AFRICA RACE : HIGHWAY TO HELL !

Jean Louis Schlesser est arrivé seul au bout d’une spéciale d’abord très rapide, façon autoroute, puis tournant au champ de mines sur la fin.

Il ne s’est arrêté qu’une fois quand la totalité du rallye est devenu un épouvantable maelström.

Les motards Colli et Dubois ont aussi réussi à sauver les meubles.

Derrière, c’est le chaos.

Récit…

DÉCOR DE RÊVE POUR FILM D’HORREUR…

434 km de spéciale pour …9 km de liaison !

Voilà de quoi faire rêver un pistard!

On est donc en Mauritanie, de Boulanouar à Akjoutj.

On va d’abord rouler très vite, le long de la célébrissime voie de chemin de fer qui permet d’acheminer par centaines de wagons, le fer extrait à Zouerat, en plein milieu du désert, jusqu’à Nouakchott, la capitale-port du pays.

 

JUSQU'A 200 WAGONS PAR TRAIN!

 

Trait noir mythique sur les cartes, lieu cultissime depuis les Paris-Dakar de Sabine, où les caméras de TV s’amusaient à compter les wagons de chaque convoi, innombrables…

Le départ des motos s’est fait en ligne, ce qui est toujours un grand must.

Voilà le « highway » de la célèbre chanson du groupe ACDC.  Et puis… ce sera le « hell ».

L’enfer !!!

Verdun, sans les morts.

J’ai expliqué la saloperie que sont les dunettes, ici c’est encore pire, c’est l’herbe à chameaux.

Expression idiote d’ailleurs, il n’y a pas de chameaux en Afrique.

Au fait, regardez sur la carte où le rallye va vivre un truc bien pourave.

Cela se trouve… un peu avant Akjoujt…

Donc, la merdasse, ici, c’est une touffe d’herbe qui pousse dans le sable.

L’herbe elle-même fait un mètre de haut.

Le problème c’est le monticule en dessous. De dix centimètres, à un mètre!

Et c’est dur comme du béton!

Ce qui est logique, pour exister dans le désert, il faut être très résistant.

Les rares arbres que l’on trouve d’ailleurs ont des troncs et des épines dures comme l’acier. Ne jamais se garer sous un arbre s’i c’est un épineux, cela traverse les pneus comme du beurre….

Voilà une photo d’herbe à chameaux; ça a l’air tout mignon, presque attendrissant.

Et pourtant c’est un mur.

Et quand, il y en a beaucoup, cela transforme le terrain, en champ de mines…

Pas de piste, un enfer de 40 km.

Entre les bunkers d’herbe à chameau, c’est du sable mou, donc il faut dégonfler.

Avec risques de crever…

de déjanter…

de déchanter, aussi!

DÉBUT EN AUTOROUTE DU SABLE…

Au tiers du parcours, on voit un très beau groupe de six véhicules Et là, aucun suspense, les vrais meilleurs, sont franchement devant.

Chevauchant en tête, on trouve le Grand Bleu, Schlesser.

Sur un début d’épreuve où le pilotage est roi, il est intouchable et mérite  sa réputation de winner et son palmarès de multiple Champion du Monde.

Derrière, roulent pratiquement côte à côte les motards Dubois et Polli. Logique, Polli a quarante minutes d’avance et doit donc contrôler Dubois, tant qu’il le peut.

Puis arrive le buggy MD, de Delahaye.

Et qui ferme la marche du groupe de tête?

Jacinto et son camion Man, pardi !

Sur les portions rapides, elle est comme Schlesser, relativement imbattable. Pour dire comment elle envoie, la jeune Portugaise, elle a passé les motos les plus rapides, sans aucun souci.

Mauvaise nouvelle pour Auriol en revanche, qui reste scotché sur la ligne de départ. Il rejoindra l’arrivée par la route, et au passage 500 bornes de détour.

Adieu le classement général!

En tête, le terrain se modifie, et tout change. Schlesser roule tout seul à des vitesses absolument pas raisonnables, les deux motards jumeaux, même chose.

