‘LE MANS BIKE FESTIVAL’ REPORTÉ DE DEUX ANS ! COMMENT A-T-ON PU EN ARRIVER LÀ ?

L’Automobile Club de l’Ouest (ACO.) et Peter Auto, la société d’organisation de Patrick Peter, un habitué des très grosses réussites dans le domaine du Classic, l’ont annoncé de façon assez brutale : ‘Le Mans Bike Festival’ est repoussé de deux ans.

Cette formidable idée qu’est ‘Le Mans Bike Festival’, qui devait avoir lieu en juillet 2017, était un big bang colossal dans le monde du Classic, pour qui le Bugatti est une référence absolue, à l’image  des dizaines de milliers de spectateurs qui adorateurs des ’24 Heures du Mans Moto’ et du GP de France au Bugatti !

Un rassemblement de motos historiques au Bugatti, prévu en alternance tous les deux ans avec l’événement ‘Auto Le Mans Classic’, on frisait l’extase !

Et puis il y a eu ce maudit communiqué d’enterrement provisoire de l’ACO. et Peter Auto : « La première édition est reportée en juillet 2019, quand toutes les conditions de réussite ne sont pas réunies, il faut savoir prendre du recul par respect pour les équipes de terrain, par respect pour les participants à l’événement et par respect pour les futurs spectateurs. Ce temps d’organisation supplémentaire, dans le cadre de cette création totale, nous permettra de travailler sereinement et efficacement pour produire un événement de prestige qui fera référence ».

Alors on a cherché à comprendre.

 

LE SUBLIME CIRCUIT BUGATTI

 

Pour ces deux colosses que sont Peter Auto et l’ACO., monter une opération telle que celle-là en six mois est compliqué mais possible.

Ils sont aidés, pour l’opérationnel, par Daniel Adrian, Jean Paul Boinet et Nathalie Mauny, qui ont à la fois le plus beau carnet d’adresses de pilotes et de collectionneurs, qui ont une légitimité absolue dans les événements Classic, j’ajoute que tous les vrais journalistes moto et bien au-delà font partie de leur univers fait essentiellement d’amitié, de confiance et de complicité.

Et le trio aussi peut monter un énorme truc en quelques mois avec une organisation au petit poil.

Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, et pour l’équipe opérationnelle de l’événement tout était prêt à 98 %.

Et paf !

 

L’ICGP. SE DÉLECTAIT DE COURIR AU MANS

 

Les pilotes de l’ICGP. de notre ami Éric Saul, qui courent sur de véritables motos de GP d’époque, étaient éblouis d’imaginer courir sur le légendaire Bugatti, cette épreuve est supprimée de leur calendrier et forcément ils sont tristes à pleurer…

De très grosses stars de la moto Classic avaient été contactées, hyper enthousiastes à l’idée de venir rouler au Bugatti, comme tout le monde du Classic en France d’ailleurs, l’engouement était énorme, et ce dès les premières annonces. Alors ?

Alors, il se passe que le choc culturel est venu mettre de gros obstacles au déroulement harmonieux de l’organisation.

Les univers de la moto et de l’auto Classic peuvent se rassembler, la preuve en est faite en Angleterre à Goodwood, l’événement Classic le plus célèbre au monde où 150.000 spectateurs ont réservé leur billet depuis des mois, viennent habillés à la mode avant et juste après guerre.

 

GOODWOOD, UN MUST

 

Mais on est en Angleterre, le propriétaire du circuit, Lord March, est milliardaire et a accepté dans les premières années de perdre des fortunes, et si les plateaux motos sont prestigieux, la moto est loin d’être majoritaire dans les grilles de départ.

Mais le grand frisson est le même, il a un nom, la passion.

Mais la passion de l’auto Classic n’est pas vécue de la même façon que la moto Classic.

Vouloir appliquer les idées de l’auto à la moto est impossible.

Je dirais bien que dans l’auto on vient pour être vu, en vrai et surtout en photo, ce qui donne en plus de la valeur aux autos dans les ventes aux enchères, et on est souvent prêt à dépenser des sommes folles pour cela.

C’est un peu exagéré mais le trait est intéressant à relever.

Bref, dans l’auto Classic on brasse des budgets colossaux.

 

LE MANS CLASSIC, RÉUSSITE COLOSSALE

 

Sponsors compris.

Dans la moto, on vient plus pour voir, on vient aussi par adoration du bruit, j’ai le souvenir d’avoir vu, au ‘Paul Ricard’ durant la SRC., des milliers de gens en extase simplement à l’écoute d’un démarrage de moteur de MV Agusta ou d’une six cylindres que Guy Coulon avait juste amenée pour la faire craquer devant les stands…

 

LA MAGIE DE LA SUNDAY RIDE CLASSIC

 

Et comme on n’est pas sectaires, toujours à la Sunday Race Classic, la SRC., on frissonne aussi de bonheur à l’écoute d’un 500 deux temps de GP. de la grande époque…

Bien sûr, dans l’histoire de la F1 ou des ’24 Heures’ Auto, il ya eu des bruits inoubliables, le V12 Ferrari, le hurlement démentiel des Matra dans la ligne droite des stands, mais si ces bruits flanquent encore la chair de poule quand ils craquent, ils ne sont pas forcément une base culturelle.

