ALAIN BERTAUT EST DÉCÉDÉ.

ALAIN BERTAUT

 

 

Immense tristesse ce vendredi soir dans le Paddock de Spa, où se déroule ce week-end, l’avant dernière manche du Championnat d’Europe d’Endurance ELMS, la finale étant prévue à Estoril au Portugal.

En effet en fin d’après-midi et peu avant que ne débute la Conférence de Presse des patrons de l’ELMS, Pierre Fillon et Gérard Neveu, notre ami Marcel Martin, l’ancien Directeur de Course des ’24 Heures du Mans’ aujourd’hui retiré à Pau, nous apprenait le décès d’Alain Bertaud, à l’âge de 88 ans, étant né en 1928.

Alain Bertaut, qui fut tour à tour, pilote, journaliste, essayeur, commissaire sportif, administrateur, Vice-Président de l’ACO. et aussi le créateur de l’inoubliable et célèbre Coupe R8 Gordini qui a permis à toute une génération, à la fin des années 60, de se lancer dans la compétition automobile.

UN PEU D’HISTOIRE…

Alain Bertaut entame sa brillante carrière comme journaliste au grand quotidien sportif de la rue du Faubourg Montmartre à Paris, l’Équipe, avant de rejoindre rue de la Baume toujours à Paris, le mensuel  l’Action Automobile et Touristique, où il débarque en 1961 et où il retrouve un ami de Charles Farroux, (le premier Directeur de Course des ’24 heures du Mans’,)  Pierre Allanet. Et dont il devient rapidement le Rédacteur en Chef. Il se forge une culture du sport automobile à force de lectures et en côtoyant pilotes et ingénieurs, qui lui permettent d’acquérir un bagage technique impressionnant.

De journaliste-essayeur à plein-temps, Alain Bertaut devient pilote-essayeur des créations de Charles Deutsch, les fameuses CD. Le natif de Yaoundé au Cameroun, prend le départ des ’24 Heures du Mans’ à cinq reprises entre 1962 et 1967 et remporte l’Indice de Performance en compagnie d’André Guilhaudin, le ‘garagiste’ de Chambéry pour sa première participation avec une CD Panhard.

S’il met un terme à sa carrière sportive en 1967, Alain Bertaut n’en reste pas moins dans le milieu du sport automobile puisque, dès 1966, il crée la Coupe R8 Gordini, qui signe le renouveau du sport automobile Français et met le pied à l’étrier de toute une génération de pilotes.

Très attaché à l’équité sportive, il a voulu un règlement qui donnait sa chance à tout le monde, un principe qui ne le quittera pas lorsqu’il intégra l’ACO.

Commissaire Sportif des ’24 Heures du Mans’ il succède à Pierre Allanet, ingénieur polytechnicien, comme Président du Collège des Commissaires Sportifs des ’24 Heures du Mans. C’était le « Monsieur Règlement » des ’24 Heures du Mans’. Il était connu et respecté dans le monde de l’Endurance et avait côtoyé tous les ingénieurs et bureaux d’étude des plus grands constructeurs.

Il a longtemps officié avec son ami Marcel Martin, Directeur de Course de l’épreuve. Ils constituaient à eux deux, le tandem « phare » de la direction sportive de l’épreuve à partir des années 80.

Pendant vingt ans, Alain Bertaut y est responsable de l’élaboration et de l’application des règlements sportifs et techniques des ’24 Heures du Mans’.

À ce titre, il devient Commissaire Sportif, puis Président du Collège des Commissaires, tout en étant Directeur adjoint de l’épreuve, Commissaire sportif et membre de la Commission Endurance de la FIA. Il est ainsi l’une des chevilles ouvrières du renouveau des ’24 Heures du Mans’ à partir de 1992, mais aussi de la création de l’American Le Mans Series.

C’est sous sa direction que le règlement de l’épreuve a beaucoup évolué, notamment avec la création du Groupe GTP  mais aussi du fameux groupe C né en 1982 et inspiré directement par le GTP. Il s’est aussi beaucoup investi et battu pour limiter la puissances des voitures qui, dans les années 8O, étaient de véritables monstres de puissance compte tenu de leur cylindrée et qui auraient déjà pu dépasser à ce moment là, les +de 400 Kmh sur les Hunaudières. Il faut se souvenir que la CSI, suite aux records de 1967 avait pris des mesures draconiennes : La cylindrée des Sports-Prototypes était limitée à 3 litres et celle des Sports à 5 litres. Alain était dans la même ligne de conduite quelques années plus tard….

Il était aussi réputé pour être d’une droiture absolue, incorruptible et intransigeant avec lui même comme avec les autres.

