MOTO : QUELLE VALEUR POUR UN TITRE DE CHAMPION DU MONDE ?

 

 

QUELLE VALEUR POUR UN TITRE DE CHAMPION DU MONDE ?

 

C’EST LA QUESTION QUE SE POSE VINCENT PHILIPPE A L’INTERSAISON

 

Pour la sixième fois en 9 années de collaboration avec le fameux SERT (SUZUKI ENDURANCE RACING TEAM), Vincent Philippe fut l’homme de base pour la conquête du titre mondial et comme d’habitude pourrait-on dire, les mêmes questions de l’avenir immédiat se posent avec acuité.

En effet, la firme Suzuki (11 fois titrée) n’a pas annoncé la couleur pour 2012, en ce qui concerne l’Endurance et Vincent Philippe, n’a  pas reçu beaucoup de propositions crédibles d’autres teams !

Alors, on est en droit de se poser légitimement la question de savoir, quelle est la valeur d’un titre de Champion du monde ?

 

 

 

Pour  tenter d’apporter  des éléments de réponse, observons d’abord  que jusqu’à ce jour, seules les marques SUZUKI et YAMAHA, ont partagé le titre.

Ensuite, sachant que Honda ne semble pas décidée à disputer ce challenge, il est évident que les autres firmes postulantes valablement à ce championnat, sont KAWASAKI et BMW aussi et surtout et qui enrage d’avoir raté le coche deux années de suite, malgré une avance technologique sur ses concurrentes.

Pour mieux cerner les difficultés récurrentes – encore accrues  cette année– il convient de procéder à une étude multifactorielle de la situation.

En premier lieu, la crise économique n’étant pas un vain mot, les incidences sur les ventes sont importantes, et pour le coup Suzuki France -tête de pont incontournable pour l’Endurance- n’est pas au mieux du point de vue financier.

La saison dernière c’est Dunlop qui avait mis la main à la poche  pour permettre au SERT de disputer le Championnat  (8 heures de Suzuka comprises). Il n’est donc pas étonnant que sans apport extérieur, le SERT risque fort de ne devoir tourner en rond que lors des deux courses françaises  (Bol d’Or et 24 Heures du Mans) en 2012…

A côté de cet aspect quasi déterminant, il ne faut pas négliger d’évoquer le contour même du championnat qui n’est pas  vraiment arrêté.

La perspective de 3 courses de 24 heures : Bol d’or, 24 heures du Mans et 24 heures d’Oberschleben, n’est pas de nature à  faciliter les choses car, dans cette hypothèse, le renouvellement des pièces est accéléré et le coût pour les structures est  largement majoré, avec les frais de déplacement augmentés en raison du nombre de personnes nécessairement accru.

L’indécision quant à une course de nouveau au Qatar et ou une autre à… Moscou, ne sont pas de nature à clarifier la situation.

Si le Championnat du monde d’endurance avait une existence affirmée et une définition pérenne, il s’imposerait d’emblée aux  usines.

Un multi Champion du monde se verrait ainsi, de facto, courtisé par plusieurs écuries. Or ce n’est pas le cas !

Pour Vincent Philippe qui ne se sent pas encore atteint  par la limite d’âge, l’avenir est difficile à lire. Pourtant il a accepté de partager, en exclusivité, avec autonewsinfo, ses réflexions en évoquant les pistes qui lui semblent possibles.

 

 

 

Même s’il a fortement envie de devenir  le seul pilote à avoir gagné 8 fois le Bol d’or et vaincre le signe indien qui  semble lui barrer la route de la victoire des 24 heures du Mans depuis de nombreuses années, il n’entend  pas se voir cantonné à rouler dans l’hexagone. Le Monde peut encore lui appartenir, à bientôt 34 ans !

