F1. UN PEU D’HISTOIRE: LA RENAULT ELF RE 30: LE METEORE ETINCELANT DE LA SAISON 1981

 

 

 

 

 

 

Renault­- Elf RE 30, le météore étincelant de 1981

 F1 - 1981 - GP de LONG BEACH - les deux RENAULT de PROST et de Rene ARNOUX - Photo Bernard BAKALIAN


F1 – 1981 – GP de LONG BEACH – les deux RENAULT de PROST et de Rene ARNOUX – Photo Bernard BAKALIAN

 

 

Après son accident au Grand Prix du Canada 1980, Jean­ Pierre Jabouille quitte Renault pour rejoindre Jacques Laffite chez Ligier. Gérard Larrousse et Bernard Dudot, décident alors d’engager le jeune et prometteur Alain Prost, avec le soutien du pétrolier ELF et des son grand Chef d’orchestre, l’incontournable François Guiter, pour le remplacer.

En novembre 1980, Alain Prost se voit donc confier le volant de la nouvelle Renault RE 20 B, remplaçante de la RE 20. Cette dernière allait être décrétée non réglementaire par la FISA (Fédération Internationale du Sport Automobile) à la fin de l’année 1980. Elle est officiellement devenue illégale lors de la signature des accords de la Concorde entre la FISA. et la FOCA (Association des Constructeurs de F1) en février 1981. A la suite de nombreux accidents dont celui mortel du Français Patrick Depailler lors d’une séance d’essais privés le 1er août 1980 sur le circuit d’Hockenheim, les pontons latéraux amovibles plus connus sous le nom de jupes coulissantes, sont désormais interdits en Formule 1.

Alain Prost dispose de la voiture n°15, tandis que René Arnoux hérite de la n°16. Mais la RE 20 B sans jupes coulissantes, est loin d’égaler les performances de l’ancienne RE 20.

Gérard Larrousse décide de hâter la réalisation du projet RE 30, décidé au cours de l’année 1980, mais prévu au départ pour arriver à son terme en 1982 !

La nouvelle RE 30, doit remplacer la RE 20 B à partir de la saison européenne des Grands Prix 1981. C’est le nouveau défi que les ingénieurs de l’équipe Renault­-Elf ont à relever et ce n’est pas une mince affaire.

Effectivement, la saison 1981 ne commence pas sous les meilleurs hospices pour l’équipe Française. Les abandons et les mauvais résultats, se succèdent durant les premiers Grands Prix de la saison, à l’exception du Grand Prix d’Argentine, à l’occasion duquel Alain Prost monte pour la première fois sur le podium. De plus, le 3 mai 1981, la nouvelle Formule 1 n’est pas encore opérationnelle. La RE 30 avait été pourtant présentée à Nogaro, le 24 février 1981.

Mais cette soit disant toute nouvelle Formule 1 avait un air de déjà­ vu. Elle ressemblait encore trop à une RE 20 B améliorée, même si la forme du cockpit témoignait déjà de la naissance de la RE 30. Par ailleurs, en mai 1980, une RE 20 expérimentale avait été déjà testée avec de nouveaux pontons, des dérives verticales et un aileron avant en porte à faux. Il s’agissait de la première RE 30… avant l’heure!

Néanmoins, la nouvelle RE 30 présentée à Nogaro ne semble pas marquer, à première vue, une véritable rupture avec la RE 20 B. Mais au fil des mois, les nombreux essais effectués par la RE 30 finissent par lui donner une nouvelle apparence. Cette RE 20 B améliorée devient bel et bien la RE 30, le 8 mai 1981, lorsqu’elle arrive sur le circuit de Dijon-Prenois, pour effectuer des essais en prévision du Grand Prix de Belgique, qui doit se tenir sur le circuit de Zolder, le 17 mai 1981.

Michel Têtu, le chef ingénieur créateur de la RE 30 espère bien lui faire disputer ce prochain Grand Prix. Dans cet optique, trois châssis de type RE 30 ont été construits. Le châssis RE 30, est utilisé comme voiture de réserve. Le châssis RE 31 est confié à René Arnoux tandis qu’Alain Prost doit prendre le volant de la RE 32. La carrosserie de la RE 30 a été complètement refaite.

