DES ESSAIS STUDIEUX AUX JOURNÉES PRÉ–LE MANS DES ’24 HEURES MOTOS’

 

 

 

 

Les retrouvailles printanières des « pré-Le Mans » n’avaient pas la même la même tonalité légère des années précédentes. Certes, une bonne quarantaine d’équipes étaient en lice pour ces deux jours d’essais non obligatoires, en ce début de semaine, mais si l’on s’adonnait dans les stands à un travail minutieux et intense d’acquisition de données et de réglages évolutifs, on sentait dans le paddock une certaine retenue dans les échanges entre amis.

Il flottait dans l’air le souvenir du Champion du monde en titre, Anthony Delhalle, tout rcemment disparu lors d’une séance d’essais privés sur le circuit de Nogaro. La gravité des pensées des uns et des autres était ravivée à chaque interruption du roulage, quand une voiture de sécurité ou médicale prenait la piste du Bugatti, réveillant en outre également, la douleur de la chute fatale d’Adrien Protat, dimanche dernier sur ce même circuit Bugatti, à l’occasion de la manche inaugurale du Championnat de France Superbike!

Pourtant, que les Teams soient professionnels ou amateurs, il était important de reprendre contact avec le nouveau revêtement du circuit Bugatti, dont les pilotes notaient la qualité, tout en déplorant que l’on ait laissé subsister sur le tracé, deux bosses gênantes!!!

 

UN LONG HIVER ET DES ÉVOLUTIONS EN EWC

LA MOTO DU TEAM R2CL

 

Depuis le Bol d’or en septembre, qui marquait, rappelons-le, le début de la saison 2017, les équipes officielles ont beaucoup travaillé et pour certaines, pas mal roulé. Des équipages ont évolué, nécessitant des prises de repères et d’habitudes de travail.

Par exemple chez R2CL, Raphael Chaussé nous explique la problématique du moment :

«  Nous avons renouvelé notre équipage avec les français Sébastien Suchet, Jimmy Maccio et Anthony Loiseau. Pour l’instant nous roulons avec l’ancienne moto et parallèlement on est en train de développer la nouvelle Suzuki. A l’issue des pré-Mans on va se donner encore une journée de roulage et juste avant les 24 heures, on verra quelle moto on engage. »

La Honda RRSP N° 111 est toute nouvelle et l’équipage bien connu constitué de Sébastien Gimbert, Julien Da Costa et Freddy Foray n’a pas beaucoup roulé. Le trio affiche toutefois un bel optimisme après des années peu gratifiantes, malgré les efforts importants consentis pour le Honda Endurance Racing.

 

 

National Motos est de retour, ce qui fait plaisir au public en raison des belles pages écrites en endurance par le team de Pipo. C’est son fils Stéphane Haddadj, qui assure le rôle de team manager et accepte de préciser les conditions de ce retour.

« C’était très difficile pour nous d’être absents plus longtemps en endurance. Nous avons travaillé d’arrache-pied pour être présents aux 24 heures et au Bol d’or. Nous  alignerons Aymeric Jonchière, Nicolas Salchaud et Irazki Okubo. Nous disposons de la nouvelle Honda ‘brute de fonderie’. Il y a très peu de pièces disponibles, il faut donc savoir préparer la moto pour affronter une course aussi difficile que les 24 heures du Mans. Là, nous découvrons la moto, l’électronique. On travaille comme des fous afin d’avoir une moto efficace et confortable pour les trois pilotes. »

Marc Mothré se réjouit du nouveau challenge que le team April Motors Events se donne après 6 années avec Suzuki, en passant chez Honda. On part d’une page blanche dit-il, laissant Hervé Moineau nous préciser comment le team va aborder ces 24 heures avec la nouvelle moto.

 

 

Honda N°50

 

« On va aborder ces 24 heures  comme d’habitude au niveau de la mise en place et au niveau de l’organisation. Le fait de changer de marque, c’est comme le dit Marc, un challenge énorme. Nous étions très habitués aux Suzuki. Avec la nouvelle Honda nous avons récupéré deux pilotes de talent, Matthieu Lagrive et Grégory Leblanc, concurrents l’an dernier ayant gagné les 24 heures en 2016 et qui sont associés à Grégory Fastre, déjà chez nous l’an passé. Maintenant nous beaucoup de travail à faire sur l’évolution de la moto car nous n’avons effectué que deux jours d’essais avant les pré- Le Mans. »

 

Leblanc_Fastre_Lagrive_trio de choc pour la Honda N°50

 

Qu’avez-vous réalisé comme adaptations sur cette nouvelle Honda ?

