RENCONTRE AVEC PIERRE GASLY, LE CHAMPION DU MONDE DE GP2 SERIES 2016

 

 

 

 Pierre Gasly, bilan d’une saison victorieuse en GP2

GP2-SERIES-2016- A SPA, Pierre-GASLY, file vers sa 3éme victoire en 2016, sur le rapide toboggan Ardennais de Francochamps

 

À 20 ans, il est né le 7 février 1996 à Rouen, Pierre Gasly est le deuxième Français de l’histoire, après Romain Grojean, à inscrire son nom au palmarès du principal vivier de la F1, le toujours aussi disputé Championnat de la série GP2.

Bilan d’une saison d’autant plus remarquable, qu’elle fut parsemée d’embûches et que le jeune normand n’a été assuré de la conquête du titre, qu’à l’issue de l’ultime épreuve, laquelle se déroulait sur le circuit de Yas Marina à Abou Dhabi, où Gasly s’est finalement imposé en l’emportant devant son co-équipier, le jeune Italien Antonio Giovinazi.

 

F1-2015-BARCELONE-Essais-privés-collectifs 12 MAI-Pierre GASLY au volant de LA TORO ROSSO-RENAULT

 

Mais cette performance n’a pas convaincu le Docteur Helmut Marko de le lancer la saison prochaine en Grand Prix. Préférant donner une nouvelle chance au jeune Russe Daniil Kvyat, pourtant longtemps sur la sellette et un siège éjectable, surtout après son remplacement chez Red Bull par Max Verstappen, le petit prodige Hollandais.

En coulisses, il se murmurait que le Dr Marko n’aurait pas apprécié que Pierre Gasly, ne parvienne pas à convertir en victoires, plusieurs de ses cinq poles! D’où sa décision de conserver finalement l’infortuné Kvyat, finalement sauvé in extrémis de l’échafaud, que connurent d’autres pilotes Red Bull avant lui, et notamment le Suisse Sébastien Buémi, l’Espagnol Jaime Alguarsuari et les Français Sébastien Bourdais et Jean Eric Vergne!

Décision contestable concernant Gasly, au vu de la superbe fin de saison du normand qui n’a pas, qui n’a jamais craqué sous la pression , bien au contraire, et ce contrairement à son seul rival et équipier, archi surclassé à Abou Dhabi!

Pourtant des 2015, le jeune espoir Français était convié et invité à conduire pour la toute 1ére fois une monoplace de GP de cette Scuderia Toro Rosso, lors d’une séance d’essai privés sur la piste du circuit de Catalunya à Montmélo au nord de Barcelone!

Avec l’objectif avoué de le former pour son accession future à la F1 et ses GP.

 

GP2-SERIES-2016-SILVERSTONE-PIERRE-GASLY-remporte-la-1ére-course-le-9-juillet

 

En début d’année, ton objectif était de remporter le titre. Objectif rempli avec l’art et la manière. Comment as-tu vécu cette consécration ?​

« C’est de loin ma meilleure année en sport automobile. J’ai vécu une année fantastique avec Prema Racing, dans l’antichambre de la F1, et cette consécration peut maintenant m’ouvrir les portes du plus haut sommet du sport automobile. Tout le travail fait en karting puis en sport automobile, tous les sacrifices me sont revenus en tête. C’est une immense satisfaction.»

C’est intérieurement probablement encore plus jouissif que ton parcours a été semé d’embûches de toute sorte.

« Oui, c’est difficile à décrire. Mais c’est encore plus immense quand on sait que j’ai subi une opération qui m’a interdit d’entraînement pendant un mois. Et puis, ma mère a été hospitalisée. Mentalement, c’était difficile et sportivement, nous n’avons pas été épargnés non plus avec des coups du sort extrêmement coûteux pour le championnat.»

Il t’a fallu avoir un mental d’acier, comment t’y es-tu préparé et comment as-tu vécu cette pression ? Le capitaine de l’Équipe de France FFSA Circuit, Jean Alesi, a-t-il évoqué avec toi cette saison charnière ?