Le museau avant est désormais beaucoup plus pointu que celui de la RE 20 B et surmonté d’un large aileron avant en porte à faux. La nouvelle Formule 1, a également un empattement diminué de 10 cm par rapport à la RE 20 B qui était la plus longue du plateau et de nouveaux pontons latéraux.

Le gain de poids est également considérable puisqu’il se situe entre 25 et 30 kg, ce qui la rend plus maniable que la RE 20 B. La répartition des masses est également complètement différente.

Les turbos sont maintenant placés en avant du moteur. La coque de la RE 30, est également plus rigide que celle de la RE 20 B. La RE 30 est désormais une voiture plus puissante aussi. Le moteur V6 Turbo de 1,5 litres est en effet capable de tourner à 11800 tours/min au lieu de 10800, comme précédemment. Il délivre une puissance de 565 CV au lieu de 540, ce qui permet à la RE 30 d’atteindre plus facilement environ 320 km/h en vitesse de pointe alors que la RE 20, pourtant à jupes coulissantes, avait plus de mal à y parvenir.

Aux essais privés effectués sur le circuit de Dijon­-Prenois, situé en Bourgogne, ce 8 mai 1981, la RE 30 vient de battre le meilleur temps en course réalisé par René Arnoux, lors du Grand Prix de France 1979 au volant de la RS 10 à jupes coulissantes.

 

 F1-La-RENAULT-de-PROST-GP-Belgique-le-5-mai-1981-Photo-Bernard-BAKALIAN

F1-La-RENAULT-de-PROST-GP-Belgique-le-5-mai-1981-Photo-Bernard-BAKALIAN

 

 

Hélas, le circuit de Zolder ne convient pas à la jeune RE 30. Le revêtement de la piste se détériore. Ajouté au problème de mauvaise tenue de route de la nouvelle Formule 1, survirant ou souvirant dans les virages, qui n’avait pas été remarqué à Dijon, les sorties de piste sont inévitables. Il apparaît très clairement que la RE 30, ne pourra pas être qualifiée, car elle n’est pas encore au point.
D’ailleurs Michel Têtu pense déjà aux essais qu’il va faire effectuer à la RE 30 sur le circuit Paul Ricard au Castellet la semaine suivante. Alors, le 16 mai 1981, Gérard Larrousse se rangeant à l’avis de Bernard Dudot et de Michel Têtu, décide de ne pas tenter de faire qualifier la RE 30 pour le Grand Prix de Belgique.

La RE 30 a donc fait officiellement son apparition, à Zolder, le 15 mai 1981, mais il faudra attendre le GP de Monaco, le 31 mai 1981 pour la voir effectuer son premier Grand Prix.

Le Grand Prix de Belgique 1981 s’avéra finalement le plus catastrophique de la saison pour l’équipe Renault-­Elf. Alain Prost qui prend le volant de la RE 22 B pour la dernière fois, se classe 13ème sur la grille de départ, du fait de conditions météorologiques désastreuses. En course, il abandonne au bout de trois tours, embrayage cassé. Pour combler le tout, René Arnoux, suite à une altercation avec un contrôleur à la sortie du curcuit est arrété à l’entrée de son hôtel, se retrouve au poste de police !
N’étant relâché que le dimanche, il se trouve alors dans l’impossibilité de prendre le départ du Grand Prix de Belgique.

Depuis l’échec de Zolder, Michel Têtu a fait effectuer à la RE 30 de nombreuses séances d’essais dans le but de résoudre les problèmes de mauvaise tenue de route. En fait, dépourvue de jupes coulissantes, la RE 30 manque d’appuis aérodynamiques et les sorties d’air de radiateur au- dessus des pontons ne sont pas assez efficaces. Alors Michel Têtu a l’idée d’équiper la carrosserie de la RE 30, de grandes dérives verticales aux extrémités des pontons latéraux, à proximité des roues arrière. On voit également apparaître un nouveau carénage des sorties d’air de radiateur au dessus des pontons ainsi que des extracteurs d’air amovibles.
C’est donc une toute nouvelle RE 30 qui s’élance dans les rues de Monaco, le 28 mai 1981. Alain Prost, à l’occasion de la séance d’essais libres du jeudi après­midi, a essayé sur la RE 32, un système de variation d’assiette hydro-pneumatique qui s’est avéré très efficace. Il a même réussi a réalisé le deuxième temps sur un circuit qui normalement ne convient pas aux voitures à moteur suralimenté, du fait de ses nombreux virages.

