JACQUES BOLLE, RÉÉLU PRÉSIDENT DE LA FFM : « LES JEUNES SONT ETERNELS »…

 

Rendez vous avec Jacques Bolle dans le sud de Paris, quelques heures après sa troisième élection au poste de président de la FFM, avec 100% des voix, ce qui n’est pas du tout une élection à l’égyptienne mais le signe d’un vrai succès.

Mon ancien prof à Sciences Po, le doyen Vedel, aurait dit « ce n’est pas un vote de complaisance mais un vote de confiance ».

Jacques Bolle m’avouera d’ailleurs avec un sourire très sincère que cela lui a fait plaisir, car si c’est un job extraordinaire pense t’il, c’est aussi très usant.

Et quand on sait que l’on a la confiance de ceux que l’on représente et que l’on défend, c’est gratifiant.

Je suis en retard à notre rendez vous, même un scooter perd du temps quand il pleut sur les périfs à la nuit tombante, il m’attend avec quelques proches dans un café à côté du CNOSF, le comité National Olympique Sportif Français, là où s’est déroulé le Congrès.

Jacques est un type d’une élégance morale phénoménale, ne faisant aucune  remarque sur le fait que le dingo que je suis de l’horaire précis a fauté…

 

Bon, le code de cet entretien, lorsque c’est Jacques Bolle  qui parle, le texte est bleu.

Si c’est moi qui organise l’entretien ou pose les questions, c’est en noir.

Quand je fais un aparté perso c’est en  vert…

 

LA FFM EST LA PLUS GROSSE FÉDÉ MOTO AU MONDE

                                      LA FFM EST LA PLUS GROSSE FÉDÉ MOTO AU MONDE

 

Il me dit donc que c’est son troisième et dernier mandat de quatre ans, c’est lui qui a fait accepter cette règle, pas plus de douze ans en place et pas plus de 70 ans pour le « praize ». « C’est absurde de rester prédisent à vie, on ne peut pas innover tout le temps il faut passer la main aux jeunes qui arrivent avec de nouvelles idées ».

Il reconnaît en revanche qu’être élu par cinquante personnes, dans une Fédération qui compte 100 000 licenciés (la plus grosse au monde, bravo à tous !) c’est trop peu.

C’est un truc à réformer mais pas facile, on va demander à ceux qui font partie du corps électoral aujourd’hui de laisser arriver beaucoup de monde, pas le truc qui passe tout seul…

Le seul exemple que je connaisse d’autodissolution est celui de l’Assemblée révolutionnaire de la Constituante, qui se sépara d’office quand la constitution, la première en France, fut écrite puis soumise à Louis XVI qui la signa, c’était en 1791.

Que va-t-il faire durant son dernier mandat ?

 

LE TERRAIN D'EDERN,PRES DE QUIMPER

LE TERRAIN D’EDERN,PRES DE QUIMPER,RACHETÉ PAR LA FFM

 

« Poursuivre le travail commencé, à savoir aider les organisations, qui prennent des risques, on les aide parfois en achetant leur terrain menacé par la promotion immobilière, on les aide financièrement ou encore sur le plan juridique. Ce qui va de petites organisations de motocross au GP de France de vitesse, quand il a par exemple des problèmes juridiques parce que les médecins du Mans ne veulent pas accepter la présence de médecins espagnols de la Dorna sur le Bugatti. On aide aussi financièrement les pilotes de haut niveau, pas seulement dans la vitesse, mais aussi dans le cross, l’enduro… » 

Je lui fais remarquer que la vitesse est probablement juste un peu plus chère, gros sourire, la façon du « praize » de faire comprendre qu’il est d’accord…

J’apprends ainsi que le pilote français le plus aidé est Loris Baz, qui avait besoin d’apporter un peu de monnaie au team Avintia pour garder son guidon en 2017. Claude Michy, promoteur du GP de France a aussi aidé Loris.

 

CLAUDE MICHY ET LORIS BAZ

CLAUDE MICHY ET LORIS BAZ

 

Manifestement, l’entente, voire la complicité au bon sens du terme, entre Jacques Bolle et Claude Michy sont au beau fixe, normal d’ailleurs, les deux sont irrésistibles, chacun avec son style, et c’est redoutable des gens à qui on ne pas dire non, y compris en haut lieu…

Et puis, il faut bien évoquer les choses qui fâchent.

L’assurance des clubs, le cheval de bataille de Jacques Bolle…

Qui ne doit pas se transformer en Cheval de Troie, et c’est un combat quotidien mais au long cours.

Il s’agit de l’assurance des clubs organisateurs de manifestations, courses ou simples roulages.

