LES MATRA VICTORIEUSES AU MANS A LA PARADE LE SAMEDI 16 JUIN A 12H35 !

 

L’Automobile Club de l’Ouest, a un art consommé pour des mises en scène alléchantes et des organisations calées au millimètre.

Ce sera  encore une fois le cas dans cette riche période d’avant course, avec les inoubliables Matra ayant assuré le triplé victorieux historique en 1972, 1973 et 1974.

Pour les lecteurs d’autonewsinfo, nous avons cherché à en savoir un peu plus sur le montage de cette opération sans aucun doute prestigieuse mais aussi, assez délicate à monter.

 

INOUBLIABLE FRANÇOIS CEVERT…

 

Jean-Paul HUMBERT, un ancien de chez Matra, à l’usine de Romorantin, en tant que contrôleur qualité secteur auto entre 1977 et 2003, est certainement la personne qui connait  le mieux de l’intérieur les voitures se compétition Matra.

 

JEAN PAUL HUMBERT AU CIRCUIT DES REMPARTS A ANGOULÊME

Photo (Mémoire des stands)

En effet, en 1986 ayant fait parvenir une note à Jean Luc LAGARDERE, pour lui signaler que les voitures de compétition « dépérissaient sérieusement en termes de compétition », le patron autorisa l’ouverture d’un petit atelier dans l’entreprise et à compter de cette date là, Jean Paul HUMBERT, a sauvegardé le patrimoine, jusqu’en 2003 donc.

Actuellement, avec  des amis, il œuvre remarquablement au sein d’une petite société EPAF (Entretien du patrimoine Automobile Français) et se trouve très impliqué dans la préparation et la gestion du roulage de deux des quatre protos Matra qui vont rugir sur le circuit du Mans, en ouverture des 24 heures, ce samedi  16 juin, sur le coup de midi.

 

JEAN PIERRE  BELTOISE

 

Nous demandons à ce puriste de l’histoire des véhicules Matra de course, de nous parler des machines qui vont rouler à cette occasion.

Voici la réponse :

« A la demande de l’Automobile Club de l’Ouest au Mans il va se faire une parade le samedi des trois gagnants du Mans des années 1972, 1973, 1974. C’est peut être un peu compliqué  mais il faut expliquer. Le groupe  Lagardère est propriétaire du châssis de la gagnante du Mans 1972 qui a continué à courir en 1973 et à la fin de 1973 le châssis a été  habillé de la carrosserie de la voiture  gagnante au Mans cette année là. La voiture qui avait gagné l’édition 1973, avait été donnée à Jean Pierre BELTOISE puis a été vendue à Abba KOGAN avec une carrosserie type 1000 kilomètres de 1974. Ce qu’il faut savoir, c’est que dans la compétition automobile, les voitures ne sont pas figées d’une course à l’autre. La voiture qui gagne Le Mans en général, c’est avec un châssis qui coûte une fortune et ça continue à évoluer dans le temps à partir du châssis initial. Le Musée de l’ACO, possède la seule voiture qui est restée très ‘intègre’, c’est-à-dire qu’ils ont, la gagnante 1974 avec sa carrosserie originelle. C’est Jean Luc Lagardère qui en avait fait don au Musée à l’issue de la troisième victoire consécutive de Matra  aux 24 heures cette année-là.

Larrousse vers la 3ème victoire

 

Et Jean Paul enchaine :

On ne peut pas dire que les deux autres voitures sont anachroniques, mais historiquement, ça n’est pas pur. La ‘Le Mans’ 72 existe en véhicule maquette. Après la victoire du Mans, Matra fin 72, a pris un châssis 660 et a posé la carrosserie de la Matra gagnante du Mans 72. Cette voiture a servi à l’époque à faire des salons  et des expositions. Elle avait été rachetée par Antoine Raffaeli, puis revendue et aujourd’hui, c’est la propriété de Richard MILLE le fabricant de montres –  qui la fait courir en historique. Cette voiture sera aussi de la partie ce samedi. »

Fort de ces précisions, nous demandons à Jean Paul HUMBERT, s’il fera partie de l’équipe assurant le roulage de ce parc prestigieux.

« Je m’occupe de la voiture du Musée Matra et de celle du Musée de l’ACO. C’est-à-dire que je suis en charge de la maintenance, de la mise en marche et je dois les faire rouler. En fait, ces voitures l,à il n’y a que la société EPAF, qui a le droit de les faire rouler. Pour les deux autres voitures, elles sont exploitées par les mécaniciens des propriétaires. Abba Kogan qui a 14 ou 15 Matra de course et Richard Mille. Pour nos deux voitures, nous aurons PESCAROLO dans la 73 du Musée Matra et LARROUSSE dans la 74  de l’ACO. Et nous serons une petite équipe de 5 personnes pour faire en sorte que tout se passe au mieux.»

 

Howden Ganley et la  Matra 670 -02

 

Paradoxalement, Jean Paul HUMBERT, nous avoue n’avoir aucune passion pour la compétition, il se dit

« Aussi passionné  pour la restauration d’une machine outil, d’un avion, dès que c’est mécanique ça me fait bander »

Quel intérêt technique particulier, voit-il dans ces Matra, tant adulées et ce 40 ans après leurs heures de gloire ?

