RALLYE NEIGE ET GLACE, JOUR TROIS: IMAGES EN NOIR ET BLANC…

 

Normalement, au mois de février, la région du Jura-Doubs est toute blanche, sous un joli manteau de neige poli par un froid sec intense… Alors quand la température monte à trois degrés et qu’il pleut, la pureté cristalline s’en va, lavée par un nuage sombre inélégant, et les routes de forêt tracées par Zaniroli, les bijoux qui sont le secret de ce rallye, et le bonheur de ses concurrents, redeviennent des rubans de goudron noir, pas sans intérêt, on est toujours en course de régularité, mais on n’est pas venu pour ça. Et puis, il y a le destin, qui a le droit de rigoler jaune dans cet univers goudronneux, en parsemant le décor de quelques langues de neige résiduelles… Et là…

 

SURPRISES-SURPRISES!

 

 

La première surprise de la journée, une bonne surprise, est que Patrick Zaniroli, l’organisateur du Neige et Glace,  me propose de monter à bord de sa voiture.

Patrick, alias « Zoulou », c’est le Z de l’alphabet international,  fait l’ouvreur du rallye, une heure avant le premier concurrent, pour vérifier le road-book une dernière fois ainsi que la présence au bon endroit des contrôleurs des départs de spéciales.

Il est navigateur, un de ses amis conduit l’auto et je fais l’observateur… privilégié.

Deuxième (moins bonne) surprise de la journée, les routes sont noires, le goudron réapparaît, ce n’est pas laid ce trait noir qui traverse des paysages bordés de murs de neige  pouvant dépasser un mètre de haut, mais rouler sur la neige est quand même beaucoup plus amusant que sur le goudron.

On se résigne, comme tout le rallye, qui voit bien le thermomètre extérieur au dessus de zéro.

Et puis… au frais petit matin, nous somme seuls, forcément, sur une spéciale, en pleine forêt, nous sommes montés en altitude et la pluie devient grésil, puis flocons…

La route est blanche d’ailleurs, mais avec des ornières de soupe recevant de la neige fraîche, ça glisse un max, ça c’est bien, mais pas de façon très franche.

Et bien sûr on y est allés…

 

 

Faut dire que pour garder notre avance sur le Rallye, on a mis la pression sur le pilote…

C’est interminable cette sortie de route,  la voiture cisaille littéralement le mur de neige, pas très haut, sur le côté…

On s’arrête finalement, il restait dix centimètres de mur avant le grand saut, et bien sûr, comme nous sommes pressés et en début de spéciale, nous appelons à la rescousse la voiture du contrôle horaire avant que les premiers concurrents arrivent.

Les vannes fusent, les appareils photos des téléphones portables  flashent et bien sûr, quand le rallye passera plus tard, tout le monde connaîtra notre infortune…

Inutile de préciser qu’on s’est bien fait charrier…

Voir un vainqueur du Paris-Dakar pelleter, même s’il n’était pas au volant, c’est un spectacle rare…

Voir un journaliste qui balance la neige dans tous les sens  alors qu’il écrit à longueurs de papiers que la neige, il adore ça, c’est évidemment succulent…

Nous remarquons quand même que si nous étions sortis dix mètres plus loin, il n’y  avait pas de mur de neige du tout, c’était le trou direct…

Donc, merci à nos sauveurs-dénonciateurs!

Ce sera moins drôle un peu plus tard, quand la Ford Escort No 10 de Bernard Figuière et Nathalie Euvray,  sort de la route à un endroit sans mur de neige…

20 mètres de plongeon dans les rochers, le dessous de l’auto s’arrache peu à peu, le tout finit quand même à plat et dans le bon sens…

 

 

Nathalie Euvray :  » Pendant la descente, qui est interminable, j’ai surtout pensé à m’accrocher comme je le pouvais, donc c’est terrifiant mais pas de peur panique. Quand on s’arrête en bas en revanche, de  la fumée sort du capot moteur et là je panique. La peur de brûler vive!  Ma portière est coincée, j’essaie de lui donner des coups de pied mais coincée dans  ma ceinture de sécurité, je suis peu efficace, je dois donc attendre que mon pilote soit sorti de son côté pour me précipiter dehors. Une vraie trouille bleue qui me laisse encore groggy alors que ça remonte maintenant à plus de deux heures! « 

La voiture sera récupérée très peu de temps après, dans les endroits où il sent qu’il peut se passer des choses, Patrik Zaniroli laisse un 4X4 équipé de sangles et il y a  dans les villages des dépanneurs équipés de puissantes grues…

 

LE BON SAMARITAIN VIENT DE SORTIR UN CONCURRENT DE SA GANGUE DE NEIGE

 

Moins grave, la Daf  du Belge Thierry Gerome fait un tout droit, c’est un concurrent que nous aimons bien, il est tétraplégique à la suite d’un accident de moto et son auto, une Variomatic avec les équipements au volant, est une star de la régularité.