« J’en ai parlé un peu avec Jean Alesi, le capitaine de l’Équipe de France FFSA Circuit. Il était dans le paddock avec son fils Giuliano, lors de tous les meetings, et il a toujours été d’une grande disponibilité et m’a toujours encouragé depuis le karting ! Red Bull applique toujours une pression importante, mais on savait ce qu’on avait à faire et, honnêtement, je ne prête pas trop attention à la pression extérieure car je fais d’abord du sport automobile pour moi, je suis un compétiteur, je veux gagner et je n’ai pas besoin qu’on me le dise. La première pression vient de moi..»

Tu avais le rôle clairement affiché de leader au sein de la nouvelle écurie Prema Racing. Mais Antonio Giovinazzi a été un adversaire coriace !

« J’ai plutôt bien vécu cet aspect. Ma position a toujours été celle du leader ; pendant l’hiver, j’ai développé la voiture avec l’équipe et pendant la première partie de la saison je ne voyais pas en Antonio un adversaire. Je l’ai aidé au maximum, je le voyais capable de m’aider à prendre des points aux autres plutôt que de m’en prendre. Mais il a fait de bonnes courses, il s’est montré plus fort que prévu, et il a été très opportuniste quand on a n’a pas eu de chance. En performance pure, les positions dans l’équipe n’ont pas changé et l’équipe a été très fair play, elle a continué de donner le même matériel et les mêmes chances à chacun de se bagarrer pour la victoire. Mais je ne pensais pas qu’on aurait autant de bâtons dans les roues… c’est la saison où j’ai eu le plus de problèmes!.»

Qu’as-tu le plus apprécié lors de cette année faite de hauts et de bas ?

« C’est l’année où j’ai pris le plus de plaisir à rouler car la voiture est extraordinaire. À chaque fois on se bagarrait pour le podium ou la victoire, à chaque fois dans voiture je prenais un plaisir fou. Lors de la dernière course, me retrouver dans la position de remporter le titre malgré tout ce que j’avais essuyé comme déceptions, c’était presque une libération. Je me suis dit qu’à un moment donné il fallait bien que ça aille dans mon sens ! J’étais plus rapide qu’Antonio et si tout s’imbriquait, il n’y avait pas de raison que ça ne marche pas. J’avais perdu 45 points lors des deux week-ends précédents et ça n’avait pas vraiment été de mon ressort. Et avant ça, il y avait eu pas mal d’autres pépins. Je me suis donc préparé, bien concentré, et je me suis senti parfaitement à l’aise à Abou Dhabi. Ce titre, c’était finalement la conclusion juste et logique..»

Tu as signé 5 pole positions sur 11 possibles. C’est probablement un motif de fierté.Mais pourtant pas toutes converties en succès!

« Oui, c’est une grande satisfaction. Cinq pole positions avec trois deuxièmes places, ça fait 8 premières lignes en 11 courses. Ça montre que, tout au long de la saison, nous avons été réguliers, nous avons toujours été aux avant-postes. Notre succès ne doit rien au hasard. À chaque fois nous avons trouvé les bons réglages, ceux qui convenaient à mon style de pilotage, à chaque fois, on partait en qualifications en sachant qu’on pouvait jouer la gagne.»

La gestion des pneus a été l’aspect le plus complexe pour toi lors de ta première année de GP2. En 2016, il semble que tu aies bien maîtrisé le sujet.

« Et d’une, l’expérience joue un grand rôle dans ce championnat. Venir de la FR3.5 n’était pas anodin car ce championnat était très différent. La première année, il a donc fallu se caler. Avec Prema Racing, j’ai également découvert une philosophie différente qui m’a beaucoup plu et qui me convenait mieux en termes de sensation et de pilotage en course. Avec l’expérience j’ai pu orienter l’auto là où je voulais et plusieurs paramètres ont fait que, en piste, en performance pure notre travail a eu un gros impact. Je savais quand je pouvais plus attaquer, plus en demander à l’auto, ou quand je pouvais conserver une marge..»

Quand tu es bloqué dans les graviers au Red Bull Ring, te dis-tu que le championnat prend une mauvaise tournure ? Où as-tu trouvé les ressources pour rebondir ?

