RALLYE NEIGE ET GLACE: RASPOUTITZA…

 

Le dégel est pour beaucoup de gens une bonne nouvelle,… Traduit en russe, et devenant donc Raspoutitza, ce mot est passé à la postérité car il est la cause de l’embourbement puis du désastre qu’ont été les campagnes en Russie de Napoléon et plus tard, de Von Paulus à Stalingrad.  Sous cette appellation, il est plutôt synonyme de défaite que de réveil de la nature…

Nature qui a joué un vilain tour ce lundi aux concurrents du Neige et Glace dans le Jura-Doubs, après avoir fait cadeau de deux jours de neige d’une beauté absolue, le dégel a transformé la neige épaisse en piège pervers.

 

 EDEN D’ABORD… 

 

Avant de vivre (mal…) le dégel, on avait d’abord découvert que pendant la nuit, il était tombé un paquet de neige.

Et au petit matin frisquet, malgré un ciel bas comme une chanson de Brel, on a frissonné de plaisir comme les poètes que nous sommes…

Frisson?  Y’a t’il plus beau et plus unique que cette 356 mieux restaurée qu’un tableau de Vinci.?

Voici nos oeuvres d’art, qui coûtent d’ailleurs parfois aussi cher qu’un tableau de maître!

 

 

 

Du coup,  les premières spéciales de la journée ont été sublimes.

Avec des passages de folie…

On a vu ci-dessus la flamboyance de la Quattro de Jean Conreau…

On a évidemment repensé à Trintignant, Lelouch, Anouk Aimée, la plage de Deauville les phares allumés, Monte Carlo sous la neige… au passage de la Mustang du Suisse Claude Terrier…

 

 

On a adoré ceux qui envoient du lourd, sur ces voitures idéales pour la régularité, une fois réglées pour la neige, que sont les Porsche 914, ici celle du Belge Reuter…

Merci une fois, deux fois, mille fois…

 

 

On a rencontré, en plein milieu de la spéciale, Monsieur le Maire de la commune qui possède la forêt,qui nous reçoit chez lui en somme, un homme passionné par son pays, expliquant aux parigots que nous sommes la différence entre un sapin et un épicéa, racontant qu’un arbre met cinquante ans avant d’être utilisable, et que les ancêtres qui les ont plantés jouaient déjà pour leurs petits enfants.

Monsieur le Maire est aussi un passionné, en particulier par les Cooper…

Ce genre de rencontre n’est vraiment possible qu’ici…

 

 

 

Et on a vu notre héros Henri Pescarolo passer de façon royale!

Sa majesté le Roi Henri et son incroyable dauphin, Michel Périn…

Henri qui nous glisse à l’occasion d’un contrôle que dans la soupe, l’idéal serait de rouler avec des pneus de vélo, ce qui est loin d’être son cas, il découvre le soupe-planing!

 

 

 

Et on le verra, il a, hélas, raison…

La soupe?

Et oui, la neige devient merdique, il fait trop chaud, deux degrés, et il pleut!

Et du coup, la belle histoire va s’enrhumer un peu…

 

 NEIGE ET GLACE TOURNE AU SOUPE AU LAIT… 

LE LEADER BLOQUE LE RALLYE!

 

Evoquer la retraite de Russie dans cet endroit surnommé « La Petite Sibérie »  est savoureux parce qu’en  effet, c’est la région plus froide de France en hiver mais ses fins d’hiver ont aussi la violence de ses cousines du Grand Nord Russe…

Bref, comme il encore pas mal neigé la nuit précédente, la route est couverte d’une neige qui v’a s’alourdir parce qu’elle fond et en plus, cela dépend des versants sur lesquels on roule, ou de l’altitude, ce qui tombe du ciel est soit de la neige soit de la pluie et les routes deviennent franchement hostiles.

