AFRICA RACE 2017 : JOUR 4 AU MAROC, 400 KM DE PUR PILOTAGE POUR SELLA ET MAGNALDI.

SELLA SANS CONCURRENTS, MAGNALDI AVEC TALENT

 

On continue la descente sublime vers le Sud Ouest du pays, avec une spéciale sublime pour des raisons qu’expliquera René Metge, mais surtout parce que l’on part du bivouac et l’on arrive au bivouac, ça me rappelle, quand le ski était un vrai sport et non la prise du métro et les files d’attente, et que l’on trouvait des chalets en altitude où l’on chaussait les skis le matin en sortant de la maison. Ou encore le bonheur des gens qui vont bosser à pied là c’est pareil sauf que t’es dans le désert.

JEUDI 5 JANVIER 2017
ASSA/REMZ EL QUEBIR

Étape : 409 km
Départ du Bivouac

Secteur Sélectif ASSA/REMZ EL QUEBIR : 409 km

 

René Metge : « Je n’ai rien voulu changer sur cette spéciale parce que c’est peut-être, toujours, la plus belle spéciale du Rallye au Maroc ! Un véritable cadeau pour les pilotes tant la piste est agréable. Après le départ du bivouac, la première partie d’étape ira jusqu’à Msied avec une piste roulante, sablonneuse tout en comportant un peu de navigation. En fait, tout ce qu’il y a de plus plaisant sur un rallye tout terrain. Après Msied, il s’agira exactement du même parcours inauguré en 2016 avec une piste caillouteuse et très sinueuse sans être cassante. Puis la piste s’élargira progressivement pour finalement arriver sur de grands espaces très roulants avec un panorama magnifique. Encore une fois, l’étape la plus plaisante au niveau pilotage. La bonne nouvelle, après plus de 400 kilomètres à s’employer, est que l’arrivée sera jugée directement au bivouac. »

 

Le profil de la journée

La carte de la journée

La carte générale de l’Africa Race vers Dakar

 

Avant de lâcher tout le monde sur la piste, j’avais envie d’écrire une sorte d’ode à une vieille connaissance, en fait la vraie maîtresse de ma vie, et que nous partageons tous dans une sorte d’orgie de plaisir de pistard(e)s à longueur de spéciales et même de liaisons.

DE LA PASSION…

CP, UN APOSTOLAT ET UN BONHEUR

La passion ?

Pas celle selon St Jean qui conduit au martyre, fusse t-elle mise en musique par Bach, encore que la nôtre puisse effectivement tuer.

J’’évoque ici la… vraie, celle qui mène au frisson, et qui en rallye-raid passe fatalement par un peu d’inconfort, voire de douleur ou d’enfer, mais qui reste inoubliable, on ne se souvient ensuite que du frisson.

Cette passion peut s’appeler dévouement quand on est CP, contrôle de passage,  à attendre des heures en plein cagnard, en plein vent, dans la poussière à chaque passage, à dormir façon scout, à manger façon pique-nique, parfois pique-nique luxueux quand on peut partager une cochonnaille ou un petit vin de pays avec un journaliste de passage, les rares qui s’arrêtent en spéciale, à rouler de nuit une fois le contrôle fermé, c’est-à-dire quand on est sûr qu’il n’y a plus personne à venir, ce qui peut être fort tard…

À eux, aux mécanos dont je ne sais pas quand ils dorment non plus, ils roulent le jour et mécaniquent la nuit, quand je les vois prendre la route vers sept heures du mat, ils ne doivent pas se battre pour prendre le cerceau…

Mais ils ne donneraient leur place pour rien au monde.

Idem pour ceux des PC, qui ouvrent tôt le matin pour le PC arrière qui globalise toute l’info, qui passe le relais au PC avant quand il est installé à l’arrivée de spéciale, puis prend la route à nouveau…

 

ALAIN ET JORGE, NOS PHOTOGRAPHES

 

Je pense à mes amis photographes qui bossent jusqu’à une heure avancée du petit jour pour trier, envoyer, bref fournir, et qui le font bien…

Idem pour ceux du bivouac, du catering (la bouffe), qui servent à bouffer le matin dès potron-minet, puis roulent des heures, et se mettent à servir le dîner, jusqu’au dernier qui peut arriver à deux heures du mat’…

 

BIVOUAC ? UN QUATRE ÉTOILES AU MILIEU DE NULLE PART

 

Je pense aux copilotes qui ont le temps de regarder de temps en temps le paysage, aux pilotes qui eux ne regardent que devant eux, qui n’a pas roulé à 160 dans la poussière et sur une piste cachant trous, ornières, radiers et autres pièges ne peut pas comprendre.

Merci amis, même le désert, parfois, est content de nous voir, il le fait savoir, s’il n’est pas content il vous rend la vie horrible…

S’il est content, il vous gratifie de sa lumière unique au monde et ceci sans vent.

 

 

Les pilotes d’hélico et d’avion ont besoin de kérosène, c’est encore un camion qui se présente dans des coins incroyables parce que plus loin les hélicos sont à sec…

Les mecs sont des artistes du pilotage TT, totalement inconnus car ils partent avant les autres et reviennent après.