 

 

« Dans un premier temps, les magistrats ont considéré que quand quelqu’un exerce une activité de loisir dangereuse, il le fait en connaissance de cause et n’a pas à rechercher un responsable autre que lui en cas d’accident. Ce que l’on appelle le risque accepté. Mais aujourd’hui, le simple fait d’organiser un événement rend l’organisateur responsable de tout pépin, même s’il n’y a pas eu de faute. Responsable financièrement. En cas d’accident avec des conséquences importantes comme une paraplégie, le coût est énorme, il est évident que la prise en charge médicale puis sociale d’un jeune de 20 ans devenu handicapé et qui le sera durant des dizaines d’années est un gouffre financier. Et comme les pilotes n’ont pas d’assurance personnelle, ce sont les clubs qui dérouillent, ils essaient de se protéger en s’assurant, mais la totalité des cotisations de tous les licenciés ne suffira pas à garantir un accident important… »

Donc les primes augmentent et les clubs ne peuvent pas suivre, et la pratique sportive de la moto est carrément menacée.

 

JACQUES EST ICI AVEC MON VIEUX POTE ALAIN KULIGOWSKI

 

Parce que les primes risquent d’exploser…

« Il ya une solution, c’est l’assurance individuelle de chaque pilote. Le coût est vite calculé », (les responsables juridiques et financiers de la FFM ne sont pas loin du président), « il serait de l’ordre de 100 euro par licencié. Comme il faut répartir le coût entre ceux qui roulent une journée à Carole et ceux qui font un championnat annuel, qui ne vont évidemment pas payer la même somme, exiger 100 euro pour quelques tours à Carole serait une injustice, on arriverait donc à des sommes de l’ordre de 400 euro par pilote de haut niveau et trente euro pour ceux qui roulent très peu ».

Et là Jacques me révèle des trucs dingues.

En France, on n’a pas le droit de forcer quelqu’un à s’assurer en même temps qu’il prend une licence, la fédé de Golf a été condamnée pour l’avoir fait.

Donc quand on prend cette licence, on peut refuser de payer la part assurance !

Jacques me confie que quelques licenciés l’ont fait.

Je suis scié devant une telle révélation, des motards, des pilotes, prêts à claquer 600 euros dans un casque, 200 dans une nouvelle paire de gants, bref qui savent parfaitement ce qu’ils risquent, ne veulent pas claquer 100, 200, 300 euro d’assurance annuelle perso au cas où…

C’est là que Jacques sortira cette phrase admirable, son côté St Ex, « Les jeunes sont éternels »…

 

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C’EST BEAU L’ÉTERNITÉ MAIS… ÇA N’A QU’UN TEMPS

 

On doit comprendre que quand on est jeune, on est insouciant, on ne voit pas, on n’imagine pas ce qu’est un risque, on l’imagine d’autant moins que l’on est éternel…

Seulement voilà, ce risque il existe et il faut le prendre de face.

Jacques a rencontré toutes les autorités, ministres, CNSOF, assureurs, il y a aujourd’hui une solution avec un assureur anglais qui a accepté le risque à des tarifs honorables, mais on sait bien qu’au delà du deuxième accident grave dans la saison, la situation financière sera intenable.

Soyons hélas clairs…

Un pilote qui se tue ne coûte pas grand-chose.

Tous les assureurs le savent et l’ont calculé.

Mais une paraplégie, une tétraplégie, c’est une montagne d’or qu’il faut pour faire face.

 

QUAND LE DESTIN EST CRUEL....

QUAND LE DESTIN EST CRUEL….

 

(NDLR)  Ici j’interviens à titre personnel, on reprendra l’interview de Jacques Bolle quelques lignes plus bas, certes je suis un vieux motard et j’ai vu des potes partir les pieds devant, d’autres rouler en fauteuil. Je sais donc ce qu’est ce risque, j’avoue qu’à l’époque Moto Verte de ma carrière, nous avons fait bien des conneries mais avec l’assurance du journal, les clubs qui nous prêtaient des circuits de cross, des zones de trial, des sentiers d’enduro ne risquaient rien. Mais ceux d’entre nous qui ont participé à de vraies compètes se sont assurés, moi le premier quand j’ai cru savoir piloter en trial ou en enduro. Motards rouleurs et compétiteurs, si vous ne pigez pas ça, je dirais bien que vous êtes des cons (et j’en ai fait partie..). Mais voilà, contrairement à ce que m’a joliment dit Jacques Bolle, vous n’êtes pas éternels et la jeunesse n’est hélas pas un passe droit au risque. Le vieux con passionné et pratiquant que je suis devenu et resté vous le dit, refuser de claquer trois cent balles quand on risque sa vie- ça, ça reste romantique- mais la petite chaise ça l’est beaucoup moins. Et chaque fois que vous prenez une taule, quand vos potes se marrent, ce qui arrive 99 fois sur cent, vous avez failli mettre le sport moto, tout le sport moto en péril.

