AUX ’24 HEURES DU MANS’ MOTOS, LES YAMAHA MÈNENT LA RONDE.

 

 

L’Automobile Club de l’Ouest a célébré un 40 ème anniversaire  commun aux  »24 Heures Motos » et aux ‘8 Heures de Suzuka’, en accueillant une délégation japonaise, dont un des membres donna le départ de la course.

On aurait pu penser que pour cette occasion, la célèbre pendule du circuit Bugatti soit remise en état afin d’égrener, comme toujours, les célèbres heures des épreuves mancelles.

L’équation pneumatique

 

59 motos s’étaient qualifiées pour la course. Lors du warm-up  de 45 minutes chaque team avait en l’occasion de vérifier que tout fonctionnait correctement sur les machines. On avait assisté à des répétitions de ravitaillement, tout comme à des changements de plaquettes de freins. Les trois pilotes se relayaient déjà et les manufacturiers (Bridgestone, Dunlop, Michelin et Pirelli), vérifiaient les pressions et les températures de la piste et des pneus, tout en guettant la chape de nuages bien grise, qui semblait plomber l’horizon.

Une fois de plus la problématique des pneus semblait être en grande partie la clé de la réussite pour une course qui pourrait recevoir quelques gouttes.

Avec une nouvelle piste très abrasive et offrant un bon grip, les références habituelles sont un peu bousculées. L’on sent bien que chacun ne voudrait pas se faire piéger soit en restant trop longtemps en piste avec les slicks en cas de pluie, au risque de tomber, soit de changer trop tôt et de perdre de précieuses secondes par rapport à ceux plus gonflés pariant sur la faiblesse d’une averses très passagère.

L’hommage à Anthony Delhalle

 

Alors que le public se massait dans les tribunes face aux stands, l’ACO. et les fans du SERT. avait prévu qu’un hommage soit rendu au grand absent de ces 24 heures, le pilote manceau Anthony Delhalle, disparu récemment.  Jessie son épouse avec sa fille et son fils , la grande équipe du SERT., crêpe noir au bras gauche et, quasiment tous les pilotes et managers engagés ici, entouraient une Suzuki portant le N° 1 pour marquer le titre de Champion du Monde remporté avec Anthony en 2016, dont le souvenir était plus spécialement évoqué par un casque du dernier Bol d’Or et un portrait.

Afin de ne pas sombrer dans la tristesse, retentissaient des applaudissements sans fin, partagés avec le public. Pour autant, nous ne pensons pas que cette émouvante cérémonie placée avant le départ de la course ait été de nature à favoriser la concentration des pilotes du SERT. Placée en fin de course, l’opération aurait été moins médiatiquement spectaculaire mais plus respectueuse de l’émotion légitime de cette grande équipe Suzuki, où les larmes étaient difficiles à cacher.

Le team R2CL

 

Alors que la présentation des équipes se déroulait, nous avons demandé à Raphaël Chaussé manager de la Suzuki N°2, ce à quoi un manager poussait avoir comme pensées à moins d’une heure du départ de la course.

 » Nous souhaitons que tout se passe bien pour tout le monde, surtout pour nous, bien entendu. On croit à la victoire, même si nous sommes des privés, même si on est loin, tout est possible. En tout cas, on espère au moins un podium. »

Un mot sur cette toute nouvelle Suzuki.

 » Oui, nous sommes passés au contrôle technique avec l’ancienne moto et la nouvelle, dont c’était la deuxième journée de roulage. On prendra le départ avec la nouvelle parce qu’elle est bien née. Bien sûr, nous n’avons pas beaucoup de recul mais cette course nous permettra de prendre de l’avance pour le futur. »

En effet, est La N°2 est seule à être engagée dans la catégorie EWC, le SERT. n’ayant pas souhaité prendre ce risque pour sa N°1, à cause une arrivée tardive des pièces spéciales.  Cette nouvelle Suzuki portera également  les N° 27 et 72 mais cette fois-ci en catégorie Superstock.

Nous suivrons un peu en fil rouge cette équipe, qui a du travailler ferme pour réparer une chute de son pilote remplaçant, Kevin Longearet, afin que les trois français Sébastien Suchet, Jimmy Maccio et Anthony Loiseau disposent d’une moto performante puisque terminant les qualifications à la douzième place.

Départ canon de Vincent Philippe
Suzuki N°1

 

Finalement, la pluie menaçante ne s’est pas invitée au départ et, lors de l’envolée toujours spectaculaire du chapelet chatoyant des motos , nous notions qu’une fois de plus la toute nouvelle Honda N°111 ratera sa course. Elle ne peut pas s’élancer et retourne au stand à la poussette, pour un problème de chaîne. Reparti avec 5 tours dans la vue le pauvre Freddy Foray devra un peu plus tard à nouveau rentrer au stand.. à la poussette ! Même avec une équipe technique remaniée, ce Honda Endurance Racing ne parvient pas à concrétiser une supériorité technique que d’aucuns lui prédisaient pourtant depuis 2014 !

