RALLYE DU MAROC: DES RIRES ET DES LARMES

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Des rires pour ceux qui sont passés à travers.

Un supplice terrifiant pour ceux qui sont tombés dans les pièges d’une première étape Ouarzazate-Zagora de près de 300 km…

Aux vainqueurs la gloire, aux vaincus les Fourches Caudines, un supplice très humiliant sur lequel on reviendra et  qu’ont dû subir quelques têtes d’affiche du Rallye du Maroc. Cette 1ère journée a été assez furieuse dans le domaine de la casse. Et parfois, on le verra assez émouvante dans les façons d’y remédier.

Côté vainqueurs, Barreda mène en moto, Ten Brinke en auto et Biasion en camion. Biasion, oui, l’ancien pilote de rallye!

Les autres, un peu moins connus, ce qui ne les empêche pas de rouler!

ET VOGUE LA GALERE SUR DES CAILLOUX VICIEUX…

Les Fourches Caudines donc. Lors de la bataille du même nom, 40 000 Romains défaits par les Samnites durent défiler sous un joug, formé par les lances des guerriers victorieux. On passe donc plié en deux… sous les rires et lazzi…

Le désert est toujours immense, comme le montre ce cliché étonnant, ci-dessous.

 Généreux même. De l’eau, des arbres, de la végétation, de la vie…

Certes.

Mais le désert sait aussi être aussi impitoyable que les Samnites…

Ainsi, le voyageur peut-il s’apercevoir quotidiennement que dans les endroits vivables, disons avec de l’eau et de l’ombre, des tas d’êtres vivants malveillants profitent aussi  de l’aubaine, les mouches bien sûr, qui se contentent de vous énervasser, et aussi des trucs genre fourmis poids lourds, des insectes d’un mètre de long avec des poils dits urticants, bref des trucs qui disent au voyageur en question dit de se casser vite fait.

Du coup, les endroits peinards et non-envahis sont en plein cagnard et en général battus des vents…

Cela dit, une fois inconfortablement installé avec le chèche sur la tête et des bouteilles d’eau (chaude) désaltérant quasi en permanence des lèvres qui vont rapporter une fortune aux dermatologues et aux labos pharmaceutiques au retour,  on peut enfin découvrir ces paysages que Saint Ex décrivait comme la création du monde…

Pendant ce temps, les pilotes subissent leurs propres fourches caudines désertiques: elles ont pour nom galère, casse, roues crevées ou explosées, sorties de pistes ou rencontres brutales avec… les pierres de la création du monde sus-citée!

Les fourches caudines de ce premier jour du Rallye du Maroc ont été cruelles. Surtout pour les stars.

A moto par exemple, KTM a déjà perdu sa KTM officielle! On l’a su quand on a vu passer un attelage étonnant, avec mon ami Arnaud Delmas,  à savoir un duo.

 

 

Vous imaginez ça?

En plein milieu de nulle part?

En fait, le pilote est Bruno Bony, qui arrivera à Zagora avec une heure vingt de retard sur le leader et Marc Coma en selle, récupéré à côté de sa moto cassée et qui en avait marre de cuire au soleil depuis une heure et demie! !

Le grand Marc Coma, maintes fois victorieux ici et aussi du célèbre Dakar !!!

Lequel nous explique:

« Tout se passait bien depuis le départ lorsque la moto s’est arrêtée brutalement. Je ne sais vraiment pas ce qui s’est passé. Il s’agit peut-être d’un problème électrique. L’important c’est que nous puissions repartir demain pour poursuivre nos ultimes essais pour le Dakar. »

La solidarité motarde va très loin! Accessoirement, il ya une moto à… un million de dollars quelque part dans le chouf… Qui sera récupérée bien sûr, et Coma partira le lendemain avec dix heures de pénalité!

Et Bony est devenu lui l’espace d’une journée … un héros!

En fait, sur ce terrain très caillouteux et très roulant, qui ressemble comme deux grains de sable aux célèbres Baja, c’est un pilote imbattable en Baja qui a gagné.

 

Baja?

C’est le nom d’une superbe course de désert qui se déroule aux USA, dans la presqu’ile de Baja California, la Basse Californie, cette immense langue de terre qui part plein sud à partir de San Diego, où se court la Baja 1000, sur une seule journée et qui comme son nom l’indique fait mille bornes de long, à des moyennes effrayantes.

En Europe, on a créé ici et là, des répliques de cette course Américano-Mexicaine et quelques pilotes, s’en sont depuis, fait une spécialité.

Par exemple, l’Espagnol Juan Barreda, qui sur son Husqvarna (marque suèdoise appartenant aujourd’hui à BMW) a collé trois petites minutes à son coéquipier portugais Gonçalves, puis viennent les Yamaha Boys, Casteu, Rodriguez et Pain avec des écarts, allant de trois à sept minutes.

Raisonnables.