Mais lors des essais qualificatifs du samedi, il est arrêté dans son élan par la rupture de sa commande de boîte de vitesse qui l’empêche de confirmer sa belle performance du jeudi. La RE 32 est donc enfin qualifiée, mais en 9ème position. Quant à René Arnoux, il fait des essais en alternant entre la RE 20 B châssis RE 26 B et sa nouvelle RE 30 châssis RE 31. Il est un fait que la RE 26 B est nettement moins performante que la nouvelle RE 31.

Mais alors qu’il s’élance à bord de sa RE 31 au début de la séance d’essais qualificatifs du samedi après­-midi, il sort de la piste au virage de la Piscine et percute le mur de plein fouet. Par chance, René Arnoux est heureusement indemne mais l’on ne peut pas en dire autant de la RE 31 car elle est presque entièrement détruite. De plus, la RE 30 est restée à l’usine de Viry­-Châtillon pour servir de voiture d’essais.

Arnoux n’a donc pas d’autre choix que de prendre le volant de la RE 26B pour tenter de se qualifier. Mais elle ne lui permet de réaliser que le 13ème temps.

C’est donc à Alain Prost que revient le privilège de faire effectuer à la RE 30 son premier Grand Prix, alors que René Arnoux fait effectuer à la RE 20 B, sa dernière course.

 

Une nouvelle époque commence, une autre s’achève!

 F1-GP-de-MONACO-Prost-Renault-1981-Photo-Bernard-BAKALIAN


F1-GP-de-MONACO-Prost-Renault-1981-Photo-Bernard-BAKALIAN

 

Dorénavant, les descendantes de l’illustre RS 10 ne participeront plus à aucun Grand Prix, après celui de Monaco.

Le premier Grand Prix de la RE 30 ne sera hélas pas une réussite. Au départ, l’unique RE 30 pilotée par Prost, accroche la McLaren MP4 d’Andrea De Cesaris au virage de Sainte Dévote. Mais malgré un tête à queue, Alain Prost repart à l’attaque si bien qu’il parvient à prendre la sixième place à la mi­ course. Hélas, le 46ème tour est fatal à la RE 32 : Alain Prost est contraint d’abandonner, moteur cassé.

Quant à René Arnoux, il abandonne presqu’au même moment. En effet, alors qu’il était attardé, il est sorti de la piste, au virage de Sainte Dévote, au volant de sa RE 26 B. La RE 30 n’a donc pas tenu toutes ses promesses à son premier Grand Prix disputé.
Mais la saison 1981 est encore loin d’être terminée et elle aura bien d’autres occasions de montrer ses nombreuses qualités.

 

F1-1981-GP-de-MONACO-La-RENAULT-de-Rene-ARNOUX-Photo-Bernard-BAKALIAN

F1-1981-GP-de-MONACO-La-RENAULT-de-Rene-ARNOUX-Photo-Bernard-BAKALIAN

 

Dans l’optique du Grand Prix d’Espagne, prévu pour le 21 juin, les RE 30 sont soumises à des séances d’essais très intensives. Aux essais qualificatifs du samedi, Alain Prost se classe en cinquième position. Mais Arnoux est confronté à des problèmes de turbo aussi bien sur sa voiture de course, la nouvelle RE 33, que sur la voiture de réserve, la RE 31. Il est donc contraint de partir en 17ème position. En début de course, Alain Prost se trouve d’abord avantagé, au volant d’une RE 30 manifestement plus rapide en ligne droite que la Ferrari 126 CK de Gilles Villeneuve qui va malgré tout gagner la course.

L’aileron avant de la RE 32, mal fixé, compromet sa tenue de route, à telle point qu’Alain Prost ne peut éviter de bloquer ses roues lors d’un freinage. La RE 32 sort alors de la piste et vient s’engluer dans le bac à sable. C’est le deuxième abandon consécutif pour la RE 30. René Arnoux, quant à lui, n’est pas plus chanceux qu’Alain Prost, puisque confronté aux mêmes problèmes que la veille avec sa nouvelle RE 33, il doit se résoudre à abandonner sur panne de turbo.

