CHAMPIONNAT DE FRANCE SUPERBIKE À MAGNY-COURS : KAWASAKI PREND LE LARGE.

 

Ce week-end s’est déroulé sur le circuit de Nevers Magny-Cours, la cinquième des huit manifestations composant le Championnat de France Superbike.

Nous entamons ainsi la seconde partie de ces rendez-vous  de la vitesse moto, juste trois mois après la première manche du Mans qui précédait celles de Nogaro, du Vigeant et de Lédenon.

Une nouvelle fois, la météo s’est avérée capricieuse rendant les tribunes clairsemées , la piste humide et fraîche (14°c) dès les warm-up matinaux. Plusieurs pilotes, pourtant confirmés, comme Matt Lagrive (Supersport 600 yamaha GMT) ou Anthony Delhalle (Superbike Suzuki LMS) se firent piégés, comme la veille déjà, avec des conséquences fâcheuses pour ces concurrents qui disputent en priorité le Championnat du Monde d’endurance.

Anthony est relevé groggy dans le bac à gravier du premier gauche avec une épaule douloureuse qui demandera un examen approfondi avant son prochain départ pour Suzuka.

Matt souffre du coude depuis son gros crash du Vigeant et ces chutes répétitives le handicapera au point d’abandonner en cours de Manche 2, alors qu’il remporta la Manche 1 sur le mouillé.

 

 

Lagrive est pourtant un dur au mal mais en allant au-delà des limites de son corps n’est-il pas entrain de pénaliser la suite de sa saison?

Il nous confiait en grimaçant et  avant de monter sur le podium :

 » Sincèrement, si c’est sec cet après-midi, je ne pourrai pas prendre le départ ! « 

Et là, il ne plaisantait pas pour une fois !

Nous avons assisté à de superbes empoignades tout au long de cette journée finalement ensoleillée et tous les pilotes nous ont procuré un spectacle fabuleux en payant parfois cash à la moindre glissade sournoise. Pour cela,  nous nous devons de les respecter qu’ils soient de grands professionnels ou de modestes amateurs.

Hors, les pilotes de la catégorie Superbike sont repartis du circuit Nivernais avec un étrange sentiment d’amertume qui réclame quelques explications sur le déroulement de la première course matinale disputée sur une piste humide.

Écoutons Vincent Philippe qui termine 3e de la manche 1, au guidon de la Suzuki du Junior Team LMS :

 » Les conditions étaient vraiment difficiles au début, dangereux même. Je pense avoir choisi la bonne solution en optant pour des pneus mixtes retaillés AV / AR et j’ai préféré être prudent sur le début de course. Nous avons vu Gimbert avec son pneu pluie AV qui est parti en tête mais ensuite il a dû rendre la main car la piste séchait. Puis tout le monde s’est mis à rouler très vite. »

C’est à ce moment là que Hugo Marchand chute à la sortie du 180°. Il se relève indemne mais sa BMW gît en plein milieu de la piste.

 

 

La direction de course décide une opération de dégagement sous voitures de sécurité, chose normale, mais avec un seul véhicule situé devant les attardés…

Vincent Philippe poursuit:

 » Nous avons vu les drapeaux nous signalant un Safety- Car, mais avec la différence que nous ne l’avons jamais vu cette voiture…Je n’ai jamais roulé aussi vite sous Safety Car. A un moment je me suis même inquiété car j’avais pris 500 m de retard sur Da Costa et Dietrich et ne voyant toujours pas le Safety Car, je me suis dit ça va repartir sans que nous l’ayons vu . C’est ce qui est arrivé! Un peu dommage… Sur la fin je voulais vraiment revenir en tête même si je glissais beaucoup de l’arrière . Le panneautage de la course a été aussi un grand moment car à chaque passage ils nous décalaient d’un tour. J’ai fait confiance à la direction de course. Je me suis dit, ils ne peuvent pas faire d’erreur à ce niveau là…mais à la fin il manque un tour . Je suis trois au lieu de faire au moins deux. Là ce sont de gros points qui s’en vont. Devant moi, c’est encore Guillaume Dietrich et il faut absolument que je sois devant lui pour garder ma troisième place au championnat et ça ne m’amuse pas du tout car au championnat ça commence à être inquiétant . Cet après-midi, je vais devoir faire un choix de pneu AR osé car je pense qu’il choisira autre-chose ! « 

Le mois de Juillet ne sera d’ailleurs pas celui des vacances pour le Champion du monde d’endurance du SERT.

