AFRICA ECO RACE : L’APOTHÉOSE DU DEUXIÈME JOUR!

 

Après les difficultés du premier jour dues à un débarquement chaotique et un service des douanes débordé, « on est victimes de notre succès«  dira Schlesser, cette deuxième journée a été un régal, un paradis, et l’on écrit ici souvent que le sud du Maroc, l’extrême sud en l’occurrence sur cette deuxième journée, est un endroit unique au monde.

Victoires de l’Italien Turchi sur KTM à moto, la deuxième en deux jours, du Français Schlesser en auto, sur son buggy Sonangol, et du Russe Shabylov sur le Kamaz.

Récit…

 

PROFIL D’UN JOUR INOUBLIABLE…

 

Cette fois, c’est une vraie spéciale de vrai désert Africain, au sud extrême  du Maroc, tout près d’ailleurs de la frontière algérienne.

409 km de spéciale et 20 malheureux km de liaison, un vrai bonheur de pistard.

 

 

Ce qu’en dit René Metge, le patron du rallye…

« Après s’être élancés dans la spéciale directement depuis le bivouac, les concurrents empruntent une belle piste au départ qui devient rapidement empierrée et bosselée sur un terrain noir. La piste va continuer à être délicate avec notamment la descente d’un très beau col étroit et empierré. Les paysages de cette première partie sont splendides puisque les concurrents longent de très belles falaises avant d’arriver dans un oued très sablonneux menant au Nord de Merzouga où s’arrêteront les véhicules CLASSIC et RAID. Les quelques derniers kilomètres ne seront pas faciles pour eux et il leur faudra surement sortir les plaques de désensablage. L’Erg de Merzouga est évidemment au programme avec un franchissement vers l’Ouest pour finalement retrouver une belle piste le long de l’Oued Ziz. Il y aura encore du franchissement facile de dunes avant de retrouver une longue piste souvent sablonneuse et bosselée. L’ultime difficulté du jour est la montée d’un volcan avant l’arrivée jugée au nord de Tagounite. Une longue étape difficile et usante en raison des nombreux changements de terrain. Heureusement, la navigation ne devrait pas poser trop de problèmes. »

 

 

Elisabete Jacinto, fidèle des fidèles de l’Africa Race sur son camion Man, n’est d’ailleurs pas satisfaite du tout de l’annulation de la veille pour les autos et camions.

Elle comptait sur cette petite étape pour mettre au point une foule de détails et surtout, son camion manque de puissance mais son équipage est très fort sur la navigation et l’étape loupée était sans sable et pleine de nav…

Alors que ce dimanche, les énormes dunes de Merzouga peuvent être un piège, dans lequel l’équipage Portugais devra dégonfler les pneus pour éviter de s’ensabler mais parfois les pneus en question déjantent.

Et l’équipage… déchante!

 

MOTOS D’ABORD… TURCHI INTOUCHABLE…

STEFANO TURCHI

 

Ce sont toujours les motos qui ouvrent la piste.

Et c’est Stefano Turchi qui est parti le premier, étant en tête du seul classement de la veille, celui des motos.

Un Italien tellement indestructible qu’il est surnommé le « Sanglier des Maremme », sa région d’origine en Toscane.

Il connaît la musique du désert, ayant participé plusieurs fois aux Pharaons, qu’il a gagné en catégorie Open.

Derrière, en pilote Français il ya Joseph Palacios, deuxième au classement général et ensuite c’est une tapée d’Autrichiens et de Néerlandais  emmenés par Helly Frauwallner, curiosité d’ailleurs car ce pilote qui vient d’Autriche,  patrie de KTM, roule sur une Yamaha!

Turchi roule seul, c’est terrifiant d’ouvrir car à part la trace de la voiture ouvreuse qui est en principe passée la veille pour vérifier le road-book, il n’y a pas de repères et la lecture d’un road-book est déjà compliquée pour un coéquipier dans une auto, on imagine que le tarmo doit en plus surveiller ce qui se passe sous ses roues et devant lui…

Ce n’est donc jamais un avantage de partir devant, les autres repèrent la poussière et remontent facilement…

De fait, derrière Turchi, les motos se sont un peu regroupées.

