AFRICA RACE : HISTOIRES INCROYABLES D’UN NOUVEL AN DE FOLIE!

BONNE ANNEE!

 

Jean Louis Schlesser en auto, Elisabete Jacinto en camion, Norbert Dubois à moto, voilà le trio pour qui ce début d’année a été un cadeau.

Victoire menée de bout en bout par Dubois, gagnée avec un brio total par Jacinto et son camion Man, arrachée par Jean Louis Schlesser à la poursuite des voitures parties avant lui et devant de battre avec le trafic toute la journée.

Et une spéciale inédite, une trouvaille de génie de René Metge.

 

UNE ETAPE LÉGÈRE POUR CAUSE DE NUIT COURTE…

En ce lendemain de reveillon, René Metge a briffé ses concurrents sur l’étape à venir.

 

« Après avoir fêté le passage en 2013 en festoyant au bivouac sous les étoiles d’un ciel qu’on ne trouve que dans le Sud Marocain, les concurrents partent pour une spéciale sans grande difficulté. La première partie est composée d’une très belle piste roulante, souvent sablonneuse, rocailleuse dans le passage des cols et mauvaise dans la descente sur Mseid. Après le ravitaillement essence des motos, la grande piste roulante s’arrête brusquement au milieu de nul-part pour laisser la place à une piste le plus souvent rocailleuse dans un décor magnifique avec des passages de trial par endroit.Sorti de ce passage de souffrance, le rythme redevient rapide sur une piste gravillonneuse et parfois sablonneuse. Après les traversées de deux oueds verdoyants qui pourraient être en eau à cette époque de l’année, il restera 100 km de pur régal au niveau du pilotage sur une piste sablonneuse rapide. L’arrivée de la spéciale est installée à AS SKAN, ou RAS EL KHENFRA comme le disent les Marocains. Encore une étape que j’ai personnellement vraiment appréciée pour sa beauté et la qualité de la séance de pilotage. »

Sur la carte, on voit que l’on passe l’ancienne frontière du Sahara Espagnol, en se rapprochant vraiment de la Mauritanie, que tous les concurrents attendent avec gourmandise…

Sur la carte du jour, voici le menu…

 

MOTOS: DUBOIS PREND LES DEVANTS…

 

D’abord une jolie photo de notre ami Alain Rossignol, prise au petit matin sur une aire de départ, moment à la fois excitant et tellement terrifiant, qui a un nom, l’aventure.

Devant, on sait tout, on a préparé soigneusement son road book en surlignant de différentes couleurs les pièges selon une classification propre à chaque concurrent, mais quand même, on part vers l’inconnu, d’autant plus que les tracés de René Metge sont presque tous des créations, jamais utilisées sur d’autres rallyes et pourtant, le Maroc en reçoit des quantités invraisemblables!

 

 

Mais voilà, quand le motard prend le départ, il est seul, avec son destin et sa passion.

Nous aimons tous ces moments même si à chaque fois la question lancinante de savoir si tout le monde sera au bivouac le soir même nous taraude la tête… la nôtre, heureusemnt pas celle des concurrents, entre la lecture du road-book et le pilotage par définition rapide, on est en course, pas le temps e penser à autre chose…

Ce quatrième jour d’ailleurs, un motard n’est pas au départ.

Malheureusement, le leader des deux premiers jours n’est pas là,n’est hélas pour lui plus là, victime de deux chutes la veille.

Stefano Turchi aura fait un passage  fulgurant, laissant tout le monde très loin au classement général mais hélas, aux vitesses où l’on roule en rallye-raid, il ne faut pas tomber.

 

CAMILLE MARTENS

 

C’est donc Camille Martens, le classement donné par l’organisation a changé et ce n’est pas Norbert Dubois mais ce jeune Néelandais qui a gagné la spéciale de la veille, est donc lâché le premier, suivi par Norbert Dubois et Patrick Arnoult, une Honda et deux KTM qui se regroupent dès les premières minutes du départ.

En fait, Dubois a choppé 25 minutes de pénalité, probablement pour un way point loupé, et ce genre de décision du jury arrive toujours très tard.

Puis très vite, Dubois et Martens roulent en « KTM duo », laissant le Français Arnoult derrière eux.

