‘AFRICA RACE’ 2017 JOUR 8 : ULLEVALSETER ET VASILYEV LUTTEURS ACHARNÉS.

ULLEVALSETER ET VASILYEV HOMMES DU JOUR

LUNDI 9 JANVIER 2017
TIWILIT/TIWILIT

Étape : 440 km
Liaison TIWILIT/ASSI LOUBBOU : 16 km

Secteur Sélectif
ASSI LOUBBOU/TIWILIT : 414 km

Transfert bivouac : 9 km

On y est !

25 km de liaison et plus de 400 bornes de spéciale, c’est ici et pas ailleurs !

Le grand morceau de rallye unique qu’est l’Africa Race en Mauritanie commence ce lundi.

René Metge nous raconte que ça va être génial mais pas forcément une partie de plaisir.

 

RENÉ METGE ET JEAN LOUIS SCHLESSER

 

« La première boucle Mauritanienne sera, à n’en pas douter, le gros morceau de cette 9ème édition. Après les cinquante premiers kilomètres sur une petite piste facile, les participants trouveront un grand puits. Ce repère marquera un changement de direction et surtout un changement de terrain puisque c’est un océan de dunes qui s’offrira alors aux concurrents. Il n’y aura aucune autre alternative possible que d’entrer dans le cordon, sur une piste sinueuse entre les dunes au début, avant d’entamer deux franchissements de 3,5 km pas faciles. Ils trouveront ensuite un peu de repos sur une grande plaine roulante avant de traverser de nouveau un cordon sur 38 km, mélange de dunes et herbe à chameaux. Un bon moment de bravoure mais aussi de plaisir car le sable et le franchissement sont l’essence même de la discipline et de l’épreuve. Une fois sortie des dunes un terrain toujours sablonneux dans les grandes plaines de Benichab permettra de souffler sur 150 kilomètres, avec toutefois pas mal de navigation. Les cent derniers kilomètres de cette spéciale très sélective devraient permettre à tous de récupérer avant d’arriver au bivouac de Tiwilit. « 

 

Le profil du jour

La carte du jour

La photo des recos qui donne une idée du coin où l’on va jouer aux tas de sables

La carte générale d’avancement de ce rallye Monaco-Dakar au jour 8 de la course.

 

Avant le départ, René m’avait expliqué qu’en fait, son tracé comporte des zones roulantes et plates avec des merdiers en navigation parce que l’on est au milieu de nulle part, et des franchissements de cordons de dunes faisant plusieurs kilomètres, où ceux qui ne dégonflent pas se mettent volontairement en difficulté, ensablés aux portières !

Les motos, elles, risquent de se retrouver à la verticale tellement l’arrière s’est enfoncé, seul avantage me disait Auriol à la grande époque du (vrai) Paris Dakar,  «T’as pas besoin de béquiller pour que le moto tienne toute seule».

 

MOTOS : ULLEVALSTER VAINQUEUR MAIS SELLA RESTE LE PATRON, DE LOIN

 

9 h 23, local time, Ceci est parti, un peu d’excitation au ventre, c’est un gros morceau devant et comme traces, il a celles de José Servia, l’ouvreur, passé 24 heures avant et avec un peu de chance, celles du CP qui s’est mis en place la veille.

C’est peu, surtout qu’il ya un vent léger qui recouvre tout très vite…Derrière lui, lâché deux minutes plus tard le jeune pilote nouvelle star du rallye raid Gev sella,

Derrière lui, lâché deux minutes plus tard le jeune pilote nouvelle star du rallye raid Gev Sella, peut-être un peu dans ses petits souliers (en forme de botte de moto hautes), un peu comme un jeune premier affronterait les cinquantièmes rugissants du Vendée Globe pour la première fois…

 

SELLA NE LÂCHE RIEN

 

Les vagues sont bien plus hautes d’ailleurs, mais pas partout.

On roule gentiment à 100 km/h, René l’a dit, le début est facile (mais pas forcément très rapide) durant 50 km, autant en profiter…

On est effectivement en lisière des énormes dunes, l’erg qu’il faudra attaquer de face plus loin.

Au fait, la veille, Sella s’est pris 9 minutes de pénalité pour dépassement du temps limite sur la liaison entre l’arrivée d e spéciale et le bivouac, il n’a donc plus que 28 minutes d’avance sur l’Italien au général.

Derrière Gabari et l’étonnant Portugais Azinhais, qui s’accroche d’ailleurs aux basques de Gabari, il n’a jamais posé les pneus en Mauritanie avant la veille et a fait un chrono superbe.

Ullevalseter, cinq, souffre toujours de la main, il est allé au tas deux fois en première semaine, on sait qu’en plus il voulait atrrêter sa carrière sur une victoire et s’est laissé (facilement) forcer la main pour s’en faire encore un petit, mais doit regretter.

