SILK WAY RALLY : POUR LA FRANCE,C’EST LA RETRAITE DE RUSSIE!

Podium 100% Russe…

Autos et camions…

Le Silk Way Rally, a été amputé d’une journée, pour cause d’inondations gigantesques en bord de la Mer Noire!

Ce jeudi est donc la finale du Rallye, et c’était plutôt bien parti pour quelques Teams Français, en particulier Christian Lavieille et Jérôme Pélichet.

Mais cette ultime étape,  a malheureusement  été fatale aux couleurs tricolores.

Lavieille, par exemple, a dû changer trois fois une courroie, adorant visiblement casser et il a fini …à trente à l’heure.Perdant le Rallye

En camions aussi, tout a été chamboulé…

DERNIER JOUR A MAYCOP

BORIS GADASIN, VAINQUEUR

 C’est un désastre…

Dans la morne steppe, gisent les combattants.

En tous cas, au Silk Way, les autos et les camions.

En auto, on a déjà dit que Lavieille, a été victime de bris de courroies à répétition.

Pélichet, lui, a carrément ouvert le train avant. En fait, plusieurs autos se sont fait avoir au même endroit.

Il s’agit de chemins assez rectilignes où l’on va donc très vite.

La fin de la spéciale, longue de 453 km, se court en moyenne montagne.

Dans la steppe donc, on envoie du lourd.

Quand une énorme flaque se présente, les autos ont tendance à quitter le chemin, sauter les ornières, rouler hors piste et rentrer dans les rails plus loin.

Sauf qu’ici, masqué par la végétation, le hors piste est traversé par un radier, un mini talus…

Pélichet se fait prendre, de même que Benat Errandonea. le Team SMG de Philippe Gache est un peu décimé, car Chabot a été victime de problèmes de suspension la veille.

Bon, ceux qui évitent ce p… de radier, vont gagner la spéciale et le général, c’est simple.

Victoire donc pour le Russe, Boris Gadasin, un pilote qui roule sur un engin Russe, un Force  G.

Il a déjà participé à un paquet de Rallyes Raids, il a gagné la Coupe du monde des bajas en 2007 et a surtout gagné la Baja italienne en 2011  et ce devant les officiels du Team X Raid!

Bon, ce n’est pas le premier venu mais ici… c’est le premier à l’arrivée!

Le second et le troisième sont des Hongrois, Balas Szalay associé à Lazlo Bunkokzi, et l’autre équipage, est Miroslav Zapletal et Rafal Marton.

Voilà, ça va sûrement faire du bruit dans la « Puzta »…

Le premier Français, Lavieille, est cinquième. Chavigny est dix huit, Smulevici (photo) vingt-et-un.

En camions, c’est aussi le grand nettoyage…

AYRAT MARDEEV, VAINQUEUR

Nikolaev, leader en camions, est carrément allé tout droit dans un marigot, un petit étang, il a fallu quatre Kamaz pour l’en sortir mais ensuite, il a dû changer de turbo.

Voilà comment, on perd le Silk Way Rally.

Loprais, le Tchèque déjà lauréat l’an passé ici, aurait donc dû logiquement en profiter…

Niet.

Car le camion duTchèque, est resté coincé dans un énorme gué, dans lequel, il s’est quasiment couché… Plus d’une heure pour s’en sortir, aidé par deux autres camions!

Celui qui en profite, c’est finalement Mardeev, le deuxième meilleur pilote de Kamaz, qui avait pourtant perdu la vielle quarante cinq minutes, à cause des réducteurs qui ont explosé de chaque côté…

Il était donc foutu Mardeev….

Sauf que devant, comme c’était le dernier jour, on s’est un peu lâchés et boum…

C’est quand même un Man qui termine second camion, mais celui de Versluis, le deuxième couteau du Team.

Et un truc incroyable, que me raconte Eric Vargilolu, qui était à l’arrivée de spéciale.

Mardeev a passé la ligne pneu arrière crevé, caoutchouc explosé et même la jante est partie, ils étaient sur le moyeu…

En somme, il était vraiment temps que ça s’arrête!

Petite précision qui aurait pu être une grande première…

Au classement général autos et camions ensemble, Gadasin est premier avec … 3 minutes d’avance, après plus de 2500 km de spéciale, sur le premier camion, celui de Mardeev…

Gadasin sauve l’honeur des autos pour trois minutes!

SMULEVICI: MA RUSSIE A MOI…

Puisque pour cause d’annulation du dernier jour de course, nous sommes tous coincés à Maykop, charmant aéroport militaire, situé un peu au milieu de nulle part au cœur de la profonde et gigantesque Russie (voyez la carte en début de reportage), on a donc le temps de discuter un peu, avec les potes…

Étienne Smulevici, nous avait dit avant le départ que ce pays était superbe, il y était déjà venu courir. Alors, six jours plus tard?

