JEUNES DANS LA COURSE : LES ÉTUDIANTS DE LA JOLIVERIE ET LEUR MICROJOULE

 

La pratique de la compétition auto ou moto résulte  très souvent d’une  passion éprouvée dès le plus jeune âge, mais tous les passionnés ne passent pas à l’acte en raison des aléas de la vie, des coûts élevés de ces pratiques, des interdictions de la famille ou du conjoint….alors, quand le parcours de formation vous permet de toucher du doigt à ce type de challenge, comment ne pas s’enthousiasmer pour la chose ?

C’est  bien ce qui arrive depuis de nombreuses années aux étudiants de la section BTS Moteurs à combustion interne  du Lycée privé de La Joliverie près de Nantes.

C’est donc  avec une  fabuleuse  histoire que nous débutons un triptyque intitulé « JEUNES DANS LA COURSE »

 

  Philippe Maindru

 

Il était une fois un professeur peu banal. Philippe MAINDRU est ingénieur ESTACA de formation et enseignant en BTS au sein du grand groupe d’établissements privés, offrant des formations variées de la maternelle, à Bac +5.

En 1985, il découvre le règlement de la première compétition énergétique du SHELL ECO MARATHON et de suite, il perçoit que cela correspond tout à fait, à sa passion de la compétition, comme à ses convictions environnementales et pédagogiques. Il conçoit spontanément les modalités de ce challenge qui peut se résumer ainsi :

– Un défi technologique
– Une autre façon de travailler
– Un aiguillon formidable : la compétition

Quand de surcroit, on sait que la formation en BTS repose avant tout sur l’expérimentation, on ne s’étonne plus de savoir que depuis 28 ans, ces mêmes ingrédients, ajoutés aux aspects de sécurité et à la limitation de vitesse, permettent de monter d’emblée un projet quasiment universel puisqu’aucun aspect ne peut être critiqué.

C’est sans doute pourquoi dès le départ, Philippe MAINDRU, trouve un écho favorable au projet en la personne d’un autre enseignant, Gilles DESQUIBET (ingénieur Centrale Nantes). Maindru au moteur, Desquilbet à la structure aéro, la machine est lancée.

Pour mieux fixer les idées, nous demandons à Philippe MAINDRU de nous parler du cadre de cette compétition qui continue à fédérer des générations d’étudiants.

Ces jeunes, nous les rencontrons tout au long d’une journée passée au milieu d’eux à Nantes. Ils rentrent d’une compétition nationale à NOGARO, le week-end du 1er mai et remettent en état le matériel pour repartir à ROTTERDAM, disputer une compétition internationale.

De cela, nous reparlerons, mais écoutons le Professeur MAINDRU :

« La base de la compétition n’a pratiquement pas bougé depuis l’origine. Dans sa réglementation l’origine c’est : j’ai 25 kilomètres à faire  à une vitesse  donnée (à l’époque 25 kilomètres/heure). Je suis libre, mais j’ai des dimensions de voiture à respecter : voiture aux alentours de 3 mètres, largeur de la voie plus de 50 centimètres, un pilote  en position allongée et le but c’est de consommer le moins d’énergie. Ces règles issues des épreuves  créées à Silverstone en 1976, sont restées en vigueur et à peu près constantes  jusqu’en 2000. Les voitures étant parfois trop lentes, la réglementation est passée  à 30 kilomètres/heure et le poids du pilote est passé de 45 kilos à 50 kilos.

Bientôt Top départ

 

Le SHELL ECO Marathon est resté 12 ans sur le circuit du Castellet. A la fermeture de la piste Provençale aux compétitions on arrive à Nogaro. En 2008, le SHEL ECO MARATHON (qui est devenu européen), s’expatrie en Allemagne à Lautsiz (circuit en ovale), le pétrolier visant dorénavant le marché Européen et abandonnant la totalité de son réseau Français.