Comme en témoigne cette anecdote que nous rappelait encore ce vendredi soir, notre ami Jean Marc Desnues, l’ancien Attaché de Presse de l’ACO, à qui nous apprenions la terrible nouvelle de la mort d’Alain Bertaut:

Aux ’24 Heures du Mans’ de 1982, et après deux ans d’absence, Mirage est de retour au Mans avec Mario Andretti et son fils Michaël.  La voiture est sponsorisée par PIONEER, avec force de communication et beaucoup de moyens.  Qualifié en neuvième position, la voiture bleue rejoint sa place sur la grille lorsqu’un Commissaire Technique découvre que deux petits radiateurs d’huile ont été monté en porte à faux arrière, une disposition interdite.

Prévenu, Alain Bertaut demande la sortie immédiate de la voiture de la grille, faute de mise en conformité, ce que refuse de faire Mirage en si peu de temps.

Malgré les demandes et presque les supplications de Mirage, Alain reste inflexible : la voiture, avec le ‘monument’ qu’était Mario Andretti alors au volant, est sorti de la grille quelques minutes avant le départ.

Les témoins se souviennent des larmes d’Alain, seul dans son bureau, conscient de la décision terrible qu’il venait de prendre, suivi par les membres du Collège. Mais la réputation et la crédibilité des ’24 Heures du Mans’ étaient à ce prix !

Défenseur infatigable des ’24 Heures du Mans’, Alain Bertaut était unanimement apprécié et respecté des pilotes et des journalistes, dont il avait fait partie. Sociétaire et administrateur depuis 1974, il était un pilier de l’ACO depuis plus de 40 ans.

Informé à Spa, Pierre Fillon, Président de l’Automobile Club de l’Ouest, confie ce vendredi soir :

« C’est une figure de la famille de l’ACO, des ’24 Heures du Mans’ et du sport automobile qui nous quitte. C’est avec une grande tristesse et une profonde émotion que nous avons appris ce jour la douloureuse nouvelle de la disparition d’Alain Bertaut. Au nom de notre Club, de ses membres et de tous ses collaborateurs, je tiens à présenter toutes mes condoléances à la famille et aux proches d’Alain. Il a marqué l’histoire de l’ACO et des ’24 Heures du Mans’ de son empreinte et il a surtout grandement contribué à l’écrire.»

 

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VIPER-N°41-24 Heures- du MANS 1994-MIGAULT-GACHE-MORIN Photo Jean Pierre HERLIN

 

À titre personnel, j’avais lié amitié avec Alain Bertaut et plus particulièrement en 1994, l’année où j’avais engagé les Dodge Viper aux ’24 Heures du Mans’. 

Toute première participation des voitures Américaines à une course!Un coup de folie mais finalement transformé en exploit…

Informé de mon projet au cours de l’hiver précédent, Alain Bertaut m’avait souvent reçu chez lui rue d’Alésia à Paris, pour m’encourager à réaliser ce pari un peu fou.

 

24 HEURES DU MANS 1994-La superbe Dodge VIPER Orange Fluo avec René ARNOUX-Justin BELL et Bertrand BALAS du Team monté par Gilles GAIGNAULT-Mulsanne-Photo-Michel-PICARD-autonewsinfo.

24 HEURES DU MANS 1994-La superbe Dodge VIPER Orange Fluo avec René ARNOUX-Justin BELL et Bertrand BALAS du Team monté par Gilles GAIGNAULT- Ici au virage de Mulsanne-Photo-Michel-PICARD-

 

Et quelques mois plus tard, lorsque l’une des deux Viper, la N°40 de l’équipage René Arnoux, Justin Bell et Bertrand Balas, avait non seulement terminé la course mais s’était classé 1ère GT, il avait été le tout premier à l’arrivée à se précipiter à notre stand pour me féliciter et m’embrasser, d’avoir osé cette insensée opération qui se terminait par un exploit, et à laquelle lui le patron des sélectionneurs avait toujours cru, ravi en plus du côté ‘show bizz‘ avec nos deux Viper orange et jaune fluo, qui avaient cartonnés en retombées presse ‘’ Ce qui est excellent pour Le Mans’’, n’avait pas manqué de souligner le père Bertaut.

Les années sont passées, on s’était un peu perdu de vue, ainsi va la vie…

Mais je n’oublierais jamais Alain et son charisme, Alain et sa passion, Alain et sa rigueur! Alain et sa fidélité aussi.

Assurément un grand personnage du monde de la course auto vient de nous quitter. Un Monument du Mans.

RIP,  l’ami.

 

Gilles GAIGNAULT

Photos :
ACO et Jean Pierre HERLIN  et AutoNewsInfo

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