« Pour l’instant nous avons réalisé pas mal de choses, encore insuffisantes. Bien sûr, nous avons changé la fourche, les freins. Nous avons modifié le faisceau électrique. Nous avons reçu voici deux jours, la capacité à pouvoir se servir de l’acquisition de données par rapport aux informations Honda. Tout est en place pour analyser le comportement de la moto. Nous avons débuté le travail avec Dunlop sur des évolutions de pneus en prévision des 24 heures. »

On se souvient de la désillusion du team SRC lors du dernier Bol d’or où un problème d’axe de roue avait anéanti les prétentions légitimes de victoire de la Kawasaki N°11.

 

LA KAWASAKI NO 11

 

Gilles Stafler le team manager nous parle de son hiver studieux :

« La base de travail était la même que la 2016 mais on a changé le réservoir, le bras oscillant. Ce sont des choses par lesquelles il fallait passer par rapport aux problèmes rencontrés l’année dernière et touchant à la sécurité. Le diagnostic a été posé après le Bol, cela ne venait pas de l’axe de roue mais du bras oscillant, qui se déformait à cause de sa longueur. Nous avons donc effectué une remise à plat complète de la moto. »

 

F.FORET_M. GINES kawasaki N°11

 

A noter le remplacement de Grégory Leblanc par Mathieu Gines, associé à R.de Puniet et F. Foret et l’arrivée d’un pilote suppléant en la personne de Morgan Berchet.

On sait que le YART porte les couleurs officielles en étant l’antenne avancée de l’usine, pour autant, le GMT94 n’entend pas faire de la simple figuration avec sa machine compétition client, en tout cas c’est ce que nous comprenons quand nous écoutons Christophe Guyot.

 

LA MOTO GMT 94

 

« Nous avons apporté des améliorations sur de nombreux points : le radiateur, le réservoir, l’arrière de cadre, le tableau de bord, le faisceau électrique complet. La course c’est cela, une perpétuelle évolution. »

Vous avez effectué beaucoup d’essais ?

«  Oui nous avons roulé sur le circuit Carole, notre circuit de référence. Nous avons roulé également à Pau, Nogaro, au Mans. En plus de cela tous les pilotes ont roulé avec leur propre R1 sur des circuits de leur proximité. »

Alors moto idéale et équipage également ?

 

Checa et _Di Meglio_ YAMAHA GMT 94

 

« Nous avons un excellent package complet dans les mains à nous de bien utiliser tout ça. Oui notre équipage est très homogène l’arrivée de Mike Di Meglio apporte énormément. Les trois s’entendent à merveille, il existe une vraie entraide entre eux, l’ambiance est excellente et apaisée, c’est un régal. »

On est moins disert mais on entend bien montrer que le choix de BMW de faire confiance au team Tecmas est justifié. Les pilotes français Kenny Foray et Camille Hedelin sont ravis d’accueillir le jeune et talentueux Lukas Trautmann et le manager déclarait en conférence de presse « apprécier tout particulièrement le tout nouveau moteur usine. »

 

BMW_TECMAS_K.Foray et C.Hedelin

 

La Kawasaki N°10 du Webike Trick Star enchaînait les tours pour appréhender tous les paramètres du circuit alors que l’on notait lors de ces roulages, l’absence de la Honda usine N° 5 du FFC TSR Honda.

 

Kawasaki Trick Star N°10

 

Nous ne pouvions pas scruter particulièrement le travail méthodique, sérieux et particulièrement appliqué au sein du SERT, où Alexander Cudlin était titularisé dans les conditions que l’on connait alors que il était initialement prévu comme remplaçant sur la N°111 du Honda Racing.

 

Au SERT V. Philippe débriefe avec P. Cadiou

 

A l’issue de la première journée c’est Pascal Cadiou mécanicien, qui faisait un point avec nous.

«Ce roulage au Mans, dans un premier temps c’est une reprise de contact pour les trois pilotes. Nous avions effectué des essais uniquement avec Vincent (Philippe), lundi et mardi derniers. Alors donc : reprise de contact, de repères, apprendre les pneus, enfin le travail classique des tests pré-Le Mans. »

Les enseignements de cette journée sont positifs ?

