ENDURANCE MOTO : 8 HEURES D’OSCHERSLEBEN : L’HEURE DES COMPTES.

 

PODIUM DES 8 HEURES D’OSCHERSLEBEN

 

Le Suzuki Endurance Racing Team et le Honda TT legend, qui occupaient la tête du classement provisoire du championnat du Monde d’endurance moto 2012 en arrivant sur le circuit Allemand (60 points contre 55) , se sont retrouvées voisins de stands durant cette petite semaine de course.

Pur hasard ou efficacité recherchée pour le manufacturier Dunlop qui équipent ces deux concurrents de renom?

Disons, le hasard fait parfois bien les choses.

Ces deux rivaux se respectent car ils se connaissent depuis plusieurs décennies et leurs  » Chefs  » : Dominique Méliand et Russell Benney, ont un point commun : La volonté.

Tout à fait normal quand on dirige de telles entités, me direz-vous,  mais ils ont en eux ce petit plus d’air carnassier qui en impose et fait de ces sexagénaires , des patrons respectés dans le paddock. Tout le monde le sait, ils ne relâcherons jamais leur vigilance jusqu’au dernier tour et signent rarement la feuille d’abandon que tendent souvent trop rapidement, à leurs goûts,  les commissaires de stands.

 

L’HEURE DES COMPTES EST ARRIVÉE

 

Sachant que les Français devaient passer régulièrement chez l’adversaire pour se rendre aux toilettes communes, nos amis Anglais avaient afficher un tableau  » made in England » de la situation du classement. Russell, fit remarquer à Dominique qu’ils étaient les deux seules écuries sans résultat nul et qu’ils connaissaient, eux,  le secret de l’endurance: toujours être à l’arrivée.

Dominique Méliand, qui n’est pas né de la dernière pluie, opina en souriant tout en voyant là une marque d’intimidation de son homologue. Ainsi, il lui rappelait, en quelque sorte, le faux pas de Vincent Philippe au Japon qui faillit rapporter un zéro pointé à l’équipe Mancelle.

Alors que la seconde place semblait acquise de haute lutte, la GSX-R s’envola dans les graviers… pour retomber à une modeste quinzième position à six points. Le SERT passait d’une situation exceptionnelle à un total désarroi en un millième de seconde. Un monde impitoyable qu’il faut savoir accepter. Et tout le monde de vous le répéter :

C’est la course !

Dès les essais libres puis chronos de ces 8 heures d’Oschersleben, les pilotes du SERT donnèrent le ton en s’accaparant le meilleur temps cumulé. Cela sentait la poudre de la revanche et une manière de prévenir la concurrence : laissons les autres tenir les comptes de l’épicerie. L’intox, nous connaissons aussi, en voici la preuve : nous vous donnons rendez-vous sur la pré – grille après déjeuner.

La température monta crescendo jusqu’au départ avec, au propre , 26°c au thermomètre. Le SERT décida, à la suite du tour de formation, de changer de roue arrière avec une gomme Dunlop plus dure, mieux adaptée au combat qui s’annonçait chaud bouillant.

 

PHOTO DU DÉPART

 

A 13 h 57, eh oui, le drapeau national fendit l’air électrifié avant l’heure pour libérer la meute rugissante. Vincent Philippe ne laissa à personne le soin de prendre l’avenir de vitesse. Au premier passage, le Japonais Nakasuga (Yamaha yart N°7) pointait second devant la BMW 99 de Cudlin, la GMT 94 de David Checa qui fêtait ses dix saisons chez Christophe Guyot et la kawasaki Bolliger cinquième.

Un trio de Superstock : la Suzuki du QERT N°95, la Kawa du 2D Endurance N°24 et l’autre Suz N°50 de Motor Evants bataillaient dans la cour des grandes EWC, devançant même la Honda TT legend très prudente comme à son habitude.
Ce ne fut pas le cas de tous car dès l’amorce du second tour, Jonathan Hardt envoya dans le décor sa Suzuki N°67 MCP Starteam avec laquelle il avait obtenu la pole de la catégorie des motos strictement d’origine et qui devint la proie des flammes.