Tous les autres favoris allaient s’empoigner de la manière la plus spectaculaire avec des prises de risques incroyables. Vincent Philippe jaillissait le premier avec sa Suzuki N° 1 et tenait tête juste un tour à la très véloce Yamaha N°7. C’était sans compter sur l’orgueil et le culot d’un Randy de Puniet survolté qui venait imposer sa Kawasaki N°11 à la tête du peloton de furieux où l’on trouvait  également le BMW N° 9 et la Honda usine N°5. Le rythme imposé en tête de course affolait sans doute un peu certains pilotes et les chutes sanctionnaient  la Honda National Motos N°55, la Suzuki du Starteam Pam Racing N°67, la Yamaha  du Motobox Kremer N°65, la Kawasaki  du BRMT 3D N°24, de la Kawasaki  Louit Moto N°33 ou encore la Yamaha N° 86 du Pit Lane Endurance…Tout cela en moins d’une heure et avec une voiture de sécurité, on ne peut pas dire que la course était tranquille !

Cela n’empêchait pas les « avions de chasse » de se tirer la bourre durant environ 30 tours avant de passer aux ravitaillements, avec changement de pilote, car avec cette cadence infernale pas question de doubler un premier relais.

Un top 5 hyper rapide

 

Sans vraiment mollir mais en rendant un peu la main (à peine 1 seconde au tour moins vite), la hiérarchie pour le top 5, s’établissait  après la chute de la BMW N° 9 avec Lussiana à son guidon avec dans l’ordre la Yamaha N°7, la Kawasaki N°11,la Yamaha N° 94, la Suzuki N° 1 et la toujours performante Yamaha N° 333, première des Superstock.

Nous rentrions avec ce second relais dans ce qui ressemblait à une course d’endurance et quand le troisième pilote aurait effectué son relais, nous pourrions avoir une physionomie un peu plus précise de cette course passionnante, avec encore des chutes comme celles de la BMW N° 52 d’Eko IVRacing et des retours à la poussette pour les Kawasaki Sarrazin et Chrono Sport  N° 66 et N° 69.

Lors du second ravitaillement le SERT. ne voulant pas exposer trop vite son maillon faible en la personne d’Alex Cudlin, remplaçant d’Anthony Delhalle, renvoyait en piste Vincent Philippe auteur d’un excellent premier relais bien consolidé par Étienne Masson qui lui rend le guidon avec la N°1 en quatrième position.

À sa descente de machine, Vincent nous confie :

« Nous avons choisi de rouler ainsi pour nous adapter au rythme d’Alex avec si possible ne pas perdre le contact avec la tête de la course. Malheureusement mon premier relais a été un peu catastrophique  de mon pneu arrière. Quand on est reparti après le safety-car , avec un pneu très endommagé, je n’ai pas pu terminer mon relais correctement. Là, j’ai pu rester au contact, alors voilà, tout peut commencer maintenant. Quand on va attaquer la nuit, je pense que ça sera meilleur pour nous. »

Tu t’es tordu la cheville au départ ?

 » Oui c’est ça, on veut courir trop vite et puis au départ je me suis fait une petite entorse quand je suis monté sur la moto mais ça m’a permis quand même de faire le meilleur et de me mettre à l’abri surtout. »

Souffres-tu ?

 » J’ai un petit peu mal mais sur la moto tout va bien. »

Pendant que nous parlions avec Vincent Philippe, celui-ci  lorgnait vers les écrans pour constater que les Yamaha, première (N°7) et troisième (N°94) encadraient la Kawasaki N°11, pour les trois premières places.

La stratégie Yamaha

LA MOTO DU GMT 94

 

Ces deux motos portées par la volonté forte et de l’usine et de la division Yamaha Europe n’ont pas mis tous leurs œufs dans le même panier. Voici comment Éric de Seynes, Directeur général Yamaha Motor accepte de nous présenter la participation de sa marque aux ’24 Heures’.

 » Nous sommes de l’esprit de dire que nous avons deux motos, deux Yamaha qu’on savait être dans le coup. Avec le nouveau revêtement de cette piste  il y avait une inconnue pour tous les concurrents avec les pneumatiques. Notre satisfaction c’est de voir que les Bridgestone sont bien sur cette asphalte et que les Dunlop qui y sont toujours pas trop mal, restent bien. Donc on a fait des techniques un peu différentes pour les deux motos. La GMT 94 est faite pour des températures froides, avec le pari qu’elle soit un peu avantagée cette nuit. Pour la N°7 le choix est un peu plus agressif tant pour les pneumatiques que pour ses pilotes. En tout cas selon notre plan de marche après deux heures de course on est exactement là où l’on espérait. Ceci étant on ne peut jamais maitriser la concurrence. On voit que la Kawa N° 11, la Suzuki N°1 un léger retrait avec leur ancienne moto. »

Alors que rendions visite au team April Motors Events De Puniet chutait avec la Kawasaki N°11 au virage du raccordement, rentrait au stand et pouvait repartir avec deux tours de retard et passant de la seconde à la cinquième place.