« Il n’y a pas grand-chose de négatif. On a beaucoup travaillé. Après, tout ne marche pas mais il y a beaucoup d’éléments à analyser et il reste beaucoup de travail ce soir pour progresser demain, sans aucun doute. »

Et comme se passe l’adaptation d’Alex Cudlin, qui doit être d’autant plus aisée qu’il connaissait le team et la moto?

 

Tout est sous contrôle au SERT

 

« Sous cet aspect-là il n’y a pas de problème mais en fin de journée c’est un pilote qui est très fatigué. Il a fait l’effort de rouler et de travailler comme tout le monde mais honnêtement, ça n’était sûrement une journée facile pour lui. »

Vincent Philippe et Etienne Masson ont fait le job ?

«  Oui les deux autres pilotes sont concentrés. Malheureusement dans les moments de pause, quand nous ne serons pas absorbés par le travail on pensera à Anthony, mais il nous faut aussi rester très concentrés car on voit bien que c’est un sport dangereux. Ces derniers temps tout le monde aura pu comprendre le danger de ce sport. Tout le monde doit donc être hyper concentré et très rigoureux. »

 

EN SUPERSTOCK ON S’ACTIVE AUSSI 

Yamaha Viltais Experiences_PreMans 2017

 

Avant de clore cet article nous sommes allés jeter un œil du côté du Supersport, où la course des 24 heures revêtira également une grande intensité.

Yannick Lucot manager de la Yamaha 333 Viltaïs Expériences ne ressasse plus les soucis de l’eau dans l’essence du Bol d’or venus perturber une belle course, mais le team a revu tous ses process pour sécuriser au mieux les opérations de maintenance et de ravitaillement.

Quelle préparation cet hiver ?

«  Nous avons eu la possibilité d’effectuer 3 jours d’essais à Valencia, 3 jours à Portimao. Notre moto était déjà très saine, nous avons monté un nouveau boitier électronique. L’hiver a été sérieux et constructif. Nous sommes confiants, nous avons déjà démontré que ça fonctionnait avec les Michelin au Mans. »

Damien Saulnier, le professeur manager du Junior Team Lycée Le Mans Sud insiste sur le fait qu’il faut lors de ces journées d’abord découvrir les nouvelles Suzuki.

 

LE SUZUKI JUNIOR TAM

 

« Nous avons reçu les motos il y a 4 semaines seulement. Nous avons bien vu en Superbike qu’à chaque fois que la moto sortait elle progressait. Là c’est un peu la même chose. Nous essayons de comprendre comment elle marche. Pour nous c’est un grand saut dans l’inconnu. Mon premier sentiment c’est que ça va, les chronos descendent bien. Nous voulons prouver que Suzuki a fait un bon produit. Nous avons beaucoup de travail mais mon équipe d’étudiants se montre appliquée et efficace. »

Et les pilotes ?

« Cédric Tangre qui connait bien le Junior a souhaité revenir chez nous pour Le Mans, le Bol. Baptiste Guittet et Robin Camus (seconde année au Junior) ont aussi leurs marques ici. On dispose d’une belle équipe qui s’entend bien. »

Nous n’oublierons de mentionner  dans cette catégorie très relevée le travail de préparation là aussi impeccable, effectué sur les Kawasaki du Tati Team Beaujolais ou encore chez Louit Moto.

 

Louit Moto_ un client sérieux !

 

Volontairement, nous ne voulons pas relever les temps réalisés, tant ils peuvent évoluer sans cesse. Bien sûr, les marques officiellement engagées surveillent la concurrence, cachent parfois leur jeu ou encore manquent d’expérience avec les motos engagées pour aller au bout des potentialités non encore révélées.

 

Le Girls Racing team

 

Quoiqu’il en soit, une piste plus rapide que par le passé (environ 1 seconde au tour), des motos encore plus véloces et sans doute des pneumatiques mieux adaptés, voilà un cocktail qui devrait nous valoir une course endiablée, comme on les aime, les 15 et 16 avril prochains. Et à laquelle l’équipage féminin  Mélissa Paris, Amandine Creusot et Margaux Wanham apportera sa touche de délicatesse rapide sur la Yamaha R1 Superstock N° 19.

Alain MONNOT

Photos:  Thierry COULIBALY et Alain MONNOT

 

 

 

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