‘AFRICA ECO RACE’ : LA DANSE DU SABLE !

C’est évidemment la jolie pirouette de notre ami Rui Oliveira qui nous fait entrer dans le monde très initié des pièges mauritaniens !

Cela dit, la journée a surtout été… un match racing !

 

PAOLO CECI ET VLADIMIR VASILYEV GAGNENT LEURS MATCH RACING RESPECTIFS

 

Un match racing est une compétition qui se déroule entre deux participants seulement.

Et c’est bien ce qui s’est passé aujourd’hui, que ce soit en catégorie moto ou auto, on a vu deux duels… et le reste…

Bon, les éléments de base…

 

Mardi 9 janvier 2018

Etape 7 Chami-Chami 508 km

Liaison 2 km

Spéciale Chami-Azougui 486 km

Liaison 20 km

Très fort le René Metge…

22 km de liaison au total pour plus de 500 km sur l’étape, finement joué.

Certes on est en boucle, c’est aussi un avantage du système, mais peu de liaison, beaucoup de spéciale et pas d’assistance à l’arrivée, on est dans le dur de l’aventure.

 

René Metge explique, carte à l’appui :

« Nous ferons deux boucles cette année, voici la première. Un avantage pour tout le monde, à commencer par les assistances, l’organisation, la sécurité, la presse, les transmissions… Et depuis la création du rallye il ya dix ans, c’est notre première étape marathon baptisée 500 Miles… Parc fermé en bout de l’étape, pas d’assistance mécanique. On commence par une piste rapide qui remonte vers la ligne de chemin de fer, puis des franchissements de dunes et de nouveaux secteurs rapides, avec une navigation assez délicate. Dans ce coin du désert, il ya de nombreux orpailleurs, qui creusent des trous un peu partout et ça complique les choses. La grosse difficulté du jour sera dans les trente derniers kilomètres, un énorme cordon de dunes avec en plus de l’herbe à chameaux qui peut bien détruire les véhicules. »

Quelques explications pour les non initiés, les orpailleurs sont des chercheurs d’or, et l’herbe à chameaux est dure comme du béton, elle n’en a pas l’air mais elle repose sur des racines très costauds, et qui forment un socle parfois invisible.

LE PIÈGE TERRIFIANT DE L’HERBE À CHAMEAUX

Si on accroche cette saloperie, on casse tout…

Voilà, sur la carte générale on voit où l’on est entre Monaco et Dakar.

 

 

Et le profil de la journée montre sur quel terrain on va rouler, du sable, et puis du sable, et puis à la fin du sable et de l’herbe qui casse tout.

 

On y est, tout le monde rêve de venir rouler ici, on y est, enfin !

Vroom…

MOTOS : CECI GAGNE LE MATCH RACING

On est partis comme des balles, avec un premier CP très court, à 35 km/h, coupé le premier par Paolo Ceci en 15’30’’, (140 km/h de moyenne !) devant Oliveira à 23 secondes, et Agoshkov à 32 secondes.

Pas de trace d’Ullevalsetter, vu quelques secondes après son départ puis disparu, en fait quelques km après le départ, il a du faire demi tour, problèmes moteur.

En effet se lancer sur 500 bornes avec un berlingot qui pose problème, pas conseillé.

Et de toute façon, il sait qu’au général il est foutu, donc revenir réparer au stand est la meilleure chose à faire.

ULLEVALSETTER N’A PAS FAIT LONG FEU

Cela dit, il a souvent des pannes «Ulle», mauvaise année et mauvais moteur.

Gros bout de spéciale sans voir personne à venir, 220 km, carrément, jusqu’au CP 2 où les motos devront ravitailler.

On constate que comme ce qu’a dit René Metge, il ya une succession de cordon de dunes où l’on ya va doucement, assez pour passer mais si possible avec du couple, et d’autre secteurs où l’on déboule à 140 km/h.

Quand il ya une piste, c’est bonheur.

Quand on est dans les dunes c’est un travail épuisant, où il faut gérer l’effort car si l’on se tue la santé à redémarrer un moteur chaud bouillant après une légère excentricité dans le sable (voir notre photo d’ouverture..) on perd vite la forme !

Au km 99, où l’on est en 48 minutes (123 km/h de moyenne) les deux pilotes de tête roulent ensemble, mais Ceci a pris un peu d’avance, une minute 46.

