ENDURANCE MOTO: 11ème SACRE POUR LE SERT DE DOMINIQUE MELIAND

 

 

Dominique Méliand est assurément un manager heureux et comblé !

Il est vrai que le patron su SERT (Suzuki Endurance Racing Team) a de quoi, ayant remporté il y a tout juste deux petites semaines à Doha au Qatar son… onzième titre de Champion du Monde de moto en endurance !!!

Un nouveau titre certes acquis dans la douleur mais un 11ème titre quand même !

Alors qu’en ce début de semaine, s’ouvre le Salon de la Moto de Paris, retour sur ce sacre

Samedi 12 Novembre. 21h10. Circuit de Doha au Qatar

Tel d’Artagnan, Dominique Méliand a rejoint ses trois mousquetaires : Vincent Philippe, Anthony Delhalle et Daïsaku Sakaï sous le podium.

Un instant de grâce couronnant le onzième titre Mondial d’endurance obtenu par le SERT dirigé par ce diable de meneur d’hommes qui officie aux manettes  depuis trente saisons.

Malgré un programme de crise, ces hommes se sont opposé, non pas au Cardinal de Richelieu, mais à la puissante écurie BMW Motorrad – France.

Ils ont prouvé une nouvelle fois à tous que la victoire demeure un mélange de savoir, de labeur, d’un long processus d’atelier et de chevauchées fantastiques, exaltantes sur la piste.

Le SERT, crée en 1981, possède un palmarès impressionnant de plus 60 victoires internationales dont 34 obtenues sur deux tours d’horloge avec… 15 Bol d’Or et 7 succès aux 24 Heures du Mans.

Le SERT, c’est aussi le mythe d’une chaîne d’amitié de plus de trente ans, entre un  » chef  » et ses  » Gars  » irréductibles qui, sous le double sceau de la loyauté et de la pugnacité, deviennent invincibles :

Un idéal si proche des héros d’Alexandre Dumas.

A 64 ans, Dominique Méliand est pourtant toujours resté le même que j’ai connu en 1975, aux côtés de Jean-Bernard Peyré avec qui, il préparait les Kawasaki de l’écurie JPM (Judenne – Peyré – Motul) puis celles du concessionnaire Orléanais, Jean-Jacques Cassegrain en 1976 (victoire aux 8 heures du Nürbürgring) .

Après son travail de dépannage au Gaz de France, Dominique débutait une seconde journée dans le petit atelier de Jouy – en – Josas prés de Versailles.

De 1977 à 1979, le concessionnaire Kawa Guy Pipart et Total leurs accorderont leurs confiances avec l’aide du management d’Alain Monnot .

Le Pipart Racing Team sera d’ailleurs Vice – champion d’Europe en 1978 avec les brillantes secondes places du duo Peyré – Maingret, aux 24 Heures du Mans et de Liège sur le toboggan ardennais de Spa-Francorchamps.

Fin 1979, Jean – Bernard Peyré est sollicité par Suzuki pour préparer les machines d’Hamamatsu sur le Championnat 1980. La victoire des 1000 Kms de Zeltweg, la seconde place au Mans et la quatrième obtenue à Suzuka , propulsent le tandem Peyré – Samin, en tête du Championnat du Monde ? jusqu’à ce maudit  … Lundi 25 Août 1980…

Lundi où notre copain Jean- Bernard, se tue à moto sous les roues d’un camion, non loin du Petit – Clamart, à quelques kilomètres de l’atalier de Jouy.

Rien ne sera désormais comme avant mais ses parents – garagistes à Versailles – décident d’engager en sa mémoire, les deux GS 1000R au Bol d’Or.

L’incroyable scénario se produit :

Toutes les motos officielles, les Honda, Kawa et Yamaha abandonnent mais la n°15, celle que devait piloter Jean-Bernard … remporte la victoire avec le tandem  Pierre-Etienne Samin et  Franck Gross.

Mieux, le  » mulet  » attribué au duo, Monnin et Green, assure même un incroyable doublé historique mais malheureusement au goût bien amer…

C’est dans ces circonstances tragiques que l’usine  Suzuki propose alors à Dominique Méliand, l’homme providentiel qui avait assuré le management de ce commando monté à la hâte, de reprendre la préparation des motos pour la saison 81.

En Novembre 80, il s’envole donc et dans le plus grand des secrets avec Hervé Moineau et le grand Christian Léon pour le Japon afin de tester le nouveau modèle sur le circuit de l’usine situé à Riyuo.

Et là… nouveau et terrible drame !!!