Smul est fatigué…

« Tu sais, sur un Dakar, ce qu’on veut, c’est finir et je t’ai dit que ma fierté c’est d’en avoir terminé 21 plutôt que d’avoir pris trente fois le départ. Ici tu veux faire un classement. L’an dernier, en perdant du temps, on avait fini quatorze alors cette année, on visait le Top Ten… Donc grosse déception au classement. A l’exception de la première spéciale, on a eu tous les jours un pépin qui nous a fait perdre un temps noir. La pompe à eau en rade, la direction assistée qui tombe en panne, puis plus de freins pendant 200 km et aujourd’hui, alors que ça glissait pas mal, pas de freins du tout sur toute la spéciale. On a voulu purger, pas eu le temps… C’était chaud cette année, avec ou sans freins, ça glissait vraiment! Mais avec les emmerdements, je n’ai pas vu le paysage. mais tu as vu toi? je ne t’avais pas menti, c’est somptueux! Il ya un point positif, on ne s’est pas posés une seule fois, ni dans le sable, ni dans la boue. Bon, en conclusion, et merci de l’écrire tel quel, on fera fois la prochaine mieux mais j’aurais préféré dire que je suis gagné d’avoir content… »

FRED LEQUIEN: LE SILK WAY RALLY EST UNE VILLE EN DÉPLACEMENT…

 

C’est probablement le deuxième rallye-raid le plus important au monde, après le Dakar. Il existe depuis quatre ans et cette année, il vole si l’on peut dire de ses propres ailes, puisque ASO, en 2012, s’est retiré du projet, le patron russe du rallye, Semen Yakubov, s’en est expliqué dans nos colonnes, en début d’épreuve.

Fred Lequien, directeur adjoint du rallye, nous explique au bivouac d’Elista, en plein désert Kalmukh, ce que représente cette organisation.

 UNE ARMÉE DE TITANS…

Lorsque je vois les bivouacs de ce rallye, la seule comparaison qui me vienne est le barnum insensé qu’est l’organisation du Tour de France.

Bien au-delà de ce que peut-être un paddock de F1 par exemple. Et bâti chaque soir sur pratiquement rien, juste à proximité immédiate des aéroports régionaux, pour que les avions des liaisons, des médecins, des chaînes de TV, puissent être tout près.

Vu de loin, c’est une ville… De près…

Fred Lequien…

« Sur le rallye, il y a 350  personnes qui bossent. Il faut ajouter que nous recevons 130 véhicules en course et plus de 200 en assistance. Il faut faire dormir tout ce monde, le nourrir, procurer sanitaires et douches en rase campagne, transporter tous ceux qui ne prennent pas la route (journalistes entre autres, deux avions complets chaque jour), il faut assurer la sécurité, avoir un PC médical très performant, des toubibs en 4X4 sur la piste, d’autres en hélico… Il faut assurer les liaisons radio pour l’organisation, l’internet pour la presse, il y a au total 120 journalistes qui suivent l’évènement. »

Je demande alors ce que cela représente comme boulot à l’année…

« 30 personnes travaillent à plein temps sur le rallye. Deux tiers en Russie, un tiers à Paris et en France. Pour les recos, c’est l’affaire de Pierre Lartigue et de Stéphane Le Bail, assistés par des Russes qui connaissent vraiment bien le boulot ».

 

ET LE CAUCHEMAR BUREAUCRATIQUE ?

 

Je l’interromps…

« La Russie n’est pas connue pour être le pays le plus facile, sur le plan administratif… On y aime toujours beaucoup les grandes casquettes et les barrières… Monter un bazar pareil, comment y parvenez vous ? »

Fred reprend…

« Nous sommes directement soutenus par le gouvernement du pays. Et nous sommes en relation étroite avec  les ministères intéressés, à commencer par les sports, mais aussi la sécurité, et bien entendu la police. Et surtout, nous avons un rapport constant avec les régions traversés, et donc les gouverneurs de ces régions. Sinon, ce serait impossible »

La question finale, trois jours après le début du Rallye, est évidente…

Satisfaction ? (Vous entendez jouer Keith Richards quand je prononce ce mot ? Moi, oui…)

Bon, le seul élément sur lequel nous n’avons aucune action possible, c’est la météo. Aujourd’hui, nous avons dû modifier la spéciale, et en vitesse encore. Mais nous avons l’habitude de réagir vite et bien. C’est ce qui fait aussi la force de ce rallye… »

J’ajoute à titre personnel, que le fait de réunir deux pays, deux cultures, deux langues, deux façons de penser, d’agir, sur une organisation aussi pointue et disposant  de peu de marges pendant l’épreuve, cela est plus qu’une réussite, un exemple que quelques sociétés qui vivent dans la haine devraient tenter de suivre…

 

LE VOYAGE EN RUSSIE…

En tous cas, les Russes sont des gens attachants.

Il ya une folie chez eux qui me fait penser à mes jeunes années quand nous avions non seulement le droit de fumer, de faire des tas de trucs avec nos intimités mais on avait même le droit de se tuer.

Quand je vois Gadasin foncer à pas loin de 200 sur un chemin de steppe, quand on rentre en ville avec un minibus de dix places et que l’on est trente sept dedans, et que l’on double tout le monde parce que forcément, on n’est pas confort dans le truc, quand on vole à trente mètres du sol en hélico sans risque pour le pilote de perdre sa licence, quand ils vous parlent de la résistance de Stalingrad, quand ils sont tellement émus par leurs hordes de chevaux sauvages…

On oublie du coup tout le reste, entre autres, l’arrogance de Moscou qui croule sous le fric, quand le reste du pays est à l’abandon, après tout, les images de la Russie dans les films de James Bond, sont encore d’actualité.

Et ça aussi ça rajeunit…

 

Jean Louis BERNARDELLI

Photos : Éric VARGIOLU-DPPI et TOURISME RUSSE et AUTONEWSINFO

Rallye-Raid Sport

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