rejoindra ensuite la vallée blanche, avec Toungat et la passe de El Nhouk  dans la première partie. Quelques franchissements viendront épicer ce beau parcours. C’est après la passe de El Nhouk que le parcours sera inédit sur l’Africa Race. Les franchissements se compliqueront au fur et à mesure, jusqu’à devenir impossible pour les concurrents ne respectant pas à la lettre les caps du road book. Un gros morceau jusqu’au CP3 où c’est sûr, certains risquent d’y laisser des plumes. Une fois le dernier CP validé, le reste du parcours sera plus tranquille. Incontestablement, ceux qui finiront cette 10ème étape auront fait le plus difficile sur cette 10ème édition. L’arrivée sera jugée au bivouac installé non loin de la ville d’Akjoujt où le rallye profite de son passage pour apporter chaque année à la municipalité, différents colis à destination principalement des écoliers. »

Bien sûr, la carte de tout le rallye, où l’on voit que l’on se rapproche carrément du Sénégal.

 

 

Enfin le profil qui montre la nature du terrain sur lequel on va rouler.

 

Voilà, le décor est planté, on espère qu’il sera le seul de la journée, et pourtant c’est bien là que se fera la décision, sur des plantages…

Ou des crevaisons…

Ou des mises sur le toit.

Ou des chutes.

Ou des pannes.

Et oui, un départ de spéciale, c’est stressant.

Vroom!

MOTOS: « ULLE » EN CARAFE, CECI EN MAJESTÉ

CECI EN PISTE VERS LA GLOIRE

Là c’est simple, Ceci a 50 minutes d’avance sur Oliveira qui, s’il a montré qu’il savait aller aussi vite que l’Italien, n’a jamais osé attaquer pour le larguer.

Donc, si Ceci n’a pas de pépin mécanique, ou s’il ne se blesse pas dans une chute, il a la course en main.

Benko, le troisième au général, est à quatre heures trente.

Ullevalsetter peut encore gagner cette spéciale, il a 60 heures de pénalité pour les deux jours où son moteur l’a empêché de rouler.

Il fera donc la course tout seul.

Et puis il ya le côté à la fois magnifique et insupportable des sports mécaniques, tout peut arriver jusqu’au dernier mètre…

Huit heures quarante huit local time, Ullevalsetter est lâché dans une sorte de fosse aux lions (sans lions) mais toute en longueur, du sable amassé par le vent entre deux falaises très proches, impressionnant et mou, on roule à 60 km/h.

 

ULLEVALSETTER N’IRA PAS AU BOUT

 

Il est suivi, de deux en deux minutes, par Agazzi, Ceci et Oliveira, sa trace sera facile à suivre, Ulle s’en fout, il est là, c’est un privilège pour un pilote, avec l’intention et la possibilité de gagner l’étape mais aucune obligation sur le résultat général, où il est cramé depuis les deux jours perdus pour cause de moteur défaillant.

La descente dite façon trial par les organisateurs est en effet assez pentue, puis on prend une sorte de rivière de sable, où les traceurs ont prévu une navigation compliquée, un contournement énorme.

Ullevalsetter s’y plante, Agazzi aussi, mais en sortent vite, on reste ensemble en somme…

Quand même, au km 60, le pointage donne Ceci devant et Ullevalsetter six minutes derrière.

On remet carrément du gaz à l’approche du CP1, 130 km/h, où Ceci passe en tête, on se souvient de la règle, on reprend d’abord ceux qui sont partis devant, Ceci est parti quatre c’est donc pour lui que c’est le plus intéressant, et c’est sa façon intelligente de gérer la course.

Pour Ullevalsetter, c’est plus dur, parti le premier et repris, d’autant qu’il s’est planté, il a toujours 6 minutes de retard.

Bref, ces quatre là vont se voir longtemps.

Une autre zone hyper lente arrive, le sable est peu porteur, on roule à 25 km/h…

L’arrivée de spéciale est décidément très très loin !

Et ça continue, ce cordon est interminable, et un peu plus tard, les autos vont jardiner joyeusement l’endroit!