Quand on suit, comme nous de près ce pilote d’exception, quand on connait sa motivation, le souci de la perfection dans sa préparation physique, la pertinence de ses analyses techniques, sa science de la course, sa force de caractère, mais aussi son esprit d’équipe, sa modestie et sa simplicité, on  se demande malgré toutes les réflexions économico-sportives, comment se fait-il qu’un tel Champion, ne puisse pas sereinement passer l’hiver, nanti d’un contrat, lui permettant de vivre sans  difficulté de sa passion professionnalisée au mieux, et largement couronnée.

 

 

Alors première question.

Vincent, aujourd’hui il semblerait que tu ne connaisses pas  encore  ton programme 2012, est-ce à dire que ton palmarès exceptionnel ne te préserve pas des difficultés à vivre de ton sport ? Comment expliques-tu cette dévalorisation,  purement française, des titres mondiaux moto ?

‘’ C’est sûr qu’à l’heure actuelle  je ne suis pas encore certain de pouvoir piloter en 2012, c’est assez incroyable. Mais les teams déjà, ont énormément de mal aujourd’hui à réunir les budgets pour faire  une saison complète. Alors évidemment  les pilotes passent après, il faut d’abord pouvoir faire rouler les motos et seulement ensuite on cherche des pilotes. Dans ces  conditions, chaque  hiver c’est  forcément compliqué et ce depuis trois années. En plus, la saison se termine très tard avec cette dernière course au Qatar à la mi-novembre. Après, on a très peu de recul pour trouver des budgets, des sponsors… et donc certaines équipes sont pressées d’engager leurs pilotes  et de faire signer les contrats. Ainsi des portes se referment et ensuite d’autres pilotes galèrent un peu. Alors après, pourquoi j’ai peu de  propositions ? Sans doute comme je suis un habitué de Suzuki et du SERT, on pense que  ma place est tranquille là-bas et que je veux rester absolument dans cette équipe. ‘’

A ce jour, as-tu des possibilités de choix et quels critères sont de nature à orienter ta décision ?

‘’ Aujourd’hui, il me reste deux choix possibles : YAMAHA Autriche sur la machine N° 7 et le SERT bien sûr. Le  problème, c’est que d’un côté, on me pousse pour signer un contrat  vraiment très intéressant  et ce de manière très rapide, et de l’autre, le SERT–SUZUKI, qui est  indécis pour avoir les  budgets en vue de disputer le Championnat du monde. Ce n’est pas simple. Très peu de choix en effet, très peu de solutions… Il n’y a déjà pas beaucoup d’équipes capables de jouer aux avant-postes, de briller et de viser le championnat, alors les places sont très chères, même si on affiche toujours de la performance. Cela n’est jamais simple de trouver  une place finalement. ‘’

 

D’accord, si par exemple SUZUKI ne trouvait pas un budget  pour le championnat du monde, souhaiterais-tu privilégier de ne disputer que les deux deux courses de 24 heures françaises , Bol et les 24 h du Mans qui se refusent à toi depuis 2003, dans une structure que tu connais  bien . Après neuf saisons on peut dire qu’au SERT, tu es dans tes pantoufles, alors serais-tu prêt à aller dans des chaussures un peu moins faites à ton pied ?

Avec beaucoup de gravité, Vincent répond :

‘’ C’est une décision très difficile à prendre. C’est la plus dure de toute ma carrière. Cela fait plusieurs années que je suis dans la maison Suzuki-SERT, je connais ça parfaitement et, les quitter, les laisser un peu petit en plan, ce serait difficile. Il y a  ce côté cœur, puis après du côté sportif, disputer seulement deux courses de haut niveau dans l’année, c’est peu, surtout également  pour mes partenaires régionaux en termes d’exposition, mais aussi  pour ceux qui m’entourent et moi-même également. Le championnat de France qui accompagnerait ces courses là, ce n’est pas simple aujourd’hui parce que techniquement on est un petit peu en dessous de nos concurrents. C’est sûr que sportivement il  faudrait quitter SUZUKI. Du point de vue affectif, de l’organisation de l’équipe, du professionnalisme, des résultats… c’est clair  que je préférais continuer avec le SERT, mais avec peu de certitudes, aujourd’hui, de faire le championnat du monde, et cela constitue  vraiment un point négatif. ‘’

Alors qu’avec les six titres mondiaux obtenus avec le SERT, les  7 Bol d’or, on aurait pu penser, te trouver détendu et prêt à passer des fêtes de fin d’année et un hiver paisibles. Alors, dis-nous, en attendant le règlement de ces échéances, de quoi sont faites  tes journées ?

