MONTE CARLO HISTORIQUE : LA CONCONI RACONTE L’AVENTURE AVEC L’ID DU TEAM NEYRET

 

Une belle aventure

Ca y est, le 15ème Rallye de Monte-Carlo historique, est terminé …

Quelle édition !

Lorsque Christine Dacremont, que je retrouvais par hasard à la soirée de Pierrot Orsini qui dédicaçait son livre sur ses Tours de Corse victorieux, m’a fait part de sa participation au rallye sur une ID de Bob Neyret, je ne m’attendais pas à ce qu’elle me propose, de redevenir sa copilote.

Connaissant son pilotage, je n’ai pas hésité trop longtemps, juste le temps de régler avec le magazine ‘Retro Course’ où je collabore depuis quelques années, mes engagements habituels et c’était parti…

Nous avions roulé ensemble avec Christine, une année complète à l’époque des Alpine roses Aseptogyl, donc nous nous connaissions bien, par contre la régularité que je connais un peu était une grande inconnue pour Christine qui découvrait cette forme particulière de compétition.

Le désir de Bob Neyret était que nous soyons régulières et surtout d’être à l’arrivée, afin de couper court aux polémiques de la précédente édition.

Nous souhaitions la neige toutes les deux, une façon d’égaliser les performances, mais on ne pensait pas en avoir autant !!!

 

 

Déjà sur l’autoroute nous emmenant vers Turin, la ville retenue par Bob pour le départ de ses Citroen, nous étions dans la tempête, la capitale Piémontaise étant recouverte de neige et le départ pour toute une nuit de concentration, n’était pas sans inquiétude…

Très rapidement, nous avons retrouvé nos automatismes, Christine faisait connaissance avec cette ID 19 toute …rose et impressionnante et aussi et surtout surprenante d’efficacité et s’adaptait plutôt rapidement à la conduite particulière de cette grosse monture avec ses vitesses au volant.

L’ambiance était plutôt cool dans notre voiture et nous faisions en sorte de rester décontractées pour attaquer notre première zone de régularité près de Sospel, après la longue nuit sur les routes enneigées.

Notre adaptation fut rapide, le rythme plutôt lent des sorties d’épingles avec nos pneus contacts sur le tapis épais de neige, nous laissait le temps de surveiller les instruments et de faire des petits bonjours aux amis photographes, venus nombreux, dans ce paysage, il est vrai, idyllique.

Les congères volumineuses dans la descente en fin de parcours, nous ont projeté dans un mur de neige, où on a un peu refait le …maquillage des ‘demoiselles’ peintes sur nos portières, déclenchant notre premier fou-rire, une épreuve malheureusement annulée par la suite, à cause de la chute d’un arbre.

 

 

Nous avons connu par la suite un retour dantesque sur Monaco, les temps n’ayant pas été rallongé malgré les conditions difficiles du routier, avec les inévitables embouteillages, Christine a bien cru perdre son permis, avec les prises de risques que nous avons été obligées de faire, pour essayer de pointer dans les temps à Monaco.

Dommage que personne, n’ait eu l’idée de nous rallonger les temps, alors que les routes étaient très, très encombrées !

L’étape de classement, le lendemain matin démarrait par la ZR du célèbre Col de Bleine qui était une pure merveille, grand ciel bleu, paysages blancs immaculés avec les branches des arbres alourdies par l’épaisseur de la neige qui faisaient un tunnel au-dessus de nous !
C’était d’une grande beauté.

Équipée de pneus à clous, j’ai retrouvé la grande Christine qui, de main de maître, a elle…retrouvé son magnifique pilotage, elle, qui n’avait pas piloté, ni vu la neige depuis plus… de trente ans, m’a fait une démonstration de grand talent, nous avons même doublé…la R5 de Manu Guigou, qui est pourtant une sacrée référence, aujourd’hui en rallye !!!