 

VICTOIRE DE SPÉCIALE POUR OLIVEIRA

 

Au km 168, Oliveira est seize secondes devant Ceci, l’Italien ne peut pas rêver mieux sur la route de la victoire à Dakar, « Ulle » est à trois minutes, c’est Agazzi qui est à six minutes, un peu largué.

Au CP2 qui arrive enfin, on est au km 219, un peu au delà de la mi-course, les quatre pilotes sont toujours ensemble, Agazzi est revenu dans le groupe.

C’est simple, ils suivent tous Ullevalsetter !

Ravito, tout le monde se détend, la journée est loin d’être terminée…

Le CP 3 est au km 268, ces 100 km depuis le ravito semblent interminables, il est clair que ce soir, beaucoup de concurrents vont finir largement de nuit…

Km 281, Ullevalsetter n’est pas là, la mécanique l’a encore trahi, il est revenu au CP2, insupportable pour un pilote de ce calibre…

 

VICTOIRE EN POINT DE MIRE POUR PAOLO CECI

 

Du coup, les trois inséparables se retrouvent tous seuls et Ceci est en train de gagner le rallye, on sait qu’il est fort en navigation et qu’il passe bien dans les dunes, les autres ne font que du suivi…

Oliveira gagne donc la spéciale, quatre minutes devant Ceci, onze minutes devant Agazzi.

Et Ceci vient de poser un énorme pied sur le haut du podium au Lac Rose…

Dernière minute: une pénalité infligée à Oliveira, probablement un way point manqué, donne la victoire d’étape à Paolo Ceci.

AUTOS: LAURE, LE VRAI VAINQUEUR D’ETAPE

DOMINIQUE LAURE, VAINQUEUR DE L’ETAPE

Rendons à César ce qui est à César, le vainqueur de cette étape est le MD Optimus de Dominique Laure.

Il a été le meilleur franchiseur le jour où il fallait franchir.

Ce qui prouve les qualités démentielles de l’Optimus de MD en rallye raid, surtout en conditions extrêmes…

Ce scratch là est tout bonnement génial, un jour où toutes les stars du rallye ont enchaîné les plantages!

Et c’est le premier rallye raid de l’équipage, l’auto permet donc tout.

Et c’est un point très important.

Mais la lutte pour la gagne au rallye était ailleurs.

 SERRADORI LEADER A LA FORCE DE L’ÂME (ET DES BRAS !)

SERRADORI ET LURQUIN A L’ARRACHE

 

Une heure après les premières motos, on lâche Vasilyev, Serradori, De Rooy et les autres qui ont au moins trois heures trente de retard au général, comme De Rooy d’ailleurs.

Et on va vite, plus de 100 km/h, de toute façon Vasilyev n’a que cette solution, attaquer comme un malade tout au long de la spéciale en espérant que le matos tiendra, on sait qu’en particulier l’auto a une fréquente propension à crever ses pneus.

C’est peut-être ce qui lui arrive, à l’endroit où Ullevalsetter s’est planté une heure avant, Vasilyev s’arrête.

Serradori a suivi les traces de certains motards et est hors trajectoire (on est déjà hors piste de toute façon) mais il passe, alors que De Rooy aussi est scotché.

Le camion Iveco se sort rapide de la situation, Vasilyev reste planté, longtemps, on saura pourquoi à l’arrivée.

 

DE ROOY ET SES 1000 CV , TOUJOURS IMPRESSIONNANT MAIS BATTUS

Au km 60, Serradori est du coup passé largement en tête,  devant Thomasse, Gomez, Vauthier, De Rooy est à sept minutes.

La course n’est pas jouée, il ya encore pas mal de merdiers à passer, mais c’est sûr que pour Serradori, la journée commence bien.

Euh… pas longtemps, Serradori reste planté lui aussi, avant le CP1, et De Rooy arrive !

De Rooy dont on me dit qu’il est très aidé par l’usine IVECO, c’est justice si les marques arrivent sur ce rallye, de loin le plus dur au monde…

 

VASILYEV VA SE BATTRE JUSQU’AU BOUT

Et loin derrière, Vasilyev est reparti aussi, Serradori doit donc impérativement sortir, sinon tout est à refaire…

Rageant, Serradori avait trente minutes d’avance au km 60 !