 

 

 F1-1981-GP-de-LONG-BEACH-la-RENAULT-de-PROST-Photo-Bernard-BAKALIAN


F1-1981-GP-de FRANCE la-RENAULT-de-PROST-Photo-Bernard-BAKALIAN

 

 

A la veille du Grand Prix de France, la RE 30 ne semble pas encore tout à fait au point, même si les importantes modifications qu’elle a dû subir depuis le 24 février commencent à porter leurs fruits, d’autant que Dijon est son circuit de prédilection.

Incontestablement, le Grand Prix de France 1981 restera dans les annales du sport automobile Français.

En effet c’est sur le circuit de Dijon-­Prenois qui avait vu la première victoire de Jean ­Pierre Jabouille et d’une Renault­ Elf turbo deux ans plus tôt, qu’Alain Prost a remporté la première victoire de sa carrière, en offrant à la RE 30 son premier succès. C’était le dimanche 5 juillet 1981.

Les deux semaines qui ont suivi le Grand Prix d’Espagne, ont été l’occasion pour l’équipe Renault- Elf d’effectuer de nombreux essais sur le circuit de Dijon Prenois, qui se trouve être le circuit de prédilection de la RE 30, en prévision du Grand Prix de France.

Malgré les nombreuses averses intermittentes qui s’abattent sur la piste et les difficultés de réglage des pneumatiques qui en découlent, les RE 30 se portent à merveille et ce sont les deux bolides jaunes et noirs qui dominent les séances d’essais, même si Alain Prost est confronté à des problèmes d’adhérence avec la RE 32. Quant à René Arnoux, au volant d’une RE 30 qui file comme l’éclair, ses résultats atteignent enfin le niveau de son talent : il réalise sa première pole position de la saison aux essais qualificatifs. Il s’agit de la première pole position de la RE 30.

 

Alain-Prost-Roulage-sur-circuit-Dijon-2011-Photo-Bernard-Bakalian

Alain-Prost- circuit-Dijon -Photo-Bernard-Bakalian

 

Alain Prost parvient tout de même à se classer en troisième position sur la grille de départ, malgré ses problèmes de tenue de route et du fait d’une pression du turbo inférieure, à celle de la RE 33 d’Arnoux.

Néanmoins, dès le départ du Grand Prix de France, à la surprise générale, la RE 33 de René Arnoux est débordée par la Brabham BT 49 C de Nelson Piquet qui s’empare ainsi du commandement. John Watson le suit de loin avec sa McLaren MP4 tandis qu’Alain Prost, au volant de sa RE 32, essaye tant bien que mal de remonter sur lui, sans succès pour le moment.

La RE 32 souffre en effet de deux problèmes : l’un, aérodynamique, l’aileron avant en porte à faux, mal fixé, part dans tous les sens, et l’autre, mécanique, le quatrième rapport de la boîte de vitesse est défaillant, ce qui fait qu’avec une Formule 1 largement plus rapide que les deux voitures de tête, il ne parvient pas à les rattraper. Alain Prost s’efforce alors de ménager la boîte de vitesse de sa RE 32, tandis que René Arnoux, loin derrière, en huitième position est confronté au même problème avec sa RE 33.

Mais à mi­ course, des nuages noirs couvrent le ciel de Dijon. Soudain, un violent orage se déclare et la pluie s’abat sur la piste et au 58éme tour, les organisateurs décident d’arrêter la course, alors que les concurrents n’avaient pas encore parcouru plus des trois quarts de la totalité de la distance à couvrir.

Or le règlement stipule que dans ce cas, un deuxième départ doit être donné une fois l’orage passé. La course se disputera donc en deux manches et la victoire sera donnée par addition des temps. Celui qui aura réalisé le meilleur temps des deux manches sera déclaré vainqueur. Mais Alain Prost est furieux.

En effet, il redoute un second départ, car il a peur que la boîte de vitesse de sa RE 32 ne vienne à lâcher. Par chance, l’interruption de course dure 45 minutes. Les réparations étant autorisées dans ce cas exceptionnel, Michel Têtu et son équipe d’ingénieurs, en profitent pour démonter la boite de vitesse de chacune des deux RE 30, pour débloquer le quatrième rapport. L’aileron avant de la RE 32 de Prost est refixé. La décision de Gérard Larrousse a été également capitale.