Les clous donnaient une aisance appréciable à la voiture et permettait à Christine de se faire plaisir en toute sécurité. Notre début de course se passait plutôt bien, nous étions même surprises par notre adaptation, tout d’abord 20ème,  puis 16ème  sur 306 partants pour des débutantes, face à tous ces ultras professionnels, au matériel de plus en plus sophistiqué, nous avions de quoi être fières !
Au fil de la journée, le climat se dégradait et dans le col de l’Echarasson, enfoui sous la neige et le brouillard, nous avons fait un passage plus que spectaculaire, à l’intérieur d’une épingle, bien récupérée par ma pilote.

 

 

Dans la dernière ZR du vendredi après-midi et alors que nous montions sans problème nous avons été bloquées par l’Autobianchi de Jean-Claude Marsan, dans ce passage très pentu et entièrement à l’ombre avec une plaque d’évacuation d’eau métallique gelée, la petite auto refusait de monter, les spectateurs après de longs efforts sont parvenus à la garer sur le côté, mais Patou Magaud, juste derrière, ne parvenait plus à repartir, on a essayé de le pousser avec notre ID, puis avec d’autres concurrents, arrêtés eux aussi, il s’est ensuite garé au soleil pour revenir pousser notre grosse auto très lourde.

Après avoir enlevé le frein à main, un peu oublié pendant les différentes manœuvres, notre auto est repartie doucement, mais certains concurrents « machos » ne voyant que notre ID rose, au milieu ont dit un peu vite :

« C’est les filles qui ont bloqué le rallye » alors que nous n’y étions pour rien : sans l’arrêt de l’Autobianchi, nous passions sans aucun problème !

C’est fou parfois la médisance des mecs !

Notre bonheur n’a malheureusement pas duré, lorsque notre trip a sauté, avant le départ d’une zone et nous sommes partis avec un coefficient faux et donc des moyennes erronées.

 

 

On a commencé à rattraper des concurrents, ce qui nous a sérieusement inquiété surtout lorsque l’on a vu Jean Ragnotti parti 4’ devant nous, il nous a dit qu’il faisait bien la régularité et cela nous a confirmé que nous étions trop en avance, nous avons ralenti et essayer de réintégrer notre place.

Malheureusement les chronos intermédiaires (secrets), nous avaient déjà lourdement pénalisé pour avance et nous avons donc du coup, écopé de 14000 points de pénalité d’un coup et dégringolé à la 150ème  place.

Dur, dur !!!

Cela ne nous a pas découragé, nous étions venues avant tout pour nous faire plaisir et nous avons fait une superbe remontée dans la dernière nuit, puisque nous avons regagné plus de …40 places et ce malgré une légère touchette au Turini, lors de cette dernière nuit devant de nombreux spectateurs, qui avaient eu la malencontreuse idée, de se garer en épis sur le plateau, …pile à l’endroit où on arrive tout en glisse !

Comment des spectateurs avertis, connaisseurs et passionnés, peuvent-ils être aussi inconscients, tout le monde le sait, que ce virage est en devers !

Alors pour éviter la Saxo blanche, on a choisi… le mur de neige, sous l’œil effaré de l’envolée de spectateurs, dont un à plat ventre sur le mur, persuadé que l’on allait l’écrabouiller.

Notre marche arrière rapide, n’a pas été sans risque car nous avons frôlé Ragnotti qui nous avait remonté dans les longues épingles de la montée où nos clous de plus en plus inexistants n’agissaient plus, il a vu notre arrière de très près, ainsi que les voitures mal garées, qu’il était persuadé d’emboutir.

Notre périple de la nuit, se terminait par la ZR de Loda et la route forestière du Col de l’Ablé, où nous nous sommes trouvées face… à une vingtaine de vaches posées entre les murs de neige, savourant la paille que le propriétaire contestataire, leur avait mis, afin qu’elles gênent bien les concurrents sur la route très étroite, les pauvres, en plein froid, elles ont couru le risque de se faire casser une pâte, il y a vraiment des gens bizarres, car en quoi on le gênait à deux heures du matin, sur cette petite route complètement isolée !

Un coup de chapeau à Bob, qui partait 30 secondes derrière nous, nous a rattrapé dans la dernière partie.

