24 HEURES DU MANS MOTO : DES EQUATIONS A PLUSIEURS INCONNUES POUR LE CHAMPIONNAT DU MONDE


24 HEURES DU MANS MOTO : DES ÉQUATIONS A PLUSIEURS INCONNUES POUR LE CHAMPIONNAT DU MONDE

 

C’est la toute première fois où les 24 heures du Mans vont déterminer le classement final du Championnat du monde d’endurance, ce qui devrait attirer un net regain d’intérêt,-s’il en était encore besoin- pour cette course toujours très prisée par de très nombreux spectateurs.

En effet, avec seulement 5 épreuves à disputer dans la saison, à l’orée de la dernière course, les dés n’ont pas fini de tourner et avec une grosse distribution de points lors d’une épreuve de 24 heures (40 au premier, puis 33, 28, 24, 21…) on peut tout attendre, ou presque, quant à l’écurie et l’équipage qui seront titrés.

Pas vraiment tout, puisque les positions actuelles désignent à priori, trois Teams favoris pour coiffer la couronne mondiale /

La SUZUKI, N° 1 avec le SERT qui mène au score avec 95 points au compteur, devant la BMW, N°99 de BWM Motorrad France et la HONDA N° 77 de TT LEGENDS, tous les deux totalisant, exæquo et avant ce dernier round, 76 points.

Le GMT 94 YAMAHA,  pointe ensuite le bout son nez, avec 74 points. C’est sans doute parmi ces quatre grands prétendants qu’il faut rechercher le Champion du monde d’endurance moto 2012.

Certes, le titre mondial revêt une importance capitale en termes d’exploitation commerciale, mais une victoire aux 24 heures, est également très enviée et pas seulement par KAWASAKI, qui ne disputant pas le Championnat voudrait bien gagner ces 24 heures, faisant ainsi suite à la victoire du Bol d’Or mais aussi pour marquer les esprits avec trois victoires consécutives aux 24 heures :

Un exploit tout à fait exceptionnel.

Nous n’en sommes pas là encore. Pour y voir plus clair, passons en revue les enjeux différents selon les Teams.

 

L’attaque pour KAWASAKI

 

KAWASAKI, n’a rien à perdre et ne se pose sans doute aucune question. La moto a démontré au Bol, son fort potentiel et tout au cours de la saison de Superbike en France, l’équipe a accumulé une somme d’expériences lui permettant de faire évoluer par petites touches, la N° 11.

Aux essais préliminaires du Mans, 5 pilotes étaient présents augurant d’une sélection sévère entre  FOUR, FORAY (Freddy) et JONCHIERE. DA COSTA et LEBLANC, étant titulaires d’office. L’adéquation de la machine aux pneumatiques PIRELLI semble finalisée alors, il ne fait aucun doute que les Verts, sans aucun complexe et avec en ligne de mire le formidable challenge de remporter définitivement le Trophée des 24 heures, vont mettre en œuvre une stratégie décomplexée, visant tout simplement la victoire.

L’écurie BOLLIGER, après avoir fait chou blanc au Bol, est toujours bien présente sur les lignes d’arrivée mais ses performances globales, sont intrinsèquement inférieures à la concurrence, toutes marques confondues.

 

Chez Bolliger on est prêt

 

Paradoxalement, en cas de victoire, Kawasaki pourrait devenir un allié objectif de Suzuki. En effet, en occupant la première place, Kawa couperait un peu les ailes à BMW, le meilleur ennemi de Dominique MELIAND.

Celui-ci, a bien entendu fait ses comptes et malgré l’avance de 19 points, c’est sans doute encore BMW l’adversaire le plus redouté. Pour éviter de se trouver en situation d’égalité de points avec un titre mondial  attribué au nombre des victoires, il faut donc que BMW ne gagne pas au Mans,  puisque cela lui  ferait deux victoires (Doha et Le Mans) contre une à Suzuki (Oschersleben).

Voilà au moins une première équation simple, mais d’autres facteurs rentrent également en jeu, tant pour Suzuki que pour BMW ou pour Honda.

 

On joue gros chez BMW

 

BMW roule en endurance pour gagner des courses et un titre. Or les choses tardent un peu à se concrétiser comme on l’avait souhaité au plus haut niveau de décision. La moto est rapide, les pilotes n’ont pas grand-chose à se reprocher et pourtant la mayonnaise n’a pas encore vraiment pris et, faute de titre à exploiter, on peut s’interroger sur la poursuite effective de l’opération en 2013.

