DU 8ème TITRE DE CHAMPION DU MONDE D’ENDURANCE AU MONDIAL SUPERBIKE: LE RÊVE ÉVEILLÉ DE VINCENT PHILIPPE

 

WSBK 2013 Magny-Cours Vincent Philippe devant Elias Photo David Wood Suzuki Racing

WSBK 2013 Magny-Cours Vincent PHILIPPE devant PIRRO_ Photo David Wood Suzuki Racing

 

Nous avons suivi à distance cette belle aventure d’un multi champion du monde d’endurance appelé, au pied levé, à disputer une manche de Mondial SUPERBIKE. En voici le récit au jour le jour, ainsi que les réactions de l’intéressé au lendemain de la course de Magny-cours.

Vincent PHILIPPE n’a guère eu le temps de se préparer mentalement à cette nouvelle responsabilité de rouler SUZUKI en Mondial Superbike, en effet averti lundi soir de la décision, il se trouvait jeudi à Magny-cours pour découvrir la moto sur béquille et procéder aux réglages statiques de position, de sélecteur, de bracelets….Avec la collaboration amicale de Jules CLUZEL, il s’informa des spécificités de la moto concernant les boutons, le mise en route, l’électronique, alors que les mécaniciens anglais peu loquaces, découvraient un champion très populaire mais quasiment inconnu de leur part.

 

Toujours une SUZUKI, mais différente de la moto d'endurance _ Photo Gilles VITRY autonewsinfo

Toujours une SUZUKI, mais différente de la moto d’endurance _ Photo Gilles VITRY autonewsinfo

 

Au soir de ce premier contact, la seule question qui semblait le préoccuper était la forme du réservoir et la position de pilotage qu’il conditionnait, celle-ci ne semblant pas correspondre aux habitudes du pilote d’endurance, embarquant habituellement des réservoirs de 24 litres.

VENDREDI 4 octobre

L’autre question qui taraudait le pilote bisontin, tournait autour de la météo et du peu de temps de roulage (45 minutes) accordé avant une première séance de qualification, le vendredi après-midi. Cette nécessité d’une mise en action rapide « pour ne pas passer à côté », était d’autant plus présente, que les conditions météo ne s’annonçaient pas favorables. Ces questions d’essais revêtaient bien entendu une importance capitale avec la nécessaire découverte et adaptation au pilotage des PIRELLI, alors que la moto du SERT est chaussée en DUNLOP depuis des lustres.

 

Vincent Philippe apprend vite les Pirelli Photo David Wood Suzuki Racing

Vincent Philippe doit apprendre les Pirelli_ Photo David Wood Suzuki Racing

Les quelques gouttes de pluie du matin ne perturbèrent pas ces essais même si la piste sécha difficilement. 16 tours en essais libres permirent de sentir la moto mais pas encore de maîtriser l’utilisation de l’électronique. L’ordre hiérarchique n’étant pas significatif en libres, permettait néanmoins à Vincent 7ème, de voir qu’il était dans le coup, même s’il considérait avoir encore bien du travail à faire pour tirer le meilleur parti de sa moto.

 

Des mécaniciens très présents pour cette prise en mains_ Photo Gilles VITRY autonewsinfo

Des mécaniciens très présents pour cette prise en mains_ Photo Gilles VITRY autonewsinfo

Les premiers essais qualifs arrivaient dans la foulée et les choses se corsaient forcément. Le verdict encourageant tombait malgré une petite erreur dans le dernier tour au virage du château d’eau. Notre pilote remplaçant établissait un 1’ 39’’ 579, pour un 1’ 38’’ 709 à Sylvain GUINTOLI premier de cette première séance.
Le fan club venu du Doubs se pressait à la sortie du stand pour féliciter leur héros, assez satisfait de cette 7ème place dans la hiérarchie… provisoire.

SAMEDI 5 octobre

Le samedi matin la pluie cessait avant la seconde séance qualif, mais la piste restait suffisamment mouillée pour que tous les pilotes sortent en pneus pluie, sans possibilité d’amélioration des temps de la veille. L’équipe anglaise FIXI CRESCENT SUZUKI en profitait pour apporter des réponses aux souhaits de Vincent PHILIPPE, en termes d’amortissement.

 

Une équipe anglaise très efficace_ Photo Gilles VITRY autonewsinfo

Une équipe anglaise très efficace_ Photo Gilles VITRY autonewsinfo

 

L’adaptation aux conditions humides était quelque peu laborieuse mais, comme la météo s’annonçait meilleure pour les courses, l’espoir d’une belle prestation dans ce contexte aussi relevé n’était pas éteint. Au contraire, l’objectif était de peaufiner les départs, afin de pouvoir tenir son rang et ne pas se faire enfumer dès les premières secondes de course. La question de la place sur la grille restait entière car les trois rounds super pôle risquaient d’être transformés en deux autres séances de qualification.
Le temps ne permettant pas de disposer d’une piste sèche c’est donc un premier round « wet » qui permit à la SUZUKI N° 52 de se porter en 9ème position, devant l’autre moto du team FIXI CRESCENT SUZUKI, celle de Jules CLUZEL 12ème .