Dans la moto, on a aussi la passion de l’odeur…

Je me souviens avoir été totalement addict aux courses de motocross de ma jeunesse, devenues aujourd’hui des événements vintage, avec cette formidable odeur d’huile de ricin provenant de l’huile Castrol R utilisée en course.

Quand on parle d’odeur…

SUIVI PAR L’ODEUR

 

Une année, Yamaha avait organisé une descente vers Dijon pour Moto Légende, par les petites routes, pour un groupe de journalistes et deux Champions du Monde Yamaha, Baker et Sarron, sur des motos de patrimoine.

J’avais choisi une 125 deux temps bicylindres, d’abord parce que si j’ai pratiqué le cross, et en ville le trail ou le scooter, je n’avais jamais fait de route en 125, je me suis marré comme un petit fou.

À l’approche du circuit, on a commencé à voir sur la même route de gros trucs modernes italiens, allemands, parfois des gros trucs Classic japonais, je prenais royalement 105 km/h dans les bouts droits et ils restaient derrière moi !

Explication au premier feu rouge, un équipage fort bien mis sur une très belle moto moderne est venu à côté de moi, l’homme a soulevé sa visière et m’a dit qu’il me suivait depuis dix bornes (ça j’avais vu !) parce que «l’odeur du deux temps c’est une véritable dope»…

À la SRC. on est plus dans le concept de courses que du roulage libre, mais les deux existent.

Or le Bugatti se devait évidemment de faire plus.

Du coup, en appelant ça et là, j’ai su qu’il était prévu au Mans Bike Festival des animations coûtant incroyablement cher, d’ailleurs, mais conséquence immédiate, vu le prix d’une tente au village, fini les vendeurs de pièces de collection, fini les stands de fans qui sont l’un des piliers de la moto Classic.

 

MOTO LÉGENDE, LE PLUS GROS RASSEMBLEMENT

 

Les aficionados de la moto Classic ne viennent pas forcément pour en prendre plein la vue, ils veulent rouler avec des stars, ils veulent voir de très près des motos exceptionnelles, entendre des bruits de folie et respirer l’odeur des circuits…

Un truc marrant, au moment des courses, quel que soit le plateau, le village des événements Classic moto ne se vide pas, beaucoup profitent même du fait qu’il y a moins de monde pour aller faire dédicacer un bouquin ou une photo…

Il est certain que sur une course auto Classic, le paddock est nettement plus difficile à visiter.

Plus cher en tous cas.

Là sont les éléments de la différence culturelle que j’évoquais en début de reportage.

Les organisations de Patrick Peter sont sublimes, sportivement et sur le plan de l’opérationnel… mais luxueuses, car on est en effet dans le domaine du luxe !

 

LE MANS CLASSIC, L’EXCELLENCE

Et les sponsors sont à l’image de ce monde luxueux !

On aura compris que l’on est très loin du collectionneur moto qui couche dans une tente sur le paddock parce qu’il met tout son blé dans sa moto…

Les deux univers ont des tas de points de rassemblement mais aussi des points de non convergence assez insurmontables.

C’est là que le pari de cette épreuve était phénoménal (mais pourquoi ce nom de Le Mans Bike Festival, quand Le Mans Classic Motos eût été tellement plus rassembleur et historique !), Patrick Peter est connu pour ne pas lâcher les bonnes idées, mais arriver à faire la synthèse de deux cultures en quelques mois était sans doute un pari trop difficile à réaliser.

Dommage, dans la moto on est dévasté.

 

EN 2016, LA MOTO EST ARRIVÉE DANS LES BRAS DE L’AUTOMOBILE !

 

Daniel Adrian, Jean Paul Boinet et Nathalie Mauny donnent donc rendez vous au monde de la moto Classic à l’occasion des Grandes Heures Automobiles à Montlhéry, les 23 et 24 septembre, là les deux mondes se mêlent joyeusement, comme quoi deux cultures peuvent très bien marcher ensemble quand l’occasion est bonne.

Auparavant, il y aura eu la Sunday Ride et Moto Légende.

 

READ ET AGOSTINI À LA SUNDAY RIDE

 

 

MOTO LÉGENDE À DIJON

 

Il ya quand même une victime dans l’histoire du déplacement du rassemblement moto au Bugatti, l’événement Le Mans Story, qui a lieu en juillet en alternance un an sur deux avec Le Mans Classic, qui a perdu sa date.

Décidément, on est passé à côté d’une belle histoire.

Alors va pour Montlhéry !


Jean Louis BERNARDELLI

Photos :
Organisateurs

 

       

        

 

   

   

 

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