Mickaël BARTHOLEMY, dont la structure est impliquée pour l’exploitation de la BMW N° 99, n’a-t-il pas laissé entendre qu’il se retirerait ?

BMW Motorrad France et plus précisément l’usine voudront-t- ils prolonger l’engagement qui fut décidé pour contrer les Japonaises en termes de marché européen ?

 

Chez BMW on voudrait bien renouveler la perf de Doha

 

Alors, dans le stand de la N° 99, Nicolas DUSSAUGE, le manager, sera sans doute encore bien un peu fébrile et plus enclin à tendre le dos, qu’à affronter la course la fleur au fusil.

La pression ne peut qu’être «  Kolossale »  et c’est un des paramètres qu’il faut aussi maîtriser dans ce genre de situations…

Pourtant la victoire pourrait signer l’obtention du titre, à condition que la Suzuki, N°1, termine au-delà de la quatrième place.

On le voit, la gestion mathématique sera à la fois simple en théorie et complexe en pratique. A ce petit jeu, on peut faire confiance au rusé manager de la SUZUKI, N° 1, pour jongler avec les paramètres de course. A priori, l’objectif majeur demeure le titre mondial et pour cela il suffirait de rouler  « paisible », en ajustant le tir pour terminer à une quatrième place, garante de l’obtention d’une … 12ème couronne mondiale.

Excusez du peu !

Mais c’est mal connaître le tempérament de Dominique MELIAND, que de penser voir le SERT, jouer petit bras. On peut être certain, qu’il va évaluer au mieux les potentialités de la concurrence dans les conditions de course – ce qu’il sait faire mieux que personne- et incitera ses pilotes à ne pas rouler sur un faux rythme.

Comme lors du Bol d’Or, on a bien vu que la SUZUKI était en capacité de tenir la cadence de la Kawasaki et de la BMW, la stratégie de course sera donc ajustée en fonction de la situation du moment.

 

 Tahuya TSUDA au centre avec Anthony DELHALLE à g et Vincent PHILIPPE pour défendre le titre

 

La frustration de toute l’équipe Suzuki, a été grande lors des 8 heures de Suzuka. Dominique MELIAND fait toujours preuve de la même gourmandise quand il s’agit de victoire et comme la course ratée du Japon, n’est pas encore digérée, on peut s’attendre à ce que la machine N° 1, vise avec panache et la gagne et le titre mondial !!!

Tout dépendra cependant du choix du troisième pilote, qui n’est pas totalement arrêté, puisque KAGAYAMA est retenu au Japon pour une course déterminante quant au Championnat japonais. Mais  » le Chef  » souhaite faire rouler le Japonais Takuya TSUDA !

Mais également des pneumatiques, sachant que les Dunlop ont pu réserver parfois des surprises désagréables aux pilotes !

 

Réglages au quart de poil chez Suzuki

 

Le cas de HONDA sort un peu de l’épure classique des prétendants à un titre mondial. En début de saison, tout le monde des paddocks, disait le plus grand bien de la moto et redoutait ses performances… potentielles.

Au fil des courses, on vit bien que les Anglais appliquaient les règles de l’endurance c’est-à-dire : tableau de marche raisonnable et régularité. Sans performance éclatante, le Team TT Legends, sut ainsi marquer des points de manière constante sans qu’on ait pu voir la N°77, dans la bagarre pour la première place.

 

La Honda de TT Legends toujours placée

 

Par contre aucun résultat blanc, comme cela est intervenu et pour BMW et YAMAHA GMT 94 (1 fois) et YART Yamaha (2 fois). On peut penser que l’approche de la course des 24 heures du Mans, se fera dans le même esprit. L’enjeu n’étant pas de même nature que ceux des autres firmes concourant pour le titre, la HONDA jouera sans doute encore placée, sans plus.

Pour  YAMAHA, les choses sont plus complexes. Tout d’abord, la présence de deux machines en pointe (la YAMAHA espagnole de Folch semblant un léger ton en dessous), au lieu d’additionner les chances, semble parfois les diminuer.

Si le YART et sa N° 7, de toute évidence sert directement les intérêts de l’usine, la N°94 du GMT soutenue directement par YAMAHA France, n’a rien à envier à sa cousine-rivale autrichienne.