 » C’est clair qu’i faut rester serein sur les roues car nous enchaînons énormément .Notamment nous partons la semaine prochaine pour deux jours d’essais à Suzuka car ayant un pilote Japonais dans l’équipe comme Kagayama, nous avons envie de bien faire avec une moto capable d’être devant. Il faudra être en forme car nous enchaînons au retour sur le Superbike de Dijon au 14 Juillet. Il ne faudra pas faire de bêtise. Je suis un peu déçu pour Anthony (Delhalle) qui pour une faute qui n’est pas sienne se fait mal. J’espère qu’il va se remettre vite pour les 8 heures de Suzuka à la fin du mois. »

Pourtant, Vincent Philippe partira aussi à la faute, sans bobo,  en seconde manche en voulant garder cette 3e. place sur le podium face à Guillaume Dietrich .

 » j’ai posé le carter sur le vibreur. Trop d’angle…pour tenter de suivre… »

Difficile d’être plus honnête mais délicat pour un gagneur de s’avouer impuissant et de ne pouvoir se battre à égalité avec ses copains.

 

Il n’est pas inutile de préciser que les objectifs d’une écurie comme SRC Kawasaki ont été clairement définis: Julien Da Costa en Superbike et Grégory Leblanc en Supersport sont là pour la gagne en Championnat de France et ils disposent pour cela de toute la logistique de développement des pneus du  manufacturier Pirelli pour le Mondial superbike.

Gilles Stafler, le préparateur des Kawa précise ce choix qui fait l’impasse sur le Mondial d’endurance, ce qui pourrait paraître regrettable à la vue des performances des machines, comme l’atteste la dernière victoire au Bol.

 » L’endurance MONDIAL n’est pas une priorité pour Kawasaki avec un programme seulement Franco-Français. « 

Autrement dit, un lièvre à la fois mais cela fait mouche comme l’atteste le palmarès des verts: 9 victoires sur 10 courses pour Da Costa, 5 victoires pour Leblanc .

C’est quoi la recette de Julien Da Costa ?

 » Le travail. Il n’y a que ça de vrai. De l’extérieur il est facile de penser qu’il n’y a qu’à monter sur la moto pour gagner en mettant de la potion magique mais en fait que ce soit kawa ou Pirelli tout le monde bosse énormément jusqu’à tard le soir . Il ne faut pas oublier d’où nous venons aussi après toutes ces années difficiles. « 

 

 

Guillaume Dietrich a reconduit sa propre écurie complètement indépendante et ne cache pas ses intentions d’être le plus près possible de la tête au guidon de sa BMW compétition client comme en témoigne sa seconde place en manche 1.

 » Nous sommes partis sur une piste mi-sec mi-raisin, comme on dit. De toutes façons, nous avions fait le bon choix de pneus . Au début , avec le slick, j’allais tout doucement puis je suis bien remonté sur julien et Vincent . Je pensais honnêtement pouvoir gagner la course mais en fait nous n’arrêtions pas de se croiser tous et nous perdions un peu de temps. Au final second c’est quand même bien. C’est vrai que c’est une course que j’aurais pu gagner mais c’est cool pour mon team composé de bénévoles. Je n’ai rien compris sur les Safety-Cars . D’un seul coup nous avons vu un drapeau vert alors que je regardais à droite, à gauche … encore une fois, je vais dire que je suis un gueulard mais nous sommes sur la piste entrain de nous dépouiller et c’est n’importe quoi au niveau de la direction de course. Ce sont aussi des bénévoles et il ne faut pas leur en vouloir mais s’ils veulent j’ai des potes qui peuvent le faire ! « 

Vous l’avez compris, l’ambiance était tendue mais devint explosive lorsque la direction de course afficha cette note à l’heure du déjeuner

 » Au vu des évènements survenus pendant le déroulement de la course 1 Superbike, le jury n’homologuera pas les résultats de cette course et transmet le dossier au bureau de la CNV qui fera connaître sa décision avant la prochaine épreuve. « 

 

 

Tard après le podium de la seconde manche Superbike , Julien Da Costa, le vainqueur, Sébastien Gimbert , le second et Guillaume Dietrich tentaient d’infléchir cette décision sans remettre à plus tard ce qui pourrait, à leurs yeux de pilotes, être discuter le jour même.

