MONTAGNE : EN VISITE CHEZ NORMA A ST PE DE BIGORRE

 

A la veille de la manche Auvergnate du Championnat de France de la Montagne – également au calendrier du Championnat Européen de la discipline – laquelle se disputera sur les pentes du Col de la Croix St Robert au Mont Dore, autonewsinfo a fait un petit détour par le Pays Basque et le Béarn?,et ce, pour y rencontrer Norbert Santos, le père des célèbres NORMA, qui brillent en Courses de côte et comme en circuits, d’ailleurs

Norbert Santos, un nom bien connu dans les paddocks mais bien peu connaissent son parcours.

 

 

D’où notre venue à St Pé de Bigorre, une magnifique bourgade nichée au cœur des Pyrénées. Au, pied du Col du Somport.

 » Avant de m’intéresser à l’automobile, j’étais professeur de technologie à Pau, avec François Bayrou, au collège Clermont. Ayant toujours eu la passion avec mon frère Jacques du sport mécanique, j’ai commencé à piloter en épreuves régionales : rallyes et courses de côtes. J’ai couru dans les années 80 à 90, en courses régionales, en rallyes régionaux et en courses de côte nationales. »

 

 

Te souviens – tu de ta toute 1ére course. Ton premier départ ?

 » Ma 1ère course de côte régionale a eu lieu près de Madiran, au nord de Tarbes, ville dont je suis originaire au début des années 1980 »

Et la conception de voitures, de ces très performantes NORMA, remonte à quand ?

 » Au début, j’ai commencé la préparation de mes premières autos, des protos March 73S  et aussi ARC.  Ensuite est venue la décision de fabriquer ma propre voiture car j’estimais que je consacrais beaucoup trop de temps à développer mes protos, nés pour les circuits et qu’il me fallait adapter à la course de côte. C’est la raison pour laquelle, j’ai décidé de fabriquer ma propre automobile. »

 

 

Quand as -tu décidé de réaliser la première NORMA ?

 » La toute première automobile née NORMA, date de 1986 et a été fabriquée ici à Saint Pé-de- Bigorre, dans un petit atelier, au cœur du village. »

Pourquoi à Saint Pé-de-Bigorre ?

 » St Pé est le village natal de ma femme Jacqueline, moi je suis originaire de Tarbes et je suis né le 18 septembre 1947 »

 

 

Tu te souviens de cette 1ére NORMA ?

 » Oui, parfaitement. Ma première voiture s’appelait Norma M1 et elle est née en 1986. »

A quoi était-telle destinée ?

 » Avec cette auto, j’ai débuté par une course inter-ligue à Nogaro, en circuit, çà demandait beaucoup de mises au point pour ce tout premier projet. Mais je me souviens avoir été satisfait de mon auto. »

 

 

Mais, au fait que signifie NORMA? On sait que LOLA était le prénom d’une Mexicaine, 1ére copine du fondateur de la firme de Huntington mais NORMA ?

 » NORMA est la contraction de Norbert + Marc (compression de 2 prénoms) Marc Doucet, mon ami et qui est malheureusement  mort en 1982, en essais privés à .Nogaro avec une ARC qu’il pilotait en Coupe de l’Avenir. Je les ai baptisées et construites en hommage à mon ami disparu un dimanche matin, en bout de ligne droite sur la piste de Nogaro, sa voiture a percuté le mur en bout de ligne droite pour des raisons inconnues. »

De quand date alors la toute 1ére NORMA ?

 » Printemps 86, date de la naissance de la 1ère Norma. Puis en 1989, fabrication d’une voiture pour les 24Heures du Mans.

 

 

Et la société NAC (NORMA Auto Concept) ?

 » NORMA, jusqu’en 1990, fonctionnait sous forme d’association regroupant une vingtaine de passionnés. Entre la M1 et la M6, il y a eu 4 modèles destinés à son utilisation en course, M2 M3 M4 M5. M = pour Marc. »

 

 

Parles-nous de la NORMA du Mans, la NORMA M6, qui , au départ devait être équipée d’un moteur COSWORTH et qui a finalement reçu le moteur MGN ?

 » Effectivement, entre temps, Guy Nègre est parvenu à nous convaincre d’utiliser son moteur MGN, un double V12, sensé développer 500 chevaux. Mais, au Mans 1986, impossible de le démarrer, mais moi je l’ai vraiment vu tourner réellement au banc dans son atelier, à l’époque situé à côté d’Aix-en- Provence, dans les gorges du Verdon. Financièrement et moralement, ce fut très difficile à vivre ! »

Explications

 » Pendant que nous étions au Mans, il était en garde à vue suite à des problèmes de cavalerie bancaire, et il n’était revenu qu’après les essais. Après cet échec, qui ne m’était pas imputable,  j’ai décidé d’arrêter de piloter et de me consacrer à la fabrication de mes voitures de courses NORMA. J’en profite pour préciser, 20 ans plus tard, que nous avions remboursé la totalité de nos sponsors.