Mais «nobody knows» ce qui se passe dans la tête d’un concurrent, je suppute, je suppute.

 

CECI MET UN GAZ TERRIFIANT MAIS IL PAIE UN PLANTAGE

 

Ce que je sais, c’est qu’un grand ne supporte pas d’avoir quelqu’un devant, l’année précédente, il a été seul en tête tout au long du rallye, et il n’est donc pas très heureux.

Derrière, il ya aussi le Hollandais Martens, un pur amateur, on les appelle des pilotes de malle parce que Motul transporte leur matériel, chapeau mister, parce que justement, la veille, ça a roulé comme un GP !

Et le slalom infernal commence, faire le tour quand c’est possible ou attaquer l’Everest de face «that’s the question»…

Azinhais s’est planté, Ceci a trouvé le bon chemin et roule à 130 km/h !

Mais Sella est avec lui, attention à l’obsession d’être devant, c’est d’abord la nav qu’il faut faire dans ce genre d’environnement…

Et de ne pas se planter, un haut de dunes est plus friable que les flancs, il est pointu donc il faut avoir assez de vitesse pour ne pas s’y poser et faire gaffe à ne pas sauter trop vite parce que de l’autre coté c’est raide et on fait vite un saut de trente mètres…

Vitesse dans ces grosses difficultés, inférieure à 20km/h…

Ceci et Gabari se plantent.

L’Africa Twin a les bourrins mais manque de manoeuvrabilité délicate, la KTM du Marocain n’est pas à injection, il manque un peu de puissance.

On arrive de l’autre côté du cordon de dunes, maintenant c’est 120 km/h, du plat qui slalome entre l’herbe à chameaux, on en profite, il ya en a pour quarante bornes avant de reprendre à droite pour retraverser… le même cordon.

Sella s’est le mieux sorti de ce premier piège, il va bientôt attaquer le deuxième…

SELLA A LE TALENT ET GARDE LA TÊTE FROIDE

 

Il rattaque, ce n’est pas que de la dune, il ya une alternance de bouts zigzagants à plat entre les monstres, Ceci et Ullevalseter sont tout près, le Norvégien ne s’est pas planté et est passé deuxième, on parle de terrain, pas de chrono, Ceci, après son arrêt, a eu de belles traces devant lui pour recoller aux premiers !

Au chrono, c’est bien Ulle qui est passé en tête au CP1, deux minutes devant Sella, huit minutes devant Ceci.

Le vieux reprend du poil de la bête, et le jeune le suit à vue, pas con, au général Ulle est à 52 minutes, perdre deux minutes n’est pas grave dans un tel endroit lunaire où la nav est à devenir fou.

Ces trois là ont une avance considérable sur le reste de la troupe, clairement le rallye se fera entre eux, Martens passe quatre à 19 minutes et Gabari est planté quelque part.

Dommage, depuis le début, le pilote marocain était dans le coup mais là…

Maksimov et son quad sont quatrième temps à seize minutes d’Ulle,  gros pied et grosse forme parce qu’il faut s’en occuper du bestiau !

 

SUPERBE DÉBUT DE COURSE POUR MAKSIMOV

 

Devant, on est sorti brillamment de l’essaim de lames de sable, on recommence à envoyer du lourd, les grosses difficultés sont passées, il reste à s’enquiller 220 borne de spéciale bourrés de pièges…

Ullevalster  est toujours premier au CP2, cinq minutes devant Sella, huit minutes devant Ceci.

Et il est encore en tête, quatre minutes devant Sella au contrôle suivant, il gagnera peut-être la spéciale mais le leader  ne le lâche pas…

En voile, sur la coupe America, on appelle cela du «match racing» le deuxième couvre systématiquement le premier, jusqu’à une éventuelle bonne occasion.

C’est ce que fait Sella avec maestria, parce que Ullevalseter dans le sable, faut arriver à le suivre !

Ceci est à sept minutes.

Après l’arrêt ravitaillement carburant, Sella est reparti le couteau entre les dents, passant Ullevalseter, devrait faire gaffe le jeune homme, l’orgueil fait que bien sûr, suivre un vieux de 50 ans est insupportable, quand on est leader on se doit d’être devant mais il ya deux jours, Sella a jardiné pendant 40 minutes et c’était plus facile qu’aujourd’hui !

Bref c’est fou mais c’est assez beau ce qu’il fait…

Le truc devient vraiment dingue, on déboule sur Ajkout à 174 km/h pour Ceci….

Et les positions changent à nouveau.

Voilà, grand virage à droite et on revient cap plein ouest vers le bivouac, c’est pratiquement tout droit… .