Autrement dit, il a dépassé Oliveira et mène les opérations depuis longtemps, et après avoir repris les deux minutes qui le séparaient d’Oliveira au départ, coup classique pour glaner deux minutes pas cher, il continue sur sa lancée.

Ceci est assez fort en navigation, c’est aussi mais on n’aura guère le temps de le voir, l’avantage d’Ullevalsetter … quand sa p… de meule marche !

Parce que le temps tourne et les autos commencent- à chauffer la mécanique, et notre ami norvégien n’est toujours pas reparti.

Ce n’est vraiment pas son année.

Devant, Martin Benko est trois, mais on se suit à la queue leu leu.

MARTIN BENKO

Retour sur la ligne de départ, Ullevalsetter essaie sa moto sur la route où tout le monde est rassemblé avant d’être appelé en pré-grille, et d’être lâché par les cinq doigts magiques du starter…

Devant, on passe au km 152, Ceci est vraiment en tête, mais on est  encore groupés, 1’15’’ d’avance sur Simone Agazzi (Honda) et 1’51’’ sur Oliveira.

Ceci est le chef, c’est clair, après, il reste un gros bout de piste à faire mais l’expérience parle et les autres suivent…

Ceci arrive près de la ligne de chemin de fer évoquée hier, que le rallye va suivre sur une vingtaine de km, avant de plonger dans une sorte d’enfer de dunes prises en travers, une dune a toujours un sens (NW/SE en l’occurrence) du au vent, quand on les suit c’est Byzance, quand on les traverse c’est l’équivalent de la très grosse mer des marins…

On n’y est pas encore, Oliveira garde Ceci en point de mire, moins de deux minutes devant lui.

Cela dit, la vitesse diminue, on est aux alentours de 70 km/h…

On quitte la voie de chemin de fer, on entre dans le dur, 35 km avant le CP2.

Cordon de dunes impressionnant.

UNE SEULE TRACE DEVANT OLIVEIRA, CELLE DE CECI !

Mais les deux pilotes de tête ne se lâchent pas, au CP2/ravito, km 250, 1’42’’ entre Ceci et Oliveira.

Après le CP 2 on est entre les dunes, dans leur sens, la vitesse augmente nettement, 140 km/h, et les deux stars de devant ne se quittent toujours pas.

Derrière Agazzi est tombé en panne d’essence et a été aidé par un autre concurrent qui lui a passé de son précieux liquide…

Au CP3, km 366, il en reste donc 120 pour aller au bout, Ceci maintient un écart de 1’45’’ sur Oliveira, Ullevalsetter, qui n’est pas reparti, nous manque cruellement dans ce genre de baston…

Picco et Agazzi sont arrêtés, l’un a un problème mécanique, l’autre l’aide, c’est ça le désert.

GRAZIE FRANCO PICCO

À signaler qu’ils n’ont pas la même moto et ne sont pas du même team, une vraie entraide à la motard d’antan…

Devant, les motos de tête ont été rattrapées par les deux premières autos, les deux duels du rallye ont lieu au même endroit !

On arrive dans le dernier gros cordon de dunes, la vitesse tombe à 35 km/h…

Les motos redépassent les autos et coupent l’arrivée les premières.

Mais bien sûr, au chrono elles sont largement derrière, les autos sont parties une heure et demi après elles !

Dans cette spéciale, Ceci a pris 1’57’’ à Oliveira, c’est très peu, cela prouve qu’ils ne se sont pas quittés des yeux durant 486 km !

Et son avance déjà considérable, augmente encore un peu.

Ceci gère magnifiquement bien, il reste leader au général avec 58 minutes d’avance…

 

LES SPECTATEURS AFFLUENT, LE SPECTACLE EST… GRATUIT !

 

Intéressant pour donner une idée de la vitesse des deux qui se battent devant, le troisième, Agoshkov, est à 21 minutes dans la spéciale. (Au général, il est à dache, avec une pénalité pour spéciale non terminée de 18 heures !).

Et le troisième au général, Martin Benko, est à plus de trois heures !

Pour tout arranger, Oliveira apprend au bout de la spéciale qu’il a loupé un way point, que ça lui coûte 20 minutes, et qu’en plus du coup c’est Agoshkov qui prend la deuxième place de la spéciale.

