AFRICA RACE : ELISABETE PREMIERE…

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Formidable victoire d’étape pour l’increvable portugaise Elisabete Jacinto. Après une journée totalement démentielle.

C’est l’issue d’une  journée dont les vieux pistards se souviendront longtemps, un peu comme les grognards de Napoléon racontant Austerlitz  (les morts en moins). Et elle a été la plus forte, totalement increvable!

Récit d’une journée de folie.

 

APOCALYPSE NO!

L’apocalypse c’est pas maintenant. Pour l’instant, il fait beau et on se prépare à une superbe journée d’aventure. dans le plus beau désert du monde…

On est un peu dans le sud de la route No 1, qui relie Nouakchott à Atar et Chinguetti.

Il est prévu une boucle de 400 km dans le sable et un peu de rocaille de temps en temps, alors qu’il ya encore un paquet de véhicules englués dans l’herbe à chameau infernale de la journée précédente.

Ce qui n’est pas grave, ce jour est une boucle, qui permet justement de récupérer les histoires un poil désespérées.

C’est par exemple le cas de Delahaye, qui n’est pas au départ de cette spéciale, ce qui est dommage, il s’était  bien bagarré avec Schlesser jusque là.

En fait, il est retourné à Nouakchott et revient, après réparations.

ESQUIROL, JACINTO, SCHLESSER, LA FORCE TRANQUILLE...

Pour les autres, les « survivors »,  des bleus partout et des crampes, tout le monde a pelleté grave, même chez le grand Schlesser…

Voilà ce qu’il en disait juste avant la ligne de départ le lendemain…

« Dans ma carrière, qui commence à être assez longue, j’ai rarement fait une spéciale aussi difficile. Je suis fier de mon copilote qui progresse chaque jour et qui devient très bon. Il est surtout hyper efficace au niveau du pelletage car il a compris très vite ce qu’il faut faire lorsqu’on se plante. Quand je vois comment j’en ai bavé, je pense à tous les amateurs qui ont été en galère dans les dunes et qui ont mis beaucoup de temps à en sortir. Mais ça fait partie du jeu et ils en garderont un grand souvenir. »

 A titre personnel, ayant vu Esquirol gagner à moto, et à plusieurs reprises, la GLC, alias Gilles Lalay Classic, la course d’enduro la plus dure au monde, je confirme que Cyril est un mec totalement indestructible.  

Pour les autres, moins indestructibles, il existe une solution.

MÊME EN CAS DE PEPIN, IL YA TOUJOURS UNE SOLUTION!

La solution?

Cette boucle ramènera les concurrents au soir de la spéciale à leur point de départ.

Procédé génial, existant déjà à l’époque de Thierry Sabine, qui permettait au lendemain d’une journée difficile de récupérer ceux qui avaient campé dans le chouff à côté de leurs motos et autos ensablées pour la millième fois.

Le coup de la boucle a été magnifiquement repris par le Rallye du Maroc, ce qui rend tout plus facile, pour l’organisation, les assistances, et… les journalistes.

Au Maroc d’ailleurs, le Rallye se fait carrément en trèfle, des boucles autour d’un point de ralliement pendant plusieurs jours.

CIEL BLEU SUR LE BUGGY BLEU …

OUPS! SCHLESSER EST PARTOUT UN ARTISTE...

 

Chose étonnante, au tiers du parcours, Schlesser roule…avec le camion Tatra de Tomecek.

Enfin par endroits, le mouchard GPS Iritrak permet de voir que cela se passe ainsi dans les secteurs très lents.

Où il est évident que les quatre roues motrices et les milliards de chevaux du camion sont presque  aussi efficaces que la légèreté du Buggy de Schlesser, avec un pilote surdoué mais seulement deux roues motrices.

Puis, quand ça repart un peu, le buggy bleu Sonangol lâche le gros Tatra et va rouler avec les motos.

Enfin, trois motos.

POLLI ET L'OCEAN...

En tête, ils n’ont plus rien à perdre, Moreau et Dubois qui se sont pris une valise hier, une demi-heure pour Dubois, une heure et demi pour Moreau. Derrière, roulant ensemble comme hier, Schlesser, leader auto, et Polli, leader moto.

Puis, quand Schless sait et voit qu’il peut passer les motards sans risquer de leur rouler dessus, il envoie et se retrouve seul en tête.

