ENDURANCE. RETRO ALPINE AU MANS. LE BLEU PASSE … AU JAUNE POUR UNE VICTOIRE AU MANS !

 Le bleu passe au jaune pour une victoire au Mans

ALPINE 1978 PIRONI JAUSSAUD avec Gerard LARROUSSE 24 H DU MANS 1er photo BERLINETTE Jean Jacques MANCEL pour autonewsinfo   Le 1er janvier 1973, officiellement, Renault prend possession d’Alpine. C’est l’année du titre en Championnat du monde des Rallyes. Andruet, Darniche, Nicolas, Thérier, Piot, Vinatier, un escadrille Française est partie à la conquête du graal et les Berlinettes règnent sur le monde. Sur les circuit la légende continue et si les  »3 litres » de Dieppe disparaissent des écrans, une nouvelle voiture est en train de naître, elle fera date dans l’histoire du sport automobile Français. Pendant que le  »privé » Matra, en fait très lié à l’Etat puisque c’est l’un des principaux fournisseurs de l’armée Française avec ses missilles sol-air-mer, commence à cueillir de magnifiques lauriers au Mans décrochant une toute 1ere victoire en 1972, la Régie Nationale des Usines Renault connait une de ses plus grandes grèves de son histoire. Les OS… du Mans, se révoltent et un peu en dehors des structures syndicales déclenchent une lutte fort longue (6 semaines) dans l’usine mancelle. On avait entrevu la radicalité des ouvriers manceaux en 1967, on la retrouve en 1973 avec plus de dix mille ouvriers déterminés à se faire entendre par une direction très liée à l’appareil d’état.  »Quand Renault éternue, c’est la France qui s’enrhume » disait-on à l’époque. C’est dans ce climat tendu qu’Alpine passe au losange et les patrons de la grande entreprise nationale n’ont de cesse de relativiser le nom de leur nouvelle acquisition. Un peu emberlificotés dans le dépôt de marque, ils prétextent une homonymie avec l’autre Alpine, le fabricant d’autoradio de luxe pour tenter d’évacuer tout ce qui fait référence à Dieppe et la berlinette. Je me souviens d’un parc de la Coupe R5 Alpine, tout surpris de devoir enlever du logo leurs montures le nom de la firme de Jean Redelé !

François GUITER l'homme de ELF, a l'origine du renouveau du sport automobile en France, avec Alain PROST.Photo autonewsinfo

François GUITER l’homme de ELF, a l’origine du renouveau du sport automobile en France, avec Alain PROST.Photo autonewsinfo

Pourtant, sous l’impulsion de deux hommes, Alpine subsistera et malgré la volonté des hommes du marketing, peu inspirés, Jean Terramorsi directeur de Renault Gordini et François Guitter, directeur de la compétition chez Elf, seront à l’origine de la fabrication d’un nouveau moteur, un V6,  mis en chantier en 1972. Le 1er mai 1973, c’est une Alpine-Renault bleue qui est engagée à Magny-Cours. Jean-Pierrre Jabouille est aux commandes du prototype appelé A440. C’est sans doute le début d’une immense histoire. Pendant que les berlinettes bataillent et triomphent en Championnat du monde des Rallyes, avec l’escadrille des pilotes tricolores et formée de Jean Claude Andruet, Jean Luc Thérier, Jean Pierre Nicolas, Bernard Darniche et Jean Francois Piot, le jeune François Cevert, obtient une magnifique victoire au très prestigieux Grand Prix de Pau au volant d’une Alpine F2 et Alain Serpaggi fait de même en F3. Alpine gagne sur tous les terrains mais chez Renault, malgré tous ces lauriers, on digère mal, très mal la victoire du concurrent Matra, au Mans !