Enfin, il repart… Verdict au CP1…

C’est en effet De Rooy qui passe premier de la catégorie, pas forcément avec le meilleur chrono mais il coupe la ligne du CP devant toutes les autos…

Vauthier passe ensuite, on rappelle que De Rooy est quarante minutes devant lui au général avec la quatrième place, Serradori passe, neuf minutes derrière le camion hollandais.

Vasilyev a 29 minutes de retard, pour l’instant, Serradori  est devant lui mais, on l’a vu avec les motos, on arrive dans un merdier interminable…

 

SUPERBE JOURNÉE POUR GUILLAUME GOMEZ

Et dans ledit merdier, Serradori et Vasilyev jardinent, se plantent, le rallye Africa Race tourne au concours de pelletage ! (Ce qui me rappelle cette immense scène de désensablage du film culte « 100 000 dollars au soleil, depuis, chaque fois que je me suis planté dans le désert, je pars en éclat de rire monstrueux avant de me jeter sur les plaques à sable…).

C’est dans ces occasions que d’autres, qui eux, se plantent moins, arrivent à sortir de beaux résultats, tel Guillaume Gomez en photo ci-dessus…

Il semble, le suivi mouchard est rafraîchi seulement toutes les cinq minutes, que Serradori soit reparti avant Vasilyev, deuxième alerte sérieuse évitée…

 

VASILYEV DANS TOUTE SA PUISSANCE

 

On connaîtra le verdict au pointage du km 168, mais Vasilyev s’est planté une nouvelle fois, les autos roulent à 30 km/h, c’est de la haute mer !

Serradori se plante aussi…

A cet endroit en effet, les dunes sont énormes.

 

LES SSV FONT UNE SPÉCIALE DIABOLIQUE

A signaler un truc phénoménal, le SSV 256, piloté par Guidani, navigué par Nguyen, c’est un Can Am, est passé première auto, je l’ai dit, dans le sable merdique et il l’est, les engins légers sont un bonheur, bravo les mecs…

De Rooy est planté, les stars du rallye sont en mode jardinage total.

Serradori repart et retrouve une zone où l’on peut rouler, ça fait du bien, d’autant plus que ce n’est pas fini, les traceurs de la spéciale se sont déchaînés… Il passe enfin le CP2, cela fait quatre heures qu’il roule (et qu’il pellette !) et il est à la moitié de la spéciale…

Il envoie du très lourd après le CP2, la piste le permet, il ne sait probablement pas que derrière lui, Vasilyev s’est encore arrêté, mais voilà un nouveau coin de dunes tueuses et Serradori est encore coincé, journée vraiment infernale !

Journée géniale en revanche pour le SSV de Guindani, toujours en tête de la catégorie autos/camions au CP2, et son petit camarade Bonnevie n’est pas loin derrière …

 

BONNEVIE-HAMYS

Et c’est d’ailleurs Bonnevie(Can Am) qui fait le meilleur résultat de ce jour et de tout le rallye pour un SSV, avec sa navigatrice Sophie Hamys .

Serradori est resté planté une éternité, l’équipage doit être sur les rotules ! Mais il repart, Vasilyev est encore loin derrière, le Russe vient de passer le CP2 avec quarante minutes de retard.

Au km 281, Serradori passe première auto.

Idem au CP 3, au km 341, son avance est de l’ordre de 35 minutes, mais c’est De Rooy qui est passé deuxième de la catégorie autos/camions !

Mais il ya un dernier cordon de dunes sévère avant la délivrance, et il s’y plante, nouveau suspense digne d’Hitchcock !

Serradori est à 10 km de la piste de montagne qui termine la spéciale, bref c’était dans la pogne, et voilà De Rooy et Vasilyev qui se rapprochent !

Matthieu a réussi à repartir, il était temps, De Rooy et Vasilyev étaient à dix km, et en plus le Russe passe ce foutu cordon de dunes les doigts dans le nez ! (De Rooy se plante.)