 

N°67 ACCIDENTÉE RENTRE AUX STANDS

 

Les safety – cars entraient en piste pour trois tours ce qui annulait le superbe beau départ de Vincent Philippe qui devait se remettre à l’ouvrage, en se méfiant des pneus refroidis et d’une moto encore lourde avec son plein d’essence.

 

SAFETY – CAR

 

Après trente minutes de chasse, Nakasuga se décidait à passer Philippe dans un trou de souris :  » je ne sais pas ce qu’il lui a prit de vouloir passer là alors qu’il me suivait depuis vingt tours sans vouloir prendre les devants. Je lui ai même laissé un mètre mais il était trop vite et il a failli m’embarquer.

En plus c’est bosselé à cet endroit. Il a eu peur de me toucher et il a garder le frein. Il s’en ai fallu d’un poil .Là c’est quand même un endroit rapide , une chicane…Si tu doubles là, tu t’en donnes les moyens Je l’ai vu sous ma roue. J’ai dû mettre le filet de gaz, sinon…!  »

 

NAKASUGA AVANT LE DÉPART

VINCENT PHILIPPE CONCENTRÉ, GARDE LA TÊTE FROIDE

 

Au 33eéme tour, une seconde intervention des voitures de sécurité a été nécessaire car la Kawasaki Bolliger, cinquième et qui était déjà tombé aux essais chronos de Vendredi, s’accrochait avec la Suzuki du Qatar.

Ces motos regagnaient leurs box pour des réparations qui les faisaient plonger au classement général: 21éme et 26éme pour Bolliger.

 

LA 95 EN FÂCHEUSE POSITION

LA BOLLIGER ACCIDENTÉE

 

A 14h53, la Yamaha de David Checa choisissait de ravitailler à la fin de l’opération des Safety – Car, ce qui semblait prématuré aux yeux de tous et surtout préjudiciable pour la 94. Elle se retrouvait septième à 65 secondes après une heure de ronde et sera la seule moto de pointe à avoir effectué huit relais , contre sept à ses adversaires,  traînant ce handicap jusqu’à l’arrivée.

 

RAVITAILLEMENT DE LA YAMAHA GMT 94

 

Après une heure de course à  » l’élastique « , le SERT précédait BMW de 3 »4 et Honda TT Legend de 4 »4.
A 15 h01, le leader, Vincent Philippe passait le relais à Anthony Delhalle en moins de 14 secondes. BMW et TT Legend perdaient systématiquement environ 5 secondes face aux mécanos de la N°1.

Seuls les hommes du GMT les égalaient dans ces exercices synchronisés.

Une course peut se gagner ou se perdre dans les stands et chaque intervention loupée se paye cash à l’arrivée. Les moteurs bien aidés au niveau des injections peuvent aussi permettent une plus faible consommation en essence et donc moins d’arrêts au derrick.

Les entrées et sorties de stands permettent de chasser cette course perpétuelle contre le temps mais la sanction du stop & Go pour excès de vitesse est à craindre et peut aussi devenir l’ennemi du mieux.

 

RELAI ANTHONY DELHALLE

 

Après 78 tours de course couverts en deux heures, la Suzuki N°1 imprimait une cadence que personne ne pouvait suivre. Anthony Delhalle s’adjugeait le record du tour (1’27 »903) lors du 49e passage. Trente tours plus tard, Nakasuga, battait ce temps (1’27 »426) qui sera le record définitif .

Une maigre consolation pour le Yart qui perdait là, après le Qatar 2011et Suzuka 2012,  une nouvelle possible victoire à cause de la fougue du jeune pilote Japonais de l’usine Yamaha.

A 16h00, le panneau de la N°1 affichait +31 » sur la BMW99 et + 83 » sur la GMT 94. La TT Legend avait déjà un tour de retard.

Dominique Méliand choisissait de porter l’estocade en envoyant, pour le troisième relais, Vincent Philippe à l’abordage lui même relayé de nouveau par Anthony Delhalle. Ce dernier enfonçait le clou jusqu’à prendre un tour à Damian Cudlin en le doublant devant les stands au 145éme passage.