Objectif Le Mans

 ALPINE 1976 EQUIPAGE Feminin Lella LOMBARDI Marie Claude BEAUMONT Photo BERLINETTE jean Jacques MANCEL pour autonewsinfo

ALPINE 1976 ÉQUIPAGE Féminin : Lella LOMBARDI -Marie Claude BEAUMONT.  Photo BERLINETTE.  Jean Jacques MANCEL pour autonewsinfo

C’est du haut des bureaux de Billancourt que vient le message : Renault part à l’assaut de l’endurance et c’est Alpine qui est chargé du programme. L’objectif affirmé est de l’emporter dans le nouveau Championnat d’Europe des Sports Prototypes deux litres. Mais là ne s’arrête pas la consigne. Sans trop le crier mais en étant explicite quand même, la direction de Renault veut chasser sans doute les vieux démons manceaux. Le message est clair,  le projet au final, c’est qu’une véritable marque automobile et non pas un fabriquant d’armes, Renault donc, remporte les 24 Heures du Mans. Au bureau d’étude de Renault, André de Cortanze qui fut aussi pilote en son temps, fourmille d’idées. Il redessine le châssis de l’A440 et c’est à Marcel Hubert qu’est confié le soin des études aéro. Le moteur devient porteur, les liaisons au sol de l’A440 sont considérablement retravaillées. L’A 441 est née. Mais là ne s’arrête pas l’évolution puisque désormais, cette Alpine est… jaune, blanche et noire. Autrement dit, plus Renault que jamais. Première course, au Castellet et première victoire, Alain Cudini, sans doute le meilleur d’une fantastique génération de pilotes, l’emporte. Il récidive à Montlhéry pour une épreuve du Championnat national (si si, il y en avait à l’époque). Larousse, Alain Sepaggi, et Jean-Pierre Jabouille réalise cette année-là, un triplé spectaculaire qui en dit long sur la compétitivité de cette A 441 en 2 litres. La montée en puissance continue en 1975. Avec l’arrivée du turbo dont Renault possède un début de maîtrise, le 2 litres atmo passe à 490 CV, de quoi aller chatouiller les voitures du Championnat du Monde des Marques. C’est un châssis de transition, le A 444-1 qui est engagé le 23 mars au Mugello, piloté par Larrousse et Jabouille. Il faudra attendre néanmoins les 1000 Kilomètres de Monza, le 20 avril pour que l’Alpine-Renault Turbo fasse monter son équipage sur la troisième marche du podium. Mais cette voiture ne peut rouler au Mans puisque le règlement ACO interdit les turbos. C’est donc une voiture atmo, une 2 litres, qui est confiée à Marie-Claude Beaumont et Lella Lombardi, qui aura à charge de défendre les couleurs de Renault. Belle séance d’essai des deux femmes qui place la petite 2 litres au 8ème rang des essais. Un problème d’alimentation essence les contraindra, hélas, à l’abandon en course. A la tête de Renault, le nouveau PDG, Bernard Hanon décide d’intensifier les efforts de Renault en Endurance. Il tient à ce que le Losange gagne au Mans et c’est Gérard Larrousse qu’il missionne pour réaliser cet objectif. Rappelons que le principal concurrent d’alors s’appelle Porsche, la référence absolue en matière d’endurance. Renault Sports est donc officiellement crée cette année- là, la structure étant basée dans de nouveaux locaux dénommés  Usine Amédée Gordini et situés à Viry-Chatillon au sud de Paris. Tout est donc ramené sur la banlieue parisienne et Dieppe peu à peu tombe dans l’endormissement.

Une ambition sportive mondiale

LA RENAULT ALPINE A442 Vicctorieuse des 24 Heures du MANS 1978 avec le tandem PIRONI-JAUSSAUD

LA RENAULT ALPINE A442 Vicctorieuse des 24 Heures du MANS 1978 avec le tandem PIRONI-JAUSSAUD