« Dans les Matra de course, vous savez, j’y ai vu la très haute technologie développée pour des voitures très industrielles, très compliquées et à la pointe du progrès. Il n’y avait pas de notion de rentabilité ou d’argent. Il fallait être devant et se donner tous les moyens industriels pour aboutir. »

Et dans la restauration, vous retrouvez ces paramètres là ?

« Oui, c’est cher à faire, c’est compliqué et c’est très technique, ça nous pousse toujours à aller au summum. Les Matra  de compétition, c’était le top du TOP, les plus belles et les mieux construites. »

Où en êtes-vous dans la préparation de cette opération ? Vous avez fait des essais ?

« On a eu quelques soucis avec les voitures comme toujours …Celle de l’ACO, n’a pas roulé depuis 5 ans. Le groupe Lagardère a restauré la 670, on a prêté un moteur neuf pour qu’elle puisse rouler, mais quand on a démarré  ça a marché 4 tours  puis toute la mousse des réservoirs, s’est désagrégée. On a vidé les réservoirs, changé la mousse, recollé tout ça. On a fait des essais, pas très concluants, avec PESCAROLO, l’autre jour et depuis on a refait  des essais, au Mans, le 7 juin. »

Nous terminons l’entretien avec un rendez vous dans le paddock, le samedi 16 juin.

Monsieur HUMBERT, nous précisant, non sans humour :

« Soyez ponctuel, car dans l’après midi, on se barre, c’est vous dire à quel point la course, nous intéresse ! »

C’est Josh , le fils de Damon et le petit fils de Graham HILL, ainsi que Jean Pierre JABOUILLE qui en piloteront à tour de rôle l’une.

Pour les deux autres bolides d’exception, les deux ex-coéquipiers se préparent déjà pour cet événement.

Henri PESCAROLO effectue donc des essais et Gérard LARROUSSE le retrouvera pour la parade.

 

GERARD LARROUSSE ET HENRI PESCAROLO

 

Il était tentant de les joindre pour leur demander dans quel état d’esprit, ils se trouvaient dans l’attente de ce grand jour.

Henri, nous répond à la volée lors de la journée test du Mans, toujours avec son ton un peu laconique, masquant pourtant une vraie passion:

« Oui, c’est toujours une émotion forte de reprendre le volant de voitures exceptionnelles comme le furent les Matra. Je me prépare à vivre pleinement cet événement et d’ailleurs j’ai encore effectué des essais la semaine derniére. »
Gérard qui vit désormais dans le sud à Marseille, joint par téléphone, répond bien volontiers à notre sollicitation, avec sa pondération et sa gentillesse habituelles:
« C’est un grand moment de plaisir qui nous attend. Ces voitures n’ont pas tourné depuis très longtemps, mais je fais totalement confiance aux mécaniciens qui s’en occupent pour qu’elles soient à la hauteur de leurs performances. Je suis très content à l’idée d’écouter à nouveau ce bruit tout à fait exceptionnel. »
A  propos de ces essais, Dany CHAMFRAULT, le directeur du Musée Matra de Romorantin, et en charge de coordonner l’opération avec l’ACO et les propriétaires des voiturees, nous indique :

« Etre totalement bluffé de voir Pescarolo, monter dans le proto, y prendre ses marques en quelques secondes et enquiller des tours  sans sourciller, réalisant des temps étonnants. »

Pour conclure, c’est à Gérard DUCAROUGE, directeur sportif de cette grande époque que nous avons demandé d’évoquer le souvenir de cette grande épopée des MATRA au Mans.

 

  GÉRARD DUCAROUGE, à droite

Nous le remercions infiniment sachant qu’il relève d’opération  et n’aime pas beaucoup s’épancher  dans la Presse.

Écoutons-le :
« Cette initiative de l’ACO, de faire rouler les MATRA victorieuses au Mans, c’est fantastique. C’est une reconnaissance pour une société qui a beaucoup marqué les Français dans le sport automobile, mais aussi dans d’autres domaines. Cet exploit s’inscrit dans l’histoire de l’automobile. C’était un objectif de notre grand patron de l’époque, Jean Luc LAGARDERE, objectif que toute une équipe a réussi à atteindre. Toute une équipe  ça veut dire, les mécaniciens, les ingénieurs, les bureaux d’études, les motoristes, les pilotes bien sûr et tous les gens qui sont autour, mobilisés à fond pour gagner les 24 heures du Mans. Une victoire  au Mans c’est très difficile à décrocher, très compliqué et trois victoires consécutives, c’est un très grand moment  pour cette équipe. Je trouve très sympathique que les gens du Mans, fassent en signe de reconnaissance, un petit  coucou à ce triplé vraiment historique. »

 

LE PATRON DE LA BANDE MATRA: JEAN LUC LAGARDERE

 

Profitant de la disponibilité amicale que Gérard DUCAROUGE, nous accorde, nous osons poursuivre l’entretien :

Alors Gérard, quel était votre état d’esprit quand il s’est agi de disputer les 24 heures ?