 

Avant de partir en piste_ Photo Gilles VITRY autonewsinfo

Autorisé à rouler pour un second round, Vincent PHILIPPE connut des difficultés avec ses freins et, pour ne pas compromettre ses chances de rouler le lendemain, il repassa par les stands, sans grand succès. Une tentative de rouler en slicks, en fin de séance, fut contrariée par quelques nouvelles gouttes….Aucun tour valable ne put donc être couvert !
Finalement, c’est un départ en troisième ligne qui est scellé, avec beaucoup de pression, à cause d’un manque d’habitude de l’assistance électronique. Il faut dire que sur la SUZUKI d’endurance, le boss MELIAND n’a jamais vraiment été tenté par l’apport de l’électronique en raison non seulement du coût mais aussi du changement d’approche radical de pilotage, nécessitant d’importants temps de roulage pour s’y habituer.
Alors, avec une moto plus légère, avec plus de puissance moteur, avec une assistance électronique à apprivoiser, avec des pneus à appréhender dans leurs réactions, avec des concurrents saignants, Vincent PHILIPPE se trouve à la croisée des chemins.

 

Des mises en garde précises … _ Photo David Wood Suzuki Racing

Même s’il se plait à dire qu’il veut rouler sans pression, avant tout pour se faire plaisir, il est certain, qu’il entend au fond de lui démontrer que des pilotes professionnels d’endurance comme lui, ne sont pas à ranger dans une sous-catégorie et, c’est bien tout ce challenge qui l’attendra demain.
A la veille de cette épreuve de vérité, au téléphone nous retrouvons un Vincent à la fois désireux d’améliorer certaines choses et conscient de l’enjeu que représente cette confrontation avec les cadors du Superbike. Il nous confie :

« J’espère que nous roulerons sur le sec….Pour le reste, j’ai encore bien des difficultés à composer avec l’électronique. Il me faut changer quasi radicalement ma façon d’aborder les entrées de virages et traiter différemment (par rapport à l’endurance) mes ré- accélérations. J’ai cette chance formidable d’avoir été très bien accueilli dans le team anglais. Tout le monde veut me faciliter la tâche et m’encourage. L’ambiance est très professionnelle et hyper sympa. »

 

Vincent PHILIPPE toujours disponible pour la Presse_ Photo Gilles VITRY autonewsinfo

Vincent PHILIPPE toujours disponible pour la Presse_ Photo Gilles VITRY autonewsinfo

 

DIMANCHE 6 octobre

Le warm-up se déroulait avec un temps mitigé et une piste séchante. En 12 minutes, il convenait de faire vite pour vérifier que les soucis de la veille étaient bien réglés et savoir quelle monte pneumatique serait la plus adaptée pour la première course, à midi. Vincent PHILIPPE, bien épaulé par son équipe technique, put effectuer 7 tours en rentrant une fois pour passer des slicks, au tout dernier moment. Les choses ne s’annonçaient pas mal avec un sixième temps, certes à 1’’ 679 du meilleur temps de Tom SYKES sur KAWASAKI, assez époustouflant d’audace. Le pilote anglais et Sylvain GUINTOLI étaient d’ailleurs les seuls à descendre sous le temps de 1’40 ‘’ !

 

Vincent PHILIPPE aplliqué et volontaire_ Photo Gilles VITRY autonewsinfo

Vincent PHILIPPE appliqué et volontaire_ Photo Gilles VITRY autonewsinfo

Nous mesurons alors toute la portée des propos tenus par Vincent la veille au soir :

« Je vais tenter de figurer dans le paquet de tête pour quelques tours, mais ensuite les choses seront sans doute compliquées pour tenir la cadence de tous ces pilotes rompus aux courses de Superbike. Je vais tenter de faire au mieux, c’est certain. J’aurais bien aimé que l’on me donne cette belle opportunité voici quelques années ! »

Qu’importe quand le vin est tiré il faut le boire. Avec un ciel bas et menaçant et devant un public fort nombreux et enthousiaste les 19 concurrents vont se livrer sans retenue d’abord à midi puis à 15h30.