Barreda qui nous raconte:

« Je suis parti sur un bon rythme aujourd’hui. C’était une étape très technique qui me convenait à merveille. Au ravitaillement essence, j’ai compris que j’avais une belle carte à jouer aujourd’hui et j’ai mis la gomme sur la deuxième partie. Lorsque j’ai vu Marc Coma arrêté le long de la piste, je savais que je pouvais l’emporter… »

 

JUAN BARREDA ATTAQUE!

Sur la photo ci-dessus, on voit que ce pilote, numéro 12, a enrhumé la totalité des motos en course. (Enrhumer signifie dans le jargon moto vous larguer… et créé un courant d’air…). Bravo à lui, devenant le héros d’autonewsinfo, il entre dans le club très fermé des pilotes de très grand talent!

Marc Coma dans les cordes, les lauriers du jour étaient à redistribuer.

Parti le couteau entre les dents, le jeune Joan Barreda (Husqvarna 450 n°12) profita donc de l’occasion pour faire parler ses qualités techniques de spécialiste du motocross. Le Valencian, déjà vainqueur, l’an dernier, d’une étape en Egypte avant d’abandonner au deuxième jour du Dakar, remet donc dans l’actualité le team Speedbrain Husqvarna, né sur les cendres de sa grande soeur, BMW.

D’autant plus que son équipier, le Portugais Paulo Gonçalves (Husqvarna 450 n°10) complète le doublé de la marque, devant les Yamaha de David Casteu (n°6), Helder Rodrigues (n°1) et Olivier Pain (n°9). Sixième, le Néerlandais Frans Verhoeven rpouve que la Sherco 450 est toujours dans le bain et devance les KTM semi-officielles de Jakub Przygonski (n°2) et Pal Anders Ullevalseter (n°5)

Pour sa part, David Casteu, bon second au guidon de sa nouvelle Yamaha,pour cette étape de mise en jambes, précise :

« Je suis parti 6ème et j’ai été longtemps gêné par la poussière, notamment de la la Sherco de Verhoeven pendant 80 km. C’était très dangereux. J’ai enfin réussi à la doubler au ravitaillement. Et j’ai terminé 2ème de la spéciale. J’ai eu de bonnes sensations. Je partirais mardi en deuxième position et c’est bon car il va y avoir une navigation délicate. Marc Coma a cassé sa moto et je ne sais pas s’il va repartir… j’ai vraiment bien attaqué, les mécanos ont fait un boulot de fou. La moto a progressé en suspensions, notamment au niveau de l’amortisseur de direction Ohlins ».

David semble serein au guidon de sa Yamaha, et très en forme :

« Je suis bien dans le coup, bien dans le rythme. C’était très dangereux, pierreux, il fallait être concentré à bloc. Mais c’était une très jolie spéciale de 300 km ».

Ce mardi, c’est le premier rendez-vous avec le sable et les dunes de l’erg Cheggaga pour une étape en deux boucles de 133 km sur un tracé court mais aux difficultés plutôt corsées.

« La course est encore longue, l’important est de garder le bon rythme » conclut David, prudent mais déterminé.

Belle bataille également en catégorie Enduro Cup où Eric Shiano et sa Sherco 450  de série dament le pion à la Husaberg de Thomas Bourgin, les deux pilotes finissant même dans le top 15 de la spéciale du jour.

Premier quad à rallier l’arrivée en vue de Zagora, Vincent Albira (Honda n°201) plante une première banderille dans le duel qui l’oppose au Russe Dmitry Pavlov (Honda n°264). Belle troisième place au classement du jour pour le Marocain Hicham Choufani (Honda n°270), juste devant le Français Frédéric Alard (Honda n°265).

AUTOS : ARRIVEDERCI ROMA!

Nani Roma est l’un ses pilotes  »Stars » de ce rallye.

Pilote « Mini », il est arrivé en grand Seigneur avec son écurie, un paquet de voitures officielles hyper affutées Mini et BMW, des quantités invraisemblables de matos chargé sur des camions comme s’il en pleuvait, des mécanos et des ingénieurs qu’on a l’impression qu’il ya une manif…

Et probablement, un peu d’argent dépensé ici et là.

Roma est parti au matin du premier jour avec l’envie de tuer la concurrence… Et ben voilà, il a pas tué la concurrence!

Dépité; il dit simplement quelques mots:

« La voiture s’est arrêtée net. Je ne sais pas encore exactement quel est le problème, mais je crois que notre rallye va s’arrêter là. Dommage car nous nous faisions vraiment un plaisir de poursuivre cet essai grandeur nature. »

En revanche, il en a mis un sérieux coup à la mécanique de sa belle Mini officielle. Moteur out. Et la baffe que prennent BMW et Mini n’est pas finie!

Parce qu’à l’arrivée, c’est un Mitsubishi batave qui leur a mis un pain. Le voici…

Avec une attaque démentielle. Monsieur Ten Brinke, superbe!