Aux environs de 3 heures du matin, les 14 épreuves terminées, nous avons alors enfin rejoint le port de Monaco.

Pour moi, c’était le retour au bercail où j’ai été surprise par le froid glacial, moi qui avais déjà fait ici – Françoise vit à côté de Monaco à … Beausoleil ! – des séances de bronzette sur ma terrasse 15 jours auparavant, avec le printemps et les mimosas, je ne reconnaissais plus le climat soudain nordique de mon pays.

 

 

Toute notre équipe de DS et ID, Bob Neyret associé à Jean-Pierre Hanrioud, Sylvie Bocquet et Antoine Raymond et les brillants débutants Hubert Blanchard et Christian Carre, a savouré ce champagne … très frais, qui nous accueillait, après ce long périple, un agréable moment de fête, où sont venus nous rejoindre, Jean Ragnotti et ses pitreries, Manu Guigou et Alain Serpaggi, tous les trois sur les petites R5 Renault, au couleurs des transports Calberson. Leur sponsor de l’époque !

La courte nuit qui nous attendait dans le Palace monégasque, était franchement la bienvenue, mais le sommeil fut difficile, à trouver, à retrouver, après la folle tension de la nuit.

Le dîner-spectacle, le samedi soir pour la Remise des Prix, était très réussi. Nous sommes montées les premières sur le podium de la Remise des Prix pour cette Coupe des Dames, que nous sommes parvenues à récupérer dans la bagarre finale…

Un moment émouvant, salué par la Marseillaise.

 

 

Un petit regret pour cette erreur mécanique (la panne de notre tripmaster),qui nous a coûté si cher, alors que nous avions si bien commencé, mais cela fait partie de la course, et croyez-moi cela ne m’arrivera plus, je vérifiais pourtant tout à chaque fois.

Une aventure magnifique, cinq jours difficiles mais très agréables où j’ai retrouvé une Christine Dacremont, avec tout son potentiel et son pilotage qui nous donne envie de penser ‘dommage qu’elle ait arrêté trop tôt’ !

J’étais à ses côtés en 1974 sur l’Alpine Aseptogyl, lorsque nous nous battions contre la débutante Michèle Mouton, puis son programme se réduisant, Michèle m’a demandé de partir avec elle et notre association a commencé.

En 1977, alors que nous étions sur une Autobianchi Chardonnet, Christine sur la Stratos Aseptogyl a terminé 6ème au scratch du Rallye de Monte-Carlo devant les nombreux pilotes de l’époque, le meilleur résultat d’un équipage féminin.

L’année suivante en 1978, Michèle et moi avions la Stratos de Darniche et Christine une GS, nous avons terminé 7ème au général, après avoir signé trois temps scratch devant Rorhl, Andruet, Darniche,Verrini, Baccheli lui aussi sur Stratos.

Excusez du peu …

Nos carrières ont ensuite évolué, nous dans le Championnat de France et d’Europe, Christine sur quelques grandes aventures comme l’Australie.

C’était vraiment sympa de se retrouver pour ce Monte-Carlo, nous nous sommes impliquées avec beaucoup de sérieux mais sans jamais nous séparer de notre bonne humeur, nous avons piqué bon nombre de fou-rire qui nous redonnaient du tonus dans cet environnement sibérien.

Tout était bien, notre entente, l’ambiance chaleureuse de notre équipe, l’encadrement professionnel de Bob toujours excellent pilote, qui tel Charly couvait ces « Drôles de Dames », le plaisir d’évoluer sur beaucoup de neige avec une voiture fabuleuse d’efficacité, bien préparée par le grenoblois Michel Boutiat , qui hormis la roue avant droite qui bloquait de temps en temps, n’a connu aucun problème durant tout le rallye.

Une aventure qui a rempli de bonheur tous nos amis fidèles, particulièrement le Village de Ste Agnès et le Saint-Yves, qui nous suivaient assidûment où nous aurons assurément plaisir de nous retrouver, après cette belle aventure qui n’aura été …. que du bonheur !

Françoise CONCONI
Photos : Jo LILLINI

Monte Carlo Historique Sport

About Author

gilles