Et, pour le remplacer en France, on donne naissance à un nouveau challenge dénommé lui, EDUCECO

Philippe Maindru, poursuit :

 » Aujourd’hui, donc 2012, on va partir à ROTTERDAM. On change à nouveau  de circuit. C’est la première course en ville. C’est un circuit  avec 5 virages et par rapport à la difficulté de ces virages, la réglementation a baissé en vitesse et on est à nouveau à 25 kilomètres/heure.  Par contre, ce qui a évolué  c’est le cahier des  charges de la sécurité et des contraintes. Aujourd’hui, on a  une cinquantaine d’éléments  placés sous contrôle : les batteries,  le freinage,  les ceintures, les arceaux de sécurité …. Pour satisfaire à la réglementation on a une voiture plus complexe. Ce qui est important de savoir c’est que l’esprit est  toujours le même : une distance à 25 à l’heure et pour consommer le moins possible. »

 

Pilotage position allongée

 

Dans cette évolution  pouvez-vous nous préciser les différentes  catégories ouvertes à la compétition en fonction  des diverses sources d’énergie ?

« Lorsque le SHELL ECO MARATHON est crée une seule catégorie  existe : l’essence. Nous, on s’inscrit dans cette catégorie, qui existe  toujours. C’est d’ailleurs toujours la catégorie de référence. Dans cette  catégorie là, nous avons battu 6 fois le record du monde. On est le premier mondial depuis 92  et notre record du monde SHEL ECO MARATHON Européen est à 3771 kilomètres avec un litre et ce avec  notre voiture MICROJOULE qui est en essence. 10 ans après le lancement de l’Eco Marathon est apparue la catégorie diesel. Le diesel  est très peu  adapté à ce type de compétition à cause des  couples instantanés, des rapports volumétriques, la difficulté de démarrer…C’est  pour ça que les records en diesel  tournent autour des 1500 kilomètres au litre. Dans les autres carburants, on a vu arriver à partir de 2005 l’éthanol .On a eu un record du monde en éthanol en faisant 2880 kilomètres avec l’équivalent d’un litre. Alors aujourd’hui ,on a aussi bien de l’essence, du diesel, de l’éthanol, du GPL, du gaz voire des produits un peu anecdotiques. Cela constitue la première phase. SHELL étant un pétrolier  on a d’abord privilégié les carburants fossiles. A partir de 2003, sont arrivées les premières  voitures à  piles à combustible. Nous  nous sommes lancés dans cette affaire en 2006 et  nous avons battu le record du monde  en 2010. On dispose d’une bonbonne d’hydrogène, on mesure le débit d’hydrogène  et on fait une règle de trois en disant : avec l’équivalent d’un litre d’essence  on aurait parcouru 5135 kilomètres  (notre record du monde). A partir de 2007, on a vu apparaitre les véhicules électriques (ne parlons pas des véhicules solaires marginaux dans cette affaire). Cette catégorie  était plus simple et demandant moins de  haute technologie, et  donc plus adaptée pour les collégiens et les lycéens. Signalons au passage  que lorsque SHELL ECO MARATHON a  quitté le territoire français,  dans le but d’élargir la participation des établissements d’enseignement de  notre pays,  avec un Inspecteur général de l’Education nationale et des amis,  nous avons crée  une  association  EDUC ECO  pour organiser sur  notre territoire des épreuves ayant le même esprit que l’Eco Marathon. Dans cette  compétition qui  a eu lieu le 3 mai  2012 à Nogaro,  notre voiture  POLYJOULE  a roulé en moteur électrique. On a battu le record du monde  en l’améliorant de  33 %, et on a fait 1135 kilomètres avec  un kilowatt/ heure. Comme un litre d’essence c’est 9 kilowatts/heure,  on a fait 10215 kilomètres avec l’équivalent d’un litre d’essence !

Nouveau record pour Polyjoule

 

Voila un peu le panorama  avec les prototypes (véhicules à 3 roues rappelons le).

A partir de 2003, SHELL a eu la volonté de faire concourir des engins qui se rapprochent de la voiture de Monsieur Tout le monde.

Le nom de cette  nouvelle catégorie c’est : URBAN CONCEPT. C’est une voiture à 4 roues, avec pilote de 70 kilos, avec deux portes, avec un coffre, des phares, des clignotants des systèmes de sécurité, bref , potentiellement une voiture qui peut rouler sur la route.

Cette catégorie là, est pour l’heure dominée par les danois, les allemands et les hollandais.