L’équivalent de près de 300.000 euros d’aujourd’hui. Tout de même…

 

 

Norbert, reprend :

 » Il a fallu travailler 4 ans non-stop, pour rembourser cette dette. Je décide et choisi donc de tirer un trait sur ma carrière et de me consacrer désormais à fond pour NORMA. On lance la construction d’un nouveau bâtiment de 700 m2 dans Saint-Pé de Bigorre, destiné à produire dans de bonnes conditions des voitures sport- protos. En 1991, nous engageons une sport proto moteur Alfa pour Marcel Tarres, nous réalisons toutes les poles, reccords du tour et toutes les victoires avec un 1er titre de champion de France. Un sacré souvenir ce  Grand Chelem. »

L’entreprise Norma avait démarré !

Cette saison exceptionnelle 1991, a donné ses premiers titres de noblesse à la marque NORMA. Mais, le plus dur restait à faire … Mais, la M12, avait lancé NORMA.

 

 

De 1991 et jusqu’à 2003, NORMA s’est contenté de produire quelques voitures par an uniquement destinées à la performance, tant en courses de côte qu’en circuits. Ces Norma ont été achetées notamment par Bernard Chamberod et  Marcel Tarres

 

 

Étape suivante, en 2003, on passe chez NORMA, de l’artisanat, à l’industriel.

Norbert, nous confie:

 » On décide avec mon ingénieur Guillem Roux, de produire une voiture sport proto de type CN polyvalent, destinée au circuit, aussi bien en endurance qu’au sprint ainsi qu’à la course de côtes. Après avoir dessiné cette voiture nous lançons une série de 30 voitures alors que nous n’avions aucune commande et aucun contact. Nous étions simplement persuadé que le concept sport proto type CN, ne pouvait être qu’une réussite !  »

Et il poursuit :

 » Pour preuve, depuis 2004, nous avons produit près de 400 modèles Norma M20 !  »

Entre temps, en 1995, NORMA réalise une nouvelle voiture pour Le Mans. Bolide équipé d’un moteur Buick, et qui s’appelait Norma M16.

Nouvel échec !

Après un prometteur 6ème temps en première séance d’essais, première casse moteur ! Suivi de la casse des 2 moteurs de réserves Buick. Grosse déception. NORMA repart du Mans sans avoir participé à l’épreuve…

 

 

En 1999, Norbert avec cette même voiture, l’engage aux 24 Heures de Daytona avec l’équipage formé de Sylvain Boulet, Edouard Sezionale, et Patrice Roussel. Aux essais, elle signe le 8ème chrono. La voiture a roulé jusqu’à 3 Heures du matin avant d’être victime d’une casse moteur.

La rencontre avec Edouard Sezionale, aujourd’hui ami très proche, s’avère à l’époque fructueuse. Les deux hommes prenant la décision de fabriquer une voiture pour la catégorie US dénommée GRAND AM, la Norma M2000. C’est alors le début d’une grande aventure aux USA.

 

 

Norbert, reprend :

 » Nous nous sommes installés en Floride après avoir construit des locaux à Tarpon Spring près de Tampa. Nous avons passé 3 saisons aux USA avec 2 autos, une auto équipée d’un moteur V8 BMW préparée chez  Heini Mader dans ses ateliers de Gland situés sur le bord du Lac Léman en Suisse et l’autre équipée d’un Ford V8 américain 7 litres, voiture avec laquelle nous sommes revenus au Mans en 2003, avec le V8 Ford (voir photo atelier). Abandon hélas au cours de la nuit avec un problème de casse moteur pour Roussel, Sezionale et Lucas Lassere. »

Aux USA, la NORMA M2000 brille et en 2OO2, elle finit dans le TOP 1O du Championnat Américain, avec le tandem Roussel et Sezionnale.

Auparavant, en 2009, l’ACO (Automobile Club de l’Ouest) avait lancé une règlementation LMP2 Low Cost, esprit qui convenait tout a fait à la manière dont NORMA, abordait le sport automobile.

 

 

Norbert Santos, enchaîne :

 » Nous construisons une nouvelle LMP2. La Norma M200 à moteur Judd pour rouler en 2010 avec le trio composé de Julien Schell, Frédéric da Rocha et David Zollinger. Mais, la voiture est accidentée au Mans en début de course. »

En 2011, la voiture est engagée par le Team Nantais Extrême Limite pour l’équipage, Fabien Rosier, Philippe Haezebrouck et Jean- René de Fournoux.

 

 

En 2012, cette année, retour en Sarthe avec Fabien Rosier, Philippe Haezebrouck et Philippe Tirion.