Et derrière, plus rien…

Les deux camions se sont arrêtés, Delahaye aussi.

Ce qui sent l’ensablement sévère, la crevaison, la panne…

Il est vrai qu’au même endroit, ce sera la vallée des larmes toute la journée. Une moitié des concurrents s’y arrête.

Ce qui fait le bonheur des suivants, ceux qui passent!

Loomans est de ceux là. Quand c’est compliqué, le métier, ça aide franchement!

Avec son coéquipier, ils sont alors deuxième auto, mais à pas loin de… 20 bornes de Schlesser.

TOMECEK LABOUREUR DES OCEANS DE SABLE...

Le Tatra de Tomecek s’est aussi arrêté dans la vallée des larmes mais il est reparti et il est maintenant dans ce qui reste du groupe de tête, avec Schless », Loomans et les duettistes-duellistes motards, Colli et Dubois.

Jacinto finit par s’extraire du piège mais elle est derrière son ennemi tchèque, à une dizaine de km.

Elle le rattrapera d’autant moins que le champ de mines annoncé par Metge n’est pas encore arrivé et qu’elle y perdra tout.

L’autre piège du désert, c’est la piste parallèle qui finit par devenir lointaine. Le motard Lenoble, et d’autres suivent ses traces, à commencer par Moreau, puis Hervé Thierry.

Moreau va terminer troisième moto… avec une heure et demi de retard sur Polli! On le voit ci-dessous, le jeune pilote ne s’est pas marré!

DANS LE CHAOS, SCHLESSER OK, LE RALLYE KO…

Et puis… C’est Schlesser qui s’arrête.

A 45 km de l’arrivée!

Comme c’est la fameuse zone d’herbe à chameaux où tout le monde va se mettre en mode opération-souci, plantage, jardinage, et quand ça roule c’est à 25 km/h, il reste seul devant encore un bon moment.

POLLI LE LION DU DESERT

Mais Polli arrive quand même.

L’italien a réussi à décramponner Dubois, lui aussi arrêté dans le champ de mines.

Schlesser repart enfin, Loomans était à quelques kilomètres derrière.

Dubois aussi.

Et Tomecek encore.

Se faire doubler par un camion, ça, le grand bleu, il aurait vraiment détesté!

Et, il sort de ce foutu champ de mines d’herbe à chameaux!

Derrière, à une quarantaine de km, c’est Verdun.

Du monde partout, planté, en désespoir, éparpillé sur des km de large.

Ils ne vont pas voir le bivouac, tout de suite, tout de suite…les gars

En fait, à ce moment là, ils ne sont que trois à rouler normalement. Schlesser, Polli, Dubois. Paradis en vue?

Schlesser touche le but.

A part, les deux motos qui sont à quelques km, tout le reste du rallye est en train de pelleter, de souffler, de râler, probablement de morigéner, que dis-je, d’engueuler voire de pourrir les coéquipiers…

Si Jean Louis gagne le rallye, c’est là qu’il aura planté la première banderille!

Pardon de cette légèreté de langage cher lecteur, mais Schless », putain de bon pilote! Et manifestement, Esquirol son navigateur, est à la hauteur.

SCHLESSER ET ESQUIROL, LES INDESTRUCTIBLES...

Déclaration de Schless » à l’arrivée :

« Aujourd’hui, nous avons eu droit à du très haut niveau, très dur, trop dur. René (Metge) nous a dit au briefing que ce serait facile et que nous allions arriver à midi mais finalement…nous avons mis plus de 6 heures pour faire la spéciale. Il n’a pas été tendre avec nous, c’est certain. L’herbe à chameau était terrible et les dunes extrêmement molles marquées par une simple note de franchissement… Par moments, ce fut un enfer. En plus, il y avait beaucoup de navigation et peu d’indications, difficile de respecter les caps pour s’y retrouver… Bravo à Cyril qui progresse de jour en jour. Je dois dire que je n’ai jamais eu un navigateur aussi doué, il est terriblement efficace et rapide en matière de pelletage !!! J’espère que ce sera un peu moins « compliqué demain ! »  

Esquirol est motard et un motard dans une voiture est toujours une valeur ajoutée. (Quelques exemples… Auriol et Peterhansel, tous deux vainqueurs du dakar à moto et en auto).