Philippe Maindru, poursuit :

Pour nous à la Joliverie, c’est notre challenge 2013 et comme on peut en juger, la dynamique de projet fonctionne à plein  et l’on est déjà  tendu vers d’autres objectifs. Là c’est un professeur très pointu dans son domaine qui parle, mais qu’en est-il des étudiants qui passent deux années  et obtiennent  presque à 100% leur BTS moteurs à combustion interne. ? Avant de leur donner la parole,  nous les avons observés  vivre un temps de travail spécifique, consacré à « un entre deux courses ».

En effet, une des grandes forces de ce projet pédagogique réside dans son intégration totale dans le cursus et donc dans la démarche globale de  cette  formation en BTS.

La formation «  classique » ou « normale », en tout cas celle rencontrée le plus souvent dans le système traditionnel français, met toujours en avant : l’abstraction.

En opposition à cette  forme courante d’enseignement, les plus grandes réussites scolaires résident dans la mise en œuvre de projets qui sont inscrits « dans la vraie vie ».

C’est bien le cas à la Joliverie , où avec Microjoule et Polyjoule, on fait  tout aussi bien appel aux  aspects de l’entreprise, à la rigueur scientifique, au respect mutuel, au travail en équipe, aux vertus de la communication.

Sur place, ce qui  nous a frappés, c’est de constater que la parole de l’élève, équivalait à celle de l’enseignant.

 

Réflexion commune Prof élèves

 

Alors sur ces  principes, toute une organisation globale du cursus  avec le projet Microjoule (plusieurs  heures   par semaine en soirée pour le projet et quinze jours spécifiquement consacrés à la préparation des compétitions), s’est mis en place. Ainsi certaines  périodes  particulières sont banalisées. Ce 9 mai est une de ces journées charnières dévolues à la  remise en état des matériels de retour de la compétition EDUC ECO de NOGARO , en vue de la participation au SHELL  ECO MARATHON de Rotterdam.

Quand  nous arrivons au lycée dans le département Moteurs, c’est un peu la caverne d’Ali Baba.

Le camion a été déchargé et l’on côtoie tout aussi  bien les caisses qui  protégent les prototypes, qu’un banc de puissance, des gamelles pour le camping et tout un matériel de stand que l’on pourrait retrouver  pour des compétitions automobiles  grandeur nature.

La petite ruche –avec  quand même  55 étudiants– semble tout à fait hiérarchisée dans ses activités. Chacun semble concerné par une tâche précise et nous cherchons à connaître ce schéma organisationnel.

En fait, Le projet global  est divisé en 10 secteurs d’activités (moteurs, châssis, aérodynamique, moyens d’essais, informatique…..)
– Chaque secteur d’activité est dirigé par un enseignant.
– Chaque secteur d’activité est divisé en service.
– Chaque service est dirigé par 1 étudiant BTS deuxième année  (BTS2) qui a sous sa responsabilité 1 ou plusieurs étudiants  BTS première année.(BTS1)

 

 Tout revoir avant la course

 

Le BTS 2 forme son équipe en fonction de l’importance de sa tâche. Il reçoit un cahier des charges de sa mission donné par le responsable de secteur d’activité. Il transmet ses responsabilités à un BTS 1 à la fin de sa scolarité.

Tout cela  est parfaitement intégré et la démarche bien huilée.  Dans le fonctionnement du moment, l’on repère  bien vite  les fondus de technique comme certains autres plus portés sur le rangement, le nettoyage, la logistique. Le moteur thermique (4 temps de 30 cm3 pour une puissance de 800 Watts) est mis à nu, le démarreur qui  semble avoir  un peu grippé est démonté, les coques sont nettoyées de leurs autocollants  et seront redécorées en fonction d’une nouvelle maquette  propre à la course européenne, les connexions  et câblages sont inspectés, testés de même que les talkies-walkies  servant  entre  le stand  et le pilote.