‘’ J’ai eu deux mois très difficiles après les 24 heures du Mans  où j’ai subi une grosse blessure et je voulais absolument être au Qatar pour jouer le titre mondial. C’est ce que j’ai  fait. On a réussi notre coup et nous avons été très contents de ce nouveau titre. J’ai eu une petite semaine, honnêtement  de relâche et de repos  et puis après c’était reparti. On était déjà sur 2012 et surtout en train de s’inquiéter de l’avenir…Ce n’est pas une situation confortable. Aujourd’hui  je prends vraiment au sérieux le risque de ne pas pouvoir courir en 2012, ou même de ne pas faire une saison complète, ou simplement de ne pas pouvoir vivre de la compétition. Alors, mon objectif  demeure de faire le championnat du monde  et surtout de  pouvoir  vivre de ma passion, d’exercer mon métier. C’est mon souci primordial  et je vis des moments vraiment difficiles. Cette situation, je la prends  très au sérieux… Quand on voit comment, les Sociétés  prennent directement les décisions avec ce qui s’est passé en moto GP (arrêt de la compétition pour Suzuki) et qu’on arrête le développement en Superbike (également  chez SUZUKI), on s’inquiète toujours. On peut toujours imaginer dans un futur indéterminé, un arrêt complet de la compétition, en tout cas pour le SERT !…. Voilà pour la décision. Il y peut-être là aussi des risques à prendre… On va décider de cela dans les semaines à venir. Sinon le programme actuel, c’est toujours de l’entrainement physique. Je n’ai pas encore totalement récupéré de la chute du Mans. Je vise donc à retrouver ce  niveau d’avant le Mans. Les progrès sont réels, même si à cette période je réponds à des sollicitations : Salons, partenaires… et que je dois avant tout finaliser  ma saison 2012 ! ‘’

 

Si tu vas  jusqu’à redouter un arrêt de la compétition, chez SUZUKI, auquel cas imagines-tu une reconversion cycliste ?

En éclatant de rire, Vincent réagit :

‘’ Non, non, ça c’est la blague du jour. On me voit souvent sur  un vélo mais je n’ai pas changé. Avant j’étais déjà à vélo à l’entrainement tous les jours. Maintenant, on en a parlé un petit peu plus… C’est vrai que les  journalistes sont friands de  montrer ce qu’est un pilote moto, autrement que sur une moto… Non, non, c’est sûr que mon métier reste la moto. Le  vélo, j’aime bien, mais le vélo c’est l’entrainement –plaisir. Ce que je veux, c’est continuer à piloter une moto, gagner, vivre de mon métier et également, faire partager ce que je sais faire le  mieux, aux motards de tous les  jours. ‘’

Vincent, tu te donnes  jusqu’à quelle date pour  prendre cette  délicate décision ?

‘’ Ben, je crois que ça va être très rapide parce que  normalement,  je dois donner une réponse avant Noël, à YAMAHA Austria. Donc ça va être une décision douloureuse. Ce sont des risques dans les deux sens. Quitter le SERT SUZUKI, en sachant que sur des courses de 24 heures, c’est une équipe très difficile à battre  et sur une saison complète également. En même temps avec YAMAHA Autriche c’est  peut-être, ne pas être sûr vraiment du résultat final… En effet, ils brillent chaque année mais n’arrivent pas à concrétiser souvent leur potentiel. Alors on voit bien que ce n’est pas très  facile de décider surtout quand on sait qu’on n’a pas tous les éléments sur la table, puisque chez SUZUKI, ça sera décidé au mois de février et pas plus tôt par rapport au budget et également au calendrier  du championnat du monde pas encore finalisé. ‘’

 

 

Ne serais-tu pas le très bon capitaine de route qui manquerait à YAMAHA Austria pour apporter  une certaine homogénéité dans l’équipe ?

