’24 HEURES DU MANS’ MOTOS : LA YAMAHA DU GMT 94 SUPERBE VAINQUEUR.

 

 

C’est sans doute un lieu commun que d’affirmer que les courses d’Endurance, fussent-elles de 24 heures, ressemblent à des courses de vitesse. En effet, malheur à l’équipe qui relâche un moment son effort ou, qui comporte dans son trio de pilotes, un maillon un peu plus faible, dans ce genre de configuration la première place, voire le podium lui sont quasiment interdits.

 

Des bagarres à tous les étages

MIKE DI MEGLIO PASSE LA LIGNE D’ARRIVÉE

Les amateurs présents (74.500 sur les trois jours) ou les téléspectateurs (l’Équipe 21 et Eurosport) ont pu se rendre compte combien la lutte fut âpre pour la victoire. À un peu plus de 4 heures du drapeau à damier, les deux Yamaha, les N°7 et N°94, n’étaient séparées que par 9 »809, en ayant effectué toutes les deux 22 ravitaillements.

Il en allait de même pour la bataille de la troisième place et la Suzuki N°1 devançait la Kawasaki N°11, à 10 tours des leaders, séparées de 45 »408.

 

LA KAWASAKI SRC. MONTE SUR LE PODIUM

La Honda usine N°5 semblait se contenter d’une cinquième place quasiment assurée et s’appliquait à une constance de temps autour de 1’40 », alors que devant, les Di Meglio (N°94) et Marvin Fritz (N°7), se tenaient par la barbichette en tournant en 1’38 »

Après que les cloches de Pâques eurent sonné les onze heures, le public, les journalistes et les mécaniciens levaient les bras devant les écrans retransmettant une bagarre d’une rare âpreté entre Mike Di Meglio N° 94, qui prenait, pour la première fois de la course, l’avantage sur la Yamaha N° 7 pilotée par Khota Nozane.

 

LE SERT. EST TOUJOURS EN TÊTE AU MONDIAL

Dans ces manœuvres viriles et parfois très osées Di Meglio touchait la Kawasaki N° 10 et l’envoyait au tapis, sans pénalité  infligée par la direction de course, considérant sans doute cette touchette comme un simple incident de course, ce qui nous semble éminemment contestable en raison du fait que la Yamaha reprenait près de deux secondes à la Kawasaki et que le fringant Di Meglio partant de très loin aurait pu attendre un minimum de temps.

En Endurance, effectivement il faut savoir attendre parfois !

La Kawasaki N° 11 avec Fabien Foret devançait de son côté, Étienne Masson sur la Suzuki n° 1.

Étienne Masson qui confessait :

 » Cette course  est très dure pour nous parce que nous doublons au maximum avec Vincent pour essayer de garder le podium. Cela devient compliqué physiquement parce que le circuit a beaucoup plus de grip qu’avant, donc ça demande beaucoup plus d’efforts sur la moto avec de très fortes sollicitations pour les articulations. »

L’évolution en Superstock semblait favorable à la Kawasaki N° 4 du Tati Team Beaujolais Racing comme l’espérait Patrick Enjolras le manager détendu de cette belle équipe.

LE TATI TEAM BEAUJOLAIS

Monsieur Enjolras, c’est la guerre dans votre catégorie ?

 » C’est la vraie guerre, c’est sûr parce que la concurrence est rude. On quand même deux Yamaha qui nous poursuivent, pour nous chiper notre leadership mais on va tout faire pour le conserver. »

Tout se passe bien pour vous ?

« Heureusement nous n’avons pas eu de souci. Tout marche bien, les pilotes ont été performants et l’équipe technique a fait un sans faute, jusque là, donc  on va croiser les doigts. »

On roule malgré tout pour arriver

LA HONDA FCC TSR

À moins de deux heures de l’arrivée, même pour les motos les plus mal en point on a du mal à se résigner à l’abandon, alors on bricole ce qui peut l’être et l’on attend les derniers moments avant 15 heures pour reprendre la piste et franchir la ligne d’arrivée. On notera que la grande majorité des abandons  enregistrés, l’ont été pour des problèmes de moteur et/ou de boîte de vitesses, quelques uns pour des questions électroniques et les autres sur chutes, fatigue des pilotes et soucis divers.