Fin de l’appel du vieux schnoque.

Retour au Président de la FFM.

 

 

« Les autorités n’entendaient ce genre de discours sur l’assurance que de la part du monde de la moto, c’était donc marginal, isolé plutôt. Et puis d’autres fédés ont commencé à sentir le vent du boulet. Par exemple celle de la montagne et de l’escalade. Sport également à risque. Celle du rugby, où effectivement on peut se faire très mal… Du coup, l’idée d’une loi avance, qui interdirait aux magistrats de rendre responsable financièrement les clubs organisateurs quand il n’y pas de faute de leur fait, trente deux parlementaires sont déjà partisans de cette loi. C’est une tâche énorme, mais la survie du sport est en jeu, il faut donc se battre tous les jours pour que cela avance dans le bon sens. »

(NDLR : Ce qui en effet, obligerait les pilotes à s’assurer, ce que vous ou moi faisons quand nous achetons une moto ou une auto… Pourquoi serait-on plus con sur un circuit qu’au guidon d’un vieux scooter 125 dans Paris ? A la différence du président, je ne suis guère diplomate, et assez radical comme garçon mais la règle de la survie du sport est là…)

On évoque les GP.

 

 

« Les organisateurs sont souvent des associations, comme dans le cas des Moto Clubs qui organisent les GP de Motocross. La FFM a trouvé une bonne solution, elle avance les sommes énormes que les clubs doivent sortir avant une épreuve, qui sont remboursées ensuite. » 

Jacques Bolle me précise que c’est une des raisons pour lesquelles peu de clubs sont élus pour cette tâche gigantesque qu’est un GP ou un autre championnat du monde, on vérifie que le club est sérieux, mais aussi s’il a la capacité sportive d’organiser.

Bref il faut que la confiance règne.

(NDLR) : Le président du Moto Club Angérien, qui est l’un de ceux qui organisent des GP de cross en France avec Ernée et Villars sous Ecot, m’avait montré ce que doit être une salle de presse aujourd’hui, une tente étanche et confortable immense, avec des télés dans tous les sens et des connexions internet géantes, et ce en plein désert, par définition en plein désert puisque le cross se pratique loin  des habitations. Et ça, rien que ça, ça coûte une vraie blinde.

Bon, le souci actuel, nouveau ?

« Les nouvelles régions. La fédé est organisée en régions sur les 22 qui existaient auparavant, on est passé à treize, tout est à refaire dans notre répartition, avec parfois quelques problèmes d’ego, les mêmes d’ailleurs que doivent affronter les autres administrations suite à cette concentration de régions. Mais ça doit bien se passer ».

Je termine l’entretien, qui a duré plus d’une heure, en demandant à Jacques Bolle ce dont il rêverait s’il était président à vie…

 

UN VALENTINO ROSSI FRANÇAIS, RÊVE ULTIME

UN VALENTINO ROSSI FRANÇAIS, RÊVE ULTIME DE JACQUES BOLLE

 

« Voir arriver un Valentino Rossi français. Même si la FFM est la plus grosse fédération de moto au monde, les licenciés afflueraient, d’autres fédés connaissent ce phénomène « d’arrivée de masse » après de très grands succès mondiaux ou olympiques. »

Bon, j’ai compris durant cet entretien que je ne pourrai pas être président de la fédé, ce qui tombe bien, je n’en ai jamais eu envie.

En revanche, notre rêve est commun.

C’est comme cela que le monde avance.

Qu’une moto avance d’ailleurs, c’est une évidence.

Qu’elle ait le droit de le faire, c’est un combat.

Qu’elle ait la possibilité d’organiser d’immenses frissons collectifs autour de toutes ses disciplines sportives, c’est un monde.

 

 

Celui de Jacques Bolle, qui n’a plus que quatre ans pour le faire bouger ce monde, et dans le bons sens…

Toute sa fédé est avec lui, et finalement je suis d’accord, les jeunes sont éternels, mais ils doivent pouvoir le rester.

 

QUATRE ANS ET UN MONDE A CONSTRUIRE DURABLEMENT...

QUATRE ANS ET UN MONDE A CONSTRUIRE DURABLEMENT…

 

Jean Louis BERNARDELLI

Photos FFM-MXGP-GILLES VITRY

 

 

 FFM-2016-JACQUES-BOLLE-avec-PIERRE-FILLON-et-JOHANN-ZARCO-le-FRANCAIS-CHAMPION-du-MONDE-en-MOTO-2-en-2015.


FFM-2016-JACQUES-BOLLE-avec-PIERRE-FILLON-et-JOHANN-ZARCO-le-FRANCAIS-CHAMPION-du-MONDE-en-MOTO-2-en-2015.

 

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