DU PROTO… AU CLASSIC, YVES COURAGE GARDE UN REGARD INVENTIF TOURNE VERS L’AVENIR.

 

DU PROTO… AU CLASSIC, YVES COURAGE GARDE UN REGARD INVENTIF TOURNE VERS L’AVENIR.

 

 

Depuis quelques mois le nom d’Yves COURAGE  semblant  avoir disparu des écrans radars médiatiques, autonewsinfo ,doutant fort d’une mise en retrait totale de ce grand  bonhomme de l’automobile, a souhaité voir ce qu’il devenait et surtout ce qu’il préparait.

Ayant vendu son département course il y a trois ans à Oreca

En effet, connaissant Yves  son génie innovant et son caractère de battant, nous  ne pouvions pas croire que malgré, les rudes épreuves vécues ces dernières années (perte de son épouse Liliane et ennuis de  santé personnels), il ait renoncé à inventer, à créer, à tracer  son sillon parfois seul contre tous, mais toujours avec une grande avance technique et également une réflexion personnelle profondément humaniste portée sur le monde économique, automobile, médiatique….

Avec notre rédacteur en chef Gilles Gaignault, un vieil ami du Sarthois,  nous sommes dons allés rendre une petite visite de  courtoisie à Yves, dans la nouvelle unité COURAGE CLASSIC, installée au Technoparc du chemin aux bœufs à l’intérieur du circuit Manceau.

Visiblement heureux de nous revoir, s’excusant de ne pas disposer de son bureau en cours de réinstallation, il  nous présente son fils Julien (la relève pour laquelle il travaille  avec le même dynamisme que pour la course,) et nous décrit la  nouvelle structure :

«  Nous avons démarré l’activité  voici deux ans et demi. COURAGE CLASSIC c’est 4 associés : Daniel RIVARD, Alain SCHLESINGER, mon fils et moi-même.

 

Yves et Alain Schlesinger

 

Au départ, c’était parti avec des clients copains mais on ne s’en était pas beaucoup occupé parce que l’on travaillait essentiellement sur les protos électriques pour les 24 heures du Mans. 

Donc aujourd’hui, l’objectif  c’est de développer complètement le CLASSIC, de s’en occuper. C’est une activité que  je  veux monter et céder à terme à mon fils. C’est quelque chose de fabuleux de construire quelque chose pour ses enfants, ça motive, on est content le matin d’avoir son fils avec soi…

Yves poursuit, en abordant le projet électrique :

« Parallèlement à  cette activité du CLASSIC, on est toujours sur le projet électrique pour Les 24 heures du Mans. C’est compliqué, mais comme le 56 ème stand a été attribué à Panoz  – ce que je trouve complètement normal de par les accords Panoz-ACO – donc c’est un projet qui pour l’instant est un petit peu en stand  by. Très sincèrement, on réfléchit à des solutions nouvelles parce que mettre des grosses puissances, personne n’a réussi à résoudre l’équation, aujourd’hui. Autant sur des petites voitures, l’électrique ça marche très bien, sur des grosses puissances, on à des problèmes de masse  de batteries. Et ça, c’est vraiment problématique. Donc on travaille, on est en train de développer quelque chose avec un centre  de recherches. .On met en place une autre activité, qui est liée à la création de véhicules de compétition tout électrique. On travaille très sérieusement sur ce dossier. On a des aides qui  vont nous être accordées pour démarrer tout ça. C’est tout un ensemble avec un complexe  de choses propres  qui serait alimenté par de l’éolien ou du photovoltaïque. On travaille avec Polytech Nantes et notamment Donald SCHLEICH,  le grand spécialiste des batteries en France, il avait déjà tout investigué  et c’est avec lui qu’on avance actuellement.

Avez-vous établi déjà des partenariats techniques ?

« Les partenariats techniques sont en discussion aujourd’hui. Vous le savez très bien, les batteries évoluent très vite. Quand on a commencé, on était sur des batteries sécurisées  à 100 watts/h par kilo, on est aujourd’hui à 220 watts/h par kilo, sur des batteries parfaitement sécurisées. Pour l’instant, nous sommes en train de travailler avec ce qu’il y a de plus performant actuellement, c’est-à-dire, soit japonais, soit coréen. Je ne veux pas dire qu’en France, nous n’avons pas une technologie performante,  mais pas pour notre cas si particulier et si spécifique, réclamant ces hautes puissances évoquées tout à l’heure. »

 

A quelle échéance pensez-vous finaliser  ce projet ?