Christian se tue, ne survivant pas à une chute des plus inexplicables qui soit .

Désemparé, Dominique qui vient de perdre coup sur coup en moins de deux mois, ses deux copains décide  pourtant de se mettre en disponibilité de GDF et de continuer en leurs mémoires, cette équipée devenue l’une des plus redoutées écuries des sports mécaniques qu’il soit.

Les années ont passées…

Les victoires, titres et autres couronnes mondiales se sont succédées.

Il y a quelques jours, au soir de la remise des prix de Doha, Dominique s’est livré avec aucune réserve pour les fidèles lecteurs d’autonewsinfo, site qu’il apprécie tout particulièrement.

Dominique Méliand, dans la hiérarchie des onze titres de Champion du Monde d’endurance acquis par le SERT en trente saisons, ce dernier a-t-il été le plus dur à obtenir ?

‘’ Il fait partie des titres acquis dans la douleur… car nous avons eu cette année beaucoup de chutes qui ont engendré de graves blessures pour nos pilotes, ce qui n’est pas drôle du tout. Ce titre 2011, fait donc partie des titres  » douloureux ! ’’

 

 

Qu’apporte, encore, pour le SERT, ce nouveau titre ?

‘’ La satisfaction du travail bien fait, d’abord, car ce fut difficile avec une moto qui arrivait en bout de développement, face à la concurrence qui présentait  des modèles nouveaux, élaborés avec de l’électronique. Il a fallu puiser dans les derniers retranchements de cette machine et l’équipe a pas mal réussi avec cette récompense finale.’’

 

Dresses-nous, le bilan de cette saison :

‘’ Nous avons commencé tambour battant avec un Bol d’Or arraché haut la main et vraiment une très belle victoire. Ensuite cela s’est gâté un peu car nous nous sommes retrouvés à Albacete en difficulté. Nous avons commis des petites erreurs à mettre sur le compte de notre team. Un pilote qui couche la moto au ravitaillement … un problème électronique qui nous a rallumé les phares durant un autre arrêt au stand… ce qui nous a valu un stop & Go… et pour essayer de rattraper ce retard Vincent a tourné la poignée un petit peu trop fort. Résultat une petite chute et une perte au niveau de la comptabilité des points au championnat car nous finissons sur la 3ème marche alors que BMW gagne. Ensuite, nous sommes allé à Suzuka. Tout se passait bien en course en occupant la cinquième place sur les traces de la BMW et il y avait moyen de faire une bonne performance. Malheureusement, nous avons connu une défaillance de l’électronique avec deux passages obligés par les stands afin d’effectuer  le changement du boîtier électronique puis de la rampe d’injection. Nous avons limité la casse en finissant neuvième, mais c’était loin de la BMW, quatrième, qui reprenait le commandement du championnat avec six points d’avance avant les 24 heures du Mans où nous avons eu de gros soucis. Tout d’abord Freddy Foray m’annonce en début de semaine, qu’il ne pourra pas participer à la course suite aux séquelles persistantes de son trauma – crânien qu’il a subi cet été en se faisant percuter en  Superbike et Vincent Philippe qui se casse une clavicule dès le mardi matin des essais libres. Nous nous retrouvons avec deux pilotes sur le carreau, qui ne sont pas des moindres et là ce fut la catastrophe car il a fallu retrouver des remplaçants. Nous avons cherché un peu partout dans le monde des pilotes pour reconstituer une équipe capable de rivaliser avec les meilleurs Hélas nous avions le même week-end des épreuves de  Superbike en Mondial, aux USA et en Angleterre mais aussi un Grand Prix, donc personne de disponible, même au Japon, car le temps nous manquait administrativement. Nous avons donc  » prélevé  » au sein du ‘Junior Team’ le leader de la n°72, le jeune Baptiste Guittet. Pour tout  jeune pilote de Superstock, débuter ainsi dans un team officiel, n’est jamais évident mais je dirais que nous nous en sommes sorti haut la main en limitant la casse pour terminer en seconde position. Ce fut quasi inespéré pour nous car la BMW a connu, à son tour, de sérieux soucis électroniques et termine seulement 7ème. Nous reprenions la tête avec un bonus de 9 points. A Doha, nous avons connu un début de semaine  » bis répétita Le Mans  » avec une grosse chute de Daï (SakaÏ) aux essais libres du mercredi où il se déboîte l’épaule, se tord une cheville et se retrouve dans l’impossibilité de courir et nous de lui retrouver un remplaçant car nous avions un temps trop court pour faire venir un pilote,  du Japon ou d’Europe. Il a fallu se résoudre à disputer Doha à seulement deux pilotes. Aux essais nous avons eu des difficultés de  » mariage  »  entre la moto et les pneumatiques. Grosse chute aussi de Vincent qui s’en sort sans bobo lors de la première séance chrono mais la moto de course est broyée et nous nous retrouvons avec une seule machine, le  » mulet « , pour finir la semaine. Nous avons fait une course à  » l’économie  » pour les pilotes en utilisant au maximum la moto sans laisser trop nos adversaires s’échapper. Nous avons été un peu servi par la grosse chute du prétendant au championnat, la  BMW n°99, qui s’est accroché avec le postulant à la gagne de la course, la Yamaha n°7 du Yart. Cela nous a laissé un peu de champ libre et permis de pouvoir gérer un peu la course pour finir en troisième position derrière BMW. C’était suffisant pour remporter ce nouveau et 11ème titre de Champion du Monde d’endurance, totalisant 109 points contre 105 pour notre valeureux adversaire. En résumé, ce fut une année rapide avec des hauts et des bas , des bons et un peu moins bons résultats mais en définitive nous obtenons le titre et c’est ce qui restera en mémoire. »

