DRAGSTERS AU CASTELLET: COUP D’ESSAI, COUP DE MAITRE!

 

Il y a trente ans les 5 et 6 septembre 1980, Philippe Debarle et Gilles Gaignault, ci-devant fondateur-red-chef d’autonewsinfo, avaient créé le dragster au Mans, puis au Paul Ricard, à Monza… Avec des publics colossaux, jusqu’à 70 000 personnes au Mans.

Puis, la discipline est devenue confidentielle, renaissant petit à petit sous l’impulsion de la FFSA pour la moto, et grâce à d’autres producteurs en auto.

Mais les courses organisées ça et là dépassaient rarement les 5000 spectateurs, parfois même étaient interdites aux spectateurs pour cause de sécurité. !

Cette renaissance au Castellet  le week-end dernier, était donc attendue avec impatience… et c’est un succès considérable, près de 15 000 spectateurs pourtant sous un cagnard démentiel mais d’un enthousiasme colossal.

Rémi Morel, jeune rider en dragster, aidé de sa famille, a osé ce pari et il l’a gagné…

Formidablement gagné.

 

PLATEAU DE FOLIE… AMBIANCE CANICULAIRE, CHAUFFÉE A BLANC! 

 

On rappelle d’abord que le drag, c’est une course d’accélération en ligne droite.

Distance 402 mètres, puisqu’il s’agit d’un type de course né en Angleterre et aux USA, on court sur un quarter-mile.

Départ arrêté bien sûr.

Il y a deux conceptions du drag.

Dans la moto, Fernand Dieudonné, qui était déjà dans le drag il y a trente ans quand Gilles et Philippe ont créé la discipline en France, m’explique que l’on part deux par deux, qu’il faut mettre du gaz, ne pas brûler le départ et arriver devant l’autre…

Simple, facile à piger…

On le verra plus loin, pour l’auto c’est plus compliqué.

Ce week-end, on disputait le Championnat de France de dragster moto.

Avec toutes ses catégories, et bien dans l’ambiance « tu tournes la poignée de droite et tu coupes de premier les cellules d’arrivée »…

Fernand est aujourd’hui Vice président de la FFM aux côtés de Jacques Bolle, encore une bonne idée,  son enthousiasme n’a pas changé d’un iota, bref, un mec bien, efficace et populaire dans le milieu.

Danny Dieudonné, qui avait dû abandonner sa carrière de pilote de dragster quand son mari Fernand était patron de la vitesse à la FFM, avec des records du monde à la clé, m’a expliqué qu’elle avait tout gardé, matériel, cuirs, casques etc…

Gilles lui avait consacré un bel article dans ‘L’Equipe Magazine’ et intitulé LA FEMME CANON !!!

 

DANNY EN PLEINE ACTION

DANNY AUX COMMANDES

 

Elle s’occupe du dragster à la FFM et a assuré d’une main de fer les départs des motos, faisant former ses grilles à temps, les lâchant avec beaucoup d’autorité, de compétence et de tendresse pour ses pilotes.

Par exemple, quand il il a plu vingt minutes, la piste surchauffée n’a pas mis quatre minutes à sécher et Danny a consulté ses motards et les a lancés, un oeil sur le ciel pour vérifier que la pluie restait d’une discrétion bienvenue…

A la fois maternelle, connaissant parfaitement les conditions de roulage en sécurité et accélérant les départs au cas où la pluie tournerait au désastre…

Et il n’y a pas eu ni accident ni même dérapage au départ, preuve que son expertise est toujours intacte et que les motards connaissent parfaitement leur terrain et leur sport.

 

Des pré-grilles formées à l’heure, voilà ce que cela donne dans la moto…

 

Et on a eu des courses moto exceptionnelles, avec plus de soixante concurrents au départ, il est sûr qu’il y a trente ans, nous n’en avions pas autant!

Selon les catégories, les motos peuvent être équipées de pneus carrés à l’arrière, mais cela va changer, la seule frayeur du week-end a été un motard qui a traversé sa piste et terminé son run du mauvais côté, le pneu carré ne sert qu’à aller en ligne droite, c’est génial pour l’adhérence mais nul pour modifier un cap mal parti…

 

LE BURN OUT,POUR METTRE LES PNEUS EN TEMPERATURE

LE BURN OUT,POUR METTRE LES PNEUS EN TEMPERATURE

 

Les motos les plus puissantes disposent aussi de wheelie-bars, qui empêchent la moto de se dresser, de partir en wheeling  à l’accélération.