Le projet de Bernard Hanon est immense. Ce qui commence à se mettre en place alors, va révolutionner le paysage du sport automobile mondial. Rappelons quand même qu’à part Indianapaolis avec les moteurs Offenhauser, nul circuit ne voyait évoluer des groupes turbo compressés. Alors quand les ingénieurs de Renault, sous la responsabilités de Bernard Dudot commencèrent à travailler sur cette technologie, personne ou presque ne les prit au sérieux ! Sauf les ingénieurs de Porsche qui travaillaient, eux-aussi, dans la même direction. Fin 1975, Larrousse recrute une  »  Dream Team ». Tant au niveau des techniciens, ingénieurs, mécaniciens qu’au niveau des pilotes, puisque c’est une véritable armada de brillants français, qui est chargée de faire gagner Alpine-Renault. Jabouille, Depailler, Pescarolo, Tambay, Jarier déboulent en Championnat du monde d’endurance, bousculant quelque peu la hiérrachie. Mais cette débauche de moyens manque furieusement d’expérience de la spécialité et les frenchies s’illustrent par de tonitruants épisodes. Comme ce spectaculaire carambolage entre … deux Alpine-Renault, lors du premier tour des 300 kilomètres du Nürburgring, lequel coûta un châssis, le A 442-0 et endommageant sérieusement le second, le A 442-1 !!! En proie à de multiples problèmes techniques, Renault apprend, apprend et apprend encore. Pas facile de dompter ce moteur turbo qui envoie de la puissance quand il en a envie… ah,ce fameux temps de réponse qui rendait les voitures capricieuses et redoutables à maîtriser! Mais non seulement il fallait apprendre le maniement de ce surcroît de puissance, il fallait aussi résoudre les problèmes techniques liés à la transmission de celle-ci. Les boîtes explosaient avec d’insolubles soucis de couples coniques. Renault, alors mit sa puissance industrielle au service du département sportif. Dans les usines, les bureaux d’études, un peu partout dans la grande entreprise, des hommes se mirent au travail. Au Mans, spécialisés dans l’usinage d’alliage  »pointus » certains collaborateurs se mirent à travailler sur les couples coniques, véritable maladie des A 442. Souvent les mêmes qui avaient fait trembler les murs des bureaux des patrons lors des grèves dures et radicales se mirent à l’ouvrage, galvanisés par l’enjeu : faire de leur entreprise une actrice majeure du sport automobile mondial. Avec la même énergie que lorsqu’il fallait ferrailler avec les CRS, des tourneurs, des outilleurs, des techniciens se mirent à l’unisson et c’est une immense machine qui travailla à faire de l’Alpine Renault une machine à gagner. La F1 bien évidemment profita de cet effort gigantesque. Pendant ce temps là, les choses ne s’amélioraient pas pour les pilotes de Renault puisqu’à Imola, trois voitures cassèrent. Il fut alors décidé de n’engager qu’une seule voiture au Mans, celle de Tambay et Jabouille qui s’illustra aux essais, puisqu’elle partit en pôle à 230 km/h de moyenne après avoir été chronométrée à 337 km/h sur les Hunaudières. Une rupture de piston arrêtera avant la mi-course, la démonstration. Mais l’immense machine Renault était en route et personne ne pourra plus l’arrêter. En 1977, un gros recentrage est opéré sur les 24 Heures. Quatre voitures sont au départ, un gros programme d’essais avec de nombreux tests d’endurance. Gilles Gaignault se souvient d’un commando  tournant jusqu’aux Etats-Unis où Jean-Pierre Jabouille et Jean-Pierre Jaussaud se coltinèrent plusieurs semaines durant des tests sur la piste de Columbus. Normalement tout est en place pour une grosse performance en terre sarthoise. Pôle de Jabouille et grosse envolée dès le départ. Et patatras, encore les pistons, pas une des  »Jaune-et-Noir » ne rallie l’arrivée ! Malgré cette nouvelle débâcle, chez Renault, on ne baisse pas les bras, loin de là …. Bien au contraire,  ça travaillait dur et fort. Un immense élan s’empara de toute l’entreprise et en 1978, tout ou presque semble être en place.

