INTERVIEW DE PASCAL COUASNON NOUVEAU PATRON DE LA COMPETITION MICHELIN


A l’occasion du récent Bol d’Or, Pascal COUASNON, nouveau directeur de la compétition chez MICHELIN, s’est présenté à la Presse et a rappelé d’une manière globale que la compétition était –notamment en moto – toujours au service de l’innovation et que cette innovation était accessible à tous les motards.

Notre boss, Gilles GAIGNAULT, qui l’avait croisé lors des dernières 12 Heures de Sebring en Floride, nous en avait dit, Grand BIEN.

Le dossier de Presse, nous permet de connaître le parcours varié et complet de celui qui acceptera de répondre à nos questions et nous proposera  même, pour combler notre curiosité, de rencontrer –in situ- c’est-à-dire à Clermont Ferrand, le responsable des  pneumatiques compétition auto en vue d’un sujet consacré à la préparation des 24 heures du Mans et de l’Endurance auto en général.

 

Diplômé de l’Ecole Supérieure de Physique Chimie Industrielle de Paris et détenteur d’un « Master of Sciences in Chemical Engineering » de l’Université de l’Arizona (États-Unis), Pascal COUASNON, rejoint le Groupe Michelin en 1987.

Il démarre sa carrière d’ingénieur spécialiste des tests comme pilote essayeur à Ladoux (centre de recherches Michelin de Clermont-Ferrand), puis à Greenville (États-Unis) comme responsable du département test sur véhicules. Après son retour en France, comme Directeur du Marketing Produit pour l’Europe, Pascal COUASNON, prend alors la Direction Commerciale de Michelin aux Pays Bas.

Il est ensuite nommé Directeur de l’activité pneus tourisme de Michelin dans la zone Asie et Pacifique, à Singapour. De nouveau de retour aux États-Unis, il dirige le marketing de la « Small Tire Business Unit ».

En 2010, Pascal COUASNON, rejoint la Direction de la Communication et des Marques du Groupe en qualité de Directeur de la Communication Technique et Scientifique.

L’INTERVIEW

Vous équipez ici au Bol d’Or, plusieurs Teams officiels concurrents alors que d’autres marques focalisent  leurs efforts sur une seule équipe officielle, comment justifiez vous cet engagement et comment pouvez vous servir, BMW, le YART et le GMT 94 avec équité, comme ce fut le cas avec AUDI et PEUGEOT en 2011?

« Ce qui est très  important en fait c’est d’afficher sa volonté et de le montrer en privilégiant les Championnats où il y a la possibilité d’y avoir de la concurrence entre pneumaticiens : le multi-marque. Cela est extrêmement important et nous l’avons prouvé, en refusant d’aller dans des  compétitions présentant beaucoup d’intérêt, très connues mais par contre, qui ne permettaient pas cette concurrence. (On pense bien sur à la Formule 1 avec un seul manufacturier présent) Vous avec cité des exemples en 4 roues comme en 2 roues, le fait que des équipes de premier plan décident de nous rejoindre , nous en sommes honorés, ça montre que nous délivrons de la performance , mais notre volonté d’être prêt à se battre avec d’autres manufacturiers c’est cela qui démontre que  nous sommes prêts à garantir de l’équité. »
Au plan général, auto et moto, si nous parlons stratégie, on sait qu’en compétition Michelin est déjà une référence, alors qu’est ce qui vous pousse à courir,  qu’est ce qui vous reste à reste à prouver ?

Belle performance sous la pluie de la Kawasaki de LOUIT MOTO 33

« Je vous remercie de reconnaitre les bons résultats que nous avons obtenus jusqu’à maintenant. En fait, ce qui nous pousse à continuer  à faire de la  compétition  c’est le rôle tenu par la compétition dans notre stratégie. La compétition c’est un laboratoire. Chez Michelin  en fait,  nous avons deux laboratoires : notre centre de recherches  qui  emploie  plus de 6000 personnes à travers  le monde et on a  le circuit. Les deux  nous apportent des informations très complémentaires. Quand on est en compétition  on est dans des situations extrêmes, à la fois en termes de produit, et en termes de travail. Les hommes  sont soumis à la pression du team et ça  nous force à trouver des outils, des méthodes de travail différentes  tout à fait utiles, et  encore une  fois très  complémentaires, par rapport à ce  que l’on fait en recherche. Et ça, ça  ne s’arrête jamais. Avec  tous les   challenges  que  l’industrie automobile doit  affronter  aujourd’hui, il y  une porte de sortie, c’est l‘innovation, les  nouvelles  technologies. Chez Michelin nous utilisons la compétition pour cela. »

 CHAMPIONNAT  DES RALLYES WRC EN ARGENTINE

 


On parle beaucoup d’écologie, d’économies de toutes sortes,  en quoi la compétition chez Michelin permet de traiter ces questions ?