L’Autrichien Frauwallner (Yamaha), les Français Palacios (KTM) et Lesage (KTM) suivent, et vient ensuite le Belge Martin Fontyn, second au classement général devant Arnoult et Dubois.

On roule bien, 80 km/h, un bon rythme pour attaquer la journée.

On sait, le Sachem Metge l’a dit, que les vacheries de la piste sont beaucoup plus loin.

Après trois quart d’heures de course, Martens s’arrête. Il repart très vite et rejoint Dubois.

Pour l’instant, sur une piste belle et facile à suivre, la situation ne bouge pas, Dubois, Martens, Arnoult, Frauwallner, Palacios, Fontyn, Lesage, Conreau.

Le belge Fontyn qui a perdu un temps monstre la veille et qui ménage clairement sa moto.

 

MARTIN FONTYN

 

Devant, jusqu’au ravitaillement, le duo de tête Martens -Dubois, roule ensemble.

C’est maintenant que la piste va devenir infernale, a dit Metge au briefing…

On a fait une grosse moitié du parcours en 2heures trente.

Et le fait est qu’en effet, ça se complique sévère!

De la caillassee et au Maroc, quand ça devient cassant, c’est une horreur.

Martens et Dubois roulent toujours ensemble mais… à 25 km/h…

Arnoult est toujours troisième, Frauwallner le suit fidèlement, ces deux pilotes roulent japaonais, Honda pour le Français, Yamaha pour l’Autrichien.

Dubois a pris la tête et ouvre la piste, Arnoult s’est arrêté , il est vite reparti mais  Frauwallner est maintenant troisième, derrière Martens.

Arnoult le repasse.

Na!

Devant, à quarante km de l’arrivée, on roule à nouveau très bien depuis un bon bout de temps, Dubois est devant Martens, il faut juste espérer qu’il ne se prendra pas encore une pénalité comme la veille…

 

NORBERT DUBOIS

 

Cela dit, au général, Dubois a trente deux minutes de retard sur Martens, peu probable qu’il arrive à lui en reprendre autant de toute façon….

Martens sait très bien ce qu’il fait en roulant derrière Dubois, pas loin…

Sauf qu’il s’arrête…

Pas longtemps, le destin a été généreux…

Il est à 5 km de Dubois.

C’est donc un motard qui a l’honneur de passer le premier sous l’arche d’arrivée, Pélichet, le leader auto est encore loin quand Norbert Dubois coupe la ligne.

Martens arrive neuf minutes plus tard, il reste donc leader au général.

Fontyn et Arnoult arrivent ensuite.

Les vrais résultats ce sont les ordinateurs et les commissaires qui les donnent et on va devoir attendre un peu de temps…

Parce qu’il faut attendre l’arrivée de presque tout le monde, un motard parti en dernier peut avoir fait une étape de folie!

 

Classement général après la quatrième étape:

1.MARTENS Guillaume, NL,  KTM . 2. FONTYN Martin, B,  KTM , à 16’16. 3. DUBOIS Norbert, F,  KTM, à 22’53. 4. ARNOULT Patrick, F,  HONDA, à 40’36.5. DALLA VALLE Stefano, KTM Q, seul quad encore en course à 1h 08:16. 6. LESAGE Pierre, F,  KTM à 1h25’44. 7 .PALACIOS Joseph, F,  KTM à 1h51’28. 8. CONREAU Christophe, HONDA, à 2h 24:23.9 .KINIGADNER Klaus, KTM , à 3h07:21.10. BLOEB Gregor, KTM , à 3h:18:07. 11. RABENLEHNER Martin, KTM, à 3h58:31. 12. PROCACCINI Alfredo, KTM à 4h:16:42 .13 . PELZMANN Klaus, YAMAHA, à 4h:24:13. 14.  HORWATH Christian, YAMAHA,à 4h:32:52.15 .LOGGIA Marco, KTM, à 5h:04:25.16. CUSUMANO Guido, YAMAHA , à 8h:50:57 .17  BOUCHET Pascal, KTM ,à 9h:07:41. 18. MORETTI Tobias, KTM , à 10h27:12. 19.  SAUER Joachim, KTM ,à  12h 23:18. Helly Frauwallner n’est pas allé au bout, panne mécanique.