Honda et Suzuki nouvelles

L’HONDA DU TEAM APRIL MOTORS EVENTS

 

Hervé Moineau manager de la nouvelle Honda N° 50 après avoir précisé qu’une crevaison lente avait handicapé l’équipe en début de course nous confiait ses impressions quant l’Honda :

 » C’est une moto d’origine, ça va elle marche bien. Nous avons connu de petits soucis qui nous ont obligés à intervertir la moto d’essais et celle de course car le feeling au niveau de la remise de gaz ne donnait pas satisfaction aux pilotes. C’est encore une moto qu’on découvre, elle n’est pas hyper rapide mais l’essentiel c’est que les pilotes puissent s’exprimer correctement. On va essayer de rentrer dans le top 5, mais il faut apprendre cette moto. On a effectué nos premiers changements de roues au warm up. On reste prudent, c’est comme quand on vient de peindre il ne faut pas toucher la peinture. »

De passage au stand de la nouvelle Suzuki N°2 Raphaël Chaussé nous déclare :

« Vous avez vu nous sommes partis derniers. Ce sont les joies de l’endurance! Nous avons connu un problème électronique, quand la moto n’est pas assez chaude le régime est limité électroniquement, c’est une nouveauté, qu’on découvre. Maintenant on remonte doucement 18ème, 15ème, 12ème , pourvu que ça dure. On a collecteur qui fait du fruit, on ne sait d’où ça provient, donc on se prépare. »

Damien Saulnier qui lui aussi découvre la nouvelle Suzuki N° 72 en catégorie Superstock au Junior team ne dit pas autre chose  quand il précise que la mise au point de tout ce qui est électronique n’est pas totalement maitrisée même si la moto avance correctement.

Bagarre au sommet en Superstock

LA YAMAHA VILTAÏS

 

Dans cette catégorie Superstock comment souvent la lutte pour la suprématie finale donne lieu à de nombreux changements de leaders. Les trois équipes le plus en vue en ces premières heures de course sont à l’évidence Viltaïs Experience avec sa Yamaha N° 333 , Moto Ain et sa Yamaha N°96 et le team Tati et sa Kawasaki n° 4. Gare à celui qui trébuchera le premier !

Nous avons eu la curiosité d’assister aux ravitaillements des quatre équipes occupant la tête du classement à savoir chez les 2 Yamaha N°7 et N°94, chez la Kawasaki N° 11 et chez la Suzuki N°1. Une fois de plus nous sommes étonnés de constater que dans ces quatre teams, en un peu moins de 45 secondes entre l’arrêt contre la planche et le départ du nouveau pilote, les roues ont été changées, les vérifications visuelles  opérées et le remplissage du réservoir effectué. Tout cela dans un ballet parfaitement synchronisé au cours duquel seuls 4 mécaniciens peuvent toucher la moto et doivent se retirer avant que le préposé au carburant puisse entrer en action.

Après 5 heures de course, les situations des premiers sont un peu stabilisées et c’est vraiment là, maintenant que la vraie course d’Endurance va se jouer sur des détails souvent, ou sur une chute, parfois.

Paul Duparc, coordinateur des courses sur route à la Fédération Mnternationale de motocyclisme (FIM.) notait de nombreuses casses moteur ou boite  en raison d’une piste très accrocheuse et rapide sollicitant fortement ces organes là. L’Honda N° 50 comptait parmi ces victimes.

La nuit ayant enveloppé le circuit depuis quelques heures, les guerriers n’ont guère ralentit la cadence. Passant alternativement de l’ombre à la lumière, de laquelle émerge les panneaux d’information. Il leur faut rester concentré sur l’objectif. Tout le monde et chacun s’apprête à gravir son Everest de la nuit qui s’annonce particulièrement froide, puis après du troisième tiers de course.

Alors que certains spectateurs commençaient à trouver la course un peu monotone, un coup de tonnerre secoua le paddock : la Suzuki N°1 avec Étienne Masson au guidon chutait et rentrait directement au stand. De la troisième place, qu’elle occupait la moto avec Alex Cudlin repartait en 8ème place et 7 tours de retard sur la Yamaha N° 7 de tête.

Avec les bonus attribués au bout de 8 heures de course, certains teams échafaudaient  déjà des projections en vue du championnat et à ce petit jeu, si les choses restaient figées en l’état, Suzuki pouvait commencer à s’inquiéter même si ses 60 points engrangés au Bol d’Or lui conservaient un petit matelas face aux redoutables Yamaha.

 

Classement après 8 heures de course :

https://www.fimewc.com/wp-content/uploads/2017/04/24HMotos17_8H.pdf

 

Alain MONNOT

Photos : Thierry COULIBALY

 

 

 

 

 

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