« Ça a été le pire moment de la saison en termes de sentiments personnels ! J’étais en tête, ça marchait bien et j’avais une bonne avance sur Antonio qui étais deuxième. Il fallait que je gagne car certaines opportunités ne s’étaient pas concrétisées auparavant. Je n’ai pas voulu garder une trop grande marge et quand il a plu, j’en ai trop fait. Je me suis retrouvé dans le bac, le seul endroit où il y a des graviers et non une aire de dégagement au Red Bull Ring… c’était pire que tout ! Mais ça m’a motivé encore plus ! Je savais que j’avais la performance pour gagner et qu’il ne s’agissait que d’une question de temps, il fallait rester calme et ne pas en faire trop. Ce fut une leçon pour l’avenir. Rester calme a payé. Et la victoire est venue le week-end d’après!.»

De quoi es-tu le plus fier ?

« Sûrement le dernier week-end, à Abou Dhabi, avec le titre en poche. Car la saison a été difficile, tout ne s’est pas toujours bien imbriqué et il a fallu se bagarrer, tout nous est tombé dessus, il a fallu garder la tête froide, travailler malgré la perte de points répétée..»

Tu as été élu seizième meilleur pilote de l’année par le magazine Autosport, devant quelques pilotes chevronnés.

« C’est la cerise sur le gâteau, ça fait plaisir, surtout en voyant les pilotes avec lesquels j’étais en compétition et qui sont autour de moi dans ce classement. Je ne prête pas forcément attention aux médias mais quand la reconnaissance est là, c’est que les choses vont dans le bon sens et que le travail et l’investissement quotidien paient.

Comment as-tu vécu le fait que Red Bull fasse une entorse à sa politique de promouvoir ses pilotes dans la catégorie supérieure alors que tu as coché toutes les cases ?

« Ça a été très dur ! C’était décevant et j’étais triste de rater la dernière marche après le travail fourni depuis que je suis tout petit qui a toujours été motivé par un objectif, arriver en F1. Mais la F1 est un monde compliqué. Quoi qu’il en soit, j’ai fait ce qui était en mon pouvoir, le reste n’était pas de mon ressort..»

Il y a un précédent, Stoffel Vandoorne, qui a fait une année en dehors de la F1 après avoir brillamment acquis le titre de GP2, et qui es titularisé chez McLaren en 2017. Peut-on nourrir le même espoir pour toi ?

« Ce n’est pas de l’espoir, c’est clairement l’objectif ! Une année pour se préparer au mieux pour arriver en F1 l’année prochaine, ce serait le timing parfait avec le retour du Grand Prix de France ! Ça a marché pour Stoffel, il faut que ça marche pour moi. Je ferai tous les Grands Prix en tant que 3ème pilote Red Bull, je travaillerai encore beaucoup dans le simulateur. On verra bien sur quoi ça débouche en fin d’année prochaine. Mais après avoir gagné la FR2.0 et le GP2, après avoir été deuxième de la FR 3.5, à 20 ans mon objectif est clairement d’arriver en F1!.»

2017 passera donc par la Super Formula, comme Stoffel cette année ?

« C’est en bonne voie. Ce n’est pas encore fait, mais j’ai bon espoir..»

On entre dans l’époque des cadeaux et des bonnes résolutions. Qu’aimerais-tu trouver au pied du sapin ? Et quelle bonne résolution prendras-tu en 2017 ?

« Bonne question ! J’ai demandé une PS4 avec les nouveaux jeux de F1 ! Je n’ai pas trop le temps d’y jouer, mais c’est toujours un plaisir d’avoir ce joujou à la maison. À part ça, je n’ai pas eu trop le temps d’y penser avec tout ce que le titre a entraîné comme déplacements. La bonne résolution ? Faut pas abuser, je ne vais pas apprendre le Japonais (rires) ! J’aimerais apprendre l’italien, je le comprends mais je ne le parle pas. Et m’améliorer, travailler pour être encore meilleur, faire le maximum pour passer une bonne année et optimiser mes chances d’arriver en F1 l’année prochaine.»

 


GP2 2016 SPA -Aprés sa victoire le samedi 27 aout lors de la 1ére course PIERRE GASLY est félicité par le Docteur HELMUT MARKO le boss de la filière RED BULL.