 

CECI ET ULLEVALLESTER EN BAGARRE POUR LA POSITION DE PREMIER DAUPHIN

 

René Metge a annoncé que les cent derniers kms sont faciles, les trois pilotes de tête se battront sur quelques minutes à l’arrivée.

La bonne nouvelle étant qu’Ullevalseter est en tête, mais avec une avance rikiiki…

CP4, le dernier avant l’arrivée, Ulle a cinq minutes d’avance sur Sella, qui passe 10 secondes avant Ceci, qui met du gaz comme un fou furieux dans cette dernière partie de spéciale.

A l’arrivée, il est évident que sur les cent derniers km Sella a pu rouler comme il l’a voulu.

Ullevalseter est vainqueur d’étape, ce qui est génial, ce qui l’est moins c’est qu’il ne reprend que deux minutes trente à Sella, et treize minutes à Ceci, le reste des motards a un désert de retard…

Au général, Sella reste bien sûr en tête, il partira derrière Ulle le lendemain, pas difficile d’imaginer que le jeune pilote a posé une option très sérieuse sur le rallye.

En revanche, Ullevalseter n’a plus que onze minutes de retard sur Ceci, la deuxième place au général va se terminer façon guerre civile !

J’ajoute quelques  photos qui racontent une histoire toutes seules…

Gabari en carafe et Martens lui a évidemment demandé s’il pouvait faire quelque chose (euh…)

 

Karginov double Maksimov, même s’il est loin, ça fout un peu la pétoche quand même.

 

 

Un motard en panne d’essence? Schlesser le ravitaille en plein milieu de nulle part!

 

Ullevalseter a vraiment gagné la spéciale à la force des bras!

 

AUTOS : VASILYEV IMPAIR (No 199)  NOIR ET GAGNE

 

 

C’est donc Serradori, vainqueur la veille, qui a remercié ses mécanos de lui avoir refait la totalité de l’auto durant la soi-disant journée de repos, qui est parti devant, il ya derrière lui trois bugiies MD, ceux de Vauthier, pilote suisse, Gomez et Housieaux, Vasilyev est plus loin mais avec de superbes traces devant lui.

Vauthier prend le lead, on verra au CP1, qui est vraiment en tête au chrono, on roule vite, 120 km en slalom entre les touffes d’herbe à chameau, inoffensives comme de la savane mais blocs de béton dans les racines qui sont hors du sol, cachées par une mince couche de sable, un truc à briser une roue…

Terrible baston en tête entre Vauthier et Gomez, ces buggies super puissants préparés en Normandie par Antoine Morel et son atelier sont incroyablement époustouflants quand le capot est levé, les amortisseurs arrière sont gigantesques et costauds comme de séquoia, dans le sable ce sont des sortes d’armes fatales.

 

VAUTHIER À L’ATTAQUE

 

La preuve d’ailleurs c’est qu’à ce moment, le camion Kamaz de Karginov est franchement loin derrière !

Mais le chrono est sévère, Vasilyev est premier au CP1, toujours la même histoire, quand tu ne t’es pas gouré sur le gonflage, que tu as les chevaux et que les traces devant sont aussi précises qu’un balisage d’aéroport, que de façon non accessoire le pilote a un talent fou, on reprend vite le temps perdu, c’est le cas.

Le chef reste le chef, c’est la «life»

Derrière, le MD de Housieaux est à 4 minutes, celui de Vauthier à six minutes…

 

HOUSIEAUX CINQUIÈME AU SCRATCH

On attend bien sûr, il peut y avoir d’autres surprises qui déboulent au CP.

Effectivement, c’est Magnaldi qui a le meilleur temps, parti derjo puisque le veille il a fini à la ficelle derrière le camion balai, il est sûr qu’il s’est fait un plaisir de doubler un paquet de monde, comme Serradori la veille, puisque c’est foutu pour le rallye, autant ne se faire que plaisir, et pour un pilote talentueux comme Thierry, cela donne un beau résultat.

Mais quel dommage qui ait eu cette casse moteur la veille !

Il est quand même à peu près le seul à pouvoir contrer Vasilyev, à qui le destin a donné le rallye la veille…

 

MAGNALDI A DIX SECONDES DE VASILYEV !

 

Enfin, Dakar et sa plage sont encore loin…

Sireyjol est deuxième  temps au CP, derrière Magnaldi, on l’avait dit, dans le sable, il peut arriver bien des choses et la spéciale est très loin d’être terminée…

Derrière, cascade de Russes, de Kazakhs, de Tchèques avant les premiers MD, c’est à s’arracher les cheveux !

Vasilyev, Cherednikov et Zapletal sont donc deux, trois et quatre, le meilleur MD est finalement celui de Thomasse, ce qui est intéressant car au général, cette auto est trois, quinze secondes derrière le camion de Karginov, il ya une place à remonter au général…

LES CHRONOS DU DÉSERT

 

En camions, c’est l’étrange Tatra de Valtr qui a passé le CP le premier. Il faut attendre le passage des Russes pour savoir ce qu’il en est vraiment.