Prenant en compte le nombre réduit de tour à parcourir, il décide avec des techniciens de Michelin de prendre le risque de faire chausser les RE 30 de pneus tendres. John Watson prend également le second départ avec sa McLaren MP4 chaussée de pneus tendres. Nelson Piquet fait en revanche le mauvais choix : il opte pour des pneumatiques à gomme dure. En effet, à sa grande surprise, la pluie s’est arrêtée et la piste a séché.

Alain Prost ayant retrouvé l’usage de sa quatrième vitesse et disposant maintenant d’un aileron avant bien fixé, dépasse John Watson et Nelson Piquet dès les premiers mètres. La RE 32 d’Alain Prost prend alors la tête du Grand Prix de France, tandis que René Arnoux est toujours privé de l’usage du quatrième rapport de sa boîte de vitesse ; ce qui l’empêche de réaliser un doublé historique. Il ne peut en aucune façon tenter de dépasser Nelson Piquet et John Watson sans casser sa boîte de vitesse. René Arnoux décide alors, dans ces conditions de lever le pied pour conserver son honorable quatrième place.

Mais devant, John Watson, au volant d’une MP4 très rapide dans les courbes, remonte sur la RE 32 d’Alain Prost et le double, non sans difficulté, car la Renault­ Elf rattrape très vite la McLaren dans les lignes droites. C’est alors qu’une belle passe d’arme s’engage. Alain Prost déboîte d’un seul coup après avoir pris l’aspiration de la voiture de son adversaire et le dépasse sans difficulté, au volant d’une RE 30 au fait de sa puissance. En bouclant son dernier tour, Alain Prost, grandiose, alors qu’il est encore dans la dernière ligne droite, ne peut s’empêcher de contenir sa joie et lève les bras vers le ciel alors qu’il est à plus de 300 km/h, en franchissant pour la première fois la ligne d’arrivée, en tête sous le drapeau à damiers.

Quant à René Arnoux, il réussit à terminer en quatrième position. Alain Prost et sa RE 30 viennent de réitérer, le 5 juillet 1981, l’exploit de Jean­Pierre Jabouille et de sa RS 10 déja sur ce curcuit de Dijon-Prenois, un certain 1er juillet 1979.

 

 Alain Prost Dijon 2011 Photo Bernard Bakalian


Printemps 2012 : Circuit de Dijon – Alain Prost retrouve sa monoplace de 1981  Dijon – Photo Bernard Bakalian

 

Si le ciel a sauvé Prost, comme se plait à titrer le magazine Sport Auto, on peut également ajouté que c’est la RE 30 et plus particulièrement la RE 32 qui a sauvé Alain Prost. En effet, ayant pulvérisé le record de Nelson Piquet effectué lors de la première manche, Alain Prost, grâce à la RE 30, est déclaré vainqueur de la deuxième manche et du Grand Prix de France.
Dijon-­Prenois restera pour toujours, le circuit des Renault­ Elf turbo. Le Grand Prix de France 1981 restera quant à lui, plus que jamais le jour de la première victoire et du triomphe de la RE 30. Le Grand Prix de France 1981 a véritablement marqué l’avènement de la RE 30.

La nouvelle Formule 1, a enfin concrétisé tous les espoirs et c’est alors que s’annonce un été plein d’espoirs en jaune et noir.

La magnifique victoire d’Alain Prost à Dijon­ Prenois a montré que la nouvelle Formule 1, est enfin opérationnelle. Mais la RE 30 doit désormais confirmer sa belle performance dans des conditions normales et cela sera plus difficile que prévu.

En effet les Grands Prix d’Angleterre, d’Allemagne et d’Autriche se déroulent selon le même schéma : les RE 30 d’Alain Prost et de René Arnoux dominent les séances d’essais et monopolisent les premières lignes sur les grilles de départ. Mais en course des problèmes mécaniques, les conduisent à l’abandon sauf au Grand Prix d’Allemagne disputé sur le circuit d’Hockenheim le 2 août 1981, où Alain Prost après un duel épique avec Alan Jones et après avoir largement dominé la course, mais doublé par Nelson Piquet, parvient à finir à la deuxième place.