 

 

Ce qui rassure en début de spéciale…

Pourtant, Turchi, en cette première heure de course, lâche un peu ses poursuivants.

On roule bien, pas loin de 100km/h.

Quand on frise littéralement la frontière algérienne, la piste fait un coude de presque 180 degrés et repart plein ouest.

Le Belge Martin Fontyn, a décidé de laisser le groupe de chasse pour attaquer Turchi.

Pas un manche non plus notre ami Belge, vainqueur du Touareg Rallye qu se déroule aussi au Maroc, et dans le coin où les motos se trouvent…

On se voit par nuage de poussière interposé…

Dubois et Palacios, les deux Français, roulent à vue, sixième et septième (en position géographique, pas en chrono).

 

 

Mauvaise nouvelle en revanche pour Emmanuelle Clair, notre Championne du Monde de quad, qui a chuté et a été transportée par le service médical à l’hôpital d’Er Rachidia.

Le dignostic après radios est un traumatisme thoracique sans complications.

Le beau rêve de Dakar s’est arrêté net.

Dommage.

Quant à son adversaire Stefano DALLA VALLE, il a lui aussi connu une journée difficile mais sur le plan technique uniquement.

Devant, la bagarre Turchi-Fontyn, leur fait évidemment prendre des risques et pas mal de vitesse…

Ils ont largué le peloton, emmené par le Français Palacios.

On commence à entrer dans les premières grandes étendues de sable, le caviar du pilote de rallye-raid… ou son cauchemar!

A la sortie de cette première zone dunaire, Fontyn fait une erreur de nav… Une superbe piste se déroule devant lui, plein nord…

Mais ce n’est pas la bonne; retour sur ses pas, reprise de la bonne piste, beaucoup moins confortable, mais du coup, Turchi a pris le large.

Très vite cependant, Fontyn va reprendre la roue de Turchi, les deux motos de tête auront formé une sorte de duo pendant plus de quatre heures. C’est quand les deux autos de tête les passent que Fontyn s’arrête et laisse partir Turchi.

A cent km de l’arrivée, la course se joue… Fontyn repart mais le temps perdu va être difficile à récupérer…

D’autant plus que Turchi a maintenant un lièvre intéressant qui s’appelle Jean Louis Schlesser!

La fumée qui est devant facilite la nav et du coup on put se concentrer sur le pilotage et envoyer du gaz.

Il gagne la spéciale, la deuxième en deux jours, le sanglier des Maremme devient un client très sérieux!

Classement général après deux étapes:

1. TURCHI Stefano, Italie,  KTM 2. FONTYN Martin, Belgique,  KTM  à 29’37. 3. MARTENS Guillaume, Pays Bas, KTM à 58’54.4 .ARNOULT Patrick, F,  HONDA  à1h08′.5 .DUBOIS Norbert, F,  KTM à1h16’43.6 .FRAUWALLNER Helly, Aut, YAMAHA à1h16’43.7. PROCACCINI Alfredo, I, KTM à1h21’55.8 .SCHATTAT Thomas, YAMAHA,à01h23’07. 9. CONREAU Christophe, F, HONDA à 1h24’39. 10 . LOGGIA Marco, I,  KTM à 1h28’32.11. LESAGE Pierre KTM.12. RABENLEHNER Martin ,KTM .13 . POIZAT Patrick, BMW.14 . KINIGADNER Klaus, KTM .15. BLOEB Gregor, KTM.16. PALACIOS Joseph, KTM .17. PELZMANN Klaus, YAMAHA.

 

 AUTOS… DEUX MISSILES EN BAGARRE,VICTOIRE DU BLEU

SCHLESSER-ESQUIROL, PREPARATIFS DU PETIT MATIN…

 

8h 42 heure locale, 9h42 à Paris, la première auto est lâchée…

Pas de classement la veille, on part donc dans l’ordre des numéros de course et c’est le buggy bleu de Schlesser et Esquirol qui part le premier.

Comme pour les motos, le départ est donné de deux minutes en deux minutes.

Schlesser roule devant Loomans et Pelichet, deux de ses adversaires les plus coriaces…

Qui se regroupent d’ailleurs, la chasse est lancée… pour 400km!