Les responsables absents préféraient s’en tenir à la note et réfléchir à tête reposée sur ce dossier. L’aide du Président de la FFM, lui-même ancien pilote et victorieux en GP, Jacques Bolle aurait été la bienvenue à Magny-Cours mais gageons qu’il saura donner du bon sens à la future décision du Jury, en se replaçant dans la combinaison de ses pairs de pilotes dont il a été un des brillants ambassadeurs sur les circuits Mondiaux au milieu des années 80.

En attendant le résultat du Jury avant la prochaine épreuve de Dijon,  Julien Da Costa caracole en tête avec 200 points devant Sébastien Gimbert 163 points, Guillaume Dietrich, 133 points et Vincent Philippe, qui en compte lui, 102 points.

Nous avons rencontré un autre brillant « ancien  » pilote :

Marc Fontan qui est à la direction de la Dark Dog Academy et nous ne pouvions pas manquer de faire le point sur  la santé de son pilote, Louis Bulle très gravement accidenté et brûlé (opérations des vertèbres et greffes de peau) en essais à Dijon, alors qu’il menait la tête du Championnat Supersport.

 » Louis va de mieux en mieux et il a eu sa première permission hier afin de rentrer chez lui avant de retourner à l’hôpital et de partir en ré-éducation cette semaine. C’est loin d’être fini mais il récupère rapidement et il est dans une phase plus intéressante afin de se reconstruire à tous niveaux.

Et il poursuit :

 »  Nous avons remis Denis Bouan , le champion en titre, sur la 600 car en Superbike il était là pour rouler mais sans viser le titre. Il est  » redescendu  » en 600 pour épauler David Perret le co-équipier de Louis. C’est plus homogène sans faire trop de mouvance en espérant avoir un peu plus de chance car David s’est fait rentré dedans deux fois . En Superbike nous avons donné une chance à Anthony Dos Santos qui était un privé qui bosse la semaine. Nous sommes toujours là pour gagner en Supersport et aussi en Moto 3 ex 125 cc, avec un petit jeune qui va bien Robin Anne « 

 

 

Robin Anne confirmera les propos de son manager en remportant, après Le Mans,  sa seconde course en Moto 3 et en gardant la tête du championnat (99 Points) devant Jules Danilo (75 points) parti à la faute ce Dimanche.

En Supersport, nous avons le leader Grégory Leblanc qui accroît son avance (210 points) sur Etienne Masson (113 points) et David Perret (109 points) .

En Side-Car, Delannoy et Lavorel remportent les septième victoires  dont six consécutives et sont bien partis pour garder le N°1 (208 points) devant les Manceaux Barbier et Debroise (182 points) alors que  Brunazzi et Rigondeau sont troisièmes (130 points).

 

 

Le podium de la manche 2 de Nevers est celui du classement général actuel.

En European Bikes première course et première victoire de Denis Paviot devant le leader du général Stéphane Pagani et un petit  » jeune  » journaliste et manager stéphane Coutelle dont la dernière course remonte à 2002 .

En Pirelli 600, Thibaut Martin gagne et prend la tête du trophée (100 points) devant Kevin Szalai (91 points) et Anthony Dumont (73 points)

 

Texte et photos : Michel Picard
Mes remerciements à Gérard Délio (Photopresse) pour son entraide matériel .

 

MANON ENOC DE MICHELIN AVEC MATT LAGRIVE

PODIUM SUPERBIKE PREMIÈRE MANCHE

PODIUM SUPERBIKE SECONDE MANCHE

 

Moto - Superbike Sport

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