« Encore  une fois précisons  bien que  nous avons deux projets. D’abord le projet purement course,  celui-là,  j’espère qu’à un an, on pourra faire rouler quelque chose avec des technologies un peu innovantes. Ensuite, pour l’autre projet, je suis un peu frustré de pas pouvoir  vous en parler plus avant, au risque de trahir les gens avec lesquels je travaille. Mais c’est un vrai projet industriel. On a les entreprises, des grands trusts qui sont toutes dans les énergies renouvelables, bien évidemment, et  prêtes à nous suivre. C’est un projet global et d’envergure… »

 

Parc impressionnant de belles historiques

Revenons donc au département CLASSIC  si vous voulez-bien, quels sont vos clients ?

« Le panorama de notre clientèle, à l’instant est d’abord Français. Mais comme vous le savez, nous venons de prendre un accord avec CHEVRON et nous allons les distribuer dans une  bonne partie de l’Europe, surtout le bassin méditerranéen et  peut être un  peu plus, nous sommes encore en discussion sur ce sujet. Pour l’instant, nos clients sont encore essentiellement Français et aussi Anglais. Pour l’instant, sans l’avoir  voulu, mais c’est comme cela, nous travaillons essentiellement sur des  protos. Nous sommes parfois amenés à reconstruire parfois, puis à préparer  et enfin à faire courir. »

Vous faites courir dans quelles conditions, vous faites l’assistance, vous êtes manager ?

« Alors manager, non parce que dans ce type de courses dans lesquelles nos clients roulent, ils ont souvent avec eux? un pilote confirmé qui se charge de les coacher. Nous proposons un module de coaching, mais ce n’est pas moi qui le fait parce qu’il y a les qualités de pilote  et des qualités pédagogiques qu’on a ou qu’on n’a pas. En tout cas, on va essayer de travailler un peu plus avec Auto Sport Academy, ils ont de très bons modules  pour aider les pilotes… »

Une trés belle Chevron

Vous avez, je suppose des pilotes pour LE MANS CLASSIC ?

« Oui, on a des clients engagés, mais aussi des clients qui ont déposé des demandes sans avoir les réponses car les engagements ne sont pas clos. On ne connait donc pas encore exactement le plateau. Nos clients vont courir aussi en CER  dans l’organisation de Patrick PETER, courir dans les Masters en groupe C  (nous avons aperçu quelques belles groupe C dans l’usine). Ce sont des courses très, très différentes. Aux Masters  les voitures sont conduites souvent par des pilotes professionnels, ça va vite, ça va même très vite, on l’a vu avec la SAUBER à Spa. Il y a une autre forme de courses, plus destinée aux gentlemen drivers avec l’organisation Patrick PETER. Enfin, il y a les courses de VAN DE VYVER (VDV), très adaptées pour des clients qui ont des voitures et envie de courir et de se faire plaisir  et cela sans prendre dix secondes par des pilotes professionnels. »

 

La Courage C 65 du mans 2006

 

Comme on peut  le constater, en procédant à une visite de l’usine, on ne découvre que des beaux matériels, passant de la dernière  Courage au Mans de 2006, à des Chevron, Lotus, Ford GT 40,  Tiga, Porsche, Alfa Roméo….

Toutes les autos se présentent  dans des livrées impeccables, tous les détails mécaniques ont été soignés. Nous sommes dans une petite entreprise certes, mais les 7 salariés relaient la passion des patrons et appliquent au pied de la lettre, la volonté de Yves et Julien COURAGE, qui entendent toujours  fournir la meilleure prestation qui soit sur tous les plans (esthétique, mécanique, assistance) aux clients passionnés qui  leur font confiance.

 

Les Courage, père et fils

Yves ayant vendu son affaire Compétition à Hugues DE CHAUNAC,  en février 2009  avec une clause de non concurrence de 5 ans, il est tentant de demander à notre ami, s’il ne regrette pas d’avoir cessé cette activité  course et si d’autres projets compétition, ne le chatouillent pas encore un peu?