Pourtant les deux motos n’ont pas adopté des stratégies identiques depuis le début de saison. Visiblement, au YART on tente à chaque course, d’attaquer au maximum, persuadé qu’on est de disposer d’une machine au top des performances. Les échecs sévères du Qatar et de Suzuka et aucune victoire par ailleurs, vont obliger le Team à tenter le tout pour le tout, lors des 24 heures.

Que pourraient penser les décideurs et les annonceurs, face à une saison blanche pour ainsi dire ?

Rien de bien positif,  et une usine ne s’engage jamais pour ramasser des miettes…

 

de g à d K. FORAY, CHECA et MONGE Yamaha N° 94

 

La situation du GMT 94, est un peu différente puisque –contre toute attente-, il s’est mis en valeur lors de la course au Japon avec ce fabuleux podium obtenu avec seulement deux pilotes : CHECA et FORAY (Kenny).

Les chances au Championnat demeurent, mais de manière minime et l’on s’interroge encore sur un retour efficace de Matt LAGRIVE. Il semble bien –et cela était confirmé lors des essais privés de fin août-, que Michelin ait vraiment trouvé des montes très performantes et particulièrement bien adaptées à cette machine.

A partir de là et avec la maîtrise de l’électronique confirmée par la course du Japon, Christophe GUYOT va- t-il sortir de son schéma de course où la régularité remplace le panache ?

En tout cas, avec 21 points de retard sur le SERT et 2 sur la BMW N° 99 et la HONDA N° 77, on est certain que rien n’est joué au Championnat.

 

Christophe GUYOT, YAMAHA GMT collabore efficacement avec Michelin

 

Avec ce bref panorama des forces en présence, on n’a pas pris en compte les paramètres concernant les pneumatiques.

La Kawasaki N° 11, la Kawasaki Bolliger N° 8 et la Yamaha Folch N° 4 roulent en Pirelli. La Yamaha N° 7 du Yart, la Yamaha N° 94 du GMT et la BMW N° 99, sont équipées et développent assidument des Michelin. La Suzuki N° 1 du SERT et la Honda N° 77 du TT Legends, sont équipées en Dunlop.

Si nos informations météo sont correctes, la course devrait se dérouler sans pluie et avec des températures variant entre 25 et 14 degrés. C’est-à-dire des conditions d’utilisation très normales, mettant à priori tous les manufacturiers à égalité.

Pourtant, l’indice de confiance envers les pneumatiques, peut être variable en fonction des pilotes et de leurs courses précédentes. Nous pensons bien évidemment à Vincent PHILIPPE, qui a connu quelques déconvenues qui l’ont affecté. Heureusement que la victoire en Allemagne, est survenue au bon moment pour chasser ces nuages psychologiques.

 

Vincent Philippe très concentré sur l’objectif

 

Alors, après ce tour d’horizon, essayons de modéliser quelque peu notre analyse de situation.

Pour partir sur une base objective, vous attribuez un crédit de 100 points à la machine la plus rapide au temps moyen des 3 pilotes, puis 98 au temps moyen suivant, puis 96, puis 94….

Vous vous assurez bien que ces temps de référence ont été obtenus avec des pneumatiques d’un type qui sera monté en course et pas des qualifs, ensuite vous appliquez un coefficient multiplicateur allant de 100 % et diminuant de 3% en 3% en fonction du plus faible écart de temps, entre chacun des trois pilotes.

De la même manière, avec là encore un coefficient de 3%, vous intégrerez la rapidité d’intervention au stand, que vous pourrez corriger en divisant le résultat par la consommation moyenne au tour.

Si jusque là, vous suivez et que vous êtes en possession des données objectives nécessaires aux calculs, nous pouvons poursuivre notre petit jeu.

Vous retirez ensuite 1 point par abandon intervenu durant la saison (c’est un peu faussé pour la KAWASAKI qui ne dispute pas le championnat) et, ensuite, vous allez devoir faire intervenir des facteurs moins objectivables tels que la qualité de la stratégie habituelle de chaque Team, de la soif de victoires et de la détermination de l’équipage, de la capacité de chacun des pilotes à se sublimer sans aller jusqu’à la chute, de la capacité de chaque équipe à gérer au mieux les incidents de course en fonction du règlement et de l’intervention des voitures de sécurité. Il est facile de se rendre compte que pour convertir tout cela en formules mathématiques, je devrais retourner sur les bancs de l’Ecole Centrale ou Polytechnique.