 » On a été très surpris quand le patron a dit ‘ il faut qu’on fasse les choses encore plus sérieusement et qu’on gagne les 24 heures trois fois de suite  pour rester dans l’Histoire’

 » Avec Monsieur LAGARDERE, on l’écoutait, on avait beaucoup de respect, c’était un personnage fabuleux. On s’est trouvé étonné face à une réflexion semblable, mais malgré tout, on savait déjà qu’on allait faire tout ce qu’il faut pour réussir ce challenge. Pourtant c’est quelque chose qu’on ne peut jamais planifier à l’avance, surtout les 24 heures du Mans ! Toute l’équipe était incroyablement motivée et tout a été mis en œuvre pour être encore plus performant. On n’a jamais été sûr qu’on allait gagner Le Mans, mais on faisait tout ce que l’on pouvait  pour que cela arrive. »

Et cela est arrivé, 3 fois et… consécutives et Gérard DUCAROUGE n’est jamais retourné au Mans depuis!!!

Il nous dit avoir beaucoup d’amis à revoir là bas mais qu’il ne sait pas si son état physique avec une opération lourde à l’épaule gauche, lui permettra d’effectuer le déplacement.

Il poursuit :

« J’espère vraiment pouvoir aller au Mans, c’est un bel anniversaire, il y a beaucoup de manifestations  prévues, j’ai beaucoup de gens à voir, ça  me ferait tellement plaisir de revoir des amis que je n’ai pas vus depuis longtemps… »

Évoquant, à bâtons rompus cette période où nous avons pu côtoyer un directeur sportif dynamique et clairvoyant, Gérard DUCAROUGE tient à préciser :

« Sachez que dans cette période glorieuse de MATRA, j’étais comme à l’école. C’est là où j’ai appris mon travail et toutes ces belles choses que m’a apportées MATRA, je les ai appliquées dans d’autres écuries par la suite mais avec moins de bonheur. »

 

 

JEAN PIERRE JABOUILLE

Avant de terminer l’entretien, nous demandons à Gérard, quelle était en fait le secret de la réussite MATRA.

« MATRA, c’était une équipe fantastique. Cette équipe est devenue au fil des années de plus en plus efficace et motivée. Nous avions un patron qui donnait le moral à tout le monde et les directions à suivre, ça c’était d’une importance capitale. Nous avions le personnage unique peut être au monde, pour donner le cap et puis après, on avait une équipe qui au fil des années s’est bonifiée. On a tous appris ensemble, à se connaitre, à travailler ensemble, on avait des pilotes FANTASTIQUES, ceux là  il ne faut pas les oublier. Ce qui est qui encore incroyable, c’est qu’on a tout eu au bon moment. Notre patron a su nous octroyer les moyens nécessaires aux objectifs assignés et nous avons pu travailler dans  des conditions parfaites.»

 

MATRA 670B02 avec HENRI PESCAROLO

 

On sent bien combien ces souvenirs, sont encore vivaces et exaltants pour le grand directeur d’écurie.

Nombreux aussi sont les passionnés qui vibrent encore à l’évocation des performances des MATRA du Mans.

N’en doutons pas, un grand frisson va parcourir l’enceinte du circuit des 24heures quand ce samedi 16 juin, entre 12h35 et 12h50, ces rugissantes Matra, avec leurs inoubliables bruit strident, des fabuleux V12, vont effectuer deux tours du grand circuit Sarthois.

Ce sera bref et intense en émotion pour tous les amoureux de belles mécaniques.

Mais quel bonheur pour ceux qui comme moi, Michel Picard – notre photographe habituel à autonewsinfo – et Gilles Gaignault, le fondateur du site, ont vécu cette période à jamais ancrée dans nos mémoires…

MATRA, ces cinq lettres de l’âge d’OR de l’endurance et des 24 Heures du Mans

Heureusement, les héroïnes des éditions 1972,1973 et 1974, seront ensuite exposées sur un stand au cœur du village, permettant à tous les fans ou nostalgiques de prolonger le rêve.

Et aux plus jeunes de découvrir ces merveilleuses MATRA.

Ce samedi en nous remémorant cette fantastique AVENTURE industrielle et humaine, nous n’oublierons comme le rappelait Gilles Gaignault, pas la mémoire de plusieurs pilotes MATRA, qui nous ont quittés :

Robby Webber, François Cevert, José Dolhem, Patrick Depailler et François Migault pour n’évoquer que les Français.

Mais nos pensées iront aussi vers Graham Hill, Piers Courage, Pedro Rodriguez tous pilotes un jour dans leur carriére, pilote MATRA.

Sans oublier, anecdote peu connue que nous souffle encore Gilles Gaignault, notre mémoire à tous :

Bruce McLaren, intégré à l’équipe MATRA pour les 24 Heures du MANS, les 13 et 14 juin 1970 et qui se tua hélas, quelques jours auparavant, le 2 juin, lors d’une séance d’essai d’une de ses McLaren, sur le circuit Anglais de Goodwood… prés de Southampton dans le sud de l’Angleterre !!!

 

Alain MONNOT
Photos : Michel PICARD

 

 

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