Or, Kuprianov passe avant Karginov, qui a 32 minutes de retard sur Valtr (crevaison ?) et il a donc perdu 35 minutes sur Thomasse, qui peut commencer à espérer remonter au général, deuxième derrière Vasilyev, pour l’instant totalement imprenable.

Au CP2, Cherednikov passe prem’s, devant Housieaux, Vauthier et Serradori, mais il faut attendre Vaslyev et Magnaldi pour savoir ce qu’il en est vraiment…

Ce qui est sûr c’est qu’il ya énorme baston, mais alors qu’à moto ça se passe entre trois pilotes qui se voient, en auto, c’est à distance que la lutte au chrono a lieu.

Et en effet, Sireyjol est crédité du meilleur temps devant Magnaldi, il faut attendre Thomasse et les camions pour avoir une situation nette.

Vasilyev a perdu 15 minutes sur ce tronçon, on sait que les 4X4 n’ont pas le droit au gonflage/dégonflage commandé depuis le cockpit, pas impossible que le garçon ait crevé.

Thomasse a perdu beaucoup de temps, il a 25 minutes de retard sur Sireyjol, qui est donc leader, au chrono, de cette huitième étape de l’Africa Race.

 

THOMAASE RATE LA DEUXIÈME PLACE AU GÉNÉRAL MAIS EST ENCORE DANS LE COUP

 

Thomasse qui a encore 10 minutes d’avance sur le camion Kamaz de Karginov, il  va falloir lâcher les chevaux, le Russe  a la rage…

Certes la deuxième place est à prendre au général, mais un certain Cherednikov, sur son incroyable pick up Ford, a de grandes ambitions et beaucoup de vitesse…

Bon, on fera les calculs plus tard, ce sont d’ailleurs les ordinateurs du PC qui les feront, sur le terrain Magnaldi a repris le lead devant Syreyjol (onze secondes !) ils ont collé onze minutes à Vasilyev et Housieaux…

Oui, Magnaldi a la rage, mais plus de trois heures de retard au général, la baston avec Sireyjol est sublime et elle a hélas le même goût de geste «just for fun», Sireyjol a aussi deux heures  trente de retard au général sur Vasilyev…

Sur la dernière portion, le retour vers le bivouac, on roule à 180 km/h !

 

CHEREDNIKOV DEUXIÈME AU GÉNÉRAL

 

Hier, Karginov râlait contre l’interdiction faite aux camions de dépasser 150 km/h, règle appliquée logiquement, on se souvient que sur un (vrai) Dakar, un des camions Daf de Jan de Rooy  était parti en tonneaux, on  avait retrouvé le navigateur, tué sur le coup, toujours sanglé sur son fauteuil, à quarante mètres du camion !

C’est Magnaldi qui passe en tête au CP4, quatre minutes devant Vasilyev, or on attaque une portion beaucoup plus simple jusqu’à l’arrivée et le Russe a faim !

Pour les chronos, il faut attendre un peu, les surprises de l’arrière ont été nombreuses durant cette spéciale.

Passent Cherednikov (à six secondes derrière Vasilyev), Housieaux quatre secondes derrière le Kazakh, Serradori neuf secondes derrière Houzieaux, mais Magnaldi est toujours leader.

C’est Vasilyev qui passe le premier sous la banderole d’arrivée.

Magnaldi est battu de dix secondes !

Rageant mais bon, c’est la «life»…

Et il a prouvé qu’il est toujours le seul à rivaliser avec un Vasilyev aussi intouchable que talentueux et disposant d’une cavalerie impressionnante !

Sireyjol et Thomasse sont à dache, on peut donc raisonnablement affirmer que Cherednikov est deuxième au général, et Magnaldi cinq, formidable, il aura du mal à faire mieux grâce ses dix heures de pénalité…

Cela dit les résultats sont affinés au fil des arrivées, à surveiller…

Mais bon, je l’ai déjà dit, le désert est joueur, au bout c’est lui qui décide…

La preuve, le meilleur camion au scratch de ce jour est l’étonnant Tatra de Valtr !

 

VALTR ÉTONNANT !

 

Jean Louis BERNARDELLI

Photos :
Desert Runner/Alain ROSSIGNOL et Jorge CUNHA

 

LE BIVOUAC DE TIWILIT

 

RÉSULTAT ET CLASSEMENT GÉNÉRAL
AFRICA RACE 2017 AU HUITIÈME JOUR

http://www.africarace-live.com/index.php/fr/cla-etp7

 

 

Africa Race Moto Moto - Tout Terrain Sport

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jeanlouis