Personne cependant, ne m’empêchera de penser que l’expérience du SERT est irremplaçable et que le YART avec la pression qu’il a sur le dos, a plus de chance de commettre des erreurs que KAWASAKI qui roule dans une dynamique ascendante et une perspective euphorisante de garder le trophée des 24 heures. Si nous étions en Angleterre les paris iraient bon train sur les chances de victoire et l’attribution du titre mondial. Rien ne vous empêche de jouer de manière virtuelle, à partir des diverses équations que nous venons de vous proposer.

 

La course sera aussi disputée en Superstock

 

Toutes ces élucubrations ne doivent pas faire oublier que la course ne concerne pas que les tètes d’affiche, puisque 26 concurrents, sont engagés en série EWC, le reste du plateau disputant la coupe du Monde Superstock. Là aussi la bataille sera rageuse entre le Team Motors Events AMTAssurances (Suzuki) qui a quatre points d’avance seulement sur le 3D Endurance Moto Center (Kawasaki) et le Penz13 Kraftwerk Herpigny Racing (BMW) et sept points sur le DG Sport Herock (Yamaha).

Nous n’aurions garde d’oublier de signaler la participation toujours très solide du Junior Team Le Mans Sud Suzuki, N° 72, à domicile et ce, en dehors de la Coupe du monde, puisque les jeunes mécaniciens et Damien SAULINIER, ne font rouler leurs machines que dans l’Hexagone.

 

de g à d MASSON BOCQUET et BUISSON sur la National Motos N° 55

 

National motos, qui fait la une de l’affiche de cette course 2012 avec  sa HONDA, N°55, aura à cœur d’effacer la 20ème place du dernier Bol d’Or et de montrer ce qu’elle sait faire de mieux depuis des années avec passion et détermination.

On sait que Bernard FOURCADET a pris en compte les soucis rencontrés pour mieux préparer à la Garenne Colombes une moto au Top.

Si l’on préfère se fier à la numérologie plutôt qu’à notre semblant de modélisation mathématique pour établir des pronostics, alors il faut aller regarder dans les numéros à chiffres répétés.

Par exemple, nous relevons que 3 motos favorites : la 11 de Kawasaki, la 77 de Honda ou la 99 de BMW? jouent dans cette catégorie? des chiffres redoublés.

Alors citons encore comme par hasard, la Kawasaki 33 de Louit Moto 33, la Suzuki 44 de No Limits ou la Kawasaki 66 du Team Sarazin (également emblème de l’affiche), toutes les trois en Superstock, ou encore, les numéros triple :

111 pour la Honda Cognage ou 333 pour la Yamaha de Viltaïs, tous peuvent rallier des pronostics mais alors, autant sans doute jouer au poker.

 

De g à D GINES JOHNSON DONALD et Mc GUINESS sur la HONDA N° 77

 

On ne peut jamais citer tous les concurrents d’un plateau mais en EWC, les Yamaha du Maco racing ou du Rac 41 respectivement, N° 14 et N° 41, ont des atouts à faire valoir, tout comme la Suzuki N° 2 du Team R2Cl ou la BMW N° 18 du Team des Sapeurs Pompiers.

En Superstock, on est heureux de retrouver un très bon pilote : Adrien GANFORNINA, sur la Honda N° 109 du Team Cognage. Il a rebondi après l’arrêt de la compétition en 2012 du Team permanent Endurance 45, dont la bonne humeur et la gentillesse sont regrettées dans les paddocks.

Cette année, c’est un trio éclectique et de haut vol qui va donner le départ de la course.

Louis ROSSI, notre récent vainqueur en GP 3 du Grand Prix de France, sera associé au Champion Olympique, Renaud LAVILLENIE, avec comme troisième pilote du drapeau tricolore de départ … Anthony DELON.

La fête foraine et de nombreuses animations agrémenteront le week-end, qui débute pour les puristes dès ce mercredi avec les vérifications et se poursuivra ce jeudi 6 et vendredi 7 septembre, avec les essais libres et qualificatifs.

Le départ de la course sera donné ce samedi 8, à 15 heures.

 

Alain MONNOT
Photos : Alain MONNOT et Michel PICARD

Moto - Endurance Sport

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