A la fin du mois d’août 1981, la RE 30, arrivée à maturité, malgré une magnifique victoire au Grand Prix de France, ne compte qu’un succés à son actif, au bout de six Grands Prix disputés. Si sa puissance et sa rapidité sont indéniables, c’est sa fiabilité en course qui fait défaut…

Aux essais du Grand Prix de Hollande disputé sur le circuit de Zandvoort, le 31 août 1981, René Arnoux conserve le volant de la RE 33. Alain Prost, au volant de la nouvelle RE 34, signe, grâce à l’efficacité de sa nouvelle RE 30, la deuxième pole position de sa carrière, tandis que René Arnoux, au volant de sa vieillissante RE 33 qui a encore de beaux restes, réalise le deuxième temps. Pour la quatrième fois consécutive, les RE 30 ont dominé les séances d’essais, malgré un tracé cette fois­ ci en principe défavorable aux Renault­Elf turbo, de par les nombreux virages qu’il comporte. De ce fait, la première ligne est à nouveau jaune et noire. La nouvelle RE 34 permet à Alain Prost de remporter une éclatante victoire, après avoir dominé la course de bout en bout et après avoir effectué un duel d’anthologie avec la Williams FW 07 C d’Alan Jones.

Pour la première fois, la RE 30 a enfin montré tout son potentiel aussi bien au niveau des performances que de la fiabilité. Le Grand Prix de Hollande 1981 restera à jamais le week­ end du triomphe de la RE 30 et d’Alain Prost : pole position, domination de la course et enfin la victoire tant attendue. Jamais la RE 30 dans sa carrière éphémère, ne refera pareille performance. Mais vu la performance de Zandvoort, Alain Prost commence à envisager sérieusement une deuxième victoire consécutive à l’occasion du GP d’Italie. Arrivé à Monza, Alain Prost alterne les essais entre sa voiture de course, la RE 34 et sa voiture de réserve, la RE 32. Quant à René Arnoux, au volant de sa RE 33, désormais de conception identique à la RE 34, il décroche une nouvelle fois la pole position, tandis qu’Alain Prost, confronté pour la première fois à des problèmes d’adhérence avec sa RE34, ne peut réaliser que le troisième temps.

Avec sa RE 34, Alain Prost prend la tête de la course dès le départ du Grand Prix d’Italie, à la première chicane. Mais une averse se déclare quelques tours plus tard et René Arnoux n’est pas aussi chanceux qu’Alain Prost. Il sort de la piste et abandonne au 13ème tour, suite à un accrochage avec la Tyrrell 011 d’Eddie Cheever. Alain Prost n’est pas inquiété pour autant des infortunes de ses adversaires. La mythique RE 34 se comporte à merveille, si bien qu’après avoir dominé la course de bout en bout, en laissant sur place tous ses adversaires, Alain Prost, tel Jim Clark, s’envole vers sa troisième victoire de la saison et franchit pour la deuxième fois consécutive, la ligne d’arrivée sous le drapeau à damiers. Le Grand Prix d’Italie a bien été sans nul doute ‘le récital de la Renault Turbo’ comme l’affirme les journalistes du magazine Grand Prix International.

La RE 30 vient de remporter sa deuxième victoire d’affilée de la saison. Au mieux de sa forme, elle semble être partie pour dominer toute la fin du Championnat.

Mais, il s’avéra par la suite, qu’en ce dimanche 13 septembre 1981, elle venait de remporter sa troisième et dernière victoire aprés Dijon, Zandwoort et Monza donc.

 

 F1-1981-GP-du-CANADA-à-MONTREAL-la-RENAULT-de-PROST-Photo-Bernard-BAKALIAN.


F1-1981-GP-du-CANADA-à-MONTRÉAL-la-RENAULT-de-PROST-Photo-Bernard-BAKALIAN.

 

Après ses deux coups d’éclat de Zandvoort et de Monza, la RE 30 pilotée par Alain Prost semble donnée pour favorite du Grand Prix du Canada. Mais les bons résultats de la RE 30 arrivent trop tard. Un titre de Champion du Monde des Pilotes pour Alain Prost n’est plus envisageable sans un miracle. Il faudrait pour cela que l’équipe Williams Grand Prix ainsi que l’équipe Brabham connaissent la même malchance qui s’était abattue sur l’équipe Renault ­Elf au début de la saison.