Plantage de De Rooy qui va lui coûter très cher au résultat de la journée, battu en camions par le Daf de Van de Laar, un autre hollandais.

 

LE DAF DE VAN DE LAAR

 

C’est étonnant ce que ce rallye peut nous ramener dans les grandes années du vrai Paris-Dakar.

Car le père de Gerard de Rooy, Jan, pionnier des camions de course sur le rallye raid, roulait Daf!

C’est bon les endroits qui sentent l’histoire et la légende…

C’est fini, six heures trente quatre minutes après le départ, le buggy rouge et noir coupe enfin la ligne d’arrivée, il avait 45 minutes d’avance au général la veille et ça ne peut donc que s’améliorer.

Pascal Thomasse semble garder la troisième place au général, seulement 20 minutes devant De Rooy.

 

 

Dans ce lieu semble t’il désert, mais à dix km au  nord il ya les mines de cuivre de Fort Repoux (Akjoujt)  véritable trésor pour le pays, ici, le désert est beau mais en plus il est généreux…

Mathieu Serradori et Fabian Lurquin comptent les minutes qu’ils ajoutent à leur capital d’avance…

Douze petites minutes pour plus de six heures d’effort, c’est mal payé mais c’est payé.

Demain encore pas facile mais beaucoup plus court…

C’est presque dommage parce que quand on voit le genre d’image ci-dessous, on en redemande…

De Rooy a même créé une catégorie deux roues/camions?

 

 

Résultats combinés évolutifs spéciale No 10 Africa Eco Race 2018

http://vulcain.iritrack.net/tdcom/posi/AER2018/web/index.php/display/index

 Classement général Africa Eco Race après la dixième étape

http://www.africarace.com/index.php/fr/course/2018/home

INTERVIEWS

Dominique LAURE : « C’est difficile de croire à cette victoire, c’est une grosse surprise ! On s’est arrêtés deux fois dans le sable sans trop perdre de temps. C’est mon premier rallye et j’appréhendais beaucoup les dunes. Hier on s’est bien plantés dans le sable, du coup aujourd’hui on a décidé d’y aller tranquille puis on a accéléré au fur et à mesure et ça finit très bien pour nous. On est surtout soulagés d’en avoir fini avec les dunes, on est très content. »

Mathieu SERRADORI : « Il est où Vasilyev ?!… Celle là on l’a pas volée ! On s’est aidés mutuellement toute la journée avec Fabian, c’était la spéciale la plus difficile pour nous. On ne savait plus où on allait dans les dunes, on a doublé Vasilyev qui était coincé dans le sable et on ne s’en est pas mal sortis. En plus la radio est tombée en panne à la fin, on a du communiquer en langage des signes jusqu’à l’arrivée. »

Guillaume GOMEZ : « C’était difficile… très dur… Cette spéciale nous a surpris, on ne s’attendait pas à ça. On s’est posé cinq ou six fois dès le début puis on a encore perdu 45 minutes un peu plus loin. On est fatigués par le stress mais finalement on s’en sort pas si mal, c’est le métier qui rentre ! »

Paolo CECI : « C’était encore plus dur qu’hier ! Il y avait beaucoup de dunes difficiles à franchir et une navigation compliquée. J’ai eu du mal par moment, sans traces ce n’était pas évident mais j’ai réussi à bien m’en sortir, je suis content. Le plus dur est fait, je n’ai plus qu’à gérer sans faire d’erreur jusqu’au Lac Rose maintenant. »

Simone AGAZZI : « Aujourd’hui c’était intense, très compliqué dans le sable mais j’ai beaucoup aimé malgré tout. »

Luis OLIVEIRA : « C’était long et très difficile avec des dunes compliquées à passer. Mais je m’en sors bien, j’ai pas mal roulé avec Ceci et j’ai réussi à finir les 50 derniers kilomètres seul, je suis très content. »

 

 

Jean Louis BERNARDELLI

Photos Alain ROSSIGNOL et Jorge CUNHA/ Captain Nowhere

 

 

 

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