24 HEURES DU MANS : BENOIT TRELUYER  » MES SEPT MERVEILLES MANCELLES  »

Victorieux pour la deuxième année et consécutive des très célèbres 24 Heures du Mans, la course qu’il faut gagner comme le GP de Monaco de Formule 1 ou les non moins prestigieuses 500 Miles à Indianapolis, Benoit Treluyer, nous parle de ses 24 Heures 2012

Mes sept merveilles mancelles !

Deuxième victoire de rang pour Benoît Tréluyer dans la Sarthe et première de la technologie hybride. L’histoire est en marche pour Audi, et le pilote Français aura donc de nouveau connu mille émotions.
Morceaux choisis.
Qu’il est difficile de décrire ses émotions, de faire partager ne serait-ce qu’une infime partie de ce que l’on peut ressentir quand on est tout là-haut, sur l’immense podium du Mans, avec à ses pieds ces milliers de fans qui, eux aussi, ont bravé la nuit et la fatigue.
Quelques jours après sa deuxième victoire d’affilée, le natif d’Alençon, plutôt que d’expliquer l’inexplicable, nous propose une rencontre avec les petits moments intimes, les petites choses parfois sans importance qui ont construit ses 24 Heures 2012, qui ont contribué à sa victoire.
Sept petites merveilles, en fait, de son monde à lui…
Le retour au Mans
Les essais préliminaires ne font pas partie de la semaine du Mans mais, pour moi, ils appartiennent tout de même à l’épreuve. Je ne suis plus revenu sur le circuit depuis notre victoire en 2011, et quand j’ai franchi les grilles, quand je suis entré dans l’enceinte, j’ai vraiment été pris de frissons. Des frissons de bonheur ! J’espère revivre cela en 2013.
Le pesage
Je ne savais pas comment j’allais être accueilli par les fans en tant qu’ancien vainqueur. Je dois dire qu’avoir gagné Le Mans fait une sacrée différence. Avant, j’étais un petit peu connu des amateurs de sport auto. Cette fois, le champ s’est très largement étendu. Je n’avais encore jamais entendu mon prénom scandé par les fans ! Je ne recherche pas le vedettariat, bien au contraire. Par contre, j’adore le contact avec les gens, avec les fans. Passer à la télé, ce n’est pas trop mon truc. Je n’en ai jamais rêvé. Mais c’est vraiment sympa de recevoir des mots d’encouragement, de se sentir supporter. Ces échanges, mêmes brefs, sont des moments très forts.
La Pole
Cette année, nous nous sommes organisés un peu différemment au sein de l’équipe. J’ai pris la voiture pour faire les réglages de base. Ensuite André (Lotterer) a été le premier à passer un train de pneus neufs car les conditions le permettaient et, comme il était bien, nous avons préféré le laisser en piste. L’an passé, j’avais signé la pole. Cette année, André en avait très envie. Il adore les qualifs, il adore « aller au charbon », et tout s’est opéré presque naturellement. Avec Marcel (Fässler), nous n’avons jamais vraiment douté, sauf peut-être quand Loïc (Duval) s’est mis à tomber les temps. Il était vraiment très rapide. Comme de notre côté nous n’avions pas mis les bons pneus au bon moment, il nous a fait un peu peur. Je sais, vous allez me faire remarquer que je suis le premier à dire que la pole n’est pas importante mais, que voulez-vous, dans le feu de l’action, le tentation est toujours grande d’aller chercher quelque chose qui est à portée de main. Nous avons succombé à la tentation !
La veillée d’arme
Vendredi soir, après la parade, nous nous sommes tous retrouvés au restaurant de l’hôtel. Tous les pilotes Audi, avec épouses et enfants. Un vrai moment d’amitié et de partage. Nous avons – un peu – oublié la course pour passer un vrai moment de détente. Le docteur Ullrich n’était pas loin, à une table avoisinante. Je crois que cela lui a fait très plaisir de voir « ses » pilotes partager spontanément un vrai moment de complicité. Cela correspond bien à sa vision de la course, aux valeurs qu’il souhaite que son écurie défende. C’est tout bête, mais cela restera l’un des moments forts de cette édition 2012.