Mais encore faudrait-t-il également qu’Alain Prost remporte les deux derniers Grands Prix de la saison. Dans cette optique, de nombreuses améliorations sont effectuées sur les RE 30.

Le système d’injection est complètement transformé. La pompe mécanique est désormais assistée par un petit moteur fonctionnant avec un système électronique, améliorations qui permettent d’optimiser les dosages. On note également grâce à cela une légère baisse de la consommation, ce qui est loin d’être négligeable en course. Mais ce nouveau système électronique risquerait d’empêcher les RE 30 de démarrer si jamais par malheur il tombait en panne. Gérard Larrousse ne peut se permettre de prendre ce risque.

Ce sera donc finalement la RE 30 B qui inaugurera ce nouveau système au cours de la saison 1982. Néanmoins le V6 Turbo présente un positionnement différent des injecteurs et de nouveaux conduits d’admission. Un autre changement important est effectué au niveau des pneumatiques. Les RE 30 sont en effet équipées de roues avants de 13 pouces et chaussées de gommes Michelin de type X en remplacement des gommes TRX nécessitant des pneumatiques de 14,5 pouces, installés en cours de saison 1980 sur les RE 20 pour résoudre les problèmes de frein.

Alain Prost estime le gain de temps obtenu à plus d’une seconde au tour. Grâce à ces modifications techniques, la RE 30 gagne en efficacité en entrée de courbe. Durant les essais du Grand Prix du Canada, elle va subir une dernière évolution aérodynamique. Alors que la RE 33 de René Arnoux n’a, de l’extérieur, subi aucune modification depuis le Grand Prix d’Italie, la RE 34 d’Alain Prost est dotée de nouveaux ailerons en carbone. La saison 1982 se profile déjà à l’horizon. La RE 33 de René Arnoux, encore équipée d’ailerons en aluminium, va effectuer son dernier Grand Prix.

Mais sur le tracé sinueux de Montréal, pour la première fois depuis le Grand Prix de France, les RE 30 ne parviennent pas à dominer les séances d’essais. Alain Prost réussit quand même à effectuer le quatrième temps aux essais qualificatifs, tandis que René Arnoux est en quatrième ligne. Le jour du Grand Prix du Canada, le 27 septembre 1981, une pluie torrentielle s’abat sur le circuit, si bien qu’à quelques minutes du départ, la piste est largement détrempée. De larges flaques d’eau jonchent le sol. Le départ est impressionnant : les voitures s’élançant à toute allure sur la piste, entraînent la formation d’un épais brouillard d’eau, tant et si bien que les pilotes sont aveuglés.

Alan Jones, au volant de sa Williams FW 07C prend la tête, suivi de très près par Nelson Piquet à bord de sa Brabham BT 49C. On n’avait pas vu cela depuis le Grand Prix de Monaco. Alain Prost, au volant de sa RE 34 n’est que 3ème tandis que l’infortuné René Arnoux est poussé par la Ferrari 126 CK de Gilles Villeneuve. La RE 33 sort de la piste et vient percuter le mur de pneus.

La violence du choc fait que l’aileron avant se détache avec une partie du museau avant. René Arnoux est hors course. En tête du peloton, Alan Jones qui s’efforce tant bien que mal de contenir les assauts de Nelson Piquet, fait glisser sa voiture et part en tête à queue. Dans la foulée, Alain Prost au volant de sa RE 34 et Jacques Laffite au volant de sa Talbot­ Ligier JS 17 , en profitent pour prendre la tête de la course et se disputer la victoire.

Alain Prost en tête, ne parvient pas à résister aux attaques de Jacques Laffite sous une pluie battante, et décide de lever le pied pour laisser passer la Ligier, tandis que John Watson et sa McLaren ne tardent pas à ne faire qu’une bouchée de la RE 34, en difficulté.