 

 

 AUTOS/CAMIONS: JACINTO ET SCHLESSER,VICTOIRES EN BLEU…

 

Coup de théâtre. Schlesser n’est pas parti en ouverture de la piste.

Explication

En fait, la veille, on lui a donné une mauvaise heure de départ et quand il s’est pointé à l’heure indiquée, pas mal d’autos et un camion étaient partis…

Jean Louis sait qu’il ne sera pas pénalisé de ce retard, en revanche, il va avoir beaucoup de monde à doubler!

C’est donc Pélichet qui est parti en ouvreur.

Suivi par Loomans, Ferreira, le camion Kamaz de Shibalov, Van Cauwenbergue, Ferreira et Zapletal.

14 minutes plus tard, le buggy bleu prend enfin le départ.

Rude journée en perspective!

Au bout d’une heure de course, Schless’ s’attaque à un groupe compact et soulevant un nuage atomique de poussière, les deux autos de Van Cauwenbergue et Zapletal et le camion de Shabilov!

Il passe Shibalov et Zapletal  mais en même temps, loin devant, Pélichet et Loomans sont en « piste ouverte », on l’a dit, facile à suivre et sans motards à passer.

Inutile de préciser qu’ils envoient au maximum…

Dans la foulée, Schlesser passe aussi Van Cauwenbergue.

Lui aussi envoie..

Et cela va durer 343 km!

RESPECT MESSEIGNEURS…

HUBERT AURIOL

Un mot sur quelques concurrents pour qui j’ai une admiration sans bornes…

A commencer par Hubert Auriol, victime de pannes multiples.

Hubert dont on se souvient qu’après avoir été un des grands pilotes du Paris-Dakar, il gagne à moto en 1981 et 1983, il avait arrêté la moto après un accident dramatique survenu la veille de l’arrivée à Dakar (1987), et s’était lancé dans l’aventure « buggy », dont il est l’un des précurseurs en course en Europe. Il a même commencé à rouler seul, comme les « ironmen » des courses de désert aux USA.

Mais c’est comme pilote d’usine (Mitsubishi et Citroën) qu’ il avait gagné à nouveau, en auto cette fois, en 1992.

Un moment directeur du rallye Paris-Dakar (1995 à 2004), Hubert a délaissé les fonctions régaliennes pour revenir aujourd’hui à ses anciennes amours, sur le Rallye Africa Race (il a contribué à sa création) qui lui rappelle ses meilleurs souvenirs, au volant d’un buggy dans lequel il est navigué par son ami Jean Paul Forthomme.

Bon, cela ne se passe pas aussi bien que prévu, mais la passion de ce mec, l’un des très grands de l’aventure africaine, qui ont fait rêver des générations de dingues de sports mécaniques, cette passion là méritait un coup de chapeau.

Autre coup de chapeau aux deux concurrents de la catégorie « Classic » qui ont roulé sur des Porsche 911 et qui ont incroyablement souffert dans les dunes de l’Erg Chegaga.

 

STEPHANE HENRARD

 

L’une de ces autos est décorée aux couleurs Rothmans, celle des années fabuleuses où Jacky Icks et un certain… René Metge avaient été les grands maîtres du Paris-Dakar au début des années quatre vingt…

 

FRANZ WUNDERLICH

 

Bravo à Franz Wunderlich et Stéphane Henrard!

On passe du très gros aux plus petits véhicules quatre roues de cet Africa Race avec les SSV, un moyen de faire du Rallye-Raid bon marché mais avec évidemment aucune chance de figurer au top du classement général.

 

THIERRY MORIN ET DIDIER BIGOT

 

Ce n’est pas d’un confort absolu mais c’est très amusant à piloter et ça passe bien partout.

Hier dimanche, Morin et Chapot étaient 25ème et 26 ème au général.

Bravo les garçons…

RETOUR GAGNANT…

 

On revient sur la course, où Schlesser a passé Ferreira et  est maintenant à la poursuite de Loomans.

Chez les camions, Jacinto et son Man, partie dix minutes après Shybalov, est maintenant derrière le Russe, à une dizaine de km, elle voit seulement sa fumée mais notre héroïne portugaise a la niaque.

Peu de sable aujourd’hui alors pas de quartier!

D’ailleurs, même sur les rares portions de piste sur sable, on le voit sur la photo ci-dessus, elle ne fera pas de cadeaux.