‘’ Je ne sais  pas, je pense qu’il y a d’autres équipes qui auraient besoin de cela… La YAMAHA N° 7, c’est une équipe très soudée, très familiale, je ne pense pas qu’il leur manque ça. Ils ont connu pas mal de problèmes techniques, il faut le dire. Aujourd’hui, ils ont un gros soutien de YAMAHA Japon  et  je pense qu’ils ont résolu une partie de leurs problèmes… Ma candidature, les a fortement intéressés. Après une première  proposition  et une rapide discussion, on pourrait  tomber d’accord. Je crois  qu’ils ont  besoin certainement d’un pilote d’expérience comme moi, mais ça  ne va  pas plus loin pour  le moment. C’est clair que je fais partie de  leurs objectifs premiers quant aux pilotes, mais  je ne sais  pas  si ce sera l’élément déclencheur pour vraiment faire de très bons résultats. ‘’

Après un tel entretien, on mesure combien le sport motocycliste est vraiment le parent pauvre en France.

L’ami BERNARDELLI, le soulignait –ici même- récemment  dans son compte rendu de la remise des prix de la Fédération Française motocycliste.

Effectivement qui pourrait imaginer qu’un champion d’exception  de la trempe de Vincent PHILIPPE, puisse connaître les affres du doute et de l’incertitude  quant à  son avenir, tout simplement économique ?

 

 

Le fait d’avoir  lié son parcours à celui du SERT doit-il le condamner à renoncer à exprimer  tout son talent, à un moment  où l’écurie du Sieur MELIAND, semble toucher à une fin de cycle ?

Je veux parler de celui d’une machine vieillissante, la glorieuse GSX-R 1000, dont les performances stagnantes par rapport à la concurrence, ont été magistralement  compensées par des stratégies savantes et notamment lors des blessures  successives des pilotes, et une efficacité d’intervention exceptionnelle.

Tous ces éléments seront sans aucun doute insuffisants  pour continuer à tenir la dragée haute à tous les autres protagonistes de premier niveau.

Pour cela, il faut s’engager dans des travaux de développement  qui  ont, eux aussi, un coût certain.

Alors, si l’on en est encore à chercher comment financer  les déplacements et les pièces pour une saison complète, comment pourra- t-on s‘attaquer à travail rationnel d’amélioration du châssis, à un mariage adéquat avec un nouveau manufacturier, à l’intégration de l’électronique  du  contrôle de traction.., autant de chantiers à ouvrir, pour demeurer  des compétiteurs en capacité de viser encore et toujours, la Victoire.

Ces questions de préparation en cours d’intersaison vous seront présentées avant le prochain  Bol d’or puisqu’Autonewsinfo, a décidé d’aller maintenant rencontrer le GMT 94 de Christophe Guyot et le SERT  du père  » le chef  » Méliand, durant leur période  d’hivernage.

 

 

Pour conclure, imaginons  donc  que Vincent PHILIPPE à la croisée des chemins trouve celui qui lui permette de gagner à nouveau les 24 heures du Mans, de devenir le seul pilote à  avoir emporté 8 Bol d’or et pourquoi pas de devenir une fois de plus … Champion du monde.

Pour lui c’est bien  plus qu’une loterie…

Alors malgré tout : SERT ou YART… faites  vos jeux.

 

Texte : Alain Monnot

Photos : Michel Picard

VINCENT PHILIPPE ET LE SERT : ET SI L’HISTOIRE SE TERMINAIT SUR CE NOUVEAU TITRE MONDIAL ?

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