 

 VINCENT PHILLIPE AU STAND

 

Le patron du SERT n’aime pas les victoires au rabais et lorsque tous les atouts sont dans son jeu, il sublime ses pilotes qui semblent devenir invincibles. Le jeu se calmera avec le rythme de la concurrence qui lâchera prise.

Ce sera le moment de faire entrée en piste à 18h00 le troisième homme du SERT: Yukio Kagayama, pilote de l’usine Suzuki, qui peaufinera le travail de ses équipiers meilleurs connaisseurs que lui la piste d’Oschersleben.

 

 YUKIO KAGAYAMA ET DOM MÉLIAND HEUREUX

 

Dans la catégorie Superstock, la bagarre était de toute beauté également avec un Guillaume Dietrich qui alignait des chronos identiques aux EWC. Lui, qui, l’an passé, a renoncé à courir le TT en avouant sa peur, il roulait plus vite ici que son Roi, la légende vivante : John Mc Guinness , himself !

Ainsi, la Suzuki Motor Evants  se rapprochait à 6 secondes de la Kawa 3D Endurance, cinquième au général. La Suzuki du QERT était remontée septième et sa copine de bac à sable, la Bolliger, quatorzième.

 

ÉQUIPAGE SUZUKI MOTOR EVANTS SUPERSTOCK

 

A  19h00, soit au 200éme tour, Vincent Philippe reprit le manche avec 41 » d’avance sur la Yamaha GMT 94 qui, elle même, possèdait 14′‘ sur la BMW pilotée par Erwan Nigon.

Au gré des relais, la BMW repassait en seconde position mais à 19h58,  les voitures de sécurité faisaient une troisième apparition. La Suzuki du SERT se trouvait piégée car son ravitaillement ne pouvait  être différé. Elle fut donc bloquée au feu rouge de sortie de stand, durant… quarante secondes.

Anthony Delhalle repartait à l’attaque, entre chien et loup, à l’heure où les bêtes vont boire. Les pilotes du SERT avaient soif, eux aussi, mais de victoire. Une victoire qui leur échappait depuis le Bol d’Or 2011 mais qui se dessinait maintenant dans la lueur des phares.

A une heure de l’arrivée, les premiers pilotes aux brassards verts allaient assurer le dernier round. Vincent Philippe sur la N°1 gardait une marge d’un tour d’avance sur Sébastien Gimbert N°99 qui bagarrait ferme avec David Checa N°94, obligé d’effectuer un ravitaillement supplémentaire.

Checa , Foray et Giabbani devront se contenter de la 3éme marche pour treize secondes! La Honda TT Legend, quatrième ne pouvait faire mieux et était reléguée à quatre tours.

 

HONDA TT LEGEND QUATRIÈME

 

En EWC, la Yamaha Folch Espagnole terminait cinquième devant la Bolliger et la Yamaha du Yart . Ces motos étaient pourtant devancées au classement général par les modestes Superstock. Ainsi la Suzuki  Motor Evants N°50, cinquième au général, remportait  » sa  » course et prenait la tête de la Coupe du Monde (73 points) devançant la Kawasaki 3D Endurance N°24  (69 points) et la Suzuki du QERT N°95 .

Le titre de la Coupe du Monde de la catégorie Superstock, se jouera également lors de l’ultime épreuve des 24 Heures du Mans car l’équipe BMW Penz N°13, dixième ici, totalise aussi 69 points. La Yamaha R1 N°9 DG Sport, quatrième de la course et du championnat (66 points) devance l’équipe du Qatar qui termine sur la troisième place du podium mais se classe cinquième de la coupe avec 60 points.

 

PODIUM SUPERSTOCK MOTOR EVENTS PREMIER

 

Au moment où les dix dernières secondes du compte à rebours s’égrainaient  au portique du circuit d’Oschersleben, Vincent Philippe dû entamer une ultime boucle de nuit avant de voir enfin le drapeau à damier.

