SILK WAY RALLY : LES YEUX DE LAVIEILLE

ETAPE 4 – Elista / Elista

ES : 391.95 km (11 juillet)

 

Christian Lavieille est peut-être en train de gagner le Silk Way Rally, qui se terminera  finalement demain à Maykop puisque la région où le Rallye devait arriver a été dévastée par les inondations. 

Il a formidablement bien roulé, formidablement bien géré, et son équipier Pascal Larroque, a, lui, formidablement bien navigué. Pour un équipage qui roule pour la première fois ensemble, pas mal joué!

En camions, à la veille de la dernière étape, Loprais et son Man, ont battu l’armée bleue des Kamaz mais les Russes sont toujours en tête au général.  

LE DÉSERT DES BAGARRES…

ALEX LOPRAIS

C’est un peu les images du voyage de  Michel Strogoff que je vais voir aujourd’hui, la steppe à l’infini…

La Kalmoukhie est un vrai décor de film.

Depuis l’hélicoptère de la direction de course, et à vrai dire depuis le premier coup d’accélérateur sur la ligne de départ, le spectacle est tout bonnement terrifiant.

Autos et camions, partis quasiment ensemble puisque ces deux types de véhicules se battent au classement général,  vont à une vitesse inimaginable.

On a beau savoir que les camions sont limités à 150 km/H, on regarde le « badin », le compteur de vitesse de l’hélico, avec effarement.

On va dire qu’on frise vraiment les 150 km/h, alors que le terrain est certes un chemin, mais complètement défoncé par les pluies, avec des ravines partout.

Quand on trouve des passages secs, on voit donc le panache de fumée loin devant l’hélico, on met un temps fou à rattrapper les véhicules de tête…

Quant aux Kamaz, c’est tout simplement impossible à imaginer.

Jamais je n’aurais cru voir des trucs de neuf tonnes aller si vite… et passer partout avec la légèreté du papillon…

 

EDUAR NIKOLAEV

 

Semen Yakubov est à mes côtés dans l’hélico. Il n’a d’yeux que pour ‘ses enfants’, de très jeunes pilotes qui emmènent les Kamaz officiels, à des vitesses lunaires.

Nikolaev, par exemple, a 27 ans.

Il me glisse au passage que les Man, ont probablement plus de 1000cv, que les Kamaz sont moins puissants, bon, j’ai l’habitude de ce genre de déclaration, je souris…

Lorsque Mardeev, doit s’arrêter tout de même….quarante cinq minutes pour réparer les réducteurs, des deux côtés, qui ont explosé, il a quasiment les larmes aux yeux.

Les yeux justement.

On se dit vraiment que ces mecs ne voient pas comme nous.

 

C’est ce que je me disais en regardant Lavieille, qui a sagement laissé passer Vassilyev et Alvarez, qui ne le menacent pas au général, et qui ouvrent la piste.

Ils roulent à trois et si depuis que je fais ce métier, je ne comprends toujours pas comment les champions peuvent rouler aussi vite, je crois que je n’ai jamais eu cette sensation autant que ce jour.

Putain, mais comment ils font?

Un exemple ?

Dans une steppe totalement plate, le chemin est creusé façon ornières, et quand ils voient une flaque d’eau devant, ils sortent des ornières qui font pas loin d’un mètre de profondeur.

Et vous croyez que ça les ralentit? Que nenni!

Idem, quand ils reviennent dans les traces…

Dé-men-tiel!

Ce sont donc Vasilyev, Alvarez et Lavielle qui finnisent la journée dans cet ordre, mais Lavieille est en tête au général, douze minutes devant Pelichet, quinze minutes devant Gadasin.

Lavieille à l’arrivée…

« Nous avons dû nous arrêter pour nettoyer le radiateur couvert d’une épaisseur de 3cm de criquets et d’herbes sur le grillage. Par moment, nous avions l’impression d’être sur des montagnes russes, heureusement que notre voiture est bien suspendue. Nous avons laissé passé Vasilyev qui était remonté sur nous et, dans la steppe, il est à fond tout le temps et partout… J’ai essayé de le suivre mais je ne suis pas habitué à prendre autant de risques.»

 

CAMIONS: ON RATE LA TOUR D’ARGENT…

 

L’incroyable steppe du pays Kalmukh défile sous l’hélico.

Un peu comme l’ouest américain mais totalement plat, et surtout, sur des millions de mètres carrés, personne, pas une vache, un mouton, une ferme…

Des chevaux sauvages en revanche, mais d’habitants, point.

Bon, il ya quand même une ferme ça et là mais un vrai désert couvert de végétation rase et qui a d’ailleurs verdi puisqu’il pleut des hallebardes depuis deux jours, c’est très impressionnant.

Les heures d’hélico s’accumulent et je raconte à Semen, patron de Kamaz, que le rêve de Jan de Rooy, dans les années 80, était de gagner le Dakar en camion.

Toutes catégories confondues…

Et on regarde les feuilles de classement de la veille, pour confirmer qu’au général, c’est bel et bien le camion de Nikolaev qui est devant l’auto de Lavieille…

Du coup, Semen Yakubov me dit que si son camion gagne au général, il invite tout le monde, nous sommes six dans l’hélico, à la Tour d’Argent à Paris….

Et bien sûr, Loprais choisit ce jour, au volant de son terrifiant Man, pour battre tous les Kamaz.

Ce qu’il en dit à l’arrivée! 

« C’était très difficile aujourd’hui pour moi car j’ai de la fièvre et j’ai bien cru que je ne pourrais pas courir… Sur la piste, quand je suis remonté sur le Kamaz, j’ai réussi à me mettre dans le rythme et à oublier que j’étais malade. »

  Nikolaev reste en tête des camions mais au général cumulé, il est ce soir deux minutes derrière le proto Dessoude de Lavieille.

Déclaration à l’arrivée.

« C’était une étape très dure et on a beaucoup été secoués. J’ai géré ma course et je ferai pareil demain, sans pression car cette course est surtout un entraînement pour le Dakar pour nous. Ceci dit, quel dommage que l’hélicoptère de la télévision n’était au dessus de nous quand nous avons roulé à fond, à 150 km/h, côte à côte, avec Loprais… »

Commentaire de Semen, quand il regarde la feuille des temps à l’arrivée de spéciale, écourtée pour cause de déluge, plus loin, la steppe est devenue une éponge.

« Pas de tourrrr d’arrrrgent, Nikolaev est un ami, il fait trrrrès attention à budget…En tous cas, c’est bon rrrrépétition pourrrr Dakarrrr« . « 

 

Jean Louis BERNARDELLI

Photos : Éric VARGIOLU – DPPI et  Marie France ESTENAVE

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