 

GROS BRAVO À JULIE

 

Bravo spécial à Julie Vanneken, qui en chie incroyablement, qui termine de nuit, mais comme tous, qui a quelque chose dans le feu du regard, même couvert de poussière… la joie ? Le bonheur ?

Bravo d’ailleurs à tous les concurrents, que ce soit à l’avant ou l’arrière du classement, sont poussés par  le feu sacré de la passion, c’est pour cela que nous sommes là, au milieu de nulle part, et nulle part ailleurs.

 

MOTOS : SELLA DOMINATOR

 

Les assistances sont parties depuis longtemps, aujourd’hui la route de liaison part plein nord, à l’inverse des concurrents qui partent plein sud, grosse journée pour eux, pas loin de 600 bornes de goudron à se cogner, sur des routes magnifiques mais étroites, où l’âne qui emmène son cavalier au marché, la femme qui va chercher de l’eau peuvent être dans chaque virage…

Mais vu comme ça, le Maroc est aussi un bijou.

En latitude, on est à hauteur des Canaries.

En position, pas loin de la célèbre ville de Guelmin et un marché aux chameaux (appellation locale, ce sont des dromadaires) qui vaut le coup d’être vu une fois, ce coup-ci, c’est réservé aux assistances… Ensuite Tan Tan, pour ceux qui connaissent, et la route plein sud pour rejoindre l’arrivée de la spéciale.

Un truc marrant, l’auto qui ouvre la marche tous les matins est celle du patron du team Kamaz, il est russe et s’appelle… «kommissarov» !

La course passera dans le sud, très loin de tout.

Le jeune motard Sella est parti le premier à 7 h 45, une demi heure après le lever de soleil, suivi deux minutes plus tard par Ullevalseter, qui a une heure de retard au Général, et le Marocain Gabari, inattendu mais efficace et talentueux.

 

GABARI FAIT UN SUPER RALLYE

 

On roule assez  joliment, histoire de se réveiller, 100 km/h, le soleil rasant cache les trous, il faut faire gaffe…

Ullevalseter est décidément moins rapide que ses adversaires qui roulent devant, au PC1, il est déjà rattrapé par Ceci, l’incroyable Ceci, qui va pouvoir courir son lièvre favori, le jeune Sella, il est trois minutes derrière lui, il voit donc son panache de fumée et surtout ses traces !

En fait, Ullevalseter est tombé, s’est tapé un rocher, cela fait deux chutes en quatre jours et il sait que l’océan de dunes mauritanien approche, pas de panique, mais quand même respect pour le jeune sella, nouvelle star du rallye raid…

L’Africa Twin de ceci, sur un terrain fait pour elle, fait merveille, faut juste avoir la carrure pour lui tenir la bride…

Derrière, loin derrière, il ya pas loin de 50 motos au départ, Julie Vanneken est partie, courageusement, mais pas dernière, il y a à moto encore plus malheureux qu’elle.

Devant, Sella avance à une allure démentielle, il est au carburant au sud de Msied, soit 244 km en deux heures quarante,  la moyenne est supérieure à 100 km/h !

Il a sept minutes d’avance sur Ceci, onze sur Ullevalseter, quinze sur Gabari.

CECI LE MAGNIFIQUE

Au CP3, l’avance du jeune pilote israélien est passée à neuf minutes sur l’Italien Ceci, treize minutes sur le Norvégien Ullevalseter, vingt minutes sur le Marocain Gabari et 28 minutes sur le Russe Agoshkov.

Très international l’Africa Race, mais pas de Français…

La veille, le premier Français, Weibel, était quinze au Général…

C’est, pour la troisième fois sur quatre spéciales, Sella qui passe la banderole en premier…

Puis on attend Ceci, qui avait douze minutes dans la vue au CP4, Gabari (22 minutes), Ullevalseter (24 minutes).

La position du leader devient importante, une heure d’avance sur Ceci, une heure et demi sur Ulle,  certes on est au quatrième jour et l’étape était en pilotage pur, sans vraie possibilité de se tromper, on sait que la suite, la semaine prochaine en Mauritanie, sera d’un autre type…

Mais c’est une tendance nette, Gev Sella est intouchable…

La veille, Ullevalseter, multiple vainqueur de cette épreuve, disait son découragement.

À 50 ans, même sans aucun ennui, il prend 20 minutes dans la tronche par spéciale. Il dit même qu’en voyant la trace des sauts, dans les dunes, du jeune Sella, beaucoup plus longs que les siens, il prend d’un coup 20 années de plus…

AUTOS : MAGNALDI LE MAESTRO DU PILOTAGE

 

C’est évidemment Vasilyev qui est parti le premier, les départs sont donnés dans l’ordre d’arrivée de la spéciale la veille.

Magnaldi est derrière, Magnaldi  qui a deux dons, le talent de pilote et celui de navigateur, il l’a fait pour Schlesser.