« Je vous remercie de poser cette question parce que je pense qu’on ne se rend pas compte du rôle que peut jouer la compétition dans le domaine de l’écologie. Beaucoup de gens disent  la compétition ça pollue … au contraire  nous avons un rôle à jouer  aussi  bien  avec  nos partenaires  qu’avec  les organisateurs ou  les fédérations  pour faire évoluer les règlements, pour  donner un challenge  supplémentaire  pour des  courses  plus vertes. Pour illustrer cette démarche, permettez-moi deux exemples. En rallye, lorsque l’on diminue le nombre de pneus possibles à être utilisés  dans une spéciale, ça nous force à quoi ? On doit faire un pneu plus endurant  ou avec plus de longévité, et la deuxième chose extrêmement intéressante aussi, c’est qu’on doit avoir des pneus un peu plus polyvalents. Comme vous ne pouvez pas changer de pneus pour un oui pour un non, il faut que ça puisse marcher  dans des situations très diverses. Cela  a un lien direct avec le pneu de tous les jours. C’est donc à la fois nous rendre plus proches de la technologie du pneu de tous les jours et également plus proches de l’écologie.  En endurance c’est pareil, nous devons avoir des technologies qui nous permettent  d’élargir les fenêtres d’utilisation. C’est un paramètre  particulièrement important, c’est pour cela que nous sommes toujours là  et que l’on va continuer à renforcer  notre présence ».

UN PODIUM POUR LE TEAM YART AU RÉCENT BOL D’OR


Est-ce que  Michelin s’est remis de son absence en Formule 1 ?

« Oui ça va très bien, merci. Oui, oui, on regarde  toujours. Mais ça montre la crédibilité de nos engagements. Tant que la Formule 1, n’aura pas pris une direction vers un laboratoire technologique et une course plus verte, pour nous, il n’y aura pas vraiment de raison d’y aller, puisque ça n’est pas en cohérence avec nos gènes ».
Vous êtes un passionné de  compétition, vous prenez vos fonctions, quelles orientations allez-vous donner au service compétition, quelle touche personnelle souhaitez vous apporter ?

« Oui, on agit toujours en fonction de notre parcours, de notre passion. La compétition pour Michelin, c’est dans nos gènes. Il y a une stratégie qui a été mise en place et qui donne des résultats assez impressionnants. Il y a des choses pour lesquelles, il n’y a pas de raison de changer simplement parce qu’on change les hommes. Sur ce domaine là, ça veut dire continuer à utiliser la compétition comme un laboratoire pour tester les nouvelles idées, pour être dans l’extrême, ça, ça ne changera pas, j’en suis persuadé. La petite touche personnelle, ça peut être quoi ? C’est sans doute potentiellement regarder ce qui se passe dans le monde et voir qu’il y a des degrés dans la culture automobile qui varient suivant les continents. Dans un continent  comme l’Asie, cette culture émerge. J’ai eu la chance de par mes fonctions précédentes de travailler sur ce marché là et je suis persuadé que la compétition a le même rôle à jouer en Asie comme en Amérique du Sud, que celui qu’elle a eu en Europe et pourquoi pas aussi, renforcer notre présence dans le domaine de la compétition en Amérique du Nord. Cette vision mondiale est très importante, ça n’est pas que mes prédécesseurs n’avaient pas cette vison là, mais j’arrive à un moment où cette culture est en train de se former et où Michelin se doit de l’accompagner et la cultiver dans le monde entier. »
Vous arrivez comme directeur de la compétition avez-vous demandé des budgets supplémentaires pour cette vision un peu plus personnelle du développement de la compétition en direction de certains continents ?
« C’est trop tôt  pour dire cela. C’est important quand on arrive  de  bien regarder ce qui  se passe, de pouvoir définir les priorités même si  ma vision est relativement calée.  J’ai eu l’occasion de la partager avec nos patrons. Je dirai maintenant, chaque chose en son temps, étape par étape. Vous savez ça n’est pas  avec  plus  de budget qu’on fait forcément plus de choses. C’est donc un peu tôt pour dire….  On reste engagé, on met les  moyens qu’il faut  pour pouvoir à nouveau  valoriser cet exercice formidable qu’est la compétition pour la marque. »
On ne commente plus aujourd’hui le retrait de Peugeot en endurance, mais comme vous étiez  fortement engagés  à leurs côtés, d’autres Teams vont-ils bénéficier de cette défection ?
« On ne peut pas dire bénéficier, ça voudrait dire donner un avantage ou pas, or vous savez que l’équité est quelque chose de très important pour nous. Le retrait de Peugeot, on le regrette, mais c’est la  vie …on  a travaillé avec PEUGEOT, et il y a TOYOTA quand même qui arrive. On a eu l’honneur d’être associés à cette écurie. Je dirai que le travail va surtout continuer avec AUDI, va se développer avec TOYOTA et j’espère que ça donnera de belles joutes sur  les circuits. »