 

 

Il reste à espérer et à lui souhaiter de débarquer un jour prochain mais visiblement pas avant 2018 en Formule 1, car les places et les baquets y sont rares et les volants libres et dispos se négocient au prix fort et à prix d’or et bien souvent pour des pilotes soutenus par des patrons de Teams, tels Ferrari, Mercedes, voire Red Bull, qui cherchent annuellement à placer leurs protégés

Pierre Gasly a la chance d’être soutenu par Red Bull certes, mais la firme Autrichienne est surbooké de jeunes loups et a placé ces dernières années, successivement,  l’Australien Daniel Ricciardo, le Russe Daniil Kvyat, l’Espagnol Carlos Sainz Junior et le Hollandais Max Vertappen. A ce jour, les deux équipes Red Bull et sa cousine l’écurie satellite Toro Rosso affichent donc complets et pour un moment…

Quel avenir alors au sein de la structure et filière Red Bull pour Gasly?

Sachant qu’avant lui, deux Français ont roulés dans des monoplaces de la Scuderia Toro Rosso, d’abord Sébastien Bourdais, puis Jean Eric Vergne. Mais jamais Red Bull, n’a misé vraiment pour leur offrir une longue carrière, laquelle s’est vite et prématurément achevé pour le manceau, le parisien parvenant à disputer trois saisons en GP, lui!

Enfin, rappelons et précisons qu’outre Red Bull, ces dernières saisons, Mercedes et Ferrari ont placées leurs poulains.  L’Allemand Pascal Wehrlein et le Français Esteban Ocon pour la firme à l’étoile, le Canadien Lance Stroll et l’Italien Antonio Giovinazzi pour la Scuderia

McLaren enfin ayant placé, le jeune Belge Stoffel Vandoorne, le prédécesseur de Gasly au palmarès du GP2 en réserve cette année, le faisant rouler au Japon dans le Championnat que Gasly va trés probablement découvrir en 2017, dans l’attente d’un hypothétique volant en 2018.

 

F1-2015-BARCELONE-Essais-collectifs-de-MONTMELO, le mardi 12 Mai- PIERRE ,GASLY pilote une monoplace de F1 de la Scuderia TORO-ROSSO.

 

Mais comme cette année, les baquets libres ne seront pas légions, car depuis quatre ans, la F1 a enrôlé plus d’une dizaine de jeunes loups (Ricciardo-Magnussen-Palmer-Sainz-Kvyat-Haryanto-Stevens-Nasr-Ericcson-Wehrlein-Ocon-Vandoorne et le petit dernier Lance Stroll, sans oublier non plus l’inoubliable Jules Bianchi) et les anciens eux, pas vraiment disposés à se retirer de ce monde magique…

Des départs comme ceux des très expérimentés, Jenson Button et Félipe Massa, qui finalement rempile pour un an, voire l’arrêt définitif  et non programmé du Champion du monde 2016, Nico Rosberg, la même année, sont extrêmement rares…

Malgré tout souhaitons au talentueux Pierre Gasly qui a fait preuve d’une grande maturité en fin de saison pour conquérir son titre, de piloter un jour et à plein temps, une monoplace de GP en F1.

Lui à qui Red Bull à permis de tourner en essais mais sans que cela lui offre encore une garantie de volant!

Un célèbre dicton, ne dit-t-il pas: ‘ Il faut parfois laisser le temps au temps’

 

Gilles GAIGNAULT

Photos : GP2 -RED BULL

 


GP2-2016-PIERRE-GASLY est le CHAMPION du-MONDE 2016, ce 27 Novembre à ABOU-DHABI.

 

Pierre Gasly en bref : Né le 7 février 1996 – Réside à Rouen – Membre de l’Équipe de France FFSA Karting 2010 – Membre de l’Équipe de France FFSA Circuit 2012-2013-2014-2015-2016.

Placée sous le capitanat de Jean Alesi, l’Équipe de France FFSA Circuit 2016 est composée de Pierre Gasly et d’Anthoine Hubert qui pilotait lui, cette saison dans le Championnat d’Europe de F3.

 


GP2-2016-SEPANG-Pierre-GASLY. L’AVENIR lui appartient

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