En revanche, dans les motos de série, on a vu des concurrents en wheeling maîtrisé sur deux cent mètres!

Les mecs ont vraiment un métier incroyable!

Avec des motos démentielles, où la fameuse BMW RR, une vraie bombe, a été très remarquée!

Bref, ambiance phénoménale et on a noté que les épreuves commençant à neuf heures pour se terminer à 21 heures, c’est trop long d’ailleurs, (l’inorganisation des grilles auto et les pannes fréquentes des chronos officiels ont fait perdre un temps fou)  le public commençait vraiment à arriver en masse très tôt le matin!

 

AUTOS: BEAU MAIS DIFFICILE A PIGER… 

 

Avant d’expliquer la difficulté du règlement auto, une constatation, le plateau, 120 autos, était totalement sublime, il ya même eu deux jet-drags (à réaction) en démo le samedi soir.

 

COCCINNELLE BELLE ET SURVITAMINEE!

COCCINNELLE BELLE ET SURVITAMINEE!

 

Bon, comment ça marche…

Il y a d’abord, pour les motos ou les autos, l’arbre de Noël, place au centre de la ligne de départ, qui permet de donner les indications (lumineuses) des différentes phases de départ, les spectateurs, au loin, voient la même chose, les flashs de l’arbre sont indiqués de chaque côté.

 

 

Deux cellules rapprochées de dix centimètres, pre-stage et stage mettent les roues avant des autos (ou des motos, c’est kif kif) dans le créneau de départ.

Puis, s’allument les feux jaunes, soit un par un, soit en même temps, et au vert on a le droit d’envoyer la purée.

Si on brûle le départ,  le feu rouge du côté du fautif s’allume, run invalidé, il a perdu.

Bon ça, c’est pour tout le monde.

On l’a dit, à moto, le premier qui coupe la ligne des 400 mètres a gagné…

En auto aussi mais avec des ajouts spécifiques. …

Ce qui n’ôte rien au spectacle grandiose, mais c’est juste un peu compliqué à piger.

 

LE KOMBI LE PLUS RAPIDE DU MONDE ET UN CONCEPT ESTHETIQUE TAVAGAUER!

LE KOMBI LE PLUS RAPIDE DU MONDE ET UN CONCEPT ESTHETIQUE EXCEPTIONNEL!

 

 

En auto, pour des raisons de sécurité, la réglementation est devenue une usine à gaz.

En course, il faut toujours couper la ligne du quater-mile en premier…

Mais, comme il n’y a pas de règles en matière de fabrication, sauf sur la sécurité, l’arceau par exemple, chaque pilote a un index, c’est à dire un temps MINIMA…

S’il court dans un temps INFERIEUR à cet index il est éliminé.

Dans certaines catégories, l’index est fixe, 16, 14, 12 secondes…

Dans d’autres, l’index est choisi par le concurrent.

Exemple, 9, 4 secondes…

Ce qui le fait courir dans telle ou telle catégorie.

S’il choisit un index trop haut, il ne pourra pas utiliser toute sa puissance.

S’il le choisit trop bas, il se retrouvera avec des autos plus puissantes que lui…

Bref, il faut, pour gagner, il faut passer devant ET être au dessus de son index, sinon, on est « break out », éliminé.

Même si on est arrivé devant…

C’est donc en même temps, une course d’accélération ET de régularité.

Mais là où on arrive dans le truc inexplicable au non-initié, c’est que si deux concurrents au départ, qui sont dans la même série, ont un index différent, pour simplifier l’exemple, l’un à neuf secondes cinq-dixièmes, l’autre à dix secondes, les feux verts seront décalés d’autant, autrement dit pour que l’arrivée soit juste, on « handicape » l’index le plus faible dès le départ.

Dans notre exemple, celui qui a un index de 9,5 secondes verra apparaître son feu vert une demi-seconde après celui qui a l’index de dix secondes.

Et vous ne pouvez pâs imaginer le nombre d’autos qui sont arrivées devant et qui ont été éliminées soit au feu rouge, soit au break out…

Il faut du talent et une concentration en titane pour gagner ce genre de course!

Depuis nos preemiers émois il ya trente ans, les autos « top fuel » avec leurs flammes de nitro de cinq mètres sont interdites, pour des raisons de sécurité.