Le travail ne manque pas  avec  les  deux prototypes : le MICROJOULE ET LE POLYJOULE, ces deux véritables stars des épreuves ECO. On sent bien en interviewant Umberto GROC, Alexis PICHON (BTS première année) et Quentin COULOMBEL (BTS seconde année) combien  la passion de l’automobile les habite et aussi comment ils intègrent cette dimension collective et l’esprit d’équipe dans leur formation, à la fois performante et valorisante.

 

de g à d  Quentin Coulombel, Alexis Pichon et Umberto GROC

 

Écoutons-les un peu :

Umberto : « En termes d’intérêt  c’est très différent  on voit les profs, les élèves, tout le lycée d’une autre manière. On remplace la pression des  notes par la pression de la réussite. On s’éloigne de l’aspect pédagogique « enfermé » dans une classe et ça c’est  bien. Moi je m’investis beaucoup, c’est ma passion et même si ça n’est pas du sport automobile comme on le connait d’habitude, ça reste une  vraie compétition avec un enjeu derrière. C’est tout ça l’intérêt,  faire en sorte qu’on soit les meilleurs. »

Alexis poursuit : « Oui, notre motivation pour la compétition est grande. Nous rentrons de Nogaro où se déroulait la compétition Educ Eco où nous avons fait de très bons résultats. Maintenant  nous repartons sur un nouveau challenge. C’est un nouveau circuit (en ville à Rotterdam), nous devons redéfinir de nouvelles  bases. Il y a beaucoup de choses à retravailler  en découvrant ce nouveau circuit, même si nous avons déjà planché sur le papier, après il va y avoir la réalité, de  nouveaux records à établir … »

Umberto nous précise  sa participation et son investissement dans la compétition de Nogaro :

« En début d’année dans les ateliers chacun prenait le travail qu’il y avait,  puis au fur et à mesure de l’avancement des travaux, chacun s’est un peu spécialisé sur des rôles. Pour ma part j’étais sur les freins de Polyjoule (la voiture préparée en collaboration avec POLYTECH Nantes). A Nogaro, pour la compétition, comme sur les freins  tout allait bien, j’étais sur le banc d’essai de Microjoule. C’est moi qui lançais le moteur avec Quentin d’ailleurs. J’ai fait du démontage moteur  pour apporter des modifications, du remontage … beaucoup de travail  sur le moteur  durant cette épreuve. »

On court ensemble

 

Alexis a pour sa part opté  pour un autre versant de la compétition :

« Notre professeur ayant demandé si certains d’entre  nous  voulaient  bien  se porter  volontaires  pour intégrer  l’équipe d’organisation de l’épreuve, je me suis donc  retrouvé intégré  à cette équipe et j’ai participé au jury. Du coup, je n’ai pas pris part aux opérations  sur  nos protos, mais j’ai pu  faire le tour de  toutes les autres équipes. C’était une bonne expérience. J’ai pu voir  les autres établissements, l’importance des projets  selon les établissements (collèges, lycées  ou écoles d’ingénieurs) en tout cas  ce fut très enrichissant. »
Quentin avec sa deuxième année de participation au projet  porte un regard déjà un peu distancié :

« C’est un projet pédagogique  qu’on ne retrouve pas  dans toutes les formations. Je ne connaissais pas l’existence du projet  en arrivant ici  mais on s’y fait très facilement. On voit que toute la classe est vraiment soudée autour de Microjoule et Polyjoule. On y trouve tous quelque chose à faire et on participe tous pour avoir cette  victoire. Au départ c’est un projet pédagogique  mais ensuite ça devient des liens assez spéciaux, c’est pas du tout scolaire avec les professeurs. On  a une approche très intéressante  de notre formation, qui dans certains cas pourrait apparaitre rébarbative, et  bien là non, on a des explications concrètes. En cours on utilise  souvent  des exemples  autour de  notre  voiture Microjoule et ça nous intéresse plus. On est plus à fond dans les cours. En plus il  ya l’esprit d’équipe et d’entraide. »

 

 

On gagne ensemble


Umberto conclut cet entretien avec cette  formule :
« Avec les professeurs c’est différent d’un enseignement classique. Là on gagne ensemble, on perd ensemble. Par exemple  à Nogaro  quand il y  eu le record du monde de Polyjoule  c’était la fête avec les professeurs, c’était une seule équipe. Il n’y avait plus ce rang des  professeurs au dessus, des élèves en dessous. Ce sont  toujours les professeurs qui décident  mais on forme une seule équipe  comme dans n’importe quel team de sport auto. »

 

… Et, on fait la fête ensemble !