 

La griserie de la course en paquet_ Photo Gilles VITRY autonewsinfo

La griserie de la course en paquet_ Photo Gilles VITRY autonewsinfo

Les deux courses ont été interrompues au drapeau rouge mais elles n’auront pas été similaires dans le résultat pour notre champion du monde d’endurance.
Pour la première, Vincent très concentré réussissait à bien rester dans le premier tiers du paquet, mais fut sorti par ELIAS, qui malgré son erreur flagrante, entrainant la chute du pilote SUZUKI, devait se montrer agressif envers Vincent PHILIPPE, sous les sifflets d’un nombreux public écœuré par une telle attitude.

 

Vincent Philippe WSBK Magny-Cours devant Toni Elias_ Photo David Wood Suzuki Racing

 

Une piètre treizième place sanctionnait injustement notre ami, bien décidé à démontrer lors de la seconde course que son talent et sa détermination méritaient mieux.
En bagarre de bout en bout dans le bon paquet, sur la SUZUKI N° 52, Vincent PHILIPPE aurait sans doute terminé quatrième si le drapeau rouge n’était intervenu alors que LAVERTY et GUINTOLI étaient par terre (mais le classement était établi sur le tour précédent). Cependant, la sixième place dans cette seconde course fut une belle récompense.

 

Vers une très belle perf! _ Photo Gilles VITRY autonewsinfo

Vers une très belle perf! _ Photo Gilles VITRY autonewsinfo

 

Sans forfanterie et à chaud par téléphone, celui qui fut de fait, l’homme de base de SUZUKI (Jules CLUZEL chutant par deux fois) nous déclarait :

« Que de nouveautés ce week-end, pour moi, mais quel plaisir aussi. J’ai du apprendre très vite plein de choses, comme j’aime. Ça fait du bien à nous tous pauvres petits pilotes d’endurance ! »

 

LUNDI 7 octobre

Nous joignons au téléphone un Vincent PHILIPPE qui n’a pas bien dormi trop excité après avoir vécu une telle expérience. Avec beaucoup de sincérité, avant même que nous lui posions nos questions il nous confie :

« Ça fait plaisir, ça donne du baume au cœur. En effet, je me suis aperçu que j’ai fait un truc vraiment sympa pour le public et les gens sont presque plus impressionnés et reconnaissants par ces courses de Superbike qu’au Bol d’or. J’ai eu plus de retombées directes hier soir que lors des courses de 24 heures. C’est étonnant parce que je suis, juste le même. C’est juste moi, simplement sur une machine et dans un autre championnat, mais ça marque les gens. Tant mieux, cela me laissera de bons souvenirs. »

 

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V. PHILIPPE en lutte avec BADOVINI_ Photo Gilles VITRY autonewsinfo

 

Vincent nous ayant rappelé avoir hésité à dire oui pour ce remplacement, parce qu’il voulait le faire dans de bonnes conditions, sans pression excessive et obligation de résultat, nous précise qu’il a passé un super week-end avec une expérience incroyable sur une moto exceptionnelle, très bien préparée.
Cette épreuve française en Mondial SUPERBIKE fut pour toi comme un rêve éveillé, au lendemain de ta prestation remarquable et remarquée, quels sont les 3 ou 4 points que tu voudrais retenir ?

« Au départ j’y suis allé vraiment tranquille. J’ai tout de suite vu que, pour les gens c’était important, une aventure incroyable et moi, j’ai pris ça plutôt à la légère. J’ai bien fait d’ailleurs parce que j’en sors content et grand. C’est vrai que je ne me suis pas tout de suite rendu compte de l’opportunité que j’avais. C’était mieux ainsi.

Je suis arrivé vraiment tranquillement sur cette course. Sur place, mon but c’était surtout de m’habituer très vite à toutes ces nouveautés, comme à la bonne époque, où il m’était facile de jouer avec tous les éléments. Ainsi, j’ai pu découvrir plein de choses et finalement, rien ne m’a vraiment surpris. Pourtant, je craignais la puissance, je craignais les pneumatiques, je craignais l’électronique mais j’ai assimilé toutes ces choses assez rapidement….et du coup, j’ai pu concrétiser une performance et surtout, un résultat en deuxième course. C’était juste incroyable. Je n’aurais pas pensé être à ce niveau là de compétition.

Je pense que tout cela c’est très bien pour notre petit monde de l’endurance. Tout le monde doit y gagner. Cela servira à des jeunes qui vont pouvoir sortir de l’endurance. Ils peuvent espérer un guidon de remplacement, comme moi j’ai pu l’attendre autant d’années. Dommage que ce soit intervenu si tard dans ma carrière, mais en tout cas, je suis content du résultat. »

 

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Ambiance décontractée et de travail au stand_ Photo Gilles VITRY autoewsinfo

 

Comment as-tu pu travailler avec une autre équipe technique que le SERT ?