 

UN RAIL

UN RAIL

 

Mais les plus puissantes, on les appelle des « rails  » quand le moteur est à l’arrière et des « Altered » quand le moteur est devant, sortent quand même 2000 chevaux, 1500 sur la préparation d’origine et 500 de plus avec adjonction de protoxyde d’azote, qui n’est pas un carburant mais un comburant, inoffensif sur le plan de la sécurité et de l’environnement mais très efficace quand on envoie du lourd.

 

UN ALTERED

UN ALTERED

 

Les Burn-out, séances de mise en chauffe des pneus sont toujours très spectaculaires et, même avec boules Quies au fond des oreilles et les doigts pour boucher encore mieux, ça vous fait trembler toute la carcasse.

 

BURN OUT SYMPA ET CAISSE ORIGINALE

BURN OUT SYMPA ET CAISSE ORIGINALE

 

En somme, le spectacle est toujours là, de ce côté là, le Castellet 2013 est totalement comparable à ce que l’on a pu y voir et surtout y ressentir il ya trente ans!

Le succès massif de l’évènement est là pour le prouver.

 

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En revanche, de grâce, et ce n’est ni la faute de l’organisateur Remi Morel  ni du circuit Paul Ricard mais bien des promoteurs du Trophée ATD, qui s’occupaient de la partie auto…

Maintenant que vous entrez dans le grand monde, apprenez à faire des pré-grilles, apprenez la rigueur, apprenez à faire travailler des chronométreurs compétents et le spectacle sera toujours aussi beau mais on ne fera pas attendre 15 000 personnes, courageuses d’ailleurs, pas une plainte, en plein cagnard, pendant des quarts d’heures entiers…

C’est le seul hic mais il conditionne le retour et la multiplication des spectateurs pour les prochaines épreuves, on espère bien entendu que le dragster français reviendra dans cet endroit prestigieux et célèbre dans le monde entier!

Le  dragster en France a retrouvé sa magie, il a retrouvé son public, il doit maintenant, en catégorie auto, retrouver sa rigueur et sa densité…

Mais organisateur et circuit sont me semble t’il d’accord sur ce point, et ces gens savent redresser la barre de façon très efficace!

Les noms des vainqueurs catégorie par catégorie:

Autos:

Super Pro ET: Sébastien Lajoux

Pto ET :Olivier Mourier

Juniors: Quentin Steinegger.

Street Run A: Laurent Arnould

Street Run B: Laurent Bedrines

Street Run C: Hervé Demaison

Motos:

Promotion: Thierry Sence et Patrice Auriel

Street Bike: Sébastien Guillemot

Super Street Bike: Jean Luc Simoes

Street Twin: Gilles Almolda

Super Street Twin: Yann Genissieux 

Competition Bike: David Simon

 

 

ANIMATIONS FOLLES…

 

Bien sûr, c’est une tradition, en dehors des courses, l’organisation a prévu des animations très pointues, où là encore le public n’a pas caché son enthousiasme.

Deux Stunt Men (cascadeurs) ont fait des trucs inimaginables à moto, dopés par un public les encourageant de la voix pour ceux des tribunes qui étaient proches, et des gestes pour ceux qui étaient en haut du bâtiment des stands.

 

 

Les drifters, glisseurs d’enfer sur quatre roues, éraient de la partie, ils  ont même emmené des passagers  dans leurs figures de style très impressionnantes…

Une parade magnifique a roulé sur le circuit, avec des centaines d’autos et de motos concept, custom, ou simplement vintage avec mise en scène et costumes d’époque, qui ne sont pas venues pour faire la compète mais pour le plaisir d’être vues…

Sublime.

 

JET DRAG:INFERNALEMENT BEAU...

JET DRAG:INFERNALEMENT BEAU…

 

Il ya eu d’excellents concerts le samedi soir et surtout, clou de la soirée sur la piste, le passage successif de deux jet-drag, fonctionnant avec un moteur à réaction d’avion de chasse, en PC, alias post combustion, les bestiaux sortent un genre 6000 chevaux et pilote et passager, ils étaient en paire à bord, se prennent six ‘G » dans la gueule.

 

 

La conclusion?

C’est toujours le public qui a raison et il a sublimé la réussite de ce projet.

Quant aux pilotes, des séries les moins connues jusqu’aux monstres,  qui sont venus pour la première fois sur un circuit de cette renommée, ils étaient tous aux anges… dans cet enfer de bruit et de fureur.

Bravo encore à l’organisation et on l’espère, vivement l’an prochain au Castellet!

 

JEAN LOUIS BERNARDELLI

 PHOTOS : ORGANISATION ET TEAMS

 

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