TONY BROOKS : À 85 ANS UN DES DERNIERS RESCAPÉS DU DÉBUT DE L’ÈRE DE LA F1.

 

Tony-BROOKS-©-Manfred-GIET.

 

Avec Sir Sterling MOSS, de deux ans son aîné, l’ancien pilote Britannique Tony BROOKS, qui fête ses 85 ans, fait partie de cette dernière frange d’anciens pilotes de haut niveau, qui tout au long de leur carrière, à l’époque,  ont réussi à se faufiler entre les mailles du filet pour échapper aux affres du destin…

Né le 25 février 1932 à Dukinfield, à l’est de Manchester, Charles Anthony Standford BROOKS, dit Tony, à la fin de son cycle complet d’études secondaires se prédestinait à la dentisterie, tout comme son paternel, et dès lors s’inscrivit à l’Université de Manchester pour y décrocher un diplôme de médecin-dentiste, mais dont il ne fit jamais usage par la suite !

Alors que sa mère était à la recherche d’une nouvelle voiture, Tony se proposa de lui venir en aide dans ses démarches, tout en lui proposant de l’aider financièrement en revendant sa moto, ce qu’elle accepta volontiers.

Mais lorsque le vendeur débarqua au volant d’une petite voiture de sport de marque Healey Silverstone d’un peu plus de 100 cv, ses parents durent se rendre à l’évidence pourquoi le fiston avait proposé son aide généreuse au niveau de l’achat !

Amusés par le côté fripon de leur fils, les parents donnèrent toutefois leurs assentiments pour qu’il entreprenne ses premiers tours de roues sur les petites routes ceinturant leur propriété et qui se soldèrent rapidement par des épreuves contre la montre.

Après avoir sillonné de 1952 à 1954, tous les circuits automobiles implantés en Angleterre, pour participer à des épreuves de club ou amateurs, au volant de l’HEALEY SILVERSTONE évoquée, ou d’une FRAZER-NASH de seconde main, devenue sa propriété entre-temps, il hérita au sens large et tout à fait par hasard en 1955, de la CONNAUGHT « A » de F2 de son ancien compagnon d’écurie, Riseley-Prichard, qui avait décidé d’arrêter la compétition qu’il estimait trop dangereuse.

Rapidement Tony BROOKS se fit remarquer partout où il se produisait aux épreuves réservées aux voitures F2 , mais auxquelles se joignaient régulièrement des voitures de F1, pilotées par des pilotes confirmés, tels Mike HAWTHORN, Roy SALVADORI ou Harry SCHELL et derrière lesquels, il terminait souvent au 4ème rang malgré l’infériorité de son matériel.

Aston Martin DB R 2-Tony Brooks a roulé au volant de cette voiture- Photo Manfred GIET

Engagé ensuite  comme pilote d’usine par ASTON MARTIN, où il fit équipe régulièrement avec Sterling MOSS, il fut invité par la petite écurie Anglaise CONNAUGHT pour participer à une épreuve de F1 hors Championnat, le très réputé GP. de Syracuse.

Une course qui pour lui allait devenir une épreuve de légende après une série de péripéties.

Pour l’anecdote :

Approché par l’écurie CONNAUGHT ENGINEERING à quelques jours de l’épreuve Sicilienne, alors qu’il était toujours étudiant et qu’il venait de recevoir le tablier blanc synonyme de son admission à la Clinique Dentaire de Manchester, il dut s’organiser en catastrophe pour rallier Syracuse  au sud-est de la Sicile et son tracé de 5,5 Km, appelé Circuit des Orangers, avec ses faibles moyens d’étudiant !

 


Tony BROOKS Sa Connaught F1 du GP de Syracuse -© Manfred GIET.

Si de son Angleterre natale une partie du voyage s’effectua en avion et en train, la dernière partie jusqu’à Syracuse quant à elle s’effectua en Vespa de location…

Mais peu importe, malgré une main endolorie et blessée par le long dernier trajet en Vespa, il marqua ce GP de son empreinte en … triomphant, remportant l’épreuve au nez et à la barbe des grandissimes favoris Italiens, Luigi MUSSO et Luigi VILLORESI sur leur MASERATI 250F bien plus véloces !

Grâce à cette victoire symbolique, la voie vers le Championnat du Monde de F1 inauguré  en 1950, cinq ans auparavant, à une époque appelée « âge d’or de la F1 », était libre pour ce jeune Britannique de 22 ans.