Il évite ainsi le scénario horrible et qui hante les pilotes auto, enfin les mecs bien… Dans les dunes, il faut faire super gaffe, on fonce, on saute le haut pour ne pas se planter et derrière, un motard qui s’est cassé la gueule et donc totalement invisible!

 

En fait Jean Louis a attendu un secteur rocailleux, un peu plus plat, poussiéreux, rapide,  mais sans le danger évoqué plus haut.

Du coup, je suis rassuré. J’étais un peu étonné d’imaginer Schlesser assurer, ce qu’il pourrait faire avec l’avance dont dispose au général.

Mais assurer, je ne connais pas de pilotes qui fassent ça.

Sinon, ils seraient comptables, pas pilotes…

(Pardon pour cette pique aux comptables, c’est drôle d’ailleurs, Albert Londres leur mettait de temps en temps un coup dans ses reportages. C’est le seul point commun que j’aie avec le plus grand journaliste de l’histoire, nous partageons la hantise des chiffres).  

Et on repique au sable. Schlesser n’est plus visible, le groupe des trois motos est doublé par qui?

Par le Tatra de Tomecek!

20-25 km derrière, un autre petit groupe, emmené par l’équipage Tunisien Kamoun-Driss, qui s’est magnifiquement sorti hier du merdier de 45 km d’herbe à chameau, sur un  Toyota 4X4, preuve que ce genre de véhicule emmené par des équipages qui connaissent forcément bien le désert, peut faire du bon boulot quand les conditions sont extrêmes.

Nos deux compères sont maintenant cinquièmes au classement général. ce n’est pas un hasard.

Avec eux, roulent  la moto Honda de Conreau, la Yamaha de Thierry et le camion Man de Jacinto.

A ‘instar de Schlesser, dès que l’on arrive sur de la rocaille, Kamoun salue gentiment la compagnie et trace devant.

Un truc étonnant quand même.

JACINTO, MARQUES, COCHINHO. ABANDONNER? NUNCA! JAMAIS!

Comme pour Schlesser, qui va à peine plus vite  que le Tatra de Tomecek dans les secteurs merdiques de sable mou, Jacinto fait de même avec Kamoun.

 Dès que l’on est dans la mélasse, les camions sont de vrais chars de combat!  

Cela dit, à mi parcours, le tracé passe dans une sorte de couloir de sable entre deux massifs montagneux. Schlesser, qui a bien envoyé, est plus de dix kilomètres devant le Tatra et les trois motos de Dubois, Polli et Moreau.

NUAGES NOIRS SUR LE BUGGY BLEU…ET PETIT NUAGE ROSE POUR LE CAMION BLEU

AND THE WINNER IS..

Mais à la sortie de cette sorte de col, le buggy bleu va joyeusement jardiner sur la gauche du tracé, vers le Nord, Tomecek kif kif, Dubois kif kif. On se plante aussi.

La totale quoi. On se goure et on se plante.

 A ce petit jeu, Tomecek sort en tête! 

Le sable, à cette heure de la journée, est beaucoup moins porteur qu’au matin et on s’est enlisé un max.  

Le Tatra réalise un fantasme de pilote de camion, être en tête au scratch d’une spéciale africaine!

Ce n’est pas fini. Bien entendu, derrière, on suit les traces des premiers, et Jacinto et le motard Moreau sortent aussi du droit chemin!  

Et ça continue. C’est le début d’un b… innommable qui va durer des heures.! Le problème:  trouver ces fameux way points, les points GPS qui servent de balise virtuelle de passage.   Et manifestement, toute la tête du rallye loupe le même.

NORBERT DUBOIS MEILLEUR GALERIEN...

LE MÊME DUBOIS EN ACTION...

Alors, tout le monde revient sur le Way Point manqué, (rater un wp  coûte très cher en pénalité, si l’on en rate un, le mouchard GPS du véhicule le repère et à l’arrivée on prend un max de temps).

Il est vrai qu’à cet endroit, le tracé est totalement en zig zag et que l’on est en hors piste! Le GPS embarqué ne signale le Way Point que si l’on est tout près, alors le chercher peut prendre un paquet de temps.

Et du coup, tout le monde tire joyeusement de longs bords dans le chouff. Schlesser décide revenir au WP antérieur, qu’il a eu de façon certaine, et de reprendre le road-book à partir de ce point là, au lieu de jardiner dans tous les sens.