As-tu des précisions sur le calendrier du Championnat 2012 ?

‘’ Des échos. Oui ! Des échos incertains.  Oui, aussi ! Le Bol d’Or, les 24 heures du Mans et Suzuka, c’est signé. Il reste un flou un peu  » artistique  » car Oschersleben  en Allemagne veux se réaligner avec une course de 24 heures, mais ce n’est pas définitif et les 20% d’incertitudes, me font un peu frémir. Nous avons aussi une course possible de Huit heures au Castellet. Apparemment, c’est en bonne voie, sauf que la FIM n’est pas trop décidé à mettre une troisième épreuve sur le sol Français. Nous allons ouvrir la discussion avec les gens qui ont facilité la création de ce grand retour sur ce magnifique circuit afin que cette nouvelle épreuve ait bien lieu en Octobre 2012. Le Qatar a d’abord dit se retirer du championnat mais il semble que Doha reviendra finalement au calendrier. Ces incertitudes m’embêtent un peu car je préférerais que tout soit figé aujourd’hui avec cinq ou six épreuves.’’

 

De ton côté, ton programme 2012 est –il, déjà sur les rails ?

‘’ Non, rien n’est encore en place. Côté Suzuki on m’a dit, ‘Nous allons faire quelque- chose’ ! Ah, Fabuleux ! Quelque-chose dans le Championnat… Ah ! Faire quelque-chose dans le Championnat pour moi, c’est faire tout le Championnat. Oui, mais on m’a répondu : ‘On va peut-être faire que le Bol et le Mans4. Voilà ce que c’est d’avoir un petit calendrier car en supposant gagner Le Mans et le Bol, nos comptables pensent empocher aussi le titre. En espérant que la troisième course Française ait lieu, ça les intéresse d’autant plus et renforce ce point de vue. Ces incertitudes sont liées à ce calendrier en attente, aux décisions de Suzuki, à la finance bien sûr. Ce titre va peut-être forcer nos décideurs Japonais à mettre la main à la poche et faire un Championnat complet.’’

 

Que va devenir cette  » vieille « GSX-R qui vient de remporter de justesse, un second titre consécutif ?

‘’ Cette moto 2011 n’ira pas à la casse, mais le musée l’attend. Elle a fait son travail comme il faut. Ce fut difficile quelques fois, mais le SERT a su faire ce qu’il fallait pour qu’elle reste compétitive jusqu’à la fin, à Doha. Pour 2012, nous attendons la nouvelle version. J’ose espérer qu’elle nous apportera plein de bonheur mais je ne sais pas si les modifications mécaniques et électroniques seront suffisantes pour se battre à égalité avec la concurrence. Pour l’instant je ne connais pas son potentiel car nous l’attendons à l’atelier. C’est un grand point d’interrogation! « 

 

Alors Dominique, que faudra-t-il justement à cette nouvelle machine pour rivaliser au moins avec BMW ?

‘’  La BMW, la Kawasaki, la Yamaha mais aussi la Honda seront aussi les machines à battre car elles sont déjà compétitives et ont toutes qu’une envie : Gagner …et nous battre ! Il nous faut déjà 15 chevaux de mieux, mais il nous faut aussi de l’électronique qui nous permette de gagner cette puissance. Nous arriverons ainsi pratiquement à 200 chevaux en sortie de boîte et il faudra exploiter au mieux ce gain. Il sera nécessaire aussi de travailler sur le châssis pour passer cette puissance en ayant une moto agile. Ce n’est pas grand-chose en soit, juste 200 chevaux et de l’électronique! ‘’

 

Quel est l’avenir immédiat avec cette GSX-R 2012 ?