Puis c’est au tour de Gilles Villeneuve, pourtant à bord d’une Ferrari 126 CK dont l’avant est très endommagé, de dépasser Alain Prost. Ce dernier décide alors de rester sagement derrière pour ramener les quelques points de la quatrième place. Hélas, dans le sillage d’un attardé, Alain Prost ne voit pas la Lotus 87 B de Nigel Mansell qui reprend la piste après un tête à queue! La Renault percute alors la Lotus et c’est l’abandon pour Alain Prost. En tête, Jacques Laffite l’emporte devant John Watson et Gilles Villeneuve qui, fidèle à sa légende d’acrobate, termine la course 3éme avec une voiture dépourvue de jupes coulissantes, sans aileron avant et avec le museau avant arraché !!!

Dans ce déluge d’eau, le règne éphémère de la RE 30 semble s’achever en même temps que l’été.

La saison 1981 va prendre fin à l’occasion du second Grand Prix des États Unis, qui doit avoir lieu sur le circuit du parking du Caesar’s Palace, le plus grand casino de Las Vegas…

Tout comme Alan Jones, Alain Prost, quatrième au Championnat du monde des pilotes, a perdu toute chance de remporter le titre, après le fiasco de Montréal. Pour combler le tout, une grosse angine a tenu le Professeur alité durant quelques jours. Encore souffrant, il ne parvient pas à faire mieux que le quatrième temps, alors que sa RE 34 se comportait à merveille.
Quant à René Arnoux, il doit faire face à de nombreux problèmes : le samedi matin, il est victime d’une violente sortie de piste qui endommage très gravement sa voiture de course, la RE 33.

Signalons également que la RE 31 et la RE 32 sont restées à Viry­ Châtillon pour effectuer des tests aérodynamiques, en soufflerie en prévision de la saison 1982.

A cette occasion, René Arnoux se voit confier la nouvelle voiture de réserve qui n’est autre que le tout premier châssis RE 30, détruit le 11 juin et reconstruit récemment. Il est rebaptisé RE 30/33 du fait de sa configuration identique à la RE 33 de René Arnoux, mais certains membres du Département Châssis le dénomment « RE 35 ». La RE 30/33 de René Arnoux est également dotée d’ailerons en carbone comme la RE 34 d’Alain Prost. Mais rien y fait : la RE 30/33 n’est manifestement pas encore au point. Du coup, René Arnoux ne parvient à réaliser que le 11ème temps.

 

 F1-La-RENAULT-TURBO-Alain-PROST-1981


F1-La-RENAULT-TURBO-Alain-PROST-1981 – Photo Bernard BAKALIAN

 

Le dernier Grand Prix de la saison, à Las Vegas, ce 2 octobre 1981, est plein de rebondissements.

Alan Jones prend la tête de la course pour ne plus la quitter par la suite. Mais Carlos Reutemann, l’un des principaux prétendants au titre avec Nelson Piquet et Jacques Laffite, est trahi par la boîte de vitesse de sa Williams FW 07C. Quant à Alain Prost, au volant de sa RE 34, en quatrième position en début de course, il parvient, après avoir pris la précaution d’aller changer au stand ses pneumatiques usagés, à prendre la deuxième place. Nelson Piquet remporte la troisième place et avec elle, le titre de Champion du Monde des Pilotes, grâce aux nombreux points qu’il a récolté tout au long de la saison, avec une voiture non réglementaire. On peut également faire la même remarque pour l’écurie Williams Grand Prix qui remporte le titre de Champion du Monde des Constructeurs !

Quant à la RE 30, fleuron de l’équipe Renault ­Elf, elle permet à cette dernière de se hisser pour la première fois à la troisième place au Championnat du Monde des Constructeurs. La RE 30 B ne fera pas mieux en 1982. Il faudra attendre 1983 et la RE 40 pour voir détrôner la RE 30.

Alain Prost doit, quant à lui, se contenter d’une médiocre cinquième place au Championnat du Monde des Pilotes qui n’est aucunement révélatrice du talent dont il a fait preuve durant la saison 1981.

Mais, il peut toutefois être satisfait car en cette année 1981, il a remporté et son 1er GP et trois courses en tout !

… Quatre ans plus tard, le 6 octobre 1985, il deviendra à Brands-Hatch, Champion du monde, décrochant la 1ére de ses quatre couronnes mondiales !

 

Benoit CASAERT
Photos : Bernard BAKALIAN

 

 

 

 F1-1981-GP-de-MONACO-la-RENAULT-Alain-PROST-Photo-Bernard-BAKALIAN


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