AGOSHKOV FINALEMENT DEUXIÈME DE LA SPÉCIALE

Cinq cent bornes de lutte acharnée pour queue dalle, un way point est un CP virtuel, parfois difficile à trouver, durant cette étape difficile en navigation,  on a jardiné sévère, y compris devant…

AUTOS/CAMIONS :
VASILYEV GAGNE LE MATCH RACING

 

9 h 25 du matin, on lâche les premières autos, très groupées bien sûr, le principe consiste toujours à commencer par récupérer le retard pris sur le précédent sur la ligne, comme les motos, les autos sont lâchées de deux en deux minutes.

Après, la grande bagarre de moteurs, de trajos dans les dunes et d’intox commence.

Vasilyev frappe d’entrée, on l’a dit, le terrain est facile, et passe le CP1 (35 km du départ) avec seulement neuf secondes d’avance sur Gomez et une minute sur Serradori.

On envoie du lourd, les radars GPS, qui ne sont rafraîchis que toutes les cinq minutes, notent des 160 km/h, on doit passer pas loin de 200 dans certains coins !

 

SERRADORI N’A PAS EU ASSEZ DE SABLE DIFFICILE POUR REPRENDRE LA MINI

En fait, il ya un monde fou aux trousses de Vasilyev, sept autos en deux minutes, Serradori s’est fait piéger dans la nasse.

Au km 99, Serradori esr remonté à 50 secondes de Vasilyev, laissant les autres se bagarrer entre eux… deux minutes derrière lui.

Le camion de De Rooy est neuvième, à plus de cinq minutes de la tête, il ya quelques soucis sur l’Iveco, on en saura plus ce soir à l’arrivée.

DE ROOY TERMINERA SEPTIÈME DE L’ÉTAPE

Devant, Vasilyev lâche Serradori, qui doit attendre les dunes avec impatience, à ce moment le buggy français a près de 2’30’’ de retard, mauvais plan.

Au fait, 152 km en 1h04, on est à 147 km/h de moyenne, c’est sûr que ça décoiffe fort et qu’en effet, on a du souvent rouler à pleine charge autour de 200 km/h…

Ambiances chaudes et pas forcément sereines à bord…

On passe le CP2, on déboule entre les dunes à pas loin de 180 km/h, et Serradori n’a pas réussi à profiter des dunes pour reprendre ses deux minutes de retard, baston sublime mais frustrante, cette sacrée Mini des Russes est décidément intouchable !

Les deux autos vont tellement vite qu’elles vont probablement réussir à reprendre les deux premières motos, qui ne sont plus qu’à 10 km devant.

C’est la première fois du rallye, il est vrai que les passages rapides ont été très nombreux, et il ya au moins 50 km de différentiel de vitesse entre autos et motos dans les secteurs roulants.

Au km 417, il ya 2 minutes entre les deux autos de Vasilyev et Serradori , on attaquera le gros cordon de dunes dont Metge a parlé avant l’arrivée dans 20 bornes et les autos de tête dépassent en effet les deux motos de Ceci et Oliveira.

Dans les dunes en question, les motos reprennent un peu du poil de la bête. On roule à 25 km/h, c’est peut-être le seul endroit où le duel de tête va repartir…

 

SERRADORI À 16 MINUTES DE VASILYEV AU GÉNÉRAL

Et non, Vasilyev garde deux minutes d’avance, il partira le premier le lendemain, perdra très vite ces deux minutes, ensuite il devra contrôler Serradori, incroyable ce duel à deux où la stratégie à long terme se joue aussi à 200 km/h sur les bouts durs et droits…

La moyenne de Vasilyev, 486 km en 3h54, 123 km/h…

C’est assez inimaginable, mais c’est comme ça, ces hommes sont des surhommes, leurs autos sont incroyablement préparées, il est vrai qu’elles ont été remises à neuf il ya deux jours.

Ce soir à propos, parc fermé, pas d’assistance.

D’ailleurs mauvaise nouvelle, en SSV, l’équipage 252 leader, Bonnevie/Hamys, est en carafe et rentre sur le camion balai.

 

CAMION BALAI POUR LE MEILLEUR SSV, DOMMAGE

L’écart entre les deux autos de tête et la troisième est assez significatif :

Guillaume Gomez est trente minutes derrière les deux stars du jour.

GUILLAUME GOMEZ

Pas à dire, pas de cadeaux !

Derrière en fait, ça jardine grave!

La navigation était très compliquée, ce qui rehausse  encore le leadership des deux fois deux véhicules en baston sublime,.

Le camion de De Rooy a passé la journée entre la sixième et la dixième place, avec sur la fin 35 minutes de retard sur les autos, les 1000 cv de l’Iveco n’ont pas servi partout, on saura ce soir ce qui lui est arrivé au moment des interviews.

Septième de la spéciale et cinquième au général, à trois minutes du buggy de Vauthier.

 

VAUTHIER GARDE LA QUATRIÈME PLACE AU GÉNÉRAL

Résultat scratch combiné évolutif journée du 9 janvier 2018

http://vulcain.iritrack.net/tdcom/posi/AER2018/web/index.php/display/index

Classement évolutif scratch et général de l’Africa Race 2018

http://www.africarace.com/fr/course/2018/home

Interviews arrivée de spéciale… 

Vladimir VASILYEV : « C’était une bonne spéciale, on a très bien roulé même si la bagarre a
été intense. Tout va bien avec la voiture pour repartir demain. »

Mathieu SERRADORI : « On a su gérer cette première journée sur les 900 kilomètres sans
assistance. On est partis sur un bon rythme, Vasilyev nous a ensuite rattrapé et on ne l’a pas
lâché. On n’a pas fait d’erreur, Fabian a fait une très bonne navigation et on n’a pas eu de
soucis. Je pensais que nous pouvions rouler plus vite que lui mais on s’est retrouvé côte à
côte à 200 km/h sans parvenir à les reprendre. »

Guillaume GOMEZ : « Aujourd’hui on s’est ensablé une fois mais je n’ai pas roulé dans le
sable depuis un an… Je perds une vingtaine de minutes à me sortir avec les plaques de
désensablage. C’est mon premier rallye avec François, il m’apporte beaucoup et me calme, il
fait une très bonne navigation et m’aide même à trouver les pistes. Maintenant on espère
faire au moins un scratch avant l’arrivée à Dakar. »

Paolo CECI : « C’était très rapide aujourd’hui avec un peu de dunes, je me suis bien amusé.
J’ai roulé avec Luis pendant plus de 400 kilomètres, c’est très bien si on peut continuer
l’aventure comme ça. J’ai su que Pal avait des soucis mécaniques, c’est vraiment dommage.
Maintenant la moto va bien, je vais juste changer le filtre à air pour repartir tranquille
demain. »
Dmitry AGOSHKOV : « C’était une longue spéciale avec une navigation difficile. Il y avait pas
mal de sable juste avant la ligne d’arrivée mais j’aime beaucoup ça ! »

Luis OLIVEIRA : « C’était une belle journée avec une navigation parfois compliquée. C’était
encore sympa d’ouvrir, j’ai dû rester bien concentré mais j’ai quand même manqué un
waypoint. Je suis déjà prêt pour demain, la moto va très bien. »

 

LES FORD RAPTOR, INCROYABLE « POWER »

Voici enfin des infos sur les catégories T2 (véhicules de série), les T3, les SSV, et les camions, dits T4.

En T2, la spéciale comportant des secteurs très roulants a fait le bonheur des puissants FORD Raptor du polonais Robert Szustkowski et du russe Alexey Titov.

En T3, les SSV, Jean Hugues Moneyron termine en 24ème position au scratch et devance les deux autres SSV CAN AM du Team Sénégal de Kamil Rahal -Thierry Sanchez et Jean Claude Ruffier-Jérôme Bos.

 

TOMAS TOMECEK

Toujours premier chez les camions, Gérard De Rooy a du changer un pneu durant la spéciale et termine 7ème tout en conservant son 5ème rang au Général.

 

MIKLOS KOVACS

Au général des camions, Tomas Tomecek est toujours aussi performant et ce, bien qu’il pilote et navigue seul. Il réalise chaque jour un véritable exploit puisqu’on sait que cette année, la navigation est particulièrement relevée. Au général, même si le Tchèque a perdu un peu de temps sur le Hongrois Kovacs,  Tomecek reste 2ème avec un peu moins d’une heure d’avance sur Kovacs.

Jean Louis BERNARDELLI

Photos :
Alain ROSSIGNOL et Jorge CUNHIA/Captain Nowhere

 

 

 

 

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