A écouter ces jeunes on mesure combien le fait de passer par la médiation de la compétition peut changer les rapports entre les élèves et  les professeurs, mais aussi donner du sens aux apprentissages scolaires ou pratiques.

En fait,  les 4 professeurs en charge de cette section de BTS, ont indexé leur pratique pédagogique sur le projet, voilà d’ailleurs les objectifs qu’ils se sont assignés pour cette formation :

– Vivre une aventure collective et solidaire sur 2 années,
– Prendre des responsabilités et les assumer,
– Découvrir tous les aspects du référentiel, (animer une équipe, mettre en place une démarche   qualité, communiquer lors des salons, des courses et des conférences de presse)
– Ressentir la nécessité du savoir théorique,
– Se confronter à la réalité dans l’expérimentation, échouer pour mieux réussir

Une formation concrète


– Faire avec ses mains et être fier de son travail,- Découvrir le monde politique et médiatique,
– Découvrir le monde industriel dans un échange équitable.
– Gérer l’imprévu,
– Se construire dans la richesse des autres, dans le regard des autres,
– Développer l’engagement bénévole (projet non évalué par une note),
– Vivre des événements intéressants à raconter à l’extérieur et donc se valoriser,
– Gérer son temps et maîtriser une échéance,
– Se découvrir une identité : dans l’école, l’atelier devient sa « maison », le projet son histoire,
– Parler Anglais dans un contexte professionnel
– Voyager : Angleterre, Allemagne, Finlande, Canada, Corée, Japon,
– Vivre une scolarité inoubliable,
– Aimer l’école et la quitter à regret.

A côté de cet aspect pédagogique original et déterminant, il ne faut pas négliger d’aborder la collaboration technique établie avec de grands partenaires. En effet, qu’on ne s’y trompe pas, La Joliverie, au fil des années est devenu un véritable laboratoire de recherche.

La notoriété aidant, on peut dire que dans chaque domaine, le lycée a établi des partenariats avec la firme qui fait référence en la matière.

 

Freinage par patins

 

On sait que MICHELIN, a développé des pneumatiques spéciaux pour Microjoule, pneus qui maintenant sont mis sur le marché. MAHLE fournit des pistons particuliers pour les moteurs de la Joliverie, tout comme DELVERT, des soupapes ou MECACHROME, des culasses.

Particularité des partenariats, ils ont tous été établis sous la forme du mécéna,t à partir de relations personnelles du coordinateur du projet, l’inoxydable Philippe MAINDRU.

Il faut dire que son pouvoir de conviction, n’a d’égal que sa compétence technique extrêmement pointue. Sans doute, les  firmes, sont elles directement intéressées par les apports technologiques que le projet, leur apporte en retour.

C’est ce qu’on appelle, une crédibilité établie sur un palmarès certes, mais aussi sur une méthodologie d’expérimentation rigoureuse et validée.

Par contre, il n’est pas  besoin d’aller bien loin pour obtenir des concours  pratiques immédiats. En effet, le panel de formations du lycée, permet de mobiliser les sections d’ouvrages métalliques, productique, peinture, arts graphiques autour du projet fédérateur de Microjoule.

Le proto, porte ainsi les couleurs de tout un établissement, renforçant  le sentiment d’appartenance à une cause commune de  toute la communauté scolaire.

On l’a  bien compris, le MICROJOULE, est le proto du lycée proprement dit. Il fonctionne à l’essence.

Le POLYJOULE,  lui, est né d’une collaboration avec POLYTECH Nantes, il fonctionne soit en électrique, soit avec une pile à combustible.

Les futurs  ingénieurs, ont travaillé sur les calculateurs extrêmement sophistiqués pour obtenir un rendement intéressant.