 

THIERRY GEROME

 

Il roule  bien d’ailleurs, il est à ce moment sixième au général, son coéquipier Eric Poucet le seconde de belle façon mais quand il y a sortie de route et embourbement, le navigateur est évidemment seul à pouvoir sortir pour pelleter, pousser, tirer etc… .

Le tout devant la caméra de TF1, postée, c’est logique, là où il y a de la neige, non par volonté de filmer des accidents mais parce que sur un rallye s’appelant Neige et Glace, on filme… là où il y a de la neige et de la glace!

Thierry sera finalement très content de cet incident, qui lui permet de montrer à la France entière que le handicap, quand la tête décide de ne pas se laisser mourir, c’est juste une question d’organisation…

Quelques autres sorties de route sans gravité mais au déjeuner, il y aura de la matière à discussion!

Déjeuner d’ailleurs à la salle municipale de Prémanon, station dédiée au ski de fond, on passera d’ailleurs dans l’après midi dans des endroits comme Lamoura, points de passage prestigieux de la célèbre course Transjurassienne , alias « Transju »…

Face à cette salle de Prémanon, une trouvaille étonnante, un musée polaire Paul Emile Victor, qui est né dans le coin, qui nous porte bonheur d’ailleurs car l’arrivée du rallye est saluée par une énorme averse de neige, qui redonne la banane à tout le monde…

 

HOMMAGE AU POURQUOI PAS

 

 

On y retrace l’histoire de la conquête des pôles, avec bien sûr un gros hommage au « Pourquoi Pas », le navire du Docteur Charcot, disparu dans une effroyable tempête arctique au large de l’Islande après, au fil des années, des centaine de découvertes dans le domaine de la faune et de la flore polaires.

On rentre donc sur Malbuisson par d’autres routes forestières, et des passages sur des plateaux qui nous donnent la sensation de rouler en Finlande, ici on voyage même dans la tête, d’autant plus que la neige tombe et le paysage retrouve sa blancheur.

Et reboum dans la dernière spéciale, l’Opel Manta des Belges Van Houdenove et Aubertin se plante, bloque la quasi totalité du Rallye puisqu’elle est alors dixième au général, et donc dixième en piste.

Juste derrière, il y a Pescarolo qui va les sortir du pétrin et pour ne pas pénaliser les voitures bloquées, on les créditera du temps de la dernière voiture qui est passée.

 

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Pescarolo et son équipier Michel Périn ont fait une belle journée, remontant de la onzième à la sixième place, pour devenir premier équipage 100% français, devant c’est seulement du Belge ou du Franco-Belge…

Henri qui sait, en bon « endurance king », que le temps perdu ne se rattrappe peut-être plus…

Ce qu’il en dit… « Nous allons vraiment avoir du mal a remonter tout le retard accumulé au cours de la journée de lundi. Mais ne sait-on jamais. Aujourd’hui tout s’est bien déroulé, à quelques détails près, nous remontons en 6e position. Donc Michel et moi allons tout donner, demain lors de la troisième étape qui s’annonce très intense ! »

Leader, toujours l’équipage de la Porsche 911, assez facile à remarquer, elle est orange,  emmenée par Yves Deflandre-Eddy Gully.

Deflandre, qui est donc wallon comme son nom l’indique, est content mais encore méfiant… «Je crois que ce matin, nous avons collectionné quelques scores parfaits. De quoi faire le trou sur nos principaux adversaires. Cependant, je ne sais pas si ce sera suffisant pour compenser nos petits loupés de l’après-midi…»

 

 

Dans les derniers kilomètres, apparaît enfin la vraie neige du coin, cinq centimètres, puis dix en deux heures,  nos amis d’Outre- Quiévrain ont cette jolie phrase : « Ce sont des flocons comme on n’en voit jamais plus en Belgique… » 

Paroles d’experts, heureux de savoir que la dernière journée du Neige et Glace se déroulera à nouveau dans la Grand Blanc…

 

JEAN LOUIS BERNARDELLI

PHOTOS TOM ZANIROLI, RICHARD BORD, MANU BAUCHAU

 

 

 

 

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