De 1956 à 1961, à une époque où le nombre de Grand Prix par saison était clairsemé, il disputa 38 GP, décrochant six victoires, trois poles et trois records du tour aussi et un total de 75 points au classement « pilotes » avec ses dix podiums.

TONY BROOKS Sa VANWALL-© Manfred GIET

 

Si sa première victoire en GP tomba lors de son « Home GP » à Aintree le 20 juillet 1957, au volant d’une VANWALL  VW 57 du Team Vandervell, après trois heures de haute lutte, du fait de s’être relayé sur la même voiture avec son compatriote Sterling MOSS, ce qui était autorisé à cette époque, il dut partager les huit points de la victoire avec lui.

En 1958, toujours sur une VANWALL, Tony décrocha quatre victoires (Argentine-Belgique-Allemagne et Italie) terminant 3ème du Championnat du Monde des Conducteurs avant de passer chez FERRARI l’année suivante.

 


Tony-BROOKS-5-juillet-1959- Photo-AUTODIVA

Au volant d’une FERRARI DINO 246 de F1, il remporta deux autres victoires à Reims le 5 juillet 1959 et sur l’Avus de Berlin  et monta sur le podium à Reims ainsi qu’à Sebring, performances qui à l’issue de la saison 1959, lui permirent de terminer comme dauphin à quatre points du Champion du Monde, l’Australien Jack BRABHAM.

1960 sera pour lui le retour à la case départ, c’est-à-dire chez VANWALL, équipe qui se retira très tôt dans la saison mais qui lui laissera cependant la possibilité de retrouver un volant sur une COOPER T51 du Team YEOMAN.


TONY BROOKS – Sa Cooper T51-© Manfred GIET.

Mis à part deux 5èmes places aux GP du Portugal et d’Angleterre, Tony ne trouva pas plus son bonheur au sein de cette petite écurie.

1961 sera  sa dernière saison en F1 chez BRM (British Racing Motors), le Team d’Alfred OWEN, où en huit participations, il ne réussira qu’un seul podium aux USA. à Watkins Glen, ainsi qu’un 11ème rang final au Championnat du Monde des Conducteurs.

Souvent la malchance ou du matériel peu adéquat, ne lui permirent pas d’exprimer tout son talent au point qu’un jour son ami Sterling MOSS déclara :

«De tous mes principaux adversaires britanniques de l’époque, Tony était le plus doué et le plus coriace. De tous les pilotes non titrés de l’époque, il était sans conteste le meilleur.»

Autre éloge de l’époque, celui du célèbre journaliste Anglais Denis JENKINSON, dit Jenks, connu pour son avarice en matière de compliments et décédé en 1996, qui remporta avec Sterling MOSS en 1955, les  très prestigieuses « MILLE MIGLIA » sur une Mercedes 300 SLR, ornée du fameux N° 722, pour 7 H 22, l’heure de départ de cette voiture :
«Peut-être n’était-il pas aussi bon que Sterling MOSS mais il était nettement meilleur que Mike HAWTHORN ou Peter COLLINS. Tony BROOKS faisait partie des tous grands de son époque, c’est une évidence.»

Durant sa carrière et en dehors de ses 38 GP de F1, Tony disputera encore quelques 73 courses en monoplaces ainsi qu’une série d’épreuves en endurance, dont quatre fois les ’24 HEURES DU MANS’ et deux fois les ’12 HEURES DE SEBRING’.

Mais concernant ses participations à ces deux sanctuaires de l’Endurance, au Mans il n’a jamais rejoint l’arrivée et en 1957, au volant d’une ASTON MARTIN DB3S, il a survécut à une terrible sortie de route.

Ses  victoires aux 1.000 Km du Nürburgring en 1957 avec CUNNINGHAM-REID et au RAC. TOURIST TROPHY en 1958 à Goodwood, avec Sterling MOSS comme équipier sur une ASTON MARTIN DBR1, resteront ses principaux faits d’armes dans un domaine, qui à l’époque était également l’apanage de la grande majorité des pilotes de F1, qui contrairement à la génération actuelle de pilotes formatés, se partageaient plusieurs disciplines, pilotant chaque dimanche tantôt une F1, tantôt une F2, tantôt encore un gros prototype d’endurance !

Happy Birthday, Mr Brooks!

 

Manfred GIET

Photos :
Publiracing Agency

Histoire des Glorieux anciens

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