Pour bien fixer les idées à propos des rendements, écoutons le professeur MAINDRU, nous délivrer un petit cours théorique :

Des calculateurs puissants

 

«  Ce qui fait notre  force par rapport à la concurrence c’est que  nous avons obtenu des rendements énergétiques intéressants. Ainsi  avec le moteur thermique  nous avons un rendement de 36 %  alors que c’est 15% pour un moteur de Mobylette ! Pour la pile à combustible, on travaille avec  des Suisses  au niveau des membranes, mais  aussi avec des universités  siciliennes sur la fabrication du cœur de la pile elle même. La pile est alimentée par de l’hydrogène. On mesure le débit  d’hydrogène consommé et l’on ramène  ce volume à une énergie équivalente essence. La pile  fournit de l’électricité  qui par  une électronique  particulièrement sophistiquée va alimenter des moteurs électriques. Entre l’hydrogène et le travail récupéré on a des rendements    à la roue autour de 50%.Dans le cas du moteur électrique  c’est la même voiture que Polyjoule mais sans la pile. Là on a une batterie. Un moteur  électrique  bien conçu  et  bien piloté  a un rendement de 90 %. On  voit  bien  les rapports établis entre  les divers modes d’énergie. Moteur essence c’est  un rendement à la roue de 30%  soit 3300 kilomètres, pile à combustible rendement  50% soit  5000 kilomètres, moteur électrique 90% soit  10 000 kilomètres. C’est donc l’efficacité énergétique  pour chaque  voiture qui fait la consommation. »

 

Le moteur thermique


Tout au long de la journée, nous avons alterné les  moments de rencontre entre  les  professeurs et les élèves et découvert que  pour chaque épreuve un élève de deuxième année est désigné  comme chef d’équipe.

Nous avons donc croisé, François BORDAGE, dont la mission s’est achevée au retour de NOGARO et Clément YOU, qui a en charge la compétition à venir de ROTTERDAM.

François nous indique :

«  Nous avons préparé la course, 3 à 4 mois à l’avance. On essaie de tout planifier en termes d’organisation, et là à Nogaro tout s’est  bien passé… »

Dans les stands à Nogaro


Clément le relaie par ces mots :

« Oui je suis chef d’équipe pour le SHELL ECO MARATHON qui a lieu à Rotterdam cette année. C’est tout nouveau  pour  nous  avec un circuit en ville. Tout a été à revoir au niveau de l’organisation. En plus des questions techniques,  il y a  pas  mal de papiers à remplir : inscriptions, formulaires de droit à   l’image. Nous partons à la  fois  curieux de voir  ce que ça va donner  et confiants  parce que  nous sommes bien préparés. »

A regarder les étudiants s’affairer à des tâches diverses, à la voir solliciter les professeurs quant à des prises de décision à propos d’une modification, d’un changement de pièce, d’une façon d’aborder un démontage, on sent combien, le maître mot de cette organisation collective, est sans doute la volonté des enseignants de mettre en valeur l’intelligence des jeunes sous toutes ses formes.

 

Une moisson de victoires

L’aiguillon de la compétition fédère toute l’équipe.

On se projette déja à Rotterdam et on redoute cette course en ville, nécessitant sans doute une adaptation délicate en termes de pilotage. Il faut bien dire que la clé de la réussite réside dans un jonglage astucieux, entre la recherche de la bonne trajectoire, des mises en route du moteur aux moments opportuns et bien entendu comme on l’a compris, de la qualité de « l’attelage » constitué par le châssis, la carrosserie  et le poids, le tout servi par le meilleur coefficient de pénétration  possible.

Pour les connaisseurs, précisons donc que le CX (coefficient de pénétration est de : 0,1 ; une Porsche Carrera a un Cx de 0,29) alors que  la surface frontale est de 0,31 m2.

Ces paramètres de conception, sont conjugués avec une masse de 30 kilos pour la coque en carbone et avec des pneumatiques MICHELIN, à très faible résistance au roulement, soit un Fr de 0,001 !

Avec MicroJoule, le lycée La Joliverie démontre ainsi par l’exemple qu’une pédagogie de projet peut développer des relations école – entreprise, école – société et consolider ainsi le vivre ensemble dans une école de fraternité.

 

Admirez le CX

 


Les étudiants de la Joliverie sont bien entendu, avec tous les records établis depuis des années, convaincus de disposer des meilleurs protos du vaste plateau réuni à Rotterdam.