La mise en grille
Les mécanos qui poussent les voitures, la photo de groupe, le rangement en épis et le petit parfum de nostalgie qu’il véhicule, les dernières accolades, l’occasion de voir enfin les potes des autres écuries car tu n’as pas relevé la tête du guidon depuis que tu es arrivé, et puis la tension qui monte, qui devient palpable… Rien que d’évoquer tout cela, j’en ai la chair de poule.
Le relais du matin
Le moment où j’ai donné tout ce que j’avais ! Jusqu’alors, j’étais resté fidèle aux préceptes de mon vieux maître Henri (Pescarolo) qui est de ramener la voiture à ses équipiers en bon état sans avoir pris un seul risque. En plus, lors de mon relais de nuit, j’avais fait un choix de gommes un peu trop conservateur qui avait pénalisé mes temps. Quand je suis monté dans la voiture, c’était définitivement le moment de passer à l’attaque. L’an passé, nous avions suivi la même stratégie qui s’était révélée payante. J’ai poussé, poussé. Quand Allan (McNish) a eu sa sortie de piste, je me suis dis que j’avais peut-être été trop loin dans l’attaque. Puis, les nouvelles rassurantes sont arrivées : il était ok et la course pouvait continuer pour l’Audi n°2 ! Maintenant, je dois avouer que je me suis senti soulagé en constatant l’avance que nous avions désormais et qu’il fallait défendre.
Le podium
2010, mon premier podium. Comme cette année, il était 100% Audi. J’étais fou de joie, mais seulement deuxième. 2011, la victoire au prix d’une lutte acharnée contre Peugeot. Encore le plein d’émotions, un truc extraordinaire mais complétement différent de l’année précédente. 2012, trois équipages Audi se retrouvent sur le podium et nous sur la plus haute marche. La joie est toute aussi profonde, mais peut-être un peu moins démonstrative. Malgré l’absence de Peugeot, nous avons offert un beau spectacle aux fans. Un duel qui s’est prolongé jusqu’à l’arrivée et qui est une belle expression de l’esprit sportif de Audi. Sur le podium, avec André (Lotterer) et Marcel (Fässler), nous avons eu aussi une pensée pour nos amis Guillaume Moreau et Anthony Davidson qui ont payé leur tribu à cette vieille dame – 80e édition – parfois cruelle. Nous leur souhaitons un prompt rétablissement et leur disons à bientôt sur les circuits.
Outre l’accident de ses deux amis, Benoît aura eu un autre petit regret :
Cet état grippal qui lui aura quelque peu gâché son plaisir… mais qui lui fait déjà dire
« Qu’il faudra revenir pour gagner une troisième fois ! »
En conclusion, les trois pilotes de l’Audi e-tron hybride N°1 méritent parfaitement la victoire.
Auteurs de la pole et naviguant constamment entre la 1ére et la seconde place en course, ils ont su saisir leurs chances de renouveler le succès du 16 juin 2011.
A la bagarre, avec les ‘anciens’ les très chevronnés Tom Kristensen, Alan McNish et Dindo Capello, les ‘ D’jens ‘  ont, en pleine bataille, commis moins de fautes que leurs ainés, pourtant plus expérimentés et plus capés !!!
Comme un passage de témoin entre deux générations, les anciens n’ayant plus gagnés au MANS depuis… les 24 HEURES
2008 !!!
La victoire revenant aux pilotes 908 en 2009,  à l’autre jeune équipage Audi  formé de Dumas-Bernhard-Rockenfeller en 2010 et déjà au trio lauréat cette année, l’an passé !!!
La roue tourne…. Ainsi va la vie !
D’ailleurs, Dindo Capello, nous avait annoncé avant la course, qu’il disputait ses dernières 24 Heures.
On le regrettera tant le pilote Italien est attachant . Comme auparavant l’était un autre pilote Audi, son compatriote Emanuelle Pirro.
Deux GRANDS Messieurs de l’endurance moderne
Gilles GAIGNAULT
Photos : Patrick MARTINOLI – Gilles COLOMBIER  – Thierry COULIBALY

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