 

 AUDI PREMIERE VICTOIRE 2012 AUX 12 HEURES DE SEBRING


Dans les vecteurs sportifs que  vous  couvrez  qu’est ce qui vous parait contribuer le plus fortement à la dynamique de la marque ?

« Je pense qu’avec  les différentes disciplines, nous avons des choses très complémentaires. Vous êtes en rallye raid, c’est de la technologie mais aussi de la passion. C’est important de montrer que MICHELIN est impliqué dans des aventures. Lorsque vous comparez le rallye et l’endurance, vous avez des terrains et des technologies différents. Lorsque vous parlez de la moto, on s’adresse à un public, là aussi, différent. On mûrit bien nos choix avant d’y aller, en se disant on s’implique ou on ne s’implique pas. Une fois qu’on s’implique, il y a des raisons bien définies. On réunit dans nos choix un panel très complémentaire, un peu unique à notre marque, c’est ce qui est difficile aussi, c’est de se maintenir au sommet quand on est attaqué par des concurrents. Cela constitue à la fois notre challenge, tout en mettant en lumière notre passion. »

MICHELIN AVEC LE YART


Que pouvez nous dire  concernant la transférabilité de la compétition vers l’usage routier ? Est-ce  un élément appréciable ?

« Oui, oui, tout à fait. On peut donner des exemples  très précis. Le bi-gomme a été développé en compétition et il a fallu moins de 2 ou 3 ans, pour que soit utilisé sur des pneus de route par tous les motards. La compétition moto est un des domaines où la transférabilité –comme vous dites- est la plus rapide.  Peut-être autre  chose qui est très transférable et moins visible,  ce sont les méthodes de travail et notamment  tout ce qui est conception par ordinateur. Cela permet de trier en avance des solutions  et les progrès qui sont faits  dans les programmes de fabrication, nous les obtenons grâce à la compétition où l’on doit aller très vite. »

Au delà de l’interview, nous avons poursuivi l’entretien un peu à bâtons rompus et nous avons senti un interlocuteur très au fait de la compétition dans ses  moindres détails.

Homme de communication également, Pascal COUASNON, avance des arguments solides pour justifier l’éventail très large de l’implication MICHELIN en compétition.

 

On le sent très au fait de l’avancée des essais de la NISSAN-DELTAWING, tout comme vivement concerné par la venue – un peu retardée – de TOYOTA en endurance.
Homme affable et mesuré dans ses propos, le nouveau Directeur de la compétition cache sans aucun doute derrière son regard bleu azur, une détermination hors pair pour faire triompher les couleurs Michelin partout où la concurrence est sévère.

Nul doute qu’il ira explorer de nouveaux terrains de compétition, sur d’autres continents. Mais il faut lui laisser le temps de s’installer à la tête de son service.
Pour notre part, en compagnie de Gilles GAIGNAULT, nous donnons rendez-vous avant les 24 Heures du Mans, aux fidèles lecteurs d’autonewsinfo, pour le reportage projeté en compagnie de Serge GRISIN, directeur de la compétition auto, avec notamment la visite de l’usine de Cataroux où sont fabriqués les pneus de compétition.

Texte : Alain Monnot
Photos : Alain Monnot – Michel Picard – Service Presse Michelin

 

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