Vincent Philippe avait retrouvé le sourire:

 » Sur la piste , y a pas photo, nous étions vraiment à la hauteur, mais encore une fois,les performances sont là depuis un sacré moment. Il n’y a pas à en douter. Nous aurions dû peut-être gagné Le Mans en 2011, Le Bol d’Or, second à Suzuka. La perf nous l’avons depuis un sacré moment mais je ne sais pas pourquoi ça ne voulait pas sourire? Ce week-end fut très, très dur parce qu’il me fallait absolument arriver, ne pas faire d’erreur. Je doutais un peu dans ma tête et j’avais besoin de concrétiser. Je suis très heureux de pouvoir offrir à mes coéquipiers et à toute l’équipe , enfin une victoire ! « 

 

VINCENT PHILIPPE CHAMPAGNE

 

Dominique Méliand, grand maître de l’endurance, et ses  » gars « pouvaient laisser éclater leurs joies pour ce retour gagnant après la déconvenue de Suzuka.

 » Nous savourons cette victoire , qui ne fera pas oublier nos petits déboires de début de saison mais de les effacer un peu et de renforcer notre place de leader. Rien de spécial à dire , sinon que ce fut une belle course. Les pilotes ont fait parfaitement ce qu’il fallait en menant la course de bout en bout et dès les essais. Je ne peux qu’être pleinement satisfait . »

 

VINCENT PHILIPPE ET DOM MÉLIAND

 

Le SERT accroît son avance en haut du tableau (95 points) devant les  » voisins  » du TT Legend (76) qui se retrouvent à égalité avec BMW. Le GMT compte désormais 74 points . Kawasaki Bolliger et Yamaha Folch sont à égalité avec 55 points mais ont déjà perdu tout espoir d’être sacrés.

Trois heures après l’arrivée, à 1 heure du matin, les fidèles mécaniciens du SERT terminaient le chargement des transporteurs car deux jours de route les attendaient pour rentrer au Mans et retrouver leurs familles qu’ils n’ont vues qu’entre deux et cinq jours depuis début Juillet .

 

 LE GRAND CIRQUE DE L’ENDURANCE REPREND LA ROUTE

 

ÉQUIPE  SUZUKI SERT

 

Un calendrier à repenser pour l’an prochain mais déjà la course des 24 Heures du Mans (8 et 9 Septembre) de se profiler à l’horizon et d’occuper tous les esprits. Tels les saltimbanques, le grand cirque de l’endurance repartira au petit jour car les impératifs de la course n’attendent pas.

Dès demain, il faudra porter à réviser en Belgique, la fourche pour les essais pré-Mans (22 et 23 Août) où entrera en piste un nouveau jeune pilote (27 ans) essayeur japonais de l’usine: Takuya Tsuda, quatrième à Suzuka en 2011 et 2012.

 

TAKUYA STUDA AUX ESSAIS PRÉ – 24 HEURES DU MANS

 

Les nouvelles probabilités de remporter un douzième titre alimenteront le long parcours autoroutier car Le Mans c’est déjà demain. Si BMW ou TT Legend gagneraient au Mans, ils totaliseraient 116 points et le SERT pourrait se  » contenter  » d’une cinquième place avec 116 points.

Le vainqueur serait le SERT grâce à sa seconde place au Bol d’Or. De l’épicerie fine au rayon surgelé ! Dominique Méliand n’ai pas fan de cette cuisine.

 

PODIUM SERT

 

La course est tout sauf une science exacte.

Le SERT devra t- il choisir entre le titre ou la victoire absolue ?

A vouloir courir après deux lièvres à la fois…

Au Mans, il faudra aussi compter sur la redoutable écurie Kawasaki GSR de Gilles Stafler victorieuse du dernier Bol d’Or mais qui ne disputait pas le Championnat du Monde. Le Yart voudra également sauver sa saison qui ne reflète pas son véritable potentiel.

Un autre classement intéresse les Japonais, celui des constructeurs qui connaissent toujours un marché de crise.

 

PODIUM EQUIPE GMT

 

Après Oschersleben, Suzuki a repris l’avantage (110 points) devant Honda (100 points) Yamaha (96) Kawa (95) et BMW (76).

 

ÉQUIPE BMW-MICHELIN

 

Quoiqu’il en sera,  l’heure des comptes à déjà sonné Messieurs les Anglais !

 

Texte et Photos : Michel PICARD

 

  AMBIANCES A OSCHERSLEBEN

 

Sport

About Author

gilles