‘’ Nous avons programmé des essais pour les 10,11 et 12 Décembre, sur le circuit privé de Dunlop pour peaufiner la moto, trouver les bons pneus, prouver l’électronique en comparant nos chronos déjà établis et que nous connaissons bien. C’est presque demain. Réponse donc le 12 Décembre au soir. J’espère un gros cadeau de Noël ! ‘’

 

 Le retrait de l’usine Suzuki en MotoGP et en Superbike, change-t-il quelque-chose pour l’endurance ?

‘’ Au niveau des Grands Prix et du Superbike, cela ne change rien pour moi, mise à part que c’est un camouflet pour le  Superbike. Je ne vois pas bien la différence par rapport à l’an passé car les moteurs étaient déjà entre les mains de Yoshimura. Par contre le travail des ingénieurs qui ont conçu cette machine  est mis en sommeil et ils connaissent une grosse déprime au moment où la moto allait bien techniquement. Dans un premier temps, je pensais que ces abandons de programmes pouvaient bénéficier à l’endurance, mais le calendrier n’arrive pas à se figer. Je pense que si nous avions eu un programme clair, cela aurait pu relancer la mécanique. Au lieu de cela, nous nous retrouvons à danser d’une jambe sur l’autre, sans trop savoir où l’on va !’’

 

As-tu passé un accord avec Yoshimura ?

‘’ Nous devions le faire lorsqu’il se retrouvait sans implication mais lorsque j’ai rencontré Fujio à Portimào, il venait de signer l’accord de la préparation des moteurs de Superbike et l’endurance l’intéresse nettement moins depuis. Notre gros problème, je le répète, viens de la FIM qui tarde à présenter un programme.’’

 

As-tu des regrets au bout de trente ans de collaboration avec Suzuki ?

‘’ Ah non ! Surtout pas ! Je ne veux pas cracher dans la soupe car cela m’ a permis à moi et  à mes gars qui bossent au SERT de vivre. Nous ne pouvons pas avoir toujours le beurre et l’argent du beurre ! Mais cette équipe est avant tout une aventure un peu unique dans les annales de la moto. Elle est composée aux trois quart de gens bénévoles, fidèles depuis trente ans, voire plus, qui sont  plus que des amis avec un grand A !  Ce que je voudrais, c’est que ça puisse continuer encore un moment pour que les gars qui sont avec moi à plein temps puissent continuer à en vivre, ayant tout consacré à cette aventure. Même si je gueule un peu tout le temps après le système qui fait que nous ne savons pas de quoi est fait le lendemain, je ne peux surtout pas regretter cette aventure qui est  la nôtre depuis trente ans.’’

 

As-tu néanmoins le regret de ne pas être aller en Grand Prix, par exemple ?

‘’ Oui, à une époque j’aurais bien aimé aller en Grand Prix , mais une équipe était déjà en place et je ne voyais pas comment cela pouvait se faire. A la grande époque des années 80-90, l’usine comptait beaucoup sur nous pour l’endurance et avait déjà des structures compétentes tant en GP qu’en Cross. L’endurance faisait partie de l’engagement de l’usine et je n’avais pas à avoir de regret. Par contre, j’ai failli avoir le Superbike mais cela ne s’est pas fait pour une raison de politique, de vraie politique entre la France et la Nouvelle – Zélande, qui ont semé un embargo entre le travail donné aux Français par ces pays-là ! C’est vrai que cela m’aurais plu. L’usine Suzuki a toujours considéré que l’endurance était le boulot du SERT et je n’ai, surtout pas de regrets amers. ‘’

 

Dominique Méliand, est toujours resté fidèle à une marque : Suzuki qui a cru en lui pour reprendre le flambeau de son regretté ami Jean – Bernard Peyré, fauché en pleine ascension.

Il est en quelque sorte, devenu le gardien de cette flamme  qui anime le SERT depuis maintenant  trente ans, au point d’entrée dans la légende.

Tel un missionnaire, il a su attiser les braises et  rassembler autour de lui des hommes animés de cette même passion pour la course et pour l’amitié.

Rien que pour cela, assurément Dominique, ne regrette surtout  rien !

 

Texte et photos : Michel Picard

 

LA BANDE A  »NONO »

DOM AVEC LE REGRETTE  » NONO » JEAN BERNARD PEYRE

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