Partie 10 minutes derrière Shybalov, elle roule tellement fort qu’elle se retrouve à  quatre kilomètres du Russe avant la mi-course.

Victoire en camion possible pour la jeune Portugaise mais devant il ya du sable, peu, mais on sait que quand il faut du bouilleur, le Kamaz n’est jamais en manque…

Mais elle ne lâche rien, elle a décidé, aujourd’hui, d’accrocher le Russe à son tableau de chasse, et dans ces cas-là, si les destins mécaniques et pneumatiques le veulent bien, elle est un imbattable ouragan…

 

 

Elle a passé Shibalov et envoie du très lourd en fin de spéciale, pas loin de 150 km/h…

Retour aux autos…

12h50.

Jérôme Pélichet passe la ligne d’arrivée.

 

JEROME PELICHET

 

En tête et en ouverture des autos de bout en bout, très sérieux client, et dont le Toyota marche très fort,  très bien piloté et très bien navigué par Xavier Penseri.

Chapeau bas.

Loomans puis Schlesser coupent la ligne.

 

 

Et il s’avère qu’une fois de plus, Jean Louis s’est arraché les tripes pour aller chercher une nouvelle victoire d’étape, trois minutes devant Pelichet.

Il raconte à l’arrivée…

« Ce matin, le quart d’heure de plus, j’ai cru à un cadeau de  René Metge pour cause de nouvel an! je savais que je ne serais pas pénalisé mais il y avait tellement de poussière et le vent était nul, j’ai dû attendre soixante km pour pouvoir doubler Zapletal! je pestais comme pas possible mais ensuite le vent s’est levé et a balayé, ce qui m’a permis de passer assez facilement le camion russe par exemple. En plus, l’étape a été très difficile, c’est simple, cent bornes de moins qu’hier et on mis autant de temps! Il ya avait des endroits c’était du vrai trial, étroit en plus. On roulait à 20km/h! Bon, mon navigateur, Cyril Esquirol a été génial, comme d’habitude. Pas une faute. Et on finit par gagner mais encore de très peu! Journée compliquée mais qui se termine bien. » 

Côté camions, Elisabete Jacinto gagne cette spéciale et est la reine du jour, en collant au passage onze minutes à son rival Russe.

Mais il ya eu une formidable histoire, que l’on ne voit que sur ce type de rallye.

Un peu après avoir doublé le Russe, Elisabete a pris à vive allure une touffe d’herbe à chameau, un truc qui a une basse dure comme du béton.

Forcément dans le désert, pour ne pas crever, le moindre végétal est un bunker!

Elle s’est couchée sur le côté.

Qui l’a redressée?

…. Le Kamaz de Shibalov !

 

 

Voilà lecteur, des histoires de nouvel an comme celle-là, tu en entendras peu!

Demain, dernière étape au Maroc, de Gwirat Larjam à Dakhla, l’ex Villa cisneros de l’Aéropostale de Saint Ex!  Spéciale de 333 km et liaison énorme de 353 km.

 

JEAN LOUIS BERNARDELLI

Photos :  ALAIN ROSSIGNOL-DESERT RUN

 

 

Classement général à 15h30:

1. SCHLESSER Jean Louis,ESQUIROL Cyril, Buggy SCHLESSER. 2. PELICHET Jerome,PANSERI Xavier, TOYOTA à 11:14. 3 . LOOMANS Jacques, DRIESMANS Frits, TOYOTA, à1h12:58.4 . ZAPLETAL Miroslav,MARTON Maciej, HUMMER, à 1h:21:27.5. VAN CAUWENBERGE Joost,CASTELEIN Jacques TOYOTA, à 1h 21’276 . Premier camion: SHIBALOV Anton,YAKOVLEV Evgeny, SOTNIKOV Dmitry, KAMAZ à1h55:17. 7 . FERREIRA Paulo,MONTEIRO Jorge NISSAN à 2h03:15. 8. Second camion : JACINTO Elisabete, MARQUES Jose, COCHINHO Marco MAN, à 2h:11:02. 9 . GRIGOROV Anton, MISHIN Sergey OSC,à 2h 25:56. 10.  FROMONT Yves,FROMONT Jean, BUGGY, à 2h 39:10.

 

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