Il a également un pouvoir magique sur les photographes qui le shootent d’une façon magnifique, sans doute parce que c’est un pilote très extrême…

Et qu’un buggy est beaucoup plus volatile qu’un 4X4, cela dit, Vassilyev nous a gratifié de quelques beaux clichés aussi.

Thierry n’a que 28 minutes de retard sur le Russe, ce qui est encore un autre don, il s’accroche pour le suivre, son ambition première est de lui piquer une spéciale, mais surtout de monter sur le podium du Lac Rose le premier, c’est terriblement loin, mais ça se joue à chaque mètre de piste en spéciale, alors que l’on roule à 150 km/h…

 

VASILYEV BATTU

 

Le camion Kamaz de Karginov est derrière eux, il est un peu plus lent dans les bouts où ça envoie, mais à peine…

Sireyjol arrive à le passer, son buggy a fait gouffre le premier jour mais depuis il se rattrape bien, il est cinq au général avec une heure de retard sur Vasilyev.

On arrive au CP1, et c’est Magnaldi qui est premier, trois minutes devant Vasilyev et Sireyjol, Zapletal et son Hummer sont derrière avec Thomasse, Serradori et Housiaux à quatre minutes, Karginov dans leurs roues.

 

SIREYJOL À L’ATTAQUE

C’est une baston digne d’un GP !

Il est vrai que René Metge l’a dit, c’est de la piste de pilotes, sans trop de difficultés de navigation, on s’en donne à cœur  joie, les «youpee!» doivent tonner dans le cockpits, dans différentes langues d’ailleurs…

Dehors, il fait 17 degrés, c’est rien que du bonheur…

Au fait, Karginov est «flashé» à 148 km/h, ça doit être impressionnant un tel truc énorme, tellement bourré de chevaux, tellement en folie, sur la piste !

 

KARGINOV SUPERSTAR

 

 

REVUE DE DÉTAIL DES MONSTRES DU DÉSERT

 

Un mot sur les autres camions, on se souvient tristement que le Man de Jacinto n’est plus là, moteur cassé dès le deuxième jour, Kuprianov est finalement premier du jour car Karginov va crever, c’est l’autre Kamaz, un modèle hybride, Tomecek et son Tatra sont toujours fidèles à l’épreuve, l’étonnant Tatra «Conventionnal» c’est-à-dire à gros nez de Jaroslav Valtr, le Scania de Kovacs, ils nous ont fait de jolies figures de style et méritent donc de figurer en photo dans ce papier…

 

KUPRIANOV EST LE CAMION DU JOUR

 

TOMECEK EN ARTISTE

 

JAROSLAV VALTR

 

LE SCANIA DE KOVACS

 

MAGNALDI PORTE L’HALLALI

 

 

Au CP3, Magnaldi passe cinq minutes devant Vasilyev, on l’a dit, c’est une journée de pilotage pur, Magnaldi est un artiste et la puissance phénoménale de la Mini n’est pas d’une grande importance, Thierry est donc bien parti pour reprendre un peu de son retard, et tant mieux…

Sireyjol est trois, une minute derrière Vasilyev, encore une belle journée en perspective, Serradori quatre, on sait qu’au général, le garçon est loin, vingtième ce matin à six heures du leader, casse moteur sur une des étapes, alors maintenant c’est tout plaisir puisque c’est foutu, une spéciale comme celle-ci est un délice…

 

PASCAL THOMASSE EST TROIS AU GÉNÉRAL

 

Karginov est plus loin, il a crevé, je l’ai dit, en ce jour de pilotes, la puissance ne sert pas à grand-chose et faire dans la délicatesse au volant d’un pachyderme à plus de 140 km/h, ce serait une pure invention de l’esprit…

En revanche, Karginov a du bien se marrer…

Mais une course, c’est à la fin que l’on fait les comptes et il va laisser le pompon à l’autre Kamaz, celui de Kuprianov, suite à une crevaison. .

Sur cette journée de pilotage pur, Magnaldi, vainqueur devant Vasilyev, prend quatre minutes au Russe, pas suffisant mais le but était de le battre et c’est fait.

Bon, Vasilyev a crevé plusieurs fois mais je l’ai écrit, une course c’est au bout qu’elle est gagnée ou perdue et Magnaldi a gagné…

Un mot sur Zapletal, dont le Hummer termine six et gagne une place au Général.

 

ZAPLETAL ET SON TRÈS GROS HUMMER

 

Belle auto, trop lourde pour faire du pilotage fin, il a d’autant plus de mérite.

Un autre clin d’oeil à Pitout qui roule en SSV, sur un rallye de ce type c’est gonflé mais c’est génial !

PITOUT EST GRAND !

 

Voilà, la quatrième est finie, enfin pour les premiers, il ya encore du monde dans le chouf, et comme d’habitude des pilotes qui finiront de nuit et des mécanos sans sommeil…


Jean Louis BERNARDELLI


Photos :
Desert Runner Alain ROSSIGNOL et JORGE CUNHA

RÉSULTATS ET CLASSEMENT GÉNÉRAL QUATRIÈME JOUR ‘AFRICA RACE’ 2017

 

http://www.africarace-live.com/fr/cla-etp4.html

Moto Motocross Sport

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