Pourtant, ils prennent la concurrence (227 équipes de 24 pays européens engagées dont  63 françaises) très au sérieux, et surtout, c’est le circuit en ville qui cristallise toutes leurs craintes.

Des simulations fort sophistiquées, ont été menées à partir du circuit numérisé et avec les paramètres de pente de la piste, du profil et des angles de virage, de la voiture elle même et bien entendu du moteur et de ses performances.

Les étudiants, nous expliquent avec passion que le pilotage, est toujours une chose délicate.

Le départ se prend moteur arrêté. 10 tours d’un circuit de 1,6 kilomètre, sont à couvrir et cela en moins de 39 minutes. Après le démarrage  et la vitesse de 30 kilomètres atteinte, le moteur est coupé puis des relances du  moteur d’une durée de 4 secondes ont été programmées à raison de 2 par tour.

Une équipe attentive


Le pilote indiquant par  radio sa vitesse à des moments précis, des instructions pourront lui être passées pour ajuster les redémarrages à des moments plus adéquats que ceux initialement prévus.

Avec cette description de la course, nous comprenons mieux pourquoi Umberto, tenait tant à optimiser le fonctionnement du démarreur ou encore pourquoi, François GERBOT, Professeur en retraite et manager de l’opération, mettait tant de soin à vérifier le fonctionnement des talkies-walkies.

Certains étudiants analysaient encore le tracé sur les ordinateurs, alors que d’autres vérifiaient et refaisaient telle ou telle soudure, par sécurité.

Poste de pilotage

 

Oui, La Joliverie est dans la course jusqu’au cou !

Le projet pédagogique, conjugué avec un fabuleux programme industriel entraine tout un département de formation dans une formidable dynamique de groupe.

La compétition aiguillonne passion, talents, innovation, recherche, travail en équipe, ouverture aux autres.

Du 17 au 19 mai, à Rotterdam, nos étudiants ser

voitures  vers les sommets, que par tradition, La Joliverie se doit de tutoyer.

C’est un peu ce message que nous avons retenu : la victoire avant tout.

Peut être aussi nos enseignants futés et quelques étudiants curieux, vont-ils fureter dans les paddocks pour observer les Urban Concept qui seront déjà engagés dans cette course.

En effet, nous avons  bien noté que c’est sur cette évolution proche d’une voiture «  normale », que le Lycée axe ses projets 2013 et 2014.

Nous laisserons le mot de la fin à Philippe MAINDRU qui nous glisse à propos de la course :

« Quand on voit sur une compétition, le bonheur des jeunes et que ça se partage, on peut dire que ça nourrit.. »
Comme on a du mal à voir comment l’instigateur de cette belle histoire pourrait quitter pour la retraite l’établissement et le projet, Philippe MAINDRU, nous rassure :

« Oui je pense  que je pourrai vivre sans Microjoule. En tout cas  je n’ai aucun regret par rapport à cette démarche. J’ai le sentiment d’être  bien à ma place. Alors… à la retraite  vous   voulez savoir  ce je pourrais  faire ? Et bien, je me verrais  bien m’investir  dans la formation de collègues pour transmettre  mes convictions  et mon expérience de la pédagogie de projet. Et puis je m’investirai sans aucun doute  plus  fortement dans  le développement de l’Association EDUC ECO… »
Cette association  milite pour le développement des épreuves d’éco mobilité en France. On vous le dit, la compétition mène à tout à condition d’en sortir ! Pour notre part, on verrait bien ce Professeur Tournesol, conseiller  les constructeurs pour aborder de manière pragmatique grâce à son énorme compétence technique,  les réels enjeux de la disparition de l’énergie fossile.

Nous ne pouvons pas terminer ce papier sans adresser un  grand merci au département Moteurs à combustion interne (personnels enseignants et étudiants) pour l’accueil chaleureux qu’il nous a réservé.

Prochain article Les jeunes dans la course : Les élèves du Junior Team Le Mans Sud Suzuki.

 

Texte : Alain MONNOT
Photos: Alain Monnot et Evan Forget

 L’ANCÊTRE !!!

 

 

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