Il roule sur les anciennes voitures  » usine » celles des Peterhansel et autres Luc Alphand, revendues à Nicolas Mislin d’abord, puis aujourd’hui rachetés par des Hollandais.

Bernhard Ten Brinke lâche :

« J’avoue que je ne m’attendais pas du tout à cela aujourd’hui. Mais au fur et à mesure que la spéciale avançait, j’ai remarqué des voitures en perdition le long de la piste ou perdues en navigation, j’ai compris que l’exploit était à notre portée. Demain, dans les dunes, ce sera autre chose…»

 La Mini de Novitsky sauve les meubles avec sept minutes de retard.

Puis… encore un Mitsu, encore un hollandais, Wevers. Derrière, enfin, viennent la Mini de Leal Dos et la BMW de Garafulic-Picard. Un navigateur hors pair et un pilote chilien qui dispose d’un peu de pognon et d’une grosse dose d’enthousiasme.

Cette auto se prend vingt minutes dans la tronche. Bon, rien n’est terminé, mais pour une arrivée en fanfare, c’est raté.

Petite séance historique…

Jean Louis Schlesser, qui en essais de pneus dans la région, est avec nous vers l’arrivée de la spéciale.

Commentaires en direct…

Génial de compétence, de légitimité d’expertise et surtout de précision.

Avant de voir une auto, il sait déjà qu’il ya une roue dans le sac et de quel côté c’est. Il me rappelle Prost quand il commentait la F1 avec Jean Louis Moncet, ma pomme, et Johnny Rives. Sur le pilotage, pas de cadeaux.

« Mais il va la passer sa seconde? C’est pas en faisant hurler le moteur que tu vas vite »!

Un autre arrive.

« Tu vas voir, il va faire un temps. Tu as vu comme il est propre, il fait attention au matériel et il envoie du lourd ».

Un autre encore« Mais lâche le ton frein!

CAMIONS, DES HOLLANDAIS VOLANTS, DES ITALIENS CANONS…

On se souvient de l’épopée insensée et fortement légendaire de Jan de Rooy en camion sur le Paris-Dakar.

Son fils a repris le flambeau avec panache. Deux camions Iveco bourrés de chevaux et de talents ont pris le départ… A quelques kilomètres de là, on a pris des chronos. Aux alentours de la dixième place des véhicules les plus rapides, on trouve… le camion de De Rooy!

 Et oui, ce joli mastodonte vert prend plus de 140 km/h… sur piste!

Incroyablement impressionnant, surtout à l’accélération… et au freinage! A l’époque du père De Rooy, ses DAF prenaient facilement une Golf GTI sur 400 m, départ arrêté.

Ils sont partis derrière la très rapide et très talentueuse Elisabete Jacinto, dont le Man n’a pu contrer les attaques. Cela dit, l’équipage franco-portugais résiste bien, malgré un déficit assez sévère en puissance. Il ne rend que cinq minutes au leader.

Le leader c’est De Rooy alors?

Nenni Monseigneur. C’est l’ex rallyeman, Miki Biasion, qui se fait une jolie deuxième carrière dans le pachyderme sur roues. Son Iveco n’a pas la même tronche que celui du patron. C’est un cabover. Que voici.

Un cabover a une cabine avancée, le pilote est au-dessus des roues. Très efficace, mais aussi très risqué, en cas d’accident, on voit bien que c’est le nez du pilote qui va freiner les quelques tonnes qui arrivent derrière à plus de cent à l’heure!

Le camion de De Rooy, qui est en photo juste au dessus de Biasion, est un « conventionnal ». Avec un gros nez devant, très beau et probablement plus protecteur en cas de choc.

Voilà, vous êtes des spécialistes du « truck ». Biasion aussi et il sera très difficile à aller chercher!

A l’arrivée, les trois pilotes papotent.

Miki Biasion:

« Très belle première étape. Nous avons connu un petit problème de suspension. J’ai vraiment besoin de me remettre dans le bain, surtout physiquement. Mais cela fait plaisir de retrouver le volant d’un camion aussi performant au sein d’une équipe professionnelle. Je vais tâcher de progresser out au long de la semaine… »

Gerard De Rooy  :

« Pour moi, il s’agissait surtout de me rassurer au niveau de mon dos sur cette étape très technique. Malgré une crevaison, tout s’est parfaitement déroulé, même si notre position de départ n’est pas facile, tout en queue de peloton, alors que nous roulons plus vite que la moyenne… »

Elisabete Jacinto  :

« Je suis très contente de cette première étape. Les IVECO m’ont passé deux fois, mais je ne me suis pas inquiétée. Jai poursuivi à mon rythme et, au final, avec mon camion de série, je m’en sors vraiment bien. Demain dans le sable, la vitesse de pointe sera encore moins importante, donc les chances seront plus équilibrées… »

Aujourd’hui, journée sable, autour de Zagora.

 

Jean Louis Bernardelli

Photos: Alain Rossignol, Arnaud Delmas.

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