«  C’est clair, il y a une chose que je ne regrette pas, c’est d’avoir arrêté dans les conditions du marché sponsoring en France qui pour moi, était devenu impossible. Oui, redémarrer un projet…. C’est  un secret pour personne, on a des démarches, on a des discussions, soit vers le Moyen Orient ou d’autres pays, mais je ne redémarrerai un projet, que si on a suffisamment de moyens et des assurances sur plusieurs années. On signe parfois des contrats de 5 ans et au bout de 2 ans, patatras ça s’arrête, mais je ne démarrerai qu’avec des moyens pour le faire, je n’irai plus en se disant maintenant,  il faut trouver les pilotes, l’argent pour … , non,  je recommencerai plus de cette manière.

LA TOUTE PREMIERE COUGAR DATANT DE…. 1982

Yves, poursuit:

A un moment, il y a un prix à payer qui n’est plus supportable, c’est trop difficile, quand on n’a même plus le temps  de s’occuper des gens qu’on aime… à  un moment, il faut savoir dire stop. C’est pourquoi, sincèrement  je ne regrette pas  d’avoir arrêté… la haute compétition»

On sent  bien que la flamme créatrice pour la compétition est encore  bien vivante  et  que la course  fait toujours partie des objectifs, mais d’autres priorités plus humaines et affectives ont supplanté cette marche en avant qui a tout consumé ou presque au plan économique et personnel.

Yves est aujourd’hui HEUREUX


Il est temps de demander à Yves de nous donner son point de vue sur l’évolution de l’Endurance au moment où démarre  le tout nouveau championnat WEC.

«  Vous le savez  bien, nous avons démarré le groupe C  dans un Championnat du monde et Dieu sait si c’était difficile.  Maintenant, je pense qu’un vrai championnat du monde totalement international, c’est indispensable. Maintenant, il faut le faire marcher. La première chose qu’il faut souligner est qu’ il va manquer PEUGEOT. Cette rivalité des deux constructeurs, on avait rarement vu cela. Si on veut regarder tous les côtés positifs, ils étaient arrivés à concevoir des voitures identiques en termes de performances. C’est clair, qu’on avait un très bon championnat  en perspective. Certes, il y a l’arrivée de TOYOTA… Après, quant à l’équilibre, le législateur n’a comme référence que des privés en essence. Ce que je pense moi pour le court terme, quelqu’un  qui va bien travailler en essence  – et on peut faire confiance à TOYOTA pour ça-, c’est clair que la voiture devrait être dans le coup très rapidement. Après il faudra sans doute rééquilibrer tout ça. Mais bon, les équilibres, il ne faut pas se leurrer c’est difficile, ce sont des jeux très complexes avec les constructeurs qui tirent la couverture à eux, qui vous avouent des choses, quand ils se retirent …C’est comme ça, on ne peut pas déconnecter l’économique du reste, donc il y  a forcément des influences qui sont importantes, très importantes !

Yves, reprend :

Permettez-moi cette incidente, portant sur l’équité technique.

En 1995, PORSCHE décide de ne plus venir au Mans officiellement. Notre ami et pilote, le regretté Bob WOLLECK – mort dans un banal accident renversé par un Van alors qu’il s’entrainait à vélo prés de Sebring il y a onze ans –  persuade la firme de nous équiper d’un moteur usine et je le sais tardivement. Outre WOLLECK et Mario ANDRETTI (ancien Champion du monde de F1) on a les pilotes usine. On a une très bonne assistance mais pour des questions de délais, on fait les essais  avec un moteur à nous, un moteur client comme  les autres années, refait à neuf. Pour la course, on monte le moteur usine et là, oh surprise ! On était trop court de partout et la différence, était déjà de plus de 5 secondes au tour, en n’utilisant pas toute la puissance du moteur !!! Alors là, ça en dit long sur l’équité …C’est là, où l’on a compris qu’on avait passé dix ans à s’entendre dire qu’on avait vraiment un très bon châssis. Ils savaient qu’on avait une très bonne voiture et qu’on ne pourrait jamais le démontrer complètement. On avait pu juste prouver que nos voitures étaient fiables. En 1995, on a eu la chance d’avoir un très bon moteur, mais on a pris aussi une  grosse claque. »

Précisons à ce propos, que la COURAGE-PORSCHE C 34, N° 13 et pilotée par WOLLECK –HELARY-ANDRETTI, termina seconde des 24 heures, derrière la MAC LAREN – BMW, N° 59 de DALMAS-SEKIYA-LEHTO.