Au SERT., on voudrait refaire l’histoire de la course, on ne s’y prendrait pas autrement. Après avoir économisé  au maximum Alex Cudlin dans l’espoir de conserver la troisième marche sur le podium pour la Suzuki N°1, en fin de course, les deux autres pilotes étant plus que cramés, c’est à Cudlin que l’on demande de doubler son relais.

LA YAMAHA GMT 94

Pour toutes les machines restant en course, on se dit qu’on arrivera bien à passer la ligne et qu’il convient juste d’éviter la chute pour boucler une édition assez fantastique de ces 40èmes ’24 Heures Motos’. Si possible on préserve les positions, qui semblent bien stables dans les deux catégories : EWC. et Superstock et les mécaniciens s’autorisent à piquer un peu du nez dans les stands.

Le soleil revenu a incité les spectateurs à se masser à nouveau dans les tribunes face à la ligne d’arrivée. Tous sentent bien qu’ils ont assisté à quelque chose de grand et veulent communier avec les acteurs de cet événement, qui marquera les annales de l’Endurance.

Si les motos GP tournent ici en 1’31’, en course, Randy de Puniet a établi le tour le plus rapide en 1’36 »408 . Pour les trois premiers, on s’est peu éloigné de ce rythme fou, tant il était impensable de rendre un peu la main, faute de se voir quasiment immédiatement délogé de le place occupée. Malgré quelques voitures de sécurité intervenues durant la course, le record de la distance parcourue de 2012 (844 tours) a été battu avec 860 tours couverts.

LA TRÈS COMBATIVE YAMAHA DU YART

Alors que nous avions évoqué la problématique complexe des pneumatiques, il faut bien reconnaître que l’absence de pluie a permis de constater une certaine équivalence entre les trois marques, qui terminent aux trois premières places, à savoir Dunlop en 1er avec la Yamaha N°94, devant Bridgestone 2ème sur la Yamaha N°7 à moins de 20 secondes et Pirelli 3ème sur la Kawasaki N°11, à 12 tours.

La Suzuki N°1 , qui va conserver largement sa première place au Championnat du Monde termine à une valeureuse quatrième place, devant la très régulière et constante Honda d’usine N°5, à 5 tours.

Les Superstock  entrent à quatre dans le top 10, avec dans l’ordre : la Kawasaki N°4  6ème; la Yamaha N° 96, 7ème; la Yamaha N°333, 9ème et la Kawasaki N°3, 10ème.

MELISSA CREUSOT, AMANDINE SIMORRE, MURIEL ET MARGAUX WALHAM

Le Girls Team termine en trentième position.

La foule se déplace en masse pour profiter au plus près de la cérémonie du podium alors que le speaker s’égosille pour la faire communier bruyamment.

Pour notre part nous allons attendre les trois teams vainqueurs en Conférence de Presse.

Entre Pilotes et Managers

LE TEAM KAWASAKI SRC

Les pilotes de la Kawasaki Gines, De Puniet et Foret  même contents du podium mais également inévitablement déçus  car ils visaient la victoire la victoire.

Gilles Stafler le manager de la Kawasaki N°11 très tendu durant la course nous confie :

« Les problèmes que nous avons rencontré au niveau des pneumatique je pensais que ce serait la concurrence qui les aurait. Cela m’a un peu chiffonné. Habituellement nous roulons en pneus prototypes et là tout ce que l’on avait essayé au Pré Mans, rien ne marchait. Avec 15 jours entre ces essais et la course Pirelli n’avait pas le temps de réagir, alors on a roulé avec les pneus du commerce : SC2, SC3 la nuit. Ces montes sont bien pour les Superstock au rythme où ils roulent c’est excellent, alors que pour nous ça manquait un peu de grip. C’était moins évident, il fallait piloter différemment, il fallait relever la moto très tôt et éviter d’accélérer sur l’angle maxi. Une fois redresser ce pneu a une excellente traction. Je ne jette pas la pierre à nos excellents partenaires depuis 10 ans maintenant, mais il aurait fallu avoir plus de recul sur la nouvelle piste et là ils auraient pu m’amener des pneumatiques beaucoup plus performants. »