Les ornières de neige lourde balancent les autos un peu dans tous les sens, façon « skaker », et si par hasard on mord le bas côté, la neige accumulée devient une montagne de glu…

Alors,dans ces conditions difficiles,  on est joyeusement sorti de piste, avec peu de casse mais de belles histoires à raconter à l’arrivée, avec de temps en temps une parfaite mauvaise foi et la tentation, faute de remporter la bagarre en spéciale, de s’assurer la bienveillance du public  avec les meilleures vannes…

Ainsi, Jean Conreau, au volant de son Audi Quattro Groupe B, un peu plus de 300 chevaux, est- il passé devant nous dans un bruit sublime, digne  de cette grande époque du rallye, mais un peu plus loin, devant le choix cornélien entre un arbre qui lui arrivait en pleine tronche et un talus qui lui tendait son attirant vide, il a choisi la deuxième solution et est allé vraiment jardiner parce que, dit-il, ce n’est pas le tout d’éviter cette vacherie d’arbre, de se retrouver sur les quatre roues en bas du (très haut…) talus, après, faut encore remonter et là aucun droit à l’erreur!

André Lausberg, lui, y est allé juste devant nous.

C’est la photo d’ouverture de ce reportage.

Posé sur un tas de neige lourde!

Sous les yeux du maire du village évoqué ci-dessus, puis avec son aide, la lourde Porsche va sortir de sa gangue.

Mais ça ne se fait pas tout seul!

N’arrivant pas à dégager la Porsche qui n’avait vraiment pas fait semblant de se planter, il est allé chercher sa petite voiture et a sorti la peu glorieuse allemande auto et son peu fier belge pilote en les tirant à la corde…

Les gens du Doubs sont charmants, l’accueil est royal.

Mais revenons à cette difficile journée pour les autres…

Viandage aussi pour Pescarolo, embarqué par une vacherie de trace dans la soupe épaisse, une roue sur le bas côté, la barre à tribord toute, un poteau qui arrive à toute vitesse, on évite le poteau, et on est dans in piège de neige fondue dont le grand se sort avec un beau « ouf! »

Michel Périn raconte la scène avec une admiration sans bornes car, dit-il, Henri est passé à une feuille de papier du poteau alors qu’il visait déjà la sortie…

Vingt cinq secondes perdues pour des roues trop larges….

Et la onzième place au général, après quelques autres peccadilles.

Rappel: au classement général,  Pesca et son copilote Michel Périn  sont troisièmes, juste derrière Yves Deflandre.

Le leader a disparu, ils sont donc logiquement une minute derrière Deflandre, quand on traverse un paysage magnifique, une sorte de plateau sur lequel souffle un vent assez violent, qui a formé une épaisseur colossale de neige sur la route.

Notre Duster 4X4  journalisto-photographique est passé en se faisant un peu secouer et nous laissons sur place un photographe, Richard, au cas où…

Et  il ne sera pas déçu!

Voyez le résultat!

 

 

Nous, plus haut, nous ne verrons rien.

Cette spéciale va s’arrêter là.

Que s’est il passé?

Yves Deflandre se plante dans une ornière et reste collé.

Sa voiture est très basse avec un becquet énorme à l’avant.

Et il bloque toutes les autres autos derrière, la route est étroite, on sait que les bas côtés sont un piège , impossible de doubler et impossible de faire demi-tour.

Dans ces cas-là, en rallye, c’est simple, et cela a été les plus grandes histoires du Monte Carlo, celui qui passe gagne le rallye!

Pescarolo sait que si la route se libère, il passera.

Mais Deflandre reste scotché.

Henri décide de contourner dans la neige épaisse façon mélasse mais il lui faut de l’élan..

Mais entre-temps, la spéciale est annulée.

Et oui, le sport de haut niveau, c’est parfois frustrant mais c’est comme ça.

Une fois les autos sorties de l’enfer blanc (jaunasse au bout d’un moment, la terre s’en mêle…), on repart vers la spéciale suivante…

Comme la spéciale a été annulée, puisque personne n’est passé, aucune pénalité ni pour ceux qui ont été bloqués ni pour celui qui s’est planté en bloquant tout le monde.

Et au soir, Yves Deflandre est en tête du Rallye.

Il y a d’ailleurs trois belges aux trois premières places, Deflandre, Reuer et Vandewauver.

C’est logique, ils sont les plus forts.

Mais… je remarque que quand on ouvre, on est donc leader, si l’on se plante, on a tout intérêt à ce que personne ne passe.

Je dois être mauvaise langue…

 

JEAN LOUIS BERNARDELLI

Photos :  TOM ZANIROLI et RICHARD BORD

 

 

 

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