VICTOIRE AUX 24 HEURES DU MANS 1978

24HEURES DU MANS 1978 Alpine-Renault--A442-B

    Désormais, les pistons ne cassent plus. En aéro, Marcel Hubert a lui aussi beaucoup travaillé et lors des essais du Mans, une bulle fait office de toit et donne à la nouvelle A442 ou 443 une efficacité redoutable face à une armade Porsche des plus impressionnantes. Quatre voitures sont à nouveau engagées au Mans  et Depailler signe le second temps des essais avec un 369 km/h, un tour en 3’28 »4 qui reste à ce jour, la meilleure performance d’une Alpine au Mans. C’est cette voiture qui sèmera une belle panique chez Porsche, les contraignant à hausser sans cesse le ton. Au petit matin, l’Alpine Renault de Depailler-Jabouille, semble avoir brisé la concurrence et par prudence, les ingénieurs décident alors de baisser la pression de turbo. On le sait désormais, c’est un exercice souvent douloureux pour les moteurs et encore une fois, c’est un piston qui met fin à la démonstration. Jarier et Bell avaient déja, eux, abandonné sur rupture du couple conique.   ALPINE 1978 PIRONI JAUSSAUD foncent vers la victoire photo BERLINETTE Jean Jacques MANCEL pour autonewsinfo (1)   C’est sur les épaules de l’équipage Jaussaud-Pironi, que reposent les espoirs de toute une entreprise. Ils sont en effet nombreux les gars de la RNUR (Régie Nationale des Usines Renault) derrière les barrières du circuit Manceau. Désormais, la seule et unique Alpine-Renault qui reste encore en course est leur fierté, leur espoir, leur vie d’honnêtes hommes. Pour la première fois sans doute, ils semblent capables de faire trembler le colosse Allemand… comme un  »revival » d’une période noire mais pas si lointaine pour bon nombres d’entre eux. Enfin, en ce dimanche 11 juin 1978, à 16 heures, l’Alpine-Renault, la N° 2, passe victorieusement  la ligne d’arrivée. La voiture Française a terrassé les Porsche et pour la toute première fois, Renault inscrit son nom au palmarès de la plus grande course  d’endurance du monde. Renault a gagné son pari : Vaincre au Mans comme l’avait fait l’autre écurie Française, Matra.

HONNEUR DE DESCENDRE LES CHAMPS-ELYSÉES…

ALPINE 1978 PIRONI JAUSSAUD Dscente des CHAMPS ELYSEES apres la victoire au MANS Le 11 juin photo BERLINETTE Jean Jacques MANCEL pour autonewsinfo   Renault-Alpine, ne remettra pas son titre en jeu, l’année suivante et ne reviendra plus au Mans. Au grand dam de nombreux amoureux de la classique Sarthoise. Sans doute une erreur car les voitures Françaises semblaient aptes à dominer encore mais tout en haut du staff Renault, la décision avait été prise, faire profiter la F1 de l’expérience immense acquise en endurance. C’est évidemment grâce au Mans que le constructeur Français réussit son immense pari : devenir le meilleur motoriste en course  de la planète Place désormais à la F1 et ses Grands Prix. Les années ont passées…

GP de France de F1 a-Dijon- Le 1er juillet 1979-victoire- de Jean Pierre Jabouille.Photo Bernard ASSET

GP de France de F1 a-Dijon- Le 1er juillet 1979-victoire- de Jean Pierre Jabouille.Photo Bernard ASSET

Renault après l’épisode du Mans, a commencé à gagner en GP. Remportant le 1er juillet 1979  le GP de France à Dijon avec une monoplace 100% tricolore : châssis, moteur, pneumatiques (Michelin) et pilote : Jean Pierre Jabouille. Ce fut le début d’une nouvelle histoire, une formidable aventure qui allait déboucher sur les titres de Champion du monde, à la pelle avec les Mansell, Hill, Villeneuve, Schumacher et Prost… Et qui se poursuit encore aujourd’hui avec l’équipe Red Bull, multiple Championne du monde – titre et constructeur – grâce au dernier né des moteurs Renault. Sans oublier les écuries Williams-Renault et Lotus-Renault qui continuent de gagner des GP   Jean-Michel LE ROY Photos : Jean-Jacques MANCEL – Berlinette   RENAULT F1  LE MOTEUR CHAMPION

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