La NORMA s’y illustre car c’est la toute première fois qu’une voiture conçue à St Pé de Bigorre termine classée les 24Heures du Mans, sachant qu’en 2011, la NORMA avait terminé 28ème, mais non classée pour distance insuffisante. Franchement d’un rien car il a manqué un infime tour ! Cette année 2012, elle se classe 29ème au scratch et 12ème de sa catégorie, celle des LMP2.

 

 

Mais, revenons à la course de côte.

Comment NORMA, s est il spécialisé dans le domaine de la course de cote ?

Norbert, nous lâche :

 » C’est un domaine que je connais particulièrement. Le coté relationnel et la présence est un facteur indispensable et important pour les pilotes. Notre fidélité et notre complicité depuis l’époque Marcel Tarres, font que NORMA est présent sur chaque épreuve, avec un camion atelier, un ingénieur et 2 mécaniciens avec la totalité des pièces éventuellement nécessaires. De voir désormais annuellement, autant de protos NORMA alignés sur une bonne douzaine de courses du Championnat de France est finalement la rançon du succès mais que je considère  sincèrement comme amplement mérité. »

 

 

Il faut bien reconnaitre que les NORMA, au fil des saisons, ne cesse d’accumuler les victoires et les titres avec différents pilotes, preuves de la fiabilité et de la compétitivité de ces voitures.

Mais à propos, où sont fabriquées les coques carbone des NORMA ?

 » A Issoire dans le Puy de Dome, chez REXIAA, l’entreprise de Jacques Moniot. » 

Où sont aussi conçues les Pescarolo, entre autres.

 

 

Quels sont les principaux marchés de NORMA ?

 » La France et l’Europe. Et principalement, l’Angleterre, l’Allemagne et l’Espagne. Mais aussi les Etats-unis avec  notre filiale, Norma North America représentée par Edouard Sézoniale. D’autre part nous avons plusieurs points d’appuis Européens, en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, en Italie et en Espagne et qui disposent chacun d’un stock  important de pièces de réserve. »

 

 

Comment fonctionne NORMA ?

Norbert Santos, dirige et est épaulé par Guillem Roux, son ingénieur et Camille, sa fille, qui s’occupe de toute la gestion de l’entreprise avec son assistante, Nicole.

Il y a un chef d’atelier, Jean-Jacques Goux, qui fut le premier salarié de NORMA AUTO CONCEPT et qui faisait déjà autrefois, partie de l’équipe des bénévoles des années 80.

Il y a un atelier de montage, un atelier composite et un atelier de soudure chaudronnerie. Cela représente donc une vingtaine de personnes.

 

 

Venons-en, maintenant au circuit et au très prisé Championnat VdeV.

Norbert, raconte:

 » Nous sommes arrivés en 2004 en VdeV, aujourd’hui notre présence représente les ¾ du plateau en sport-protos. Nous occupons actuellement les 16 premières places avec au commandement le fidèle équipage composé de David Zollinger, et Philippe Mondolot. C’est aujoud’hui, à notre avis , la seule discipline qui ait un tel rapport, temps de pilotage-coût et avec une vraie voiture de course sans omettre la convivialité, excellente dans cette discipline que manage avec succès Eric Van de Wyver »

Concernant le futur, pourquoi lancer la NORMA CN ?

 » Il s’agit d’une voiture couverte qui correspond à une attente de certains pilotes qui seront plus à l’aise avec un toit sur leur caisse que la tête à l’air. C’est aussi une voiture qui permet de nous exprimer d’avantage au niveau du design et surtout de rechercher de nouvelles solutions techniques, ce qui reste notre moteur, notre essence, notre véritable raison d’être. Dans un deuxième temps, notre voiture en fonction des réglementations, évoluera vers une solution hybride, sur laquelle nous travaillons depuis plusieurs années. »

 

 

Donc, l’avenir semble dégagé pour NORMA ?

 » Seules les disciplines qui arriveront à une gestion des prix rigoureuse auront un avenir car nous ne faisons qu’entrer dans une période de crise et que le sport automobile ne pourra survivre qu’à cette seule condition.

 

 

 

Est-ce que l’éventuelle arrivée d’ORECA en CN représente un réel danger pour NORMA ?

 » Je ne pense pas qu’ORECA représente un véritable danger car nous maîtrisons la construction de ce type de voitures dont le prix de vente est figé par la FFSA. Nous les considérons certes comme des concurrents sérieux mais Oreca a déjà pas mal d’autres activités. Notre présence permanente et notre expérience jouent assurément en notre faveur car nous sommes implantés au niveau de l’assistance depuis de très nombreuses années, de plus, nous entretenons un excellent relationnel avec le milieu de la course. Et cela vaut de l’Or  »

Dès ce week-end, sur les pentes du Mont Dore, sûr que la multitude de NORMA en lice, continuera de perpétuer les excellentes performances des bolides nés à St Pé de Bigorre pour la plus grande satisfaction de tous.

 

Gilles GAIGNAULT

Photos : NORMA collection, Bruno GAGLIARDI et autonewsinfo

 

 

 

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