« Les choses ont été très faciles. Déjà, quand je suis arrivé sur place, j’ai trouvé une équipe très sympathique, très détendue mais très professionnelle. Je me suis dit, c’est le premier jour, mais les choses vont se tendre avec la pression de la course. Et bien non, tout le monde est bien resté à sa place, faisant son petit job, un peu comme au SERT.

C’est une de mes meilleures expériences dans une équipe professionnelle. J’ai trouvé une ambiance à la fois relaxe et de travail, très agréable. Ils étaient tous là simplement pour m’aider et non pour me juger. Comme j’avais autant de choses à découvrir en si peu de temps, j’ai pleinement bénéficié des compétences des uns et des autres. Quand je connaissais des petits problèmes, tous m’aidaient à les résoudre. Je fus vraiment très heureux de cette collaboration. »

 

WSBK 2013 Magny-Cours Vincent Philippe P6 Photo David Wood suzuki Racing

WSBK 2013 Magny-Cours Vincent Philippe P6_ Photo David Wood suzuki Racing

 

On oppose souvent la vitesse et l’endurance, mais là, tu as démontré un haut niveau de performance d’un pilote d’endurance en Superbike, alors quid de cette opposition ?

« On sait qu’en endurance on fait des chronos très performants malgré des machines qui sont moins évoluées qu’en vitesse. Maintenant, on garde toujours ce doute, est ce qu’ avec une moto de vitesse, avec d’autres pneumatiques, dans un autre championnat on pourrait réaliser de la performance. Par ailleurs, on est un peu victime de cette image qui nous colle au cuir.

 

WSBK Magny-Cours Vincent Philippe Photo david Wood Suzuki Racing

Toujours prouver !_Photo david Wood Suzuki Racing

 

Les gens nous prennent un peu pour de petits pilotes d’endurance, presque pour des pilotes ratés. En fait, les pilotes se destinent à l’endurance bien souvent parce qu’ils n’ont pas eu d’autre choix, par manque d’opportunité à un moment ou par manque d’argent.

Pour moi, je savais bien quel est notre niveau, mais de là à transformer cela face au gratin Mondial, c’était une autre paire de manches. Il fallait avoir l’opportunité de le faire et, c’est si rare, que ça fait vraiment du bien à tout le monde… de l’endurance. »

 

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Un départ énergique_ Photo Gilles VITRY autonewsinfo

 

Y aura-t il une suite à cette course en Superbike ?

« C’est trop tôt pour le dire. De toute façon cela ne peut être que positif. Je suis pressenti pour un second remplacement sur JEREZ. On va voir Leon CAMIER s’essayer au niveau de la machine et, il serait tout à fait normal que, s’il se sent en état, il reprenne sa place en Espagne pour la dernière manche de la saison. 

Maintenant, il suffit d’une fois, montrer ce que l’on vaut ce que l’on est capable de faire et après, on a d’autres propositions qui peuvent suivre derrière. On a vu cela avec Damian CUDLIN. C’est comme toujours, il faut toujours prouver.

Pour le public il est difficile de comprendre pourquoi un pilote multi champion du monde ne peut pas être promu dans un autre championnat. Nous savons bien qu’il n’y a pas de vases communicants entre les divers championnats et les différents teams de la même marque.

Il faut toujours prouver que l’on est performant avec une moto donnée, dans un championnat donné. C’est donc une expérience, qui je l’espère, servira à tout le monde. Je pense à des jeunes loups de l’endurance, comme Grégory LEBLANC, qui aurait largement mérité sa place ce week-end. »

 

Grosse attaque de Vincent PHILIPPE N° 52_ Photo Gilles VITRY autonewsinfo

Grosse attaque de Vincent PHILIPPE N° 52_ Photo Gilles VITRY autonewsinfo

Après ces propos empreints de sagesse, bon sens et réalisme, Vincent PHILIPPE s’en allé rouler à vélo sur les routes du Haut Doubs, qu’il affectionne pour se laver la tête après les courses et récupérer des tensions qu’elles génèrent tant physiquement que psychologiquement. Pour terminer la saison, il va se consacrer à la préparation des quatre motos pour le Scorpion Master, fin novembre sur le circuit Paul Ricard.

Alors qu’il se faisait une joie de disputer le MYTHIC RALLY au Maroc, accompagné d’amis du SERT du 23 octobre au 4 novembre, il a appris l’annulation de cette épreuve pour cause de tracasseries faites à l’organisateur. Cela lui permettra d’être totalement disponible, pour éventuellement répondre présent, à Jerez, au cas où !

 

Vincent PHILIPPE satisfait de l’expérience !_Photo David Wood suzuki Racing

 

Alain MONNOT
Photos : Gilles VITRY autonewsinfo et David WOOD

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