Schlesser envoie du lourd, plus de 130km/h, dans un terrain assez défoncé…

Dans le buggy, ça doit un peu secouer mais Cyril Esquirol est une sorte d’indestructible, motard vainqueur de courses terrifiantes comme la Gilles Lalay Classic.

Cela dit, tiré par le nuage de Schlesser, Loomans remonte sur le buggy!

 

JACKY LOOMANS

 

Logique absolue des débuts de spéciale…

Puis c’est Pelichet qui prend le relais, Lommans s’est un peu loupé en essayant de tenir le rythme infernal de Schless…

Bonne nouvelle pour l’ami Auriol, parti huitième, il est géographiquement six, autrement dit il semble que la malédiction  pannes à répétitions l’an dernier, soit terminée… En tous cas à ce moment de la spéciale.

Devant, les premières autos ont rattrapé le peloton des motards.

Moment extrêmement crispant pour tout le monde, la terreur des pilotes autos est entre autres de ne pas voir un motard qui serait tombé dans un endroit peu visible.

Jérôme Pelichet a passé Jean Louis Schlesser, Loomans est franchement derrière, à une dizaine de km.

Les deux autos de tête slaloment entre les motos.

En plus, on passe dans les douars, les villages de campagne, et il faut lever le pied, bien entendu les road-books précisent que dans ces endroits, la vitesse est limitée.

La bagarre reprendra un peu plus loin.

 

 

Dans les dunes…

Plus de villages mais encore des motos, les sommets de dunes aveugles sont terribles, on pense toujours au motard qui est arrêté juste derrière…

Dans la fin de cette zone, les deux autos de tête ont passé toutes les motos, sauf celles de Turchi et Fontyn qui sont beaucoup plus loin.

Schlesser et Pelichet ne se lâchent pas d’une semelle… ce qui fait drôle, dans un océan de nulle part…

On est à quatre heures de course pour les motos, trois heures pour les autos, et les leaders de chaque catégorie sont en train de se regrouper.

Autrement dit, Schlesser, qui a pris la tête devant Pelichet mais avec un km d’avance, a en vue la fumée des motos de Fontyn et Turchi…

Les motos de tête sont vite doublées, Schlesser et Pelichet sont seuls au monde.

Et vont attaquer pas loin de cent kilomètres de piste rapide avant de voir la ligne d’arrivée…

 

 

On roule à plus de 150km/h…

Sur la fin du parcours, on grimpe sur un cratère de volcan gigantesque, un endroit magnifique découvert avec mon ami Arnaud Delmas Marsalet lors d’une étape du Rallye Oilybia NPO du Maroc. Des couleurs incroyables, de l’orange vif au bleu lapis lazuli….

Le cône est immense, plus de 20 km de long! Paysage de création du monde aurait écrit Saint Ex…

Route de montagne avec des à-pics vertigineux et des panorama à couper le souffle.

Jean Louis Schlesser passe cela en maestro, redescend vers Tagounite et passe la ligne d’arrivée le premier.

Il nous raconte sa journée:

« J’ai ouvert la piste une partie de la journée et ce n’est pas évident! Superbe spéciale, beau partout, même sublime, avec tous les terrains possibles et imaginables, du sable bien sûr, de la roche, du roulant, et même du fech fech! On s’est fait une bagarre incroyable avec Pelichet toute la journée, il marche fort! J’ai dû envoyer du lourd partout, j’ai pris un moment 204km/h! On a fait très peu d’erreurs en navigation et c’est tout à l’honneur de Cyril Esquirol qui a été touché aujourd’hui par la maladie du navigateur! »

Deux explications lecteur.

Le fech fech est le truc le pire sur une piste, c’est du sable réduit à l’état de farine, quand tu te mets dedans si tu n’as pas de vitesse, tu n’en sors plus!

L’autre précision à donner est ce que Jean Louis appelle pudiquement la maladie du navigateur. C’est avoir envie de gerber tout simplement… Un pilote qui ne se fait jamais vomir dessus est en fait un mec qui n’avance pas…

Et un navigateur jamais malade, ça n’existe pas, c’est simple! mais on l’a dit, Esquirol est indestructible.