Alors que nous faisons remarquer à Yves COURAGE, combien sa grande expérience et sa vision prospective des choses liées à la compétition automobile et à l’Endurance en particulier, devrait intéresser des Teams, il sourit et nous répond :

« Oui, pour les teams? il est important de recruter des bons, on sait où ils sont. Pourtant, quand on voit les conneries qui sont faites dans les écuries et la casse que cela génère, je me dis, que  je pourrais  très bien jouer un rôle de conseil et être rémunéré fort correctement, à partir de ce que je pourrais faire gagner en évitant pas mal de bêtises ! »

Nous n’en sommes pas là  …Pour le moment, COURAGE CLASSIC dans ses locaux  de 1700 m2  se développe selon les trois axes clairement affichés :

 3 axes d’activité

 

L’atelier, pour tout ce qui touche à la restauration, le développement et tous les aspects techniques inhérents à la mise en condition des véhicules de compétition catégorie CLASSIC

 

Intervention moteur

L’Ecurie, pour tout qui a trait à l’assistance spécialisée et individualisée  pour les  compétitions européennes CLASSIC

Le Club pour permettre à ses membres  d’évoluer au  mieux au  niveau du pilotage et de la gestion de course

So British…

 

En 2012, Yves COURAGE est sorti des turbulences, des salades financières dues au changement de règlement en 2006. On retrouve un homme apaisé, serein et  bien épaulé par  ses associés   (Alain  SCHLESINGER est d’ailleurs à ses côtés avec son enthousiasme débordant pour le CLASSIC), Julien, le fils semble lui aussi comme un poisson dans l’eau et l’on croise les anciens mécaniciens de la grande époque COURAGE  Compétition…

Avec, à leur tête, Jean Yves CHEDORGE et dont Yves n’a pas voulu se séparer.

En homme de cœur et de fidélité, c’est pour eux et pour son fils qu’il a choisi cette nouvelle voie qu’il exploite avec un sens de l’humain et de l’esthétisme, hors du commun.

Faire du beau, du très beau  avec une maitrise technique parfaite, voilà bien ce qu’offre actuellement la structure COURAGE.

On l’aura compris, cette sérénité permet à Yves de garder tout son sens créatif en éveilpour regarder l’avenir en face et inventer encore et toujours des solutions nouvelles et écologiques tournées vers la compétition.

Lui, le grand pilote, le génial constructeur, a refusé de se laisser totalement consumer par sa passion dévorante, qu’il ne renie pas pour autant.

Yves ou la passion dévorante de la course…


Avec la sagesse d’un homme de bientôt 64 ans, il a appris que les impératifs économiques pouvaient malmener les créateurs les plus inspirés et ne veut plus connaître les affres de cette dépendance aléatoire.

Il avance ses idées, tente de les faire partager mais ne se lancera plus seul, tête baissée dans des projets dont la maîtrise économique n’aura pas été assurée.

Nous serons curieux de suivre l’évolution des dossiers électriques et lançons un appel aux teams qui souhaiteraient faire des économies :

Yves Courage est disposé à les conseiller !

En attendant,  Le Mans Classic et  d’autres  courses  en Europe, verront la participation de nombreux véhicules préparés et assistés  par COURAGE CLASSIC et nous auront bien  l’occasion de vous les présenter.

Qu’il est loin le temps, ou financé par ses deux premiers partenaires, Primagaz et le Groupe Blanchet-Locatop-HP, Yves préparait sa toute première Cougar, bolide destiné aux 24 Heures du Mans 1982, dans sa ferme de Savigné l’Eveque, au nord du Mans …

C’était, il y a plus de… trente ans !!!

 

Texte et Photos : Alain Monnot

Sport

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