Ta nouvelle équipe de pilotes a fait très fort :

« C’est sûr que sur le papier c’est un très, très bon équipage. Mathieu qui a arrêté durant l’hiver est bien revenu. Fabien qui est avec nous depuis longtemps et Randy tout le monde connait, on démontré que l’on pouvait être très rapide. Tout ce qu’on modifié durant l’hiver a montré sa fiabilité et son efficacité. Les problèmes connus durant la nuit faisaient suite à l’erreur du début de course, on sait bien qu’il y a des petites choses qu’on ne peut pas voir. Notamment on a connu des problèmes électriques et on a fini par changer le faisceau électrique. »

LE TEAM YART

Broc Parkes à la fois pilote d’expérience et véritable professeur des deux nouveaux venus en endurance (Marvin Fritz et Khota Nozane)  déclarait « avoir connu une des courses les plus difficiles de sa carrière, ne laissant pas une minute de repos. Quant aux qualités de professeur que nous lui attribuons, il réplique : les qualités que vous vous m’attribuez je les dois au fait que j’avais de bons élèves. »

De la part des pilotes vainqueurs, nous apprenons que Nicolo Canepa était malade, avait vomi et « qu’il était heureux de n’avoir pas commis d’erreur en saluant le boulot incroyable de ses coéquipiers. ».

LE TEAM GMT 94

David Checa, véritable pilier de l’équipe victorieuse avait la délicatesse d’avoir une pensée pour les pilotes récemment disparus.

Mickael di Meglio ne pouvait pas espérer mieux et se disculpait dans son accrochage avec la N°10 en disant qu’il avait effectué la même manœuvre dans le même virage de nombreuses fois et là, quand il a levé la main, il a vu la Kawasaki tomber.

Christophe Guyot était manifestement aux anges et très fier du haut niveau de pilotage observé lors de cette quarantième édition. Il a été époustouflé par les relais incroyables effectués par ses concurrents directs sur l’autre Yamaha. La R1 est à ses yeux incontestablement une excellente machine. Il est très heureux de cette victoire du GMT 94 tellement le projet concerne de monde au sein du team.

Nous l’interrogeons sur la grande tension observée durant la course :

Pas tendu, mais concentré car le rythme est tellement élevé que la faute est très facile à commettre. L’incident nous guette à tout instant. On est tellement habitué à en avoir qu’on doit s’y préparer et pour y faire face il faut être plus concentré que tendu.

Avec une telle course, la grande famille du GMT m’est apparue plus soudée que jamais.

« Oui c’est une vraie famille, c’est une histoire incroyable, avec des personnes, qui sont là depuis tellement longtemps, d’autres qui nous rejoignent. derrière il y a aussi beaucoup de gens qui nous soutiennent, aiment nous voir gagner, qui sont là également quand on perd. c’est une vraiment belle histoire. »

Alors le Championnat en ligne de mire ?

«  Là maintenant c’est clair qu’on avait que le Mans en ligne mire. Le Championnat s’ouvre et bien sûr qu’on est inscrit pour la Slovaquie, Oschersleben et le Japon. »

Au Classement Provisoire du Championnat du Monde nous devrions avoir la confirmation des positions suivantes :

1- SERT 84 points

2- SRC Kawasaki 78 points

3- GMT94 53 points

3- FFC -TSR 53 points

5-Yart 51 points

Des courses de cette intensité nous en redemandons. Nous constatons un regain d’intérêt pour ces épreuves chez des pilotes venus de la vitesse. Sportivement le succès est total en raison de l’intensité  des batailles intervenues en EWC et en Superstock. L’impact télévisuel concourt également à la promotion de cette discipline, qui sortira bientôt de sa spécialité franco-française.

 

Alain MONNOT

Photos : Thierry COULIBALY

 

Classement provisoire de la Course

https://www.fimewc.com/wp-content/uploads/2017/04/24HMotos17_FinalRanking_Provisional.pdf 

 

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