Au général, Schlesser est donc premier devant le Toyota de Pelichet à 4’54, le troisième est le Toyota de Van Cauwenbergue à 17’51. Puis viennent le Hummer de Zapletal, quatrième, à 20’27, le Toyota de Loomans, cinquième  à 29’09, Shibalov et son Kamaz sont sixième au général, à 38’52, Jacinto et son Man sont septième à 47’34, l’OSC de Grigorov, huitième à 55’09, le QT de Gaetan Ge, neuvième, à 57’02, le Nissan de Ferreira, dixième, est à à 1h04’02. Le camion de Kovacs est treizième à 1h19,celui de Tomecek dix septième à 1h34.  Hubert Auriol a malheureusement eu des ennuis en fin de spéciale et est à 3h03 du leader.

 

CAMIONS… A L’EST L’EDEN…

TOMAS TOMECEK

 

Une heure après la première auto, on lâche les pachydermes.

Où les camions de l’est sont les rois de la fête!

C’est Tomecek, vainqueur l’an dernier, qui a le plus petit numéro de course et part donc le premier, à bord de son Tatra.

Les camions partent de minute en minute.

Ce sera ensuite le Kamaz et sa puissance démentielle, puis le Scania de Kovacs et le Man de Jacinto.

 

 

Comme d’hab, les camions sont vite deux par deux, la poussière aide à rattraper celui qui est devant, mais pour dépasser en revanche, c’est assez effroyable, un camion à plus de 100 km/h avec un mètre de visi!

Et du coup pas de changement dans l’ordre de départ…

En revanche, on slalome à près de 100km/h entre les voitures que l’on rattrappe…

Tomeck et Shybalov, le pilote du Kamaz, ont quand même pris une avance notoire sur Kovacs et Jacinto.

Jacinto qui réussit à passer Kovacs mais les dunes approchent et l’on a dit combien ce n’est pas le terrain idéal pour le Man de la jeune Portugaise.

La situation évolue en quelques minutes.

Tomecek a dû s’arrêter, et du coup le Kamaz de Shybalov prend la tête.

 

 

C’est un jeune pilote Russe mais il sait se servir du cerceau et la nav est facilitée par les traces des motos et des autos qui le précèdent.

Bref, à l’attaque du premier cordon dunaire, le Kamaz non seulement est leader de la catégorie mais on sait qu’il dispose d’une puissance effarante qui va lui permettre de lâcher ses petits camarades…

Tomecek repart mais il est loin et quatrième de la bande.

Et durant une heure, la jeune pilote Portugaise va se battre de façon très efficace, elle réussit même ce qui n’est pas un mince exploit, à maintenir à distance Kovacs et Tomecek.

Elle a bien passé un premier coin sableux, mais la vraie vacherie, l’Erg, les dunes énormes, arrivent…

 

 

Mais la Miss, elle parvient à garder son avance sur ses poursuivants.

Clairement, Elisabete a réussi un très joli coup!

Elle est seconde derrière le colossal Kamaz de Shibalov, après une épreuve riche en sable… Pas mal joué jeune fille!

Ce qu’elle dit à l’arrivée

« C’était une spéciale qui s’est plutôt bien passée et les paysages étaient incroyablement beaux. Nous avons roulé sans aucun problème et à un très bon rythme. Nous avons doublé Kovacs sans forcer et Tomecek a été retardé par un problème mécanique. Nous avons vraiment fait une belle course aujourd’hui…  »

Et au général autos-camions, elle est septième! Shibalov est lui sixième au général, avec seulement neuf minutes d’avance sur le Man de Jacinto.

Demain la troisième étape, de Tagounite à l’Oued Draa, 432 km de spéciale et 92 km de liaison, traversera l’Erg Chegaga, un tas de sable démentiel.

C’est une spéciale très usante de 432 km qui amènera les concurrents du Sonangol Africa Eco Race à Icht, puis au bivouac de Oued Draa après une liaison de 92 km.

Pas sûr que tout le monde soit à l’heure pour fêter le passage de la nouvelle année !

 

JEAN LOUIS BERNARDELLI

Photos : TEAMS et ALAIN ROSSIGNOL-DESERT RUN

 

Moto Motocross Rallye-Raid Sport

About Author

jeanlouis