Je ne veux pas entendre ce qui se passe dans les cockpits, ou dans les têtes des motards qui s’auto-traitent de cons, mais c’est dommage, notre vocabulaire d’insultes en français, portugais, tchèque et italien se serait considérablement enrichi!

Et comme toujours, le désert est malicieux. De ce maelstrôm,  les deux camions de Jacinto et Tomecek se retrouveront devant tout le monde! 

Suivis comme leur ombre par le s motards Polli et Dubois. Encore une fois, faudra voir ce que cela donne en vérifiant les GPS, il ya de la pénalité dans l’air, mais il est clair, encore ici, que les vieux pistards s’en sortent plutôt bien. Avec toujours un camion devant tout le monde!

Et puis ça recommence, plantage sur plantage.

Et on a royalement fait une grosse  moitié de la spéciale!

C’est dingue m’a dit un jour un pote philosophe en train de pelleter, « en 100 mètres tu sors et tu replonges, tu passes en trente secondes du héros au zéro… »

Alors qui seront les héros? 

TURON BARRERE-HAQUETTE MEDAILLES D'ARGENT DE LA GALERE

Clairement, on va finir de nuit. ce qui n’est juste pas drôle mais cela signifie aussi que les hélicos ne peuvent plus voler.

Et  en cas de blessure grave…

Alors cela devient simple.

Pour continuer sur la spéciale, il ya un coude à quatre vingt dix degrés gauche..

Et si l’on va tout droit, on fait quinze bornes de hors piste et on trouve le goudron pour rentrer…

Donc on va tout droit, l’épreuve s’arrête là.  

Sage décision!

Et c’est le poste de contrôle de ce km267 qui va dire qui est gagnant.

Dans la catégorie autos/camions, Elisabete Jacinto et son Man.

Elle n’a plus que 19 minutes de retard sur Loomans et c’est le podium à l’arrivée!

Devant Turon Barrere et Tomecek.

En moto, Norbert Dubois. Qui remonte en flèche au général.

Schlesser finit très loin, en sixième position, mais il a pris une telle avance hier qu’il peut se le permettre.

Idem pour Oscar Polli le motard, toujours en tête du général. Mais de peu…

Le père Jean Louis qui raconte :

« Cette spéciale était extrêmement difficile. De plus, il y avait peu de visibilité. Nous avons eu beaucoup de mal à passer dans le sable car tout comme hier le terrain était très mou. Au km 200, il devait manquer un cap ou le cap mentionné sur le road-book était faux car essayer de passer était tout simplement impossible. Je suis même revenu en arrière pour aller chercher un point sûr. La décision de la Direction de Course de nous arrêter avant la fin du secteur sélectif initialement prévu était une bonne et sage décision. Malgré tout, cette étape était magnifique mais vraiment très difficile.»

« Quand le soleil disparaît et que tu as encore 150 bornes de piste pourave à te cogner, prends le goudron et rentre à la maison « . (Proverbe Africaracien).

Voilà, Metge va récupérer tout son monde et la rallye va repartir. La piste, ça forme!

QUELLE GALERE?

DERNIÈRE MINUTE… DERNIÈRE MINUTE… DERNIÈRE MINUTE…

Le vent de sable s’est levé sur la région et il a été décidé que l’étape de vendredi se fera en convoi et en liaison entre Akjoujt et Tenadi.

 

Jean Louis BERNARDELLI

Photos :  Alain ROSSIGNOL et Jorge DA CUNHA

CLASSEMENT AUTOS/CAMIONS A AKJOUJ.

1. Schlesser-Esquirol. 2. Tomecek-Moravek (Tatra) à 2H58. 3. Loomans-Driesmans à 4H10′. 4. Jacinto-Marques-Cochinho à 4H19′. 5. Kamoun-Driss à 8H 29′. 6. Florin-Cotel à 8H 49′. 7. Radet-Coste à 9H 19′. 8. Kirpîlev-Shmaylov à 10H 13′. 9. Hugounenq-Gerard à 14H 23′. 10. Ushakov-Shevelev à 14H40′.

CLASSEMENT MOTO A AKJOUJT:

1. Polli. 2. Dubois à 7’58. 3. Moreau à  2h44′. 4. Thierry à 4H 21′. 5. Conreau à 10H 34′. 6. Palacios à 13H 19′. 7. Besse, à 17H43′. 8. Lenoble, à 22H42. 9. Cucurachi à 22H 50′. 10. Shattat à 22H 54′.

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