A propos de motards, Polli gagne évidemment la spéciale, avec une avance considérable.

Aujourd’hui les deux leaders, auto et moto, sont montés à l’azimut du succès.

Le troisième leader, Tomecek, celui des camions, fait la même opération.

En réussissant à s’extirper, après bien des aventures, de ce vrai merdier d’herbe à chameaux, le Tchèque et son camion collent une vraie pâtée au reste du monde…

Et au passage, Tomecek et son camion, vont prendre la troisième place au classement général autos-camions!

TOMECEK, UN ROC, UNE FORTERESSE...

Petit à petit, avec des retards considérables, quelques motos, quelques autos arrivent au compte goutte.

Alors, un coup de chapeau.

Le Team, Salim Kamoun-Sofiane Driss est Tunisien.

Ils sont à bord d’un Toyota, voiture certes increvable, mais en ce jour, l’essentiel n’était pas là.

Ils arrivent, avec les belges Imshoot-Zoetaert, premières autos derrière Schlesser.

Certes, derrière le diable bleu et derrière la forteresse Tomacek.

Et loin derrière.

Quand même, avec tout le beau monde et tout le beau matos en course, il fallait avoir du doigté dans la conduite et de l’efficacité à la pelle…

 

Bravo à eux.

Alors, vu ce que les concurrents en ont bavé, qu’est ce qui va les attendre demain?

Une boucle. 413 kilomètres de sable et de rocaille.

Là, ce sont les navigateurs qui vont morfler. Chacun son tour!

Regardez les écarts au classement général, ça fait peur!

Avant d’avoir peur, petit cadeau aux lecteurs sous les résultats.

Jean Louis Bernardelli

Photos : Alain Rossignol-Desert Runner.

CLASSEMENT GENERAL AUTOS A AKJOUJT.

1 Schlesser-Esquirol. 2. Loomans-Driesmans à 3H 44′. 3. Tomecek-Moravek à 4H 04′. 4. Jacinto-Marques-Cochinho à 5H 39′.5. Kamoun-Driss à 8H 27′. 6. Radet-Coste à 8H 51′. 7. Savenko-Malstev à 9H 04′. 8. Julien-Vivier à 11H 35. 9. Imshoot-Zoetaert à 14H 37′  .

CLASSEMENT GENERAL MOTOS A AKJOUJT:

. Oscar Polli (KTM). 2. Norbert Dubois (KTM) à 1H 02′. 3. Xavier Moreau (KTM) à 2H 45′.4. 4.Herve Thierry (Yamaha) à 5H 11′.

 

CADEAU… LA DOUCEUR DE VIVRE AVANT L’ENFER…

Le Bivouac de Dahkla, en bordure de mer, a été un morceau d’Eden. Alain Rossignol m’a envoyé des photos sympas, en ambiance et en images, voici la nuit fabuleuse.

On est en haut de la falaise. En Grand Sachem qui se respecte, Metge sait tracer des pistes, il sait aussi placer les villages!

Oui, les hélicos aussi ça bivouaque. Et cette image me fait rêver…

Petit dej anglais, donc breakfast… C’est du vrai quatre étoiles.

Arrivée de nuit… Magie et à cent mètres, le grand luxe…

Jacinto et Schlesser. On discute tactique ou on philosphe sur la beauté de l’endroit. Ce coin de désert devient d’un mondain très chère…

Elisabete ne sait pas encore qu’elle va vivre plus que l’enfer…

Et pendant ce temps là, les mécanos bossent. et quand on fait de l’entretien chez MD, on fait pas semblant!

Enfin, le départ au petit matin. La journée va être longue!

Voilà, quelques images de douceur dans un monde aussi brutal qu’ici, mais là, les concurrents l’ont voulu. C’est toute la différence entre la politique et l’aventure!

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