UN TRIPLE JUBILÉ POUR GORDON MURRAY, UN DES PLUS GRANDS GÉNIES EN F1.

 

 

Gordon MURRAY à Monaco en 1992-© Manfred GIET.

 

 

Véritable ‘Michel-Ange’ du Design en F1, Gordon MURRAY, fils de parents écossais mais émigrés en Afrique du Sud, né à Durban le 18 juin 1946, fête un exceptionnel double Jubilé en ce mois de Novembre :

Un demi-siècle d’activité comme Designer et Constructeur en Sport Auto de haut niveau, un quart de siècle pour sa plus fabuleuse création, la Mc LAREN F1 SUPERCAR et une décennie pour sa société GORDON MURRAY DESIGN et AUTOMOTIVE.

Le virus lui a été transmis dès le berceau par son père, Pilote de Course Moto et ensuite reconverti comme Préparateur de voitures de course à Durban.

Après de brillantes études d’ingénierie mécanique à l’Université de Technologie de Durban, qui l’a élevé au rang de Professeur Honoraire en 2002 et Docteur Honoraire en 2011, le tout jeune diplômé MURRAY fit valoir ses capacités techniques en pilotant une IGM-FORD, entièrement conçue par ses soins, dans le Championnat  National Sud-Africain en 1967 et 1968.

Mais déjà à 22 ans, il n’avait qu’une obsession, celle de pouvoir être embauché chez LOTUS CARS en Angleterre où il avait envoyé une offre d’emploi par courrier à Colin CHAPMAN personnellement mais à laquelle celui-ci n’avait pu donner suite en raison de problèmes de récession à cette époque où le Team LOTUS occupait 60 collaborateurs.

À peine avait-il foulé le sol anglais qu’il croisait le chemin de deux compatriotes «Aussies», d’une part Ron TAURANAC, le génial et très apprécié constructeur des fameux châssis RALT et Designer en chef du Team BRABHAM, ainsi que le Fondateur du Team éponyme, Jack BRABHAM.

 

Carlos PACE-Brabham BT 45 1976-© Manfred GIET.

 

Au terme de cette rencontre les Associés BRABHAM et TAURANAC, furent impressionnés par les idées novatrices du jeune MURRAY, au point de l’engager sur le champ avant de le voir filer à la Concurrence.

Un an plus tard, Jack BRABHAM se retira laissant les rênes au seul TAURANAC, avant que ce dernier ne cède  la moitié des parts de BRABHAM RACING ORGANISATION Ltd., à celui qui à l’époque était encore considéré comme simple Agent immobilier, un certain… Bernie ECCLESTONE, qui en devenait d’abord Co-Propriétaire, avant de racheter fin 1971, les parts sociales restantes pour 100.000 £, c’est-à-dire une paille, et devenir  seul patron à bord d’une Écurie renommée et couronnée en 1966 et 1967 aux Classements mondiaux Pilotes et Constructeurs.

 

Herbie BLASH-© Manfred GIET.

 

Si Bernie ECCLESTONE opéra rapidement un nettoyage au sein de l’équipe technique, en virant quatre techniciens pour les remplacer par Bob DANCE et Herbie BLASH, débauchés chez LOTUS, il confie illico presto à Gordon MURRAY, le bureau d’étude du Team intitulé entre temps, MOTOR RACING DEVELOPMENTS Ltd, une tâche à laquelle le Sud Africain s’attela immédiatement en créant le modèle BT42, à la carrosserie en forme pyramidale qui deviendra en quelque sorte la première F1, à ‘Effet de Sol’ grâce à ses particularités aérodynamiques.

 

Gordon Carlos PACE-Brabham BT 44B 1975-© Manfred GIET.

 

Tout ce qui sortira par la suite de ses idées et traits de crayon portera l’empreinte «MURRAY» et même s’il connut quelques échecs avec les BT46 ou BT 55, son audace technologique restera sa marque de fabrique durant son bail long de… dix-sept ans chez BRABHAM, où il montra à suffisance sa capacité de réaction lorsqu’il fallait faire face aux défauts de jeunesse de ses conceptions.

On se rappellera aussi la BRABHAM BT 46B, qui succéda au modèle 46 classé comme «rebut», considérée comme révolutionnaire car équipée d’un énorme ventilateur à l’arrière qui provoquait un effet de ventouse au point de littéralement coller la voiture au sol avec des vitesses de passage en courbe ahurissantes.

 

BRABHAM BT46 B-GP Suède 1978-© Manfred GIET

 

Ce modèle éphémère, dessiné pour contrer la LOTUS 79 Wingcar, ne disputa qu’un seul Gd. Prix, celui de Suède en ’78, remporté par Niki LAUDA, avant que la FISA. (Fédération Internationale du Sport Automobile) ne la bannisse en raison de la poussière et gravillons qu’elle projetait sur les poursuivants rendant de la sorte la sécurité précaire.

En 1981 et 1983, le génial MURRAY, qui en réalité était le Commandant de bord du Team BRABHAM, vu que son Président, Bernie ECCLESTONE, était de plus en plus accaparé par sa fonction comme Patron de la FOCA., l’Association regroupant tous les Constructeurs en F1, fut récompensé de son travail par les titres pilotes remportés par Nelson PIQUET en 1981 et 1983.

En 1986, après dix-sept années de bons et loyaux services chez BRABHAM, il décida de changer de décor en cédant au chant des sirènes venant du côté de Woking, où Ron DENNIS, le patron de Mc LAREN ne cessait de lui faire des appels de pied pour tenir le rôle tenu précédemment par John BARNARD.

Il y officiera comme Directeur technique de 1987 à 1989, amenant notamment les dessins de la BRABHAM BT55 dont il s’inspira pour dessiner la McLAREN MP4/3.

Même si le Designer officiel Steve NICHOLS minimisa la chose, la Mc LAREN… Version 1987, s’écartait totalement de sa devancière au point de vue aérodynamique et les résultats ne furent pas à hauteur des espérances malgré les trois victoires engrangées par Alain PROST.

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Duel SENNA-PROST chez Mc Laren en 1989-© Manfred GIET.

 

Par contre le modèle MP4/4 équipé du moteur HONDA , utilisé en 1988, fut un coup de maître qui permit à la paire PROST-SENNA de véritablement écraser la concurrence en remportant quinze victoires -sept pour PROST et huit pour SENNA- sur seize Gd. Prix et sans l’inadvertance de Jean Louis SCHLESSER à Monza alors que SENNA menait largement, l’Écurie Mc LAREN aurait réussi un «strike» parfait.

1989 sera non seulement la dernière année de Gordon MURRAY comme technicien de haut vol dans les travées de Woking et des pitlanes, mais «coincé» entre ses pairs OATLEY et NICHOLS, non sans parfois engendrer quelques rivalités dans le Bureau d’Études, tandis que sur les Pistes, l’ambiance entre les deux fers de lance Alain PROST et Ayrton SENNA était tout sauf cordiale depuis que le Pacte de non-agression conclu entre eux avait été brisé.

Les relations tendues jusqu’à un point de non-retour et les luttes médiatiques  qui en découlèrent eurent pour effet de ralentir le staff  technique dans le développement de la MP4/5, le tout amplifié par l’annonce de PROST à la mi-saison de quitter le bateau fin 1989.

 

Ayrton SENNA-Monaco 1989  Mc Laren MP4-4© Manfred GIET

 

Si au final, Mc LAREN remportait malgré tout la timbale en comptabilisant dix victoires -six pour SENNA et quatre pour PROST-  le titre Pilote pour ce dernier, qui l’emportait avec seize points d’avance sur son rival et «ennemi» Ayrton SENNA, et le titre «Constructeurs», la saison aura laissé des traces indélébiles malgré la position dominante de l’Écurie de Woking.

PROST parti chez FERRARI, emmenant dans ses bagages le Designer Steve NICHOLS  pour remplacer John BARNARD, le Team cher à Ron DENNIS se voyait dans l’obligation de réorganiser son Team, où Neil OATLEY devenait Chef de Développement alors que Gordon MURRAY, l’introverti et brillant Designer était à la recherche d’un nouveau défi.

C’est alors que Ron DENNIS chargea celui que ses pairs désignaient comme «laboratoire d’idées», de développer un projet de construction d’une voiture Mc LAREN de route, haut de gamme.

 

Monaco 1992- Présentation de la nouvelle Mc Laren F1 Supercar- créée par Gordon MURRAY© Manfred GIET.

 

MURRAY se mit directement à l’œuvre pour sortir dans la lignée une Mc LAREN F1 SUPERCAR issue directement de la Technologie Formule 1 :

Position centrale de conduite, matériaux composites, châssis monocoque à effet de sol, soit un véritable condensé de la catégorie reine transféré sur une version routière.

Sur les 106 exemplaires produits, la Mc LAREN F1 SUPERCAR, qui à l’origine coûtait 1 Million de Dollars, était équipée d’un moteur V12 6,1 litres, développant 627 cv fourni par BMW.

Depuis maintenant un quart de siècle, cette voiture «icône» fait toujours office de référence, grâce à des performances exceptionnelles avec une vitesse de pointe record pour une routière à moteur atmosphérique, établi en 1998 à… 386,700 Km/h!

 

La Mc Laren F1 GTR victorieuse aux ’24 Heures du Mans’ 1995-© Manfred GIET

 

En 1995, une version Compétition, le Mc LAREN F1 GTR a même remporté les célèbres ’24 HEURES DU MANS’ !

Ce chef-d’œuvre technologique restera pour ce Designer de la vieille école, qui préférait le crayon et la planche à dessin aux écrans tactiles et stylet, probablement sa plus brillante réalisation, du moins jusqu’en 2005 lorsqu’il fit le grand saut en devenant indépendant.

En 2007, il créera sa propre société sous la dénomination GORDON MURRAY DESIGN et AUTOMOTIVE qui s’occupait de développer des projets et la création de voitures citadines innovatrices et de conception modulaire selon un procédé appelé «i-STREAM» sous le code T25.

En parallèle, il a également contribué par son travail de Design à faire renaître de ses cendres, le petit constructeur britannique de voitures sportives TVR , disparu depuis dix ans, en redessinant complètement son modèle à succès «GRIFFITH», ce qui prouve qu’à 71 ans, ses ambitions technologiques restent